‹ Joseph-Alexandre LaboulbèneChapitre 23 sur 85 · TUMULUS · texte numérisé non relu

TUMULUS

ANDREÆ VKSALII BRUXELLEiNSIS qui OHIIT lüIBUS OCTOBllIS, ANXO MÜLXIV ; ÆTATIS VERO SÜÆ L, qUUM IIIEROSOLYMIS BEDIISSET.

Plusieurs versions ont été faites sur la mort de Vésale; les uns l’ont fait partir pour accomplir uii vœu; on a aussi [)rétendu

ANATOMISTICS ANCIENS

({ii’il était mort empoisonné pendant la traversée d’Espagne en Palestine. J’emprunte en grande partie la relation que je vous ai donnée à VEssai sur l'Iiisloire de la médecine belge par C. Broeckx.

Je tiens à indiquer à ceux de vous qui voudraient connaître les traits de \ ésale, outre le portrait paru dans ses œuvres, une belle toile actuellement placée dans la galerie du Louvre, collection italienne, n° 88. Mon ami M. Turner a montré que ce portrait est réellement celui d’xVndré Vésale, à l’âge de vingt-six ans, et peint par Jean de Calcar, en 1540. Lisez dans la Gazelle hebdomadaire de 1877 la découverte du personnage original et du peintre; le portrait de Vésale est une œuvre remarquable représentant l’anatomiste jeune, bien posé, à barbe et cheveux un peu roussatres, à carnation blonde, un vrai type flamand et distingué.

L’université de Bâle possède un squelette préparé par André Vésale en 1543. Ce squelette offre une des plus anciennes préparations anatomiques connues. Vésale n’a passé à Bâle et n’y a résidé qu’une seule fois, d’après une intéressante brochure du docteur Roth, et cela en 1543, pour surveiller l’impression de son livre par Oporinus, mais nullement pour y professer. Il était extrêmement difficile, je vous l’ai dit, de se procurer des sujets pour la dissection et un seul cadavre avait été antérieurement fourni à Bâle dans ce but, en 1531. Or, pendant le séjour de Vésale, un certain Jacob Karrer fut exécuté et Vésale obtint que le corps du supplicié lui serait remis. Pendant plusieurs jours, le maître fît aux élèves, le scalpel à la main, la démonstration de 1 anatomie humaine, et, quand la dissection fut achevée, il prépara le squelette : Arlis el induslriœ suce specimen, dit l’inscription, puis il en fît don à l’université.

Les planches anatomiques et les deux volumes d’anatomie, en un mot, l’œuvre de Vésale, après la publication desquels Charles- Quint le fît venir à sa cour, produisirent une révolution scientifique. Les anatomistes cherchèrent, ou bien à suivre la route que Vésale leur avait tracée, ou, au contraire, défendirent ce qu’ils appelaient les droits de Galien. Puteus soutenait que les planches de Vésale ne sont pas exactes; il en fut de môme pour Dryander, professeur à Marbourg, partisan outré de Mondini. Rcmar([uez, messieurs, que c’étaient généralement les jeunes, et ils avaient raison, qui comprenaient l’élan donné par Vésale; ils adoptaient

,l().Si;i>ll-AMi\ANI)KK LAUUULlUi.NK

ses i(lé(‘s eL applaiidissaiciit., tandis (pie les vieux j^al(*iiisles, comme Jacques Dubois, cuviaienl ou yémissaieut, et cliercliaieul à empèclier la vérité d’apparaître au jour.

Pour (Hre impartial, ou doit reconnaître que Vésale a suivi les vrais principes anatomiques en disséquant, comme l’avait fait Galien, sans ouvrir simplement les corps, à l’exemple de Mondini. On doit répéter bien haut que Vésale a mis l’observation de la nature au-dessus de l’autorité dogmatique ancienne. Mais il faut dire aussi que les découvertes de Vésale ne sont ni extrêmement nombreuses ni de premier ordre. Son traité renferme des erreurs; toutefois, il est injuste de prétendre qu’il ne présente qu’une édition revue et corrigée de Galien, avec de belles figures. En résumé, c’est une œuvre des plus remarquables.

Je dois encore vous prévenir qu’il faudra vous tenir en garde contre les enthousiastes sans mesure de Vésale. Ainsi Burggraeve de Gand attribue, même récemment, à Vésale des opinions erronées, des découvertes qu’il n’a pas faites, ne lui accordant pas toujours celles qui lui appartiennent. Le texte de Vésale est parfois peu conforme aux déductions du biographe. J’ai hâte de conclure que Vésale a trop bien mérité de la postérité pour que ces brèves remarques nous empêchent de reconnaître qu’il a été un des plus grands anatomistes. Il y a peu de jours encore, parcourant, avec M. le professeur Sappey, le De humani corporis fahvica, nous étions dans l’admiration en présence des figures qui l’enrichissent et nous constations qu’elles avaient été faites sur nature humaine, souvent par de très habiles artistes.

A la suite de Vésale, je veux vous parler de Gabriel Fallope, de Barthélemy Eustache et de Mathieu Colombo.

Fallope, de son nom de famille Gabrielle Fallopio, était né à Modène, en 'lü23, et non en 1490, comme le dit Tomasini. Les détails sur sa vie sont peu nombreux. Fallope fit une grande partie de ses études médicales avec Antonio Musa Brassavola, à Ferrare. Borsetti enregistre Fallopia parmi les professeurs ipii enseignaient à Ferrare en 1548; il avait alors vingt-cinq ans. On croit généralement qu’il professait l’anatomie, mais Zaffarini écrit ([u’il interprétait Dioscoride. H quitta Ferrare et alla posséder un canonicat dans sa patrie. S’il n’y a jias d’erreur dans la chroni([ue de Lancelloti, il avait cette po.ssession quand il disséquait des cadavres à Fisc. Fallope, après trois années passées à Fisc, se rendit à Fadoue, vers la fin de septembre 1551. 11 enseignait

AXATOMISTF.S ANCIF.NS

à la fois raiiatoniie, la chirurgie cl la botanique, ou, comme l’on (lisait alors, « les simples ». On l’a fait voyager, avec des ambassadeurs vénitiens, en Italie, en France et aussi en Grèce. 11 mourut très jeune à Padoue, le 9 octobre 1562, n’ayant que trente-neuf ans. Tous les historiens s’accordent pour lui reconnaître une grande modestie et un talent hors ligne. 11 parlait simplement de ses travaux et avec admiration de ceux de Vésale; quand il a dû combattre les opinions de celui qu’il proclamait son maître, il l’a fait avec une modération parfaite et de même pour les contemporains.

Fallope a-t-il été l’élève de Vésale, comme on le dit presque toujours? Haller en doutait et il est certain que, Vésale ayant

quitté Padoue et l’Italie en 1544, Fallope ne put voir les démonstrations de l’anatomiste belge ni entendre ses leçons. Néanmoins Fallope est disciple de Vésale et se disait tel, par la complète et consciencieuse étude qu’il avait faite des œuvres du célèbre anatomiste.

Gabriel Fallope a été praticien distingué, botaniste instruit ; mais sa célébrité comme anatomiste efface tous ses autres mérites. Haller a dit de lui ; Ccindidus vir .. magniis inventor, et de son livre : eximium opiis et oui nullnin priorum comparari polesl. L’ouvrage de Fallope est donc un Ubellus eximius, nni'eus ; celui de Vésale restant un opus majus. Fallope doit être placé plus haut que Vésale; si sa renommée a été moindre, son mérite est cependant supérieur.

