L’ANCIENNE ACADÉMIE DE CHIRURGIE
Pour apprécier une instituüon académique, il faut connaître à quel moment elle s’est produite, quelle a été sa raison d’étre, pourquoi et comment elle s’est constituée. Une revue rétrospective et aussi rapide que possible de l’Histoire de la Cliirurçi'ie vient s’imposer ici; elle ne sera pas sans profit pour vous.
J’ai eu souvent à vous montrer les origines de notre science, à vous dire que médecine et chirurg'ie ont été contemporaines. Dans les premiers temps de la chirurg’ie, les connaissances anatomiques faisant défaut, on ne trouve que des opérations faites aveuglément : la castration des animaux appliquée à l’homme; chez les Chinois et les Japonais l’acupuncture; chez les Indous les autoplasties faciales; la circoncision obligatoire des Hébreux; la saignée, les caustiques, le pansement des plaies avec des topiques surtout végétaux.
Dans l’antique Grèce, après les légendes de Ghiron le centaure et d’Esculape maniant le fer et le feu, viennent dans les poèmes homériques. Machaon et Podalire ainsi que d’autres guerriers médecins, habiles à extraire les traits et à panser les blessures. Hippocrate, le législateur de la médecine, est aussi remarquable pour la chirurgie dans les livres qui nous sont parvenus sous son nom. L’observation clinique avait fait acquérir une somme de connaissances sur l’évolution des états morbides externes : plaies, traumatismes, tumeurs. Les hippocratiques étudiaient la marche de la nature, en recherchaient la loi, d’où leur naturalisme caractéristique, aidant les effets utiles, agissant avec douceur, mais aussi parfois avec violence eu suivant les voies naturelles. Lisez à ce sujet Dujardin et Peyrilhe, Littré, Ermerins, Pétrequin; les deux traités tte^i àypciv, Trtf'i apèpoiv, de fraclis, de articiilis sont le « grand monutnent chirurgical de l’antiquité, et aussi un modèle
i/aNCIKNNE académie de CinUURGIE
3ir,
j)oiii‘ Ions les temps, uiui des productions les plus précieuses de la science et de la littérature grecques » (E. LrniiÉ, Olùivres complètes d' llippocmle, t. IV, p. 7o, 1844).
Les Alexandrins, appuyés sur ranaloinic, avaient une très grande hardiesse. Pra.xag’ore de Cos, maître d’IIérophile, dans le cas de « passion iliaque », après l’insuccès des vomitifs, de l’insufflation de l’air et des antres moyens ordinaires, ouvrait l’abdomen et même l’intestin, le dégorgeait, puis recousait les parties à l’aide de la suture (Cæeus Aurelianus, celerum vel acularum passioniim, lib. HT, cap. xvii, édition de Haller, t. X, p. 282, 1774). Erasistrate, pour les tumeurs, les abcès de la rate et du foie, incisait les parois abdominales et mettait les organes à découvert, afin d’agir sur eux directement (Gælius Aurelianus, de morhis elironicis, lib. 111, cap. iv, loco cilato, t. XI, p. 234, 1774). Ammonius le litliotomiste paraîtavoir eu le premier l’idée de la lithotritie. Dans sa dernière période, l’Ecole alexandrine laissa la chirurgie stationnaire et même à l’état rétrograde; l’empirisme, le spécialisme ignorant envahissaient la science; au lieu de manœuvres opératoires, on avait recours à une foule de topiques.
Suivant la remarque de Goulin, le nom de chirurgien a d’abord été employé par Celse qui néanmoins n’a pas, quoi qu’on en ait dit, partagé la médecine en trois parties : la diététique, la pharmacie, la chirurgie (Celse et ses oeuvres, Revue scientifique, l. XXXIV, p. 719, 1884). On doit noter que la chirurgie n’a jamais trouvé une grande faveur à Rome. Si on compare Hippocrate à Celse, on remarque chez celui-ci des connaissances nouvelles; l’évolution chirurgicale est manifeste. Celse n’a pas l’originalité d’Hippocrate, clinicien de génie; mais c’est un écrivain sage et judicieu.x. Avec Galien, la chirurgie n’avance pas ; il n’est point novateur en opérations. En ce moment, la haute chirurgie est délaissée, les spécialistes abondent : oculistes, dentistes, herniaires, balnéaires, ceux qui se bornaient aux maladies de la peau, du visage, de l’anus, ou pratiquant la lithotomie, la paracentèse, le cathétérisme, etc., etc.
1 ne longue période confuse succède à Galien. Je note, au passage, Antylhis connu par des fragments relatés par les commentateurs, et qui s’était occupé de la cataracte avec extraction ainsi que de la bronchotomie. Les compilateurs ont remplacé partout les auteurs originaux. Les Arabes arrivent au viii'’ siècle, l’Ecole
.lOSF.IMI-ALKXANDUn LAHOTILHK.NK
(l’Alexandrie est dispersée; les coiifjuéranls possèdent les traductions des Grecs, devenus leurs guides dans la prati(pie de 1 art. Ils adoptent surtout Galien et en exagèrent les défauts et l(;s snbtilités; ils ne pouvaient dissé([uer de corps humains : pas d’anatomie, aussi la chirurgie est-elle frappée de discrédit, même de répulsion; elle tombe au plus bas. Partout des emplâtres et l’abus de la pyrotechnie. Cependant, et par exception, Avenzoar observait avec regret que les médecins ne faisaient point la saignée, ni les opérations, ne traitaient pas les luxations et les fractures. Albucasis, de Zahara près de Gordoue, est un auteur du xii“ siècle, déplorant le manque d’opérateurs; il a écrit en empruntant beaucoup aux autres, mais sans être dépourvu d’originalité; pour la première fois, des figures accompagnent la description des appareils et des instruments de son arsenal de chirurgie.
En Occident, les barbares qui s’étaient précipités sur Rome offrent le triste spectacle de pillage, de massacres, de guerres continuelles pour se partager les dépouilles. Beaucoup de documents précieux sont perdus; les usages grossiers, la ruse ou la force, la superstition et l’ignorance remplacent la civilisation. La science disparaît en majeure partie, elle est à peine cultivée ; les manuscrits sont conservés par les monastères ou par de rares adeptes. Les gens d’église et les clercs sont les plus instruits, parmi eux sont les médecins et quelques juifs chassés d’Orient; les pratiques chirurgicales sont abandonnées aux ignorants, aux barbiers, aux rebouteurs. Enfin, les Écoles, puis les Universités sont fondées : Salerne occupe le premier rang, avec les doctrines méthodique et galénique. Constantin l’Africain y apporte s('s traductions latines; Gérard de Crémone continue, en Espagne, à traduire les Arabes, eux-mêmes traducteurs des Grecs.
Remarrjuez bien, messieurs, et j’y insiste, que la décadence avait été plus rapide et plus complète pour la médecine que pour les autres branches des connaissances humaines. La pratique de l’art médical était libre, chacun pouvait s’y livrer, sans titres, à ses risques et périls; on trouvait des clercs et des laï(|ues, des chrétiens et des juifs, des médecins, des médecins-chirurgiens, des femmes médecins, des barbiers, des baigneurs, des rebouteuis, etc. L ignorance du plus grand nombre de ces guérisseurs était complété, mais on comptait toujOurs des exceptions, avec des hommes sérieux ayant fait des études.
L A.NCIENNK ACADEMIE DE CIIlHUlUilE
Après l’a[)panlion des Univcrsilés èlablies dans les endroits où existaient déjà des Ecoles, les autorités avaient publié qiudques décrets pour remédier aux abus continuels relatifs à l’exercice de la médecine et de la chirurgie. Nous voyons Montpellier commencer à conférer des grades médicaux en 1220, Salerne en 12.37, Paris en 1270. Ces grades ou degrés ne s’accordaient qu’à des clercs; ils furent, à Montpellier en particulier, moins difficiles à obtenir pour les chirurgiens que pour les médecins. En 1272, un arrêt de Jacques P'' défend aux chrétiens et aux juifs de tout sexe d’exercer la médecine à Montpellier et dans son territoire, s’ils n’ont été examinés et n’ont reçu la licence. Frédéric II n’en permettait l’exercice dans son ro3'aume de Naples qu’à ceux que l’Ecole de Salerne avait reçus maîtres. Tout élève devait étudier pendant cinq ans, les trois premières années étaient consacrées à la logique et « à la chirurgie qui est une partie de la médecine ». Les chirurgiens devaient avoir pendant un an, au moins, suivi les leçons de chirurgie et s’être perfectionnés surtout dans l’anatomie, sans laquelle on ne saurait faire sûrement aucune opération. Voilà pour Salerne où Roger de Parme, Roland et les quatre maîtres avaient eu la célébrité; dans l’école rivale de Bologne, se trouvent Hugues deLucques, Théodoric et Guillaume de Salicet. Ce dernier, bien supérieur à tous, est le premier chirurgien de son époque et le précurseur de Guy de Ghauliac ; né à Plaisance, il suit les armées, puis s’établit dans sa patrie, successivement à Bologne et à Vérone. Sa remarquable Chirurgie est terminée le 8 juin i27o et dédiée à son ami Bonus.
Lanfranchi ou Lanfranc de Milan, disciple de Guillaume qu’il appelle « son Maître de bonne mémoire », mérite votre attention |)ar l’influence qu’il exerça sur la chirurgie française. Les manuscrits étaient alors très rares, très difficiles à consulter. Lanfranc visita les Universités qui les possédaient et en prit connaissance. Exilé de Milan par Mathieu Visconti, il vint à Lyon, puis à Paris, en 1293 ; ses leçons obtinrent un brillant succès et eurent lieu devant les élèves venus de toutes parts. L’Ecole de Paris reçut favorablement les enseignements de Lanfranc, introduisant la science italienne. Le doyen de la Faculté, Jean de Passavant, et de vaillants bacheliers pressaient le chirurgien jnilanais de faire des démonstrations; les auditeui’s étaient heureux d’en {)rofiter.