Les découvertes anatomiques de Fallope sont considérables. Vous en trouverez une énumération comparative dans Sprengel (Histoire de la médecine, t. IV, p. 15-84, trad. Jourdan, 181.5). Je me bornerai à vous dire que le premier il a observé les os du fœtus, les diverses épiphyses; qu’il a décrit, mieux que ses prédécesseurs, l’oreille moyenne et interne : vous connaissez dans le rocher l’aqueduc de Fallope. 11 a insisté sur la configuration de l’ethmoïde, du sphénoïde, sur les cavités alvéolaires des dents. Il a découvert ou précisé un grand nombre de muscles et poursuivi le trajet des veines et des artères.

Fallope a bien vu, le premier, que la veine ombilicale était unique : il a fait connaître le volume et l’importance du canal artériel. Il décrivit, mieux f[ue Vésale, l’artère carotide et montra qu’elle ne s’ouvrait pas dans les veines de la duromère; de jilus, il rectifia l’erreur de Vésale en faisant voir rpie l’aT'Ière

.(OSF,PlI-AI,r,.\ANnRF: LAnnULUlCNF,

voi t(''l)iale s’introduit dans le crâne par le trou occipital. Il connut tous les nerls de l’œil et beaucoup rl’autres, il parla j)our la première fois du ^losso-pliaryn<,n'en. Le lig-ament (pii va de l’épine autel leure de I os coxal a la symphyse pubienne a reçu son nom. La splanchnologie lui doit beaucoup : les tuniques internes de l’œ-sophag-e, de l’estomac et des intestins, les valvules conniventes, les conduits de la bile et de l’urine. Fallope fit bien connaître les vésicules séminales, les organes génitaux féminins, surtout les trompes, lUerl tubœ, et les ligaments ronds. C’est encore lui qui a décrit les conduits lacrymaux, le canal nasal, etc., etc.

Gabriel Fallope est le premier de tous les anatomistes du XVI® siècle.

Eustache ou Bartholomeo Eustachi naquit à San Severino dans la marche d’Ancône, au commencement du xvi® siècle. Étudiant en médecine à Rome, il surpassa tous ses condisciples; entraîné par son goût pour l’anatomie, il s’y livrait avec ardeur et fit des découvertes. Nommé professeur à l’école, où peu de temps auparavant il était élève, il enseignait brillamment ; puis il fut médecin du cardinal d’Urbine qui devint pape. Eustachi mourut en 1570.

Vésale redoutait beaucoup les critiques d’Eustache, et, cependant, ce dernier savait moins que lui s’affranchir des erreurs galéniques; il cherchait à concilier ses connaissances anatomiques positives avec les dires du médecin de Pergame. Eustache se défie trop de ce que ses y(îux et sa raison lui montraient, il sacrifie trop souvent sa propre conviction à l’autorité de Galien. On doit à Eustachi d’avoir appliqué l’étude de l’organisation des animau.x à celle de l’homme et il comprit les ressources de l’anatomie pathologique pour éclairer l’anatomie et la physiologie normales.

Les principales recherches d’Eustachi ont été faites sur les reins qu’il étudia aux différents âges et sur divers animaux relativement à l’homme. La comparaison de leur état sain et de leur état morbide lui permit de mieux en pénétrer l’organisation. Il a vu les calculs du bassinet et aussi de petits abcès à la surface de l’organe, il les nomme tubercules purulents. Son livre sur les dents montre la sagacité d un habile anatomiste; il avait observé les germes des dents chez le fœtus ainsi cpie la double rangée correspondant à la première et à la seconde dentition. Eustachi a tracé une histoire fort complète du développement des dents chez 1 homme et chez le jeune bouc. Les recherches sur l’organe

ANATOMISTES ANCIENS

(le l’ouïe sont, remarquables et Eustache rapporte à Alcma'oii la (h'couverle des trompes auxquelles on a plus lard donné son nom.

Plusieurs os ont été supérieurement décrits par Eustaclii, d’autres le sont d’après (lalien ; il a bien vu la veine azygos et découvert le canal thoracique. 11 représente la valvule de la veine cave inférieure nommée d’après lui, mais que Sylvius avait aperçue et fait connaître auparavant.

Colombus ou Matteo Realdo Colombo, de Crémone, pratiqua d’abord la pharmacie ; il étudia ensuite la chirurgie avec Palazzi et devint enfin l’élève etle prosecteur de Vésale. Ce fut Colombo qui lui succéda dans la chaire de Padoue. Après six années de succès dans l’enseignement, il vint à Pise en 1540, puis à Rome, où le pape Paul IV l’avait appelé. Colombo mourut en 1559, ainsi que l’atteste une dédicace de ses fils clans l’ouvrage posthume de leur père ; Haller place donc à tort la mort de Colombo en 1577.

.Après avoir été l’ami de Vésale, Colombo le criticpia durement, relevant des erreurs qui n’existaient pas, s’attribuant des découvertes qu’il n’avait point faites; un ton de suffisance, une présomption outrée déparent ses œuvres. Colombo était néanmoins un habile anatomiste, précis, décrivant avec beaucoup d’ordre et de méthode, et cjui avait praticpié des vivisections nombreuses sur les animau.x.

Colombus a connu les vaisseau.x nourriciers des os; il a pnicisé la configuration des osselets de l’ouïe, la disposition des vertèbres. Il indique les ventricules laryngés, les muscles pyramidaux du nez, sourciliers, génio-glosses. Son titre de gloire est de s’ètre occupé et d’avoir poursuivi l’étude de la circulation pulmonaire ou petite circulation.

Il faut actuellement que je vous renseigne sur \ arole, Cannanus, Ingrassia, Arantius, Coiter et Fabrice d’Aquapendenle.

Varole ou Costanliuo Varoli était de Bologne, où il naquit en 1543. Devenu professeur de chirurgie et d’anatomie, il donnait les {)lus grandes espérances et avait acrpiis de la célébrité. Le pape Grésroire XIII le fit venir à Rome pour être son premi(*r médecin. C’est dans cette ville, que mourut \ arole, agi* seulemcul d(; trente-deux ans, en 1575.

•lO.SRPH-ALKXANDnR LAHniTIjJKNn:

Gel anatomiste avait publié une lettre sur les nerfs optiques dans laquelle il donnait une nouvelle méthode pour la dissection du cerveau en commençant par la hase; il y faisait connaître aussi plusieurs détails de structure qui ont valu à la protubérance le nom de pont de Varole. Le principal ouvrage de Costantino \ aroli n a paru que long-temps après sa mort.

Cannanus ou Giambattista Canano o fianani, dont le nom se rattache aux premières notions sur les valvules des veines, est né à Ferrare, en IbJb. 11 professa l’anatomie avec succès et pratiqua habilement la chirurg-ie. Médecin du duc Alphonse II, archnitre du pape Jules III, Canani mourut dans sa ville natale', en J(i78, dans sa soixante-troisième année.

En suivant l’impulsion de Vésale, Canani découvrit, dès Io47 les valvules des veines, azyg-os, rénales et iliaques primitives’ ainsi que nous l’apprennent Jean-Rodrigue Amato (Amatus Lusitanns)etFalIope.De plus, Canani est l’auteur d’un livre fameux sur la représentation anatomique des muscles du corps humain et dont la rareté est des plus grandes. Le palmaire grêle est désigné comme muscle de Cannanus, qui a connu le fléchisseur sublime et ses cinq portions tendineuses. Je vous reparlerai du livre si rare de Canani.