.lOSKI'II-ALK.VANDUK LAltOUI^HKNK
.le dois dire expressément que déjà et depuis longtemps les barluers envaliissauls s’étaient réunis en communauté ou confrérie; leur chef était le l)arbier du roi. La loi leur permettait de soigner les plaies légères, « les clous, les Imsses » et de faire quehpies opérations. Dès la première moitié du xm” siècle, d’après les documents que je dois à M. Dureau, les maîtres chirurgiens voulant s’élever au-dessus des ignorants barbiers firent instituer la confrérie ou Collège de Saint-(]osme. Ils eurent des statuts que nous possédons encore manuscrits, comprenant trentesix articles, datant de 1268, ayant pour titre ; SlaliUs et ordonnances des maîtres-chirurgiens jurés de la ville et faubourgs de de Paris. C’était chose nécessaire ; car Brunus en 12.o2, dans le Præmium de sa Cliirurgia magna, déclare que la plupart de ceux qui exercent la chirurgie sont des idiots, des rustiques, des imbéciles. H y a une chose plus horrible encore : la pratique est souvent confiée à des femmes viles et présomptueuses. Par un besoin mal entendu de leur dignité, les médecins ont abandonné aux barbiers la saignée et les scarifications. » Jean Pitart avait obtenu de Louis IX et de Philippe le Bel des privilèges en faveur des chirurgiens; l’édit de ce dernier, en 1311, montre à quel degré d’abaissement l’art chirurgical était parvenu. L’édit mentionne : le roi ayant appris que nombre de gens de divers pays et états, meurtriers, larrons, faux monnayeurs, voleurs, usuriers, etc., se mêlent de pratiquer la chirurgie dans notre ville et vi-
comté de Paris, comme s’ils avaient subi des examens suffisants et prêté le serment, mettent des bannières à leurs fenêtres comme de vrais chirurgiens, pansant et visitant plusieurs fois les malades et les blessés dans les églises et les endroits privilégiés... ordonnons que, dans notre ville et vicomté de Paris, aucun chirurgien ou chirurgienne n’exercent la chirurgie s’ils n’ont été au préalable examinés et approuvés par les maîtres chirurgiens jurés demeurant à Paris, appelés par notre « amé chirurgien Pilardi » juré de notre Châtelet à Paris et par ses successeurs... Malgré ces garanties, la confrérie de Sainl-Gosme, ou Saint-Corne, était loin de former un collège chargé d’enseigner la chirurgie, de conférer tous les grades ; les chirurgiens qui prirent plus tard le titre de chirurgiens-lettrés ou de robe longue pour se distinguer des barbiers ont eu de longues luttes à soutenir avec ceux-ci et avec la Faculté.
Malgré l’impulsion donnée par Laiilranc et malgré le talent
L ANGIKiNNK ACADKMIK UK ClIIUUlUilK
réel (rileiiri de Mondcville, mis en relief avec soin par (iliérean, les préjugés coîitre la médecine oj)éraloire s’accentuèrent de plus en plus. Dès le commencement du xiv® siècle, la décadence de la chirurgie s’était fait sentir en l’Italie, déchirée par la guerre civile. En France, on enveloppa dans un même dédain les opérations, les hommes (jui les pratiquaient et la chirurgie entière qui n’eut plus de chaire spéciale à la Faculté de Paris. En 1330, les bacheliers qui voulaient faire des cours s’engageaient par serment à ne point pratiquer la chirurgie manuelle.
Au milieu de ce désarroi paraît un restaurateur de la chirurgie : (luy, né à Chanliac, village situé près de Mende dans les Cévennes. Nous ignorons la date précise de sa naissance, mais il s’est dépeint dans ses livres comme Galien. Guy de Cliauliac étudie à Toulouse, puis à Montpellier, et y devient érudit; il va ensuite à Bologne où il reçoit l’enseignement anatomique de Nicolas Bertrucci et chirurgical des arabistes. Il se rend à Paris, à Lyon et retourne à Montpellier; il y séjourne, car il cite les praticiens le plus en renom. Enfin, il est appelé à Avignon par Clément VI, élu pape en 1342. Guy donna ses soins aux malades quand eut lieu la peste noire dont il fut lui-même atteint et pendant laquelle « la charité était morte et l’espérance abattue ». Après la mort de Clément VI, son successeur Innocent VI prit Guy pour médecin ; celui-ci vit le retour de la peste à Avignon en 1360 et put l’observer de nouveau. Enfin, sous Lù'bain V, en 1363, il composa sa grande chirurgie qu’il a écrite suivant ses expressions « pour le soûlas de sa vieillesse ». Là s’arrêtent les documents bibliographiques ; la date de la mort pour maître Guy de Cliauliac est aussi obscure que celle de sa naissance.
Nous possédons de Guy de Ghauliac sa Grande Chirurgie, mais il avait composé d’autres livres dont on n’a que les titres. Son principal ouvrage, d'abord intitulé ; Inveiitoriiim sive collectorium artis chirnrcjicalis inedicinœ; fut désigné sous le nom de Chirurgia magna par Laurent Joubert dans sa traduction française, aujourd’hui la plus célèbre. L’édition ancienne est celle des Junte parue en 1490, à Venise; une autre, dans leur collection des arabistes, date de 1546. Un chirurgien juré de Bordeaux, Simon Mingelousaux, a mis en français et commenté Guy de Cliauliac à la fin du XVII® siècle.
La Grande Chirurgie a fait époque, rem[)laçant toutes ses aînées, [lénétrant partout, vulgarisant la chirurgie, ün en fit des abrégés,
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des extraits, des sortes de inaïuiels pratiques, et par un jeu d’esprit, sous le nom de (îuidoii, ou de Fleurs du yrand Guidon, parurent des catéchismes chirurg-icaux par demandes et réponses.
Les médecins et meme les chirurgiens latinisants murmurèrent contre la traduction française de Guy de Chauliac et la dédaignaient, devant s’en tenir aux anciens auteurs. Cependant on rapporte que plus d’un la lisait en cachette, tout en ayant honte d’y prendre quelque chose. Mais les chirurgiens qui n’étaient pas nourris dans les lettres grecques et latines, les barbiers surtout qui opéraient avec eux et se souciaient médiocrement du galénisme et de la scolastique, étaient heureux d’avoir dans Guy et les Guidons une exposition claire et accessible aux intelligences les plus ordinaires. Il y eut parmi les plébéiens de la chirurgie des hommes d’un esprit droit, opérant bien, sachant observer et juger, où l’on trouve Franco et Ambroise Paré ; mais n’anticipons pas.
L’élan chirurgical du à Guy de Chauliac, élan renforcé par les traductions de son ouvrage dans les langues de l’Europe, n’eut pas de durée. Notre pays vit fondre sur lui des calamités qui durèrent un siècle ; la faculté de Montpellier, comme celle de Paris, ne permit à ses docteurs que l’usage de la médecine interne. La chirurgie retombe presque entièrement en des mains ignorantes ou viles, barbiers, opérateurs ambulants ou « coureurs ». Toutefois, au xv° siècle, arrivent des événements remarquables et d’insignes découvertes. Les projectiles lancés parla poudre de "uerre vont renouveler la chirurgie des armées; la syphilis sévit à Naples et dans le midi de l’Europe avec de redoutables manifestations ; les lettrés fuient Constantinople tombée au pouvoir des Turcs et se réfugient en Italie. Gutemberg, en 144o, trouve avec l’imprimerie le moyen de propager les trésors intellectuels ; les traducteurs, les imprimeurs multiplient les livres ; en 1492, Christophe Colomb découvre le nouveau monde.
Le xvi^^ siècle recueille les bienfaits de la Renaissance et voit apparaitre la réforme anatomique de Vésale et l’école d’Ambroise Paré. Les prédécesseurs de ce dernier, Jean de Vigo, Béranger de Carpi, Mariano-Santo de Barleta en Italie, Vavasscur, ^’idius- Vidius au Collège de France établi par François P'', Tagault, Dalechamps, restent au-dessous d’un chirurgien-barbier (pii prend le premier rang.
Amlnoise Paré, aiupiel tous les pays ont donné le nom de Père
L ANCIK.XXR KCOLR DK CIinu;il(iIK
<lo la rhirurg-ie modiM'iie, né vers 1510 d’iui valet de chambre barbier, d’autres unt dit d’uii pauvre cofîretier, reçut une éducation sommaire, entra comme apprenti chez nn barbier de province et continua son apprentissage chez un barbier de Paris, hm lo.il, on le trouve à l’Ilotel-Dien comme chirurgien interne, et il y séjourna trois ans, ayant « été à meme de connaître, eu egard à la grande quantité de malades y gisant habituellement, tout ce qui peut être altération ou maladie du corps humain, et en même temps y apprendre en une infinité de corps tout ce qui SC peut dire ou considérer en anatomie ». En sortant de l’Hôtel- Dieu, Ambroise fait sa première campagne avec le maréchal de Alontejan ; riiuile bouillante lui manque pour cautériser les plaies d’armes à feu, son anxiété est profonde, mais il reconnaît que ces plaies sont en meilleur état que celles traitées par les caustiques. En 15.39, Ambroise Paré est à Paris, aidé par Sylvius ou Jacques Dubois, son maître, qui lui faisait faire des saignées en ville; il passe les examens de barbier en 1540 et 1541 ; il se marie deux ans plus tard avec Jeanne Mazelin, et, en 1542, rejoint une armée à Perpignan. Le traité remarquable : Ja Méthode de traie ter les plaijes fuie tes par hacqiiehutes et aidtres bastons à feu, flèches, dcirdz, etc., accompagné de planches, parut en 1545.