Ingrassia ou Gianfilipo Ingrassia, né à Rachalbuto, près Pa-

étudier à Padoueet fut reçu docteur en lo3/. Sa réputation le fit appeler à Naples, où il occupa les chaires de médecine théorique et pratique et d’anatomie. Son succès ut très grand, mais l’amour du pays natal entraîna Ingrassia à- I alerme, en 1560, et il rendit les plus grands services à ses concitoyens, principalement quand la Sicile fut ravagée par la peste Ingrassia mourut en 1580, âgé de soi.xantc-dix ans.

L’ostéologie et les organes des sens ont été surtout étudiés par Ingrassia, très exact, très minutieux dans ses descriptions; il s attache aux plus petits détails. L’étrier et les osselets de l’ouïe, es apophyses du sphénoïde et des os du crâne, réchancrure de atlas pour le passage de l’artère vertébrale l’ont occupé spécialement. II s’est refusé à admettre un os dans les parois charnues dn cœur.

Arantnis ou Giulio Aranzio o Aranzi était né à RoIo<nie en

ANATOMISTES ANCIENS

2(io

l')30 et il y est mort le 7 avril loHD.Aranzi eut pour maître sou oncle Barthélemy Mag-g-i etaussi ^^''salcà Padoue. H étudia l’aiiatomic avec ardeur ; à vingt-sept ans, il occupa la chaire de médecine et pendant plus de trente ans il enseigna l’anatomie et la chirurgie, La mort d’Aranzi fut regardée par ses concitoyens comme un deuil public.

Le principal ouvrage d’Aranzi sur l’anatomie du fœtus et ses observations anatomiques renferme des découvertes importantes; avec Colombo, il est un des premiers qui aient décrit la matrice à l’état de grossesse ; il connut les artères et les veines utérines, ainsi que les vaisseaux composant le cordon ombilical. Aranzi a précisé les différences du cœur du fœtus, comparé avec celui de l’adulte, les dispositions du canal artériel, du trou ovale et de sa valvule, la communication de la veine ombilicale avec la veine porte. En myologie, Aranzi, élève de Maggi, découvrit, vers lo4-8, et avant Fallope (luo3), le releveur de la paupière supérieure ; il décrivit le coraco-brachial, l’extenseur propre de l’index, l’obturateur externe, etc. Aranzi fit connaître les petits nodules placés au milieu du rebord des valvules sigmoïdes et qui portent son nom; il prouva, contre Vésale, que les diamètres de l’œil ne sont pas égaux. Enfin, il affirma qu’il n’existe point de communication entre le ventricule droit et le ventricule gauche, et que le sang porté au cœur devait prendre la voie de l’artère pulmonaire; mais il ne sut pas conclure, « trouvant là un mystère impénétrable ».

Loiter, Volcher ou Volcard, est trop peu cité, malgré son mérite. Xé à Groningue, en Hollande, en 1534, il commença ses études dans cette ville, puis parcourut les universités les plus célèbres de son temps, en Allemagne, en France, en Italie. Il fut élève de Fallope, d’Eustache ; il eut pour amisRondelet et Aldrovande. Il vint à Nuremberg et y séjourna, puis se fit médecin militaire. 11 mourut, les uns disent en 1380, d’autres en 1600. •Anatomiste vraiment distingué, il contribua, par la découvert»' de plusieurs muscles, par des observations sur la formation des os, leur accroissement, leur différence de structure chez l’enfant et chez l’adulte, aux progrès de la science. Ses ouvrages sont accompagnés de planches.

[*'abriceou Girolamo Fabrizio d’Aquapendente, né en 1 53 7 , ('tait

.lO.SF.PIl-AI.EVANDIXR I^AHOI'I.BKXR

d’uiK' fîimillp noble, mais peu rorlunée. Il (“tiulia avec Fallope, (‘t à la mort de cc dernier, il fut chargé de dénionslrations atiatomiques tant, que la chaire serait vacante. Lettré, d’un esprit vif et doué d’une grande mémoire, Fabrice professa l’anatomie et la chirurgie; il fut fait citoyen de Fadoue, chevalier de Saint-Marc et obtint, en 1504, la construction d’un vaste théâtre anatomique. Fabrizio attirait à Padoue tous ceux qui voulaient s’instruire en anatomie ; Harvey s’est formé à ses leçons, Fabrice avait le soin d’examiner à la fois les organes du corps humain et ceux correspondants des animaux, pour déterminer ce qu’il y avait de commun dans toutes les espèces et les différences qui les distinguaient. Ce n’était plus la connaissance des parties des animaux suppléant à celles du cadavre humain, comme l’avait fait Galien, c’était l’anatomie comparée. Fabrice d’Aquapendente mourut à < Padoue, le 21 mai 1619, laissant à une nièce sa fortune qui s’élevait à 200.000 ducats. ■

Fabrizio avait beaucoup disséqué, mais il n’a écrit qu’à un âs^e ■ assez avancé et n’a pas tiré tout le profit qu’il aurait pu de ses '

dissections. Son ouvrage le plus remarquable : Sur les valvules i

des A^eines, est accompagné d’excellentes figures ; mais il leur | assigne pour usage de s’opposer à la congestion des A'iscères. Il | ne connut pas leur rôle véritable, qui est de faAoriser le retour du sang A^ers le cœur. La découverte de la circulation générale ou grande circulation appartient à un de ses élèves, venu d’Angleterre, William HarAœy.

J’ai abrégé, autant que possible, dans cette énumération incomplète d’hommes célèbres, les détails si multipliés de leur vie et de leurs œuvres. J’essaierai de les compléter, en m’occupant bientôt de la bibliographie. Ce que je AÛens de vous dire vous démontrera que la renaissance anatomique a eu lieu en Italie, que 1 étude du corps de l’homme a été faite aAœc ardeur dans les écoles de Bologne, de Padoue, de Ferrare, de Pavie, de Milan, de Plaisance, qui ont brillé d’un vif éclat.

Le mouvement scientifique de ces écoles italiennes, qui attirait tous les savants étrangers, ainsi Vésale, .\matus Lusitanus, llai’Aœy, n’a d’égal dans l’histoire que celui des premiers temps de l’école alexandrine, et je tiens à vous faire remarquer et rapprocher CCS deux mémorables époques.

J aurai soin de vous montrer plus tard les LÎA’res A'édiques et

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arislotcliqiies, de vous donner aussi des rcnsei^neinenls tirés des auteurs concordants qui citent des ouvrages perdus, par exemple ceux des Alexandrins. Actuellement, j’ai fait préparer et placi'r sous vos yeux des richesses bihliographiqucs à partir de Mundinus. Je vous signalerai encore de rares ouvrages que notre bibliothèque ne possède pas.

Vous trouverez dans le Reperiorium bibliographicwn les indications suivantes :

Anathomia Miulini emedata p (per) doctore Melcrstat (versus). Martinus Alellerstat (sic) medicus (sine loci, anni et typographi nominibus). (Lipsiæ), in-4.

Achille Chercau cite Veclitio princeps suivante :

An atomia Mundini a capite iisque ad pedes. Venise, 1478, in-4; id.

Nous possédons l’incunable que voici, n" 6520 de notre bibliothèque :

Anathomia Mundini. Vencliis, per Johannem et Gregoriu de Gregoriis fratres, l.o00, in-4 gothique.

Mundinus a eu beaucoup de commentateurs, entre autres Arnaud de Villeneuve, Carcano, Curtius de Paddue, Ketham, Gentilis ou Gentile da Foligno, Beranger de Garpi, etc. Voici quelipies belles éditions :

.\nothomia (sic) Mundini praestanti.ssimorum doctorura almi studii Ticiensis cura diligentissime emendata : impressa Papiae per magi.strum Antonium de Cai'cano. Bologne, 1478, die 19 Decemhris, in-folio.