De retour à Paris, Ambroise, qui n’avait jamais cessé de disséquer, même pendant ses campagnes, reprit ses recherches avec Thierry de Déry, son ami, comme lui barbier-chirurgien, et aussi Jean Colombier; en 1549-1550, il publia sa Briefue collection de r administration anatomicpie. De nouveau revenu à l’armée, au siège de Damvilliers, il appliqua la ligature des artères comme moyeu hémostatique. Le roi le nomme, en 1552, un de ses chirurgiens ordinaires et l’envoie à Metz assiégé par Charles-Ouint ; Paré parvient à s’introduire dans la place et y soigne les blessés, hait prisonnier l’année suivante, après la capitulation d’Hesdin, il recouvre péniblement sa liberté. Ambroise Paré, dont la réputation allait grandissant, demanda son admission au Collège de Saint-Corne; il fut bachelier le 23 août 1554, licencié le 8 octobre et docteur le 18 décembre (l’acte porte : docteur et non pas : maîtrej. (finq ans après. Paré reprend sa vie de chirurgien militaire, et, successivement attaché à ITenri 11 et à François 11, il lut nommé premier chirurgien de Charles IX et de Henri 111. Obligé de suivre les souverains à la guerre ou dans leurs voyages, l’aré trouvait le temps d’écrire le résultat de scs observations et
J()SF,PII-ALFA'ANM)RR LAHOURRKNR
de ses niédilaLioiis. Enfin, en IDT.'), parut sa première édition in-folio complète. Il mourut le 20 décembre 1590.
Les œuvres de Paré avec des [)lanclies i-eprésentant des objets d’anatomie normale et pathologique, des appareils, des procédés opératoires sont extrêmement remarquables ; elles ont eu de nombreuses éditions. La plus récente est celle de Malgaigne, lisezla, et surtout l’introduction qui est un savoureux morceau d’histoire. Voyez aussi d’intéressants détails sur Ambroise Paré donnés récemment par MM. Le Paulmier et Gorlieu {Ambroise Paré d’après de nouveaux documents, etc., avec portrait inédit. Paris, in-8, 1884).
Le chirurgien devenu illustre, après avoir été barbier, avait l’amour de l’art porté jusqu’à la passion, la volonté, l’énergie, le travail persévérant. Il a vu par ses yeux, et, quoique hardi, tendait à la conservation des membres ; sa grande expérience le rendait précieux pour l’expertise chirurgicale ; les faits, les anecdoctes qu’il rapporte ou raconte, avec naturel et avec uue bonhomie relevés par une pointe de malice, offrent beaucoup d’intérêt. Les compatriotes de Paré lui ont élevé une statue à Laval, et c’est justice.
Guy de Ghauliac n’avait pas eu de rivaux ni de successeurs, Ambroise Paré eut deux émules : le premier, Daga Ghacon (chirurgien de don Juan d’Autriche, fds de Gharles-Ouint et aussi de don Garlos, fds de Philippe II), dont le Traité théorique et pratique de chirurgie, écrit en langue castillane, est trop peu connu ; le second, Pierre Franco, de Turries, près de SisLeron, en Provence. Ge dernier, qui n’était pas érudit, et d’abord inciseur ambulant, parcourut les principales villes de la Suisse, où il se fît connaître par des succès ; il rentra en France, à Orange, où il mourut on ne sait à quelle date. Profond observateur, d’un rare bon sens, disant ses fautes et ses insuccès, esprit inventif amjuel ou doit le débridement des hernies, l’extraction de la pierre par le haut appareil ou taille sus-pubienne, tel fut Franco.
Je vous signalerai, parmi les continuateurs de Paré, Guillemeau, qui posa les bases de l’obstétrique scientifique, Pigray, Sévérin Pineau, Ilabicot, Gousset, Gabrol de Montpellier.
Uemarcpiez expressément que les luttes entre les médecins et les chirurgiens, les lettrés et les barbiers illettrés ont exercé une iniluence tles plus funestes sur la chirurgie et ses progrès. Des
l’anciknne école de cnmuRciE 323
combats analogues se retrouvent dans l’antiquité, à Rome, Alexandrie, chez les Arabes. Les chirurgiens ont presque toujours fait preuve d énergie et de persévérance ; notre pays a eu, peut-être, le plus à souffrir de ces querelles stériles, qui ont eu lieu aussi à un haut degré en Danemark et en Autriche.
Je vous ai déjà parlé des barbiers et de leur antagonisme avec le Collège de Saint-Corne, ou des chirurgiens lettrés ou de robe longue. D’autre part, les chirurgiens lettrés luttaient avec la Faculté. On a écrit des volumes sur ce sujet fort intéressant et que je vais rapidement vous exposer.