Anatoinia totius corporis humani. In Jo. de Ketham Fasciculo medicinæ. Venise, 149.5 ; 1500, in-folio ; 1522, in-folio.

Anatomia emendata per Mart. (Pollichium) Mcllerstat. Accedit Gentilis de Fulgineo additio, quie est reprobatio aliquorum dictoruin .Mundini in anatomia pi'escripta. Leipzig, 1.505, in-4; Strasbourg, 1509, in-4; Pavie, 1512, in-4.

flet in-folio à caractères gothiques renferme l’ouvrage de Zerbi :

.lOSFIMI-AlJ'.XANORr, r.AliOOIJJKNK

Liber Anatomie (sic) corporis luimani et siii^’uloriim membroriim illius. Venise, 1502, in-folio.

Voici les Ciommcntaires de Berenj^-er de Carpi et PlsagOi^e :

Commentaria cuni amplissimis aclditionibus .super anatomiam .Mun- (lini, una cum textu ejusdem in pristinum etverum nitorem redacto. lîolog-ne, 1521, in-4 ; ibid., 1552, in-4, avec planches.

Isag-og-æ brèves perlucidæ, ac (sic) uberrimæ in anatomiam luimani corporis, etc. Bolog-ne, 1522, in-4.

I.e premier ouvrag-e renferme des observations d’altérations palliolog-ifpies et de monstruosités, b» dernier est exclusivement anatomique.

Je vous sig-nale ce volume in-4, contenant l’Anatomie de Nicolas Massa :

Anatomiæ liber Introductorivs, in quo quampliirlmæ partes, actiones atque iitilitates humani corporis nunc primum manifestantur, qua* à cæteris tam veteribiis, qiiam recentioribus prætermissa fuerant. Venise, 1536, in-4.

Une autre édition a paru à Venise avec un titre seul nouveau, en 1559.

J’ai choisi dans les écrits de Jacques Dubois, ou Sylvius, le Livre contre Vésale et des Commentaires sur Hippocrate et Galien ;

^ esani cujusdam calumniarum in Hippocratis Galenique rem anatomicam depulsio. Paris, 1551, in-<S.

In Hippocratis et Galeni physiolog’iæ partem anatomicam Isag'O^c... Paris, 1560, in-8.

Commentariiis in Galeni libellum de Ossibus. Paris, 1561, in-8.

L’œuvre mag’istrale de Vésale renferme d’admirables lig’ures. Vous en avez sous les yeux quelques parties, ainsi que la lettre à Fa 11 ope ;

Andreæ Vesalii de corporis humani fabricâ librorum Epitomc. Bàle.

1542, in-folio, avec des planches très belles.

De humani corporis labricà libri septem. Bàle, 1543, avec de très belles tig'ures yravées sur bois.

A X A ro M I s r us ax c [ kn s

Voici égalemeiil rédilion de ISo"). Bocrliaave recommande l’étlition de I3àlc de lo43, pour les planches, el celle de loîlo pour le texte, corrigé par Vésale.

Anatomicarum (îabrlclis Fallopii observationiim examen. Madrid, 1361, in-4.

Andreæ Vesalii, invictis.simi Caroli V imperatoris medici, opéra omnia anatoniica etchiriirgica ; ciirâ llermanni Boerhaave et Bernhardi Siegfried Albini. Levde, 1723, 2 vol. in-folio, avec de très bonnes figures gravées sur cuivre et un portrait de Vésale.

(le petit iu-8 est le livre d’or, opus exhnius, de Gabriel Fallope, suivi des volumes in-folio donnés après sa mort par ses élèves :

Observatloiies anatomicæ. Venise, 1631, in-8.

Gabrielis Fallopii opéra genuina omnia, tam practica quam theorica, in très tomos distributa. Venise, 1384, in-folio ; autre édition, Francfort, 1600, in-folio ; et cum operum appendice, ibid., 1600.

(l’est dans le tome III des Œuvres posthumes, chapitre xiv. De tiimoribiis, que se trouve le passage contesté, où Fallope s’occupe des poisons au sujet de la douleur et des moyens de la calmer. Le duc de Toscane livrait-il aux médecins des condamnés à mort sur lesquels ils essayaient l’effet des poisons et de leurs antidotes, ou qu’ils tuaient à leur manière pour les disséquer ensuite? On fait dire à Fallope : « En pareille circonstance, je fis avaler deux drachmes d’opium (environ huit grammes) à un

homme qui avait une fièvre quarte ; l’accès qui survint arrêta l’effet du poison. Ce malheureux, qui se félicitait d’avoir échappé au danger, me demanda une seconde dose, en me suppliant d’intercéder auprès du prince pour lui obtenir sa grâce, s’il ne mourait pas sous l’action de la drogue qu’il allait avaler. Je lui donnai donc encore deux drachmes d’opium ; mais il mourut et je le disséquai. »

Les écrivains contemporains et suivants ont juge sévèrement les expériences de Pise, que d’autres, comme Tiraboschi, ont niées. Mais on doit convenir qu’un grand nombre de faits semblables ont eu lieu même avant Fallope ; son maître, Antoine Musa Brassavole, chaque Ibisqu’il employait un remède nouveau, l’essayait iii scelevülü hoiniiie, c’est-à-dire sur un condamné à

mort. Oïl accordait la vie aux malheureux soumis à ces chanceuses épreuves; l’arseuic, le sublimé corrosif, l’aconit, l’opium, divers venins ont été ainsi essayés sur des victimes expiatoires. On vit, plus tard, .Vmbroise Paré faire l’essai sur « quelque coquin qui avait i'aig'né le pendre » d’un remède venu d’Espaçne et offert à fiharles IX comme le plus puissant antidote connu. On donna une forte dose de sublimé à un condamné, ([ui succomba dans des souffrances atroces, malgré l’antidote, en regrettant « n’estre pas mort à la potence ». Il n’est pas impossible qu’au temps de Fallope le célèbre anatomiste, comme plusieurs autres, ait suivi les errements de son siècle, sur lequel le professeur A. Oorradi vient de publier, au mois d’août dernier, une curieuse étude relative aux expériences toxicologiques faites in anima nobili.

Vous avez sous les yeux les principaux traités anatomiques d’Eustachi et de Colombo :

De renibiis libellas. Venise, 1563, in-ÂP.

De dentibus libellas. Venise, 1563, in-4o.

Ces deux livres, réunis avec d’autres, parurent une année après sous ce titre :

Upascala anatoraica, nempe de renam stractara, officio et adininistratione; de aadita organo; ossiam examen; de mota capitis; de vena qaæ azygos dicitar, et de alia qaae inflexa brachii coniinanem profandam prodacit; de dentibas. Venise, 1564, in-4'>; Venise, 1574, in-4«, cam annotationibas Fini; Leyde, 1707, in-S»; édition de Boerbaave, Delphis (Delft), 1726, in-8“.

Les planches anatomiques d’Eustachi ont été publiées par les soins de Lancisi ;

labalce analomiCce clarissimi viri Bartholomtei Eastachii qaas e tenebris tandem vindicatas et Clementis Papée XI manificentia dono acceptas prccfatione ac notis illastravit loh. Maria Lancisias. Borne, 1714, in-folio.

Bealdi Colvmbi Crenionensis, De rc anatomica libri 15. Venise, 1550, in-folio; Paris, 1562, in-8“.

La lettre de Constantin Varole sur les Nerfs optiques, etc., a pour titre ;

ANATOMISTICS ANCIENS '11 1

Do nervis opllcis nonnullisqiic aliis pnoler coininuneni opinioncni in hiunano capite obsorvatis cpistola. Padoue, 1572, in-8“.

Son principal ouvrage, (jiie voici, n’a paru qu’assez longtemps après sa mort :

De resolutionc corporis humanl libri quatuor. Francfort, 151)1, ln-<S°.

Un des livres les plus rares est l’ouvrage de Gannanus ou Canani sur les muscles; la Faculté ne le possède point dans sa bibliothèque :

■Muscnlorum humani corporis picturum clisscctio per J. -B. Cannanuni, Ferraricnsum medicum, in Barthol. Nigrosoli, Ferrar. patricii gratiain mine primum in liicein édita. Sans date, in-4“, avec 27 planches gravées sur cuivre.

Voici les renseignements les plus récents que je puis vous fournir, d’après A. Corradi {Tre lettere d'illusLri. anatoitiici ciel chiquecento, in Annali universali di mediciiia e chirurgia, vol. 265, Milano, 1883), sur le traité de Canani.

Haller se procura deux exemplaires du précieux ouvrage. Morgagni affirmait que la bibliothèque du roi de Pologne en possédait aussi un exemplaire. Un autre exemplaire pouvait être consulté dans la bibliothèque de Dresde, quand parut le premier volume de la Bibliutfieca analoniica, en 1774. C’est sur ce dernier que Clioulant fit la description qu’il a insérée dans Geschicliie und Bibliographie der aiiaLomischen Abbildimg; il pensait que l’ouvrage n’avait plus que trois ou quatre spécimens complets. Cependant, il devait en exister un plus grand nombre, si l’on se remet en mémoire que, vers la fin du siècle dernier. Natale Saliceti en possédait un. On en pouvait voir un autre chez l’ainé des Caldani, à Padoue, et trois autres se trouvaient à Ferrare.

Aujourd’hui, les plus récents ouvrages de bibliographie disent qu’il n’existe plus que deux ou trois exemplaires de l’ouvrage de Canani : bibliothèque de Ferrare, bibliothèque de l’Université de Pavie, bibliothèque de Dresde, il est cependant certain qu’un e.xemplaire complet se trouve dans la bibliothèque de l’Université de Padoue.

Ces volumes vous offrent les travaux anatomiques d’ingrassia, d’Arantius et de Coiter :

lii (Jaleni libriiin de ossibus doctissinia et c.\pcrti.s.sinui conuncntaiia.

JOSKl'Il-ALICXANDlUi: l.AHOULBÈ.NK

Nuiic priiiuim sedulo in lucein cdilii, et apte naluratn iiniUiiitihus iconibus Insig-nita. (Juihiis appositus est græcus Galeni contcxtus : una ciim novâ et fidcli ejiisdcm Ingrassiæ in latinum versione, Païenne, 1Ü03, in-folio; Venise, 1()Ü4, in-folio.

Les deux principaux traités d’Arantius sont :

De luunano fœtii opiisculuin. Rome, 1654, in-8®; Venise, 1571, in-D; Belle, 1579, in-8o.

Observationcs anatoinicai. Bàlc, 1579, in-8®, avec l’ouvrag-c précédent, Venise, 1587, in-4°; ibid., 1595, in-4“.

Remarquez parmi les ouvrages de Coi ter :

De ossibus et cartilaginibiis corporis humani tabulæ. Bologne, 1566, in-folio.

Coitri externanim et internarum corporis humani partium tabula* atque anatomicæ exercitationes observationesque variæ, novis, diversis, ac artificiosissimis figuris illustratæ. Nuremberg, 1573, infolio; Louvain, 1653, in-folio.

Externarum et internarum principalium humani corporis pai-tiuin tabulæ, atque anatomicæ exercitationes, observationesque varia*, diversis ac artificiosissimis figuris illustratæ. Nuremberg, 1575, in-folio; Louvain, 1653, in-folio.

Enfin, je dois vous faire admirer tous ces in-folio, relatifs à

Fabrice d’Aquapendente :

De visione, voce, auditu tractatus. Venise, 1600, in-folio.

De formate fœtu. Padoue, 1600, in-folio.

De venarum ostiolis liber. Padoue, 1603, in-folio.

De locutione etejus instrumentis tractatus. Venise, 1603, in-4°.

Hieronymi Fabricii ab Aquapendente opéra omnia anatoinica et phvsiologica, hactenus variis locis et formis édita, nunc vero certo ordine digesta, et in unum volumen redacta. Accessit inde.x l'eruin et verborum, cum præfatione lohann. Bohnii. Leipzig, 1()87, in-folio, avec figures.

Le premier de ces volumes a paru en 1600 et le dernier a été publie eu 1687. En suivant une rigoureuse chronologie, ils dateraient du xvii® siècle; mais je vous ferai observer qu’en médecine, comme pour les sciences et les arts, la division séculaire ne saurait être eu rapport absolu, mathématique, avec les limites

ANATOMISTKS ANCIENS

d’un siècle ordinaire. On doit considérer, à mon avis, le xvi' siècle anatomique, commençant vers 1480 par les essais féconds d’anatomie humaine, atteignant son apogée avec Vésale et Fallope, se poursuivant jusqu’à la découverte de la circulation sanguine. Il est exact de dire : Siècle de Vésale et de Fallope ; c’est une époque néanmoins plutôt qu’un siècle.

Lorsque j’ai feuilleté, il y a un moment, le traité de Vésale, vous avez vu les belles figures qu’il renferme. Quelques mots sur les représentations diverses du corps humain, sur l’histoire des figures anatomiques, vous intéresseront et deviendront un complément de la bibliographie.

Je vous ai fait observer qu’Aristote avait donné des images d’histoire naturelle. Une pierre gravée, dont l’antiquité paraît certaine, représente un vieillard assis devant un squelette; Blunienbach a placé cette figure en tête de son histoire des os.

On a trouvé dans des fouilles pratiquées sur l’emplacement d’une villa ayant appartenu à Antonius Musa, médecin d’Auguste, une image en marbre des viscères thoraciques et abdominaux, actuellement au musée du Vatican et sur laquelle mon collègue M. le professeur Charcot et le regretté Dechambre ont appelé l’attention (Musée du Vatican, n° 806, Gazelle hebdomadaire de mexlecine el de chirurgie, n°* 25, 27 et 30, 1857). Quoique placés dans un thorax et un abdomen humains, ces viscères ne sont pas ceux de l’homme, mais du singe; le cœur est dirigé verticalement, occupant la ligne médiane, la pointe atteignant à peine le diaphragme. En un mot, c’est le cœur décrit par Galien aux premiers siècles de notre ère.

On cite quatre tableaux anatomiques employés par Bertruccius qui vivait à Bologne vers 1250, et dans le petit traité de Jean de Ketham, publié en 1495, on voit, parmi de nombreuses gravures, une véritable séance anatomique, avec professeur en chaire, opérateur disséquant, démonstrateur, et six élèves autour d’un cadavre d’homme placé sur une table.

Le Compendium philosophiœ naluralis de Jehan Peylick, infolio paru à Leipzig en 1499, contient des gravures peu exactes des organes de la tête, du thorax et de l’abdomen ; ÏÀnlhrnpologiam de Magnus llundt renferme des planches vraiment bar-

.1 0 s K IM I - A L K X A N ü J UC L A 1 $ O U L H K N E

bares; laïuiis ([iie le Miroir de la médecine (en liollandais) de Lawrens Pliryesen, qui date de lbl8, offre (Jes fi'jures assez remarquables.