Avant le xiir® siècle, les barbiers étaient les chirurgiens les plus répandus ; dans les grandes villes seulement, on trouvait de rares chirurgiens laïques et des médecins-chirurgiens lettrés qui daignaient opérer de leurs propres mains; partout les ignorants barbiers discréditaient la chirurgie. La confrérie de Saint-Côme, composée à son origine de quelques chirurgiens jurés, obtint le droit de surveiller les barbiers ; elle voulait restreindre leurs attributions, les annuler au besoin, arriver au droit absolu de former les chirurgiens laïques, de conférer les grades de bachelier, licencié et maître, en constituant ainsi une sorte de faculté de chirurgie semblable à la Faculté ou École majeure de médecine, et qui devait finir par être annexée comme elle à l’Université. Les barbiers nombreux, soutenus par leur chef, le barbier du roi, défendaient leurs antiques privilèges et continuaient à pratiquer la chirurgie, que beaucoup de chirurgiens de Saint-Gôme négligeaient presque autant que les médecins lettrés, groupés autour de la Faculté de médecine. Cette dernière contestait à la confrérie ou collège de Saint-Gôme son indépendanee et ses privilèges ; elle prétendait avoir seule juridiction sur la science médicale tout entière, les chirurgiens de Saint-Gôme, quels qu’ils fussent, devaient être considérés comme ses élèves, suivre ses leçons ; leurs titres devaient être sanctionnés par elle. 11 va sans dire que la Faculté avait des droits absolus sur les barbiers.
Ges prétentions opposées rendaient les conflits inévitables. Une série interminable de discussions, de procès, d’arrêts continuait entre les barbiers, les chirurgiens, les maîtres-régents, plus tard docteurs de la Faculté. De temps en temps, les hostilités cessaient, il y avait trêve apparente; mais les haines existaient sourdement, et, à la moindre occasion favorable, les combats recommençaient. Tous les édits, les ordonnances, les jugements qui se multipliaient
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n’atlei/^naieiiL pas le mal dans ses l'aciiies; on perdait ainsi nn temps précieux et ces luttes sourdes ou déclarées, loin de serviila science et renseignement, en arrêtaient l’essor et nuisaient à leur dignité.
Pendant tout le xiV^ siècle, le Collège de Saint-Côme contesta les droits conférés légalement aux harbiers ; mais il vit repousser ses prétentions. En 1372, un édit royal motivé fixa la jiart de la barberie dans les opérations ; les ebirurgiens de robe longue conservèrent leur suprématie, leur juridiction sur les barbiers et le droit de conférer des grades en chirurgie; ils exigèrent que leurs bacheliers fussent lettrés, connaissant la langue latine. Plus lard, les empiétements des barbiers allant croissant, la confrérie de Saint-Côrae demanda le secours de l’Université et de l’École de médecine; dans une supplique, elle consentait à regarder ses membres et ses disciples comme leurs élèves, pourvu qu’on l’aidât pour repousser les abus des barbiers et des empiriques. Une longue trêve suivit et le Collège de Saint-Gôme, tout en ayant fait acte de soumission, maintenait son indépendance, sous la protection des chirurgiens des rois.
La barberie continuait sourdement à étendre son domaine; les hostilités reparurent. En 1436, les chirurgiens de robe longue réclament de nouveau les bons offices de l’Université et de l’École ; ils demandent à être écoliers de l’Université, avec la plénitude des privilèges attachés à ce titre. Leur requête fut agréée, mais on leur retira le droit de pouvoir conférer des grades autres que bachelier et licencié. On ne les traita plus comme corporation, ils furent contraints à suivre les leçons des maîtres-régents de la Faculté leur suzeraine. La bonne intelligence parut se rétablir, les chirurgiens acquirent des connaissances médicales; toutefois, ils continuèrent à donner la maîtrise en chirurgie sans intervention de la Faculté. En 1470, celle-ci ayant introduit deux de ses membres dans un examen de maîtrise, un procès s’ensuivit, et le Collège de Saint-Côme fit reconnaître son privilège. Mais la Faculté tenait à ses prérogatives; elle contesta aux chirurgiens le droit de prescrire des médicaments internes et des topiques afin de les réduire aux (cuvres manuelles. Bientôt après quelques médecins, suscités par elle, commencèrent à faire des leçons d’anatomie en langue vulgaire, pour que les barbiers puissent les suivre, lléclamation en 1491 des chirurgiens de Saint-Côme: les cours furent suspendus. Mais, trois ans plus tard, la Faculli' (h*-
l/ANCriiX.NK KCOLK DI': Cil IlUJIUi 1 1^ 3^5
cida ({u’un do ses maîtres lirait aux barbiers (iiiy de Cliauliac et autres auteurs en latiu, avec explications en IVauçais; de plus, un autre maître leur enseignerait Tanatomie sur le corps des suppliciés; l’École, par ces détours, devenait l’institutrice des barbiers. Les chirurgiens protestèrent, les cours furent supprimés, sous la condition que les chirurgiens ne formuleraient plus d’ordonnances, celles-ci n’appartenant qu’aux maîtres de la Faculté.