Je vous signalerai d’une manière toute spéciale les quatorze miniatures anatomiques à l’aide des(|uelles Henri de Mondeville, cliirurgien de Philippe le Bel, enseignait en 1300 l’anatomie à ses élèves. Ces miniatures, que vous pourrez voir à la Bibliothèque nationale (fonds Colbert, n° 2030), n’ont qu’une médiocre valeur, car leur dimension est si exiguë que l’artiste n’a pu y exprimer nettement les détails. Toutefois, ces figures nous montrent l’état de l’instruction anatomique à Paris, il y a six cents ans. 11 est probable que II. de Mondeville en avait de plus grandes et de plus nettes pour ses démonstrations publiques. La tentative du chirurgien du roi, louée par Guy de Chauliac, est des plus intéressantes, car pendant le moyeu âge les médecins ne se souciaient pas des figures anatomiques; leurs connaissances venaient des Arabes qui redoutaient l’ouverture des cadavres. Les médecinschirurgiens d’alors se servaient des expressions arabes pour désigner les organes : imjrach pour le bas-ventre, sijphac pour le péritoine, zirbiis pour l’épiploon, canna pour la trachée-artère, merij pour l’œsophage, etc. ; les descriptions elles-mêmes, faites dans leurs ouvrages, sont inférieures, vous le savez, à l’anatomie galénique. Mundinus a commencé, sans dessins, à répandre son ouvrage en 1316. La représentation anatomique était donc chose rare à ce moment où les miniaturistes et enlumineurs habiles ne manquaient pas.

Léonard de Vinci, Michel-Ange, ami de Colombo, Raphaël ont laissé de magnifiques dessins anatomiques, mais dont les médecins ne profitaient pas. Il y a plus, les productions de ces peintres sublimes, exagérant le côté artistique, ne servaient pas la science. C’est Berengario de Carpi qui a cherché ses modèles dans la nature, sans exagération artistique ou dramatique. Ses planches gravées à Bologne en 1521, représentant les muscles de 1 abdomen, les veines des bras et de la cuisse, l’utérus, sont assez exactes; néanmoins Berengario, eu rapports continuels avec les artistes, se laisse trop souvent entraîner vers l’idéalité. Après les planches de Berenger de Carpi, parues en 1521 et puis en 1523 dans son Isagoge, il faut signaler les douze planches d’Ana-

ANATOMISTKS ANCIKNS

loinie tle la (ète, de Jean Eiclimann ou Dryander, recteur de 1 académie de Marbour^'; plus, quatre autres relatives au thorax, aux poumons et au cœur, données en 1586 et 1537.

\ ésale avait préparé les figures de ses six grandes planches dues en grande partie à son compatriote Jean de Calcar. Celuici était venu à Venise suivre l’école du Titien et il dut plusieurs fois se rendre à Padoue pour dessiner les squelettes ainsi que les figures d’hommes et de femmes de l’Isagoge. Calcar était du duché de Clèves comme Wesel ; les deux Flamands, l’un anatomiste, l’autre dessinateur et peintre, s’étaient liés d’amitié. Johannes Stephanus Calcarensis, appelé aussi Hans van Kalkaer, et Giovanni biammingo ou encore Giovanni di Calcare, cessa de dessiner vers 1539 et, en 1540, il fit l’admirable portrait de \ ésale, qui est au Louvre et dont je vous ai parlé. Johannes Stephanus mourut jeune, à Naples.

Les six grandes planches de Vésale, imprimées d’un seul c(Mé, sans numéro d’ordre et dont la plus haute figure mesure 43 centimètres, sont rarissimes; elles n’existent point, à ma connaissance, à Paris. Elles ont paru en 1538 à Venise et n’ont pas été mises plus tard telles quelles, ou en d’autres termes reproduites, dans les ouvrages de Vésale ; le De liumani covporis fabrica et son Epitome. Ces admirables planches, malgré les privilèges de l’Empereur, du roi de France et de la République vénitienne, ont été l’objet de contrefaçons nombreuses, ainsi que le témoigne la lettre de Vésale, écrite en septembre 1542, à Oporin, son ami, professeur de langue grecque et imprimeur à Bâle.

Les contrefaçons qui ont surgi à Augsbourg, à Cologne, à Strasbourg, etc. sont évidentes. Dryander en 1541, à Marbourg, emprunte surtout à Berenger ou Garpus, et aussi à Vésale, les squelettes de face et de dos réduits à 13 centimètres de haut. Quant à RylF, Gaultier Hermann Byff, il a tout copié, n’étant [)as anatomiste et vivant de compilations; son ouvrage, paru en 1541 à Strasbourg et reproduit à Paris chez Christian Wechel, n’a rien d’original. Les belles grandes planches de Vésale, après avoir été pendant si longtemps reproduites par les anatomistes, ont servi de modèle aux artistes qui encore aujourd’hui les prennent pour modèles.

.Vndré Vésale, (ui s’élevant contre les anciens préjugés, en s’engageant dans une voie mjuvelle, peut être consich'ré, sinon

.lOSKPU-ALEXANDRE I.ABOULBÈNE

comme le créateur, du moins comme le propag-aleur ardent de riconographie anatomique. Les figures sur bois, dues à « plusieurs peintres et graveurs, dont il a fallu diriger avec vigilance la maiix et les idées », figures que Vésale envoyait de Padoue à Bâle et qui vinrent enrichir le De hiimani corporis fabricâ, ont fait époque dans les ouvrages d’anatomie. Celles de V Epilome sont encore plus belles, et la bibliothèque de l’Université de Louvain possède un exemplaire en vélin de l’anatomie de Vésale avec figures découpées et superposées. Notre bibliothèque vous offre aussi un exemplaire (n° 302 A du catalogue) où vous voyez, à la page SOo, des figures superposées que nous avons admirées avec M. le professeur Sappey. Dans l’édition précédente de 1543 (n“ 302), on trouve les mêmes figures, mais non superposées; elles sont placées à la suite de la page 312, sur une page 314, non numérotée.

Ouand Vésale vint en Espagne, on y enseignait l’anatomie sur des mannequins.

Loys Vassé ou Louis Wassæus, de Châlons-sur-Marne, n’a pas publié de planches ou figures, comme Chéreau l’a dit par erreur; il s’agit de tableaux anatomiques où sont rangées les descriptions galéniques des parties du corps humain. Il en est ainsi de Charles Estienne, qui appartenait à la famille célèbre des imprimeurs, et de Rivière (Paris, 1545, in-folio). C’est Thomas Gemini, chalcographie, qui, deux ans après l’apparition du grand ouvrage d’anatomie de Vésale, reproduit ses planches sur cuivre et se les approprie dans son ouvrage in-folio ; Compendiosa tolius anatomiœ delineaüo œre exarala (Londres, 1545). De même, les planches de l’Espagnol Jean Valverde de Humasco (in-folio, 1556), celles de Jacques Grévin de Clermont (in-folio, 1565), de C. Plantin d’Anvers (in-folio, 1572), du chirurgien anglais Jean Banister (in-folio, 1578), de Félix Plater (in-folio, 1583), de Salomon Albert! (in-8°, 1583), de Balduin Ronseus de Gand (111-8°, 1584), de Jacques Guillemeau (in-folio, 1598), d’André Dulaurens (in-folio, 1600), de Grégoire Horstius (in-folio, 1607), etc., etc., sont des imitations altérées et souvent peu réussies de l’œuvre du maitre.

Mais Vésale a eu néanmoins des successeurs habiles et déjà, (Ml l’année 1552, Euslachi préparait quarante-six figures sur

ANATOMISTES ANCIENS

ni

cuivre reproduisant presque toutes les parties du corps; vous avez vu son œuvre posthume publiée par Lancisi. Volchcr Coiter plaçait, en 1573, dans sa grande anatomie, de nombreuses planches originales. Je vous ai dit que Cannanus a donné, en 1372, de bonnes figures sur cuivre des muscles du bras et de la main et que Varole avait laissé une anatomie enrichie de planches exactes. Je signale encore Jules Jassolin de Naples, qui représente assez exactement dans ses Questiones anatomicæ la vésicule biliaire, et Léonard Turnheiser, Viringius, Séverin Pineau, qui en font de même pour d’autres organes.