Eu 1498, supplique des barbiers pour le rétablissement en leur faveur des cours d’anatomie; eu 1499, ils obtiennent l’enseignement chirurgical. Réclamation des chirurgiens ; les cours de chirurgie durent être faits eu latin, mais avec des explications eu français qui les rendaient accessibles aux barbiers. Les chirurgiens se soumirent. La Faculté, fièrc de ses succès, pensa qu’elle pouvait intervenir dans les actes de maîtrise que le Collège de Saint-Côme conférait aux chirurgiens et aux barbiers ; le Collège se défendit vigoureusement. De là, une suite de procès avec les barbiers ap[)uyés par la Faculté; les prétentions des chirurgiens étaient justes, la plupart des arrêts furent favorables, mais le courage et les forces s’usaient dans des triomphes toujours contestés et très chèrement achetés. Fatigués de ces discussions, de ces luttes incessantes, les chirurgiens se rendirent au bureau de l’Ecole en demandant la paix. La Faculté les accueillit avec joie ; eu f.ol.o, elle renouvela les lettres de 1430. Les chirurgiens durent la reconnaître comme leur mère {aima mater), se déclarer élèves de l'Ecole, promettant de la reconnaître toujours comme supérieure et maîtresse et de lui rendre, comme écoliers et comme disci[)les, les devoirs qui lui étaient dus.
La réunion des deux confréries des barbiers et des chirurgiens eut lieu; rien ne pouvait être plus agréable à la Faculté que de Voir les chirurgiens de robe longue s’abaisser au niveau des barbiers et tomber plus immédiatement encore sous son autorité. Le Parlement confirma l’union le 7 février 1000 (Commentaires de la Faculté, XIV* volume, p. 492). Cette assimilation malheureuse faisait perdre à la chirurgie une grande partie de la considération qu’elle avait pu acquérir.
Sous la Faculté triomphante, il y eut enfin des chirurgiens-barbiers, des chirurgiens, des médecins qui [louvaicnt exercer la médecine dans toutes ses [larties. Les chirurgiens avaient m'anmoins la suprématie sur les chirurgiens-barbiers. Dans ces interminables contestations et procédures, les chirurgiens de Saint-Conie et la
JOSIÎPH-ALEXANDUK LAHOULBÈNK
Faculté, opposés par des intérêts contraires, déployèrent tontes les ressources d'une diplomatie tortueuse avec de déplorables intrig-ues. Les médecins remportèrent la victoire, mais ce fut pour séparer plus profondément la médecine de la cliirurg^ie, qui, de plus en plus opprimée, ne pouvait que s’abaisser et rétrog-rader. Lorsqu’un chirurg-ien opérait un malade, il devait être assisté d’un médecin dirig'eant le traitement ; le chirurg-ien levait plus tard l’appareil et pansait la plaie, il n’avait pas le choix de l’ong'uent ou de l’emplâtre.
Le relèvement de la chirurg'ie arrive enfin au xviii® siècle. Déjà Bienaise et Roberdeau avaient par leurs dons rétabli dans les écoles des charg'es de démonstrateurs en anatomie et en chirurg'ie. De plus, les chirurg-iens des maisons royales, tels que Beissier, Clément, Félix, Mareschal, préoccupés des intérêts de la science, en faisaient ressortir les mérites auprès des classes élevées. Inspiré par Félix et par Mareschal, Louis XIV confia, en 1071, dans l’école du Jardin des Plantes, l’anatomie et la médecine opératoire à un chirurgien et non à des médecins qui ne les avaient étudiés que d’une manière superficielle. Dionis, chirurg-ien de la reine, obtint un g-rand succès ; il communiquait à ses disciples son amour pour la chirurgie. Dezeimeris a insisté avec raison sur le rôle méconnu des anciens chirurgiens des hôpitaux de Paris qui, même au temps d’Ambroise Paré, enseignaient pratiquement, soit en conduisant les élèves au lit des malades, soit en opérant devant eux, et cela plusieurs siècles avant l’établissement des cliniques officielles.
Les mémoires du temps rapportent l’opération faite à Louis XIV, pour une fistule anale, le 21 novembre 1687, par son premier chirurgien, Charles-François Félix, fils de François Félix de Tassy. L’opérateur n’avait agi qu’après deux mois d’expériences pour employer l’incision, opération simple, réputée nouvelle, mais déjà pratiquée et familière aux chirurgiens de l’antiquité, ce qui vous montre combien l’art chirurgical était encore retardataire. A la mort de Félix, Georges Mareschal, né à Calais, en 1658, eut la charge de premier chirurgien du roi ; élève de Morel et de Roger, chirurgiens de l’hôpital de la Charité, il prit la direction de cet hôpital célèbre peu après sa maîtrise en chirurgie. Devenu chirurgien de Louis XV, Mareschal fit choix en Lapeyronie d’un successeur insigne.