J’arrive à Jérôme Fabrice d’Aquapendente dont les ouvrages anatomiques sont pourvus de gravures. Fabrizio donne sur l’œil quarante-huit figures en trois planches. Le livre De Laryngé, vocis instrumento, contient six planches montrant le larynx de l’homme et de quelques animaux. L’anatomie de l’oreille avec une seule planche est inférieure à celle de Fallope et d’Eustache. Le De venarum ostiolis liber représente fort exactement les valvules des veines dont Fabrice, je vous en ai prévenu, n’a connu qu’imparfaitement les usages et leur en attribue qu’elles n’ont point.

Je m’arrête avec Fabrizio, après lequel paraissent les superbes planches de Bidloo, Santorini, Chéselden, Thomas Bartholin, etc. Puis viennent, outre l’anatomie descriptive normale et pathologique, les figures d’anatomie de structure ou générale, faites avec l’aide des verres grossissants et finalement les atlas magnifiques, presque contemporains, d’Astley Cooper, de Baillie, de Flunter, de Tiedemann, de Jules Cloquet, de Bourgery et Jacob, de Cruveilhier.

Une innovation récente et fort utile, faite par M. Sappey, en 1850, dans nos ouvrages classiques d’anatomie a été l’introduction, parmi le texte imprimé du livre, de figures gravées, placées en regard de la descrij)tion. Etudiant, j’ai souscrit avec bonheur à la première édition, In-12, du Manuel d’anatomie descriptive et (h? |)réparations anatomiques île Ph. U. Sapfiey ; vous avez

.lOSKi'ii-Ai.KXANnnK laho[;lhk.\k

aujounrimi la troisième édition du Traité d’anatomie descriptive en quatre volumes (1H7()-] 87!)), aver ses belles figures intercalées. L’ouvrag-e de Cruveilhier vous olï’re de môme, à partir de la quatrième édition ( 1 8(jl-1871), des figures dans le texte, mais qui, pour la plupart, ue sont point originales.

Dans cette esquisse historique de l’anatomie humaine, jusqu’à Fabrice d’Aquapendente, vous avez certainement été frappés du temps qui s’est écoidé, ainsi que des difficultés qu’il a fallu surmonter avant que la connaissance du corps de l’homme ait été approfondie. D’autre part, vous avez vu les disciples de toutes les écoles, surtout celles d’Italie, pleins d’attachement pour leurs chefs. Il en a été de même dans notre pays, et plusieurs générations médicales récentes ont gardé le souvenir d’nn professeur vénérable de la Faculté de Paris, de Jean Cruveilhier, auquel j’avais voué le plus respectueux attachement. L’exemple d’un tel maître mérite de aous être offert en terminant cette leçon.

Jean Cruveilhier, né en 1791, mort en 1874, fils d’un ancien médecin des armées, était de Limoges et compatriote de Dupuytren. Porté vers l’état ecclésiastique, il obéissait à la volonté

paternelle en étudiant la médecine. Ses progrès furent remarquables, et, en 1816, il donna pour sa thèse un Essai sur l’anatomie pathologique.

De retour dans son pays natal, Cruveilhier exerçait la médecine et la chirurgie en province, lorsque le concours pour l’agrégation fut institué en 1823; il revint à Paris et, de haute lutte, enleva la première place. Puis, une chaire de médecine opératoire étant devenue vacante à Montpellier, Dupuytren désigna son élève, et la Faculté consultée présenta pour candidat le premier agrégé parisien. Cruveilhier se rendit à Montpellier; mais la mort prématurée de Pierre-Auguste Béclard devait ramener Cruveilhier à Paris, ou le désirait le ministre de l’instruction publique et où le choix de la Faculté l’appelait. Toutefois, l’héritage de son prédécesseur était difficile et redoutable à recueillir. Il vous faudra lire, dans les Mémoires de V Académie de médecine

(t. XXXl, Éloge du 4 mai l87o), l’émoin'ant récit, par notre cher floyen, fils de Béclard, de l’attitude de Cruveilhier en face d’un auditoire hostile, ilont il devint bientôt le professeur affectionné. En ph'ine possession de la chaire d’anatomie, Cruv«*ilhier Ira-

ANATOMISTRS ANCIENS

railla sans reUiclic, faisant Ini-inônie toutes les préparations de son cours, recueillant les matériaux de son livre classiipie et si connu. Puis, quand Dupuytren, en mourant, institua une chaire d’anatomie pathologique, le vœu du testateur, le choix des élèves et de la Faculté fut rempli par le passage de Cruveilhier à la chaire nouvellement créée. Pendant près de trente ans, le professeur, avec un zèle qui ne se démentit jamais, n’a cessé de s’occuper des altérations du corps humain et de publier ses ouvrages d’anatomie pathologique, accompagnés de superbes planches. Il réorganisa la société anatomique où viennent aboutir, de toutes parts, les faits importants et les pièces recueillies dans les hôpitaux.

Le médecin, chez Cruveilhier, était à la hauteur de l’anatomiste. Son théâtre de recherches et d’exercice fut d’abord la Salpêtrière, puis la Charité. Les traits dominants du caractère de Cruveilhier ont été la douceur et la droiture. Mesuré dans sa parole, il se montrait souriant et calme, anaiomicits, medendiperitus.

Élève de Cruveilhier, j’ai connu les ressources de son installation exiguë pour préparer son cours. 11 y a plus, j’ai disséqué dans les anciens pavillons de l’École pratique avec Follin et Broca, d’abord aides d’anatomie, puis prosecteurs. Plus tard, j’ai été préparateur du laboratoire libre de Charles Robin. Je puis donc vous dire, en me rappelant ce qu’étaient partout les locaux, les moyens d’instruction de ce temps si rapproché de nous, combien je suis frappé de la différence qui existe avec tout ce que nous possédons actuellement.

Oui, messieurs, quand je compare le présent avec ce passé d’hier, je trouve, au lieu de la vieille École pratique disparue, et si à l’étroit entre la place de l’École, le Musée Dupuytren et rilôpital des Cliniques, la nouvelle École anatomique et physiologique. Celle-ci est largement espacée entre la rue nouvelle de la Faculté, les rues .\ntoine-Dubois et Racine; elle est pourvue d(* pavillons nombreu.x, de laboratoires et d’amphitheàtres commodes, largement pourvus d’air et de lumière, à la place de bâtiments étroits, obscurs, et d’un accès difficile.

Nous avons entendu dire à nos maîtres, à Cruveilhier en jiarticulier, que ce dont ils disposaient était en mieux sur ce qu ils avaient à leurs débuts. Jugez ainsi du progr(*s ipii s’est accompli en votre faveur et qui se poursuivra encoi’e.

JOSFPH-ALEXANDRF, LAROriEBÈNE

La conclusion s’impose : vous devez profiter sans relâche des moyens d’étude qui vous sont offerts si larg-ement; il l'alu vous instruire sans aucune perte de Virreparabile lempiis.

Travaillez, messieurs; étudiez, le scalpel à la main, cette anatomie qui vous sera si utile pendant toute votre carrière médicale.

HARVEY ET LA CIRCULATION DU SANG

William ou Guillaume Harvey est né en Angleterre, dans le comté de Kent, le J '‘ avril 1S78, Plusieurs d’entre vous connaissent Folkestone, petit port sur la Manche, tête de ligne de chemin de fer; c’est la patrie de Harvey, c’est dans cet endroit qu’hahitait sa famille. Il était l’aîné de deux sœurs et de six frères, qui, liés par une importante association commerciale, arrivèrent à la fortune. On peut juger les vertus de la mère de Harvey par l’inscription d’une pierre tumulaire dans l’église de Folkestone et dont voici la traduction : « Le 8 novembre 1605, est morte, dans la cinquantième année de son âge, Jeanne, femme de Thomas Harvey, mère de sept fils et de deux filles; épouse chaste et bonne, voisine charitable et indulgente, d’une humeur égale et douce ; ménagère économe et prévoyante, adorée de son mari, révérée de ses enfants, chère à ses amis, bénie de Dieu. Son âme repose dans le ciel, son corps sous cette pierre. » Harvey fut le digne fils d’une telle mère.

Dès l’âge de dix ans, William commença ses études à Cantorbéry ; puis il les poursuivit à Cambridge sur la logique et la phi" losophie naturelle. Après avoir terminé son éducation, il voulut être médecin et aussitôt il passe sur le continent, voyage en France, en Allemagne, en Italie, et s’arrête à Padoue. Les écoles italiennes répandaient alors un vif éclat; elles attiraient de toutes part les étudiants, les savants, les lettrés, et Padoue, remarquable entre toutes, avait parmi ses professeurs : Fabrice d’Aquapendente, le successeur de Gabriel Fallope pour l’anatomie, et Casserius pour la chirurgie.

Après un séjour d’environ cinq années en Italie, Harvey revint en .Vngleterre ; il avait pris le diplôme de docteur le 25 avril 1602.

.IOSRrM-AI,K\AM)UE LAUOfJMlKNK

Il SC li.vail à Londres à l’age de vingt-six ans, et il y épousait la fille de Lancelot Brown, praticien très estimé (1604); sa femme ne lui donna jamais d’enfants. Vers la meme époque, Guillaume Harvey devenait membre du collège des médecins de Londres.

En 1(509, Harvey fut attaché, comme médecin adjoint, à l’iidpilal Saint-Barthélemy; le docteur Wilkinson, médecin en chef, étant mort pendant cette môme année, William, chargé de l’intérim, devint bientôt titulaire, c’est-à-dire médecin en chef. Harvey commença dès lors et avec succès à pratiquer la médecine. Il eut pour clients des personnages considérables : sir Thomas Howard, comte d’Arundel, qui lui avait voué une grande affection, et aussi le chancelier Bacon, alors tout-puissant. Ce dernier dut favoriser la nomination de Harvey, comme médecin suppléant ou extraordinaire de Jacques Pb fils de Marie Stuart. Puis Harvey devint médecin du roi Charles pf, de tragique mémoire; grâce à lui, il put expérimenter sur les animaux mis à sa disposition dans le parc de Windsor et poursuivre ses recherches physiologiques.

Harvey avait trente-sept ans lorsqu’il fut choisi par le collège des médecins de Londres pour faire des lectures publiques sur 1 anatomie et la physiologie, en d’autres termes, pour y professer ces deux sciences. Dès le mois d’avril 1615, Harvey exposait ses idées nouvelles sur la circulation du sang et sur la génération des animaux. Ces notions favorites reparurent souvent dans les cours qui suivirent; plusieurs fois, le professeur fut appelé à expliquer devant le roi et les seigneurs de la cour le phénomène de la circulation. Enfin, en 1628, après quatorze années au moins de travaux, d’enseignement et de méditations, il publiait le livre: Exercitcilio cincilomicci de moiu covdis et sanf/iünis in (iniiiKilibtia, qui devait rendre son nom immortel.

Je vous l’ai dit, Harvey, comme praticien, avait une vogue considérable ; la publication de son traité aurait dû l’augmenter, mais, au contraire, elle lui causa d’amères déceptions. Le résultat immédiat fut la désertion des malades, avec l’envie et la haine de ses confrères. Pour celui qui connaît un peu le cœur humain, Harvey devait éprouver le sort de tout génie novateur: on devait d abord nier sa découverte, puis, la chose prouvée, affirmer qu’elle n était pas sienne, qu’elle ne lui appartenait pas. Tandis que Harvey, tout entier à ses démonstrations, cherchait à convaincre ses nombreux contradicteurs, la révolution d’Angleterre s’acconi- [)bssait ; un régime tiouveau allait succéder au régime ancien.

IIARVKY F/r LA CIRCULATION OU SANG

Pendant la guerre civile, Harvey, inébranlable dans sa fidélité an malheureux Charles I®‘‘, suivit la Ibrlune du roi ; celui-ci lui coufia la direction du collège de Merton, à Oxford, en remplacement de Brent, destitué pour ses opinions politiques. Le parti vainqueur s’empressa de réintégrer Brent; la populace de Londres pilla, puis incendia la maison de Harvey, détruisant plusieurs ouvrages manuscrits du grand physiologiste, en particulier un Traitp' sur la génération des insectes. Harvey donna l’exemple rare, dans tous les temps, d’une reconnaissance inaltérable envers son bienfaiteur, et sa bibliothèque, ainsi que ses manuscrits pei'dus, sa fortune anéantie, rien ne put, suivant l’expression de Béclard, ébranler sa grande âme.

Le roi mort et la ruine consommée, William Harvey, dégoûté du monde, vécut très retiré chez ses frères dont le commerce était prospère et qui lui reconstituèrent une petite fortune. Vous devinez qu’il devait en faire un noble usage. 11 passa les dernières années de sa vie à Lambeth ou à la maison de campagne de l’un de ses frères, à Richmond.

Harvey fit construire à ses frais un bâtiment pour lescollections et la bibliothèque du collège des médecins de Londres ; aussi les membres du collège, ses collègues, voulant lui témoigner leur reconnaissance, le choisirent à l’unanimité, en l’an 16S4, pour leur président. 11 déclina cet honneur, et lorsque la députation chargée de lui annoncer son élection se présenta chez lui, il répondit : « Je vous remercie de l’insigne honneur que vous avez voulu me faire, mais c’est un trop lourd fardeau pour un vieillard. J’ai trop à cœur la prospérité du grand corps auquel je m’honore d’ap- [lartenir pour la laisser péricliter entre mes mains. » 11 termina en désignant celui qu’il regardait comme le plus digne.

Un ami vint trouver Harvey dans sa retraite et lui enleva, en quelque sorte, à force de supplications, le manuscrit de son ouvrage sur la génération. Harvey ne l’aurait jamais publié si cet élève et ami, Georges Eut, n’avait voulu se charger de l’impression et de la correction des épreuves. Eut a raconté son entretien avec Harvey et rapporté les paroles de tristesse de son maître. « Pourquoi, disait ce dernier, voulez-vous me faire quitter le port tranquille où j’ai désormais abrité ma vie ? Ou’ai-je besoin de me lancer de nouveau sur une mer perfide? L’orage ne m’a-t-il pas assez frappé de ses coups? Laissez-moi passer les jours (pii me restent à vivre dans un repos que j’ai assez chèi’emenl, acluMé. »

.lOSKPII-ALEX ANDRE LAROULBKNE

Georg-es Eiil, en possession du manuscrit, hâta la publication qui eut lieu cette môme année.

Le collèg-e des médecins de Londres, pour célébrer la gloire de Harvey, fit élever en son honneur, dans une des salles, sa statue avec cette inscription :

GULIELMO HARVEIO VIVO MONUMENTIS SUIS IMMORTALI IIOC INSUPER, COLLEGIUM MEDICORUM LONDINENSE

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