Je tiens à insister sur ce dernier, sur Lapeyronie, né à Mont-
l’angiennic école' de ciiihuugie
pellier le 15 janvier 1()78, où son père exerçait la chirurgie, on il étndia et fut reçu maître à dix-nenf ans avec une dispense d’âge. Chirac conseilla de l’envoyer à Paris ; là, il devint l’élève et le commensal de Mareschal. De retour à Montpellier, sa réputation grandit ; il fut professeur public aux écoles de médecine, chirurgien de ri Iôtcl-Dieu de Saint-Eloy, puis chirurgien-major de l’armée des Cévennes. Le duc de Chaulnes se trouvant atteint d’une fistule regardée comme incurable, Chirac fit appeler Lapeyronie qui guérit le malade, et qui fut retenu à Paris par ses protecteurs. Agrégé au collège de Saint-Côme, Lapeyronie fut quelque temps après nommé chirurgien de la Charité, puis à la fois démonstrateur au collège des chirurgiens et au Jardin du Roi. Mareschal et Lapeyronie ne cessèrent d’appeler l’attention de Louis XV sur la chirurgie et obtinrent des faveurs exceptionnelles; cinq places de démonstrateurs furent créées dans l’école de Saint-Côme pour l’enseignement anatomo-chirurgical par lettres patentes de septembre 1724. Ces mesures soulevèrent des orages; la Faculté protesta, mais sans succès, qu’elle avait seule le droit d’enseigner les diverses branches de l’art. Lapeyronie fit nommer à ses frais un sixième démonstrateur, faisant annuellement deux cours, l’un pour les chirurgiens, l’autre pour les sages-femmes. Le nombre des professeurs fut bientôt porté à douze par l’adjonction de six adjoints et Lapeyronie paya leur traitement ; il arrivait ainsi à réaliser le vœu poursuivi par la confrérie de Saint-Côme, en établissant une véritable école, une Faculté de chirurgie pourvue d’un nombreux personnel d’élite et dont il partageait presque les frais avec l’Etat.
Ce qu’il avait fait pour Paris, Lapeyronie l’obtint pour Montpellier, et cette création ne coûta rien au pays, car le généreux chirurgien fit construire les locaux destinés à l’enseignement et aux travaux pratiques, et de môme pourvut de sa bourse aux honoraires des huit professeurs titulaires ou adjoints.
François de la Peyronie, qui avait été anobli en 1721, mourut à Versailles le 23 avril 1747, et, dans un testament admirable, le bienfaiteur prévoyant donnait aux établissements qu il avait fondés sa fortune entière. 11 laissa des sommes pour les amphithéâtres à construire, pour laire lace à un enseignement complel., créer une bibliothèque, sans oublier les hôpitaux. Personne avant lui n’avait fait autant et aussi bien.
.lOSKI'ir-ALICXANDIlK LAUOULUl'CNK
Nous voici arrivés à révéneinenl le plus iinporlanl dans l’iiisloirc de la clururg-ie moderne, à la création de l’Académie de cliiruig’ie. Vous pouvez apprécier l’opportunité de cette création et ses causes; les principaux auteurs sont I\Iaresclial et Lapejronie.
L institution d une Academie parmi les cliirurg'iens parisiens eut lieu le 12 décembre 1731. Elle tint sa jtremière séance le 18 décembre de la môme année, sous la présidence de Marescbal ; une liste de 70 membres fut présentée, Jean-Louis Petit fut désigné comme directeur et Morand comme secrétaire. En 1730, les statuts furent renouvelés, le nombre des maîtres résidants fixé à soixante, sans compter les officiers; le 3 mai 1742, eurent lieu des élections nouvelles. Mais l’Académie, jusqu’en 1748, n’eut pas d existence legale, elle portait le titre de Société Académique des chirurgiens de Paris. Devenue, en 1748, l’Académie royale de chirurgie, elle reçut des statuts définitifs le 18 mars 1731.^
Mareschal et Lapeyronie ont eu pour successeur La Martinière qui présida l’Académie de chirurgie pendant trente-six ans; j’ai à vous parler de Morand, de Ouesnay, et surtout d’Antoine Louis, le secrétaire par excellence qui fut, comme on l’a dit,
1 àme de la compagnie. Il faut que j’esquisse rapidement le portrait de ces dignitaires.
La Martinière était né en 1696 ; il fut agrégé au Collège des chirurgiens dès 1728 et il se fit remarquer au service sanitaire des armées par son acti\'ité et ses talents d’administrateur. Doué de fermeté, d’un discernement rare, il présidait admirablement l’Académie, réprimant les abus qui auraient pu s’introduire, stimulant l’émulation, disciplinant une compagnie qui rap{)elait parfois les chirurgiens-barbiers de jadis. Ses efforts, sa persévérance faisaient respecter les travailleurs par les csj)rits brouillons ou mécontents.
Sous l’initiative de Germain Pichaut de La Martinière, des écoles de chirurgie furent installées dans les principales villes de fiance, de nouvelles chaires créées à Paris, l’école pratiipie établie et dotée à ses frais. La Martinière obtint un édifice pour le Collège des chirurgiens et l’Académie de chirurgie ; c’est celui où nous sommes. Enfin, un hospice, j)lut()t hôpital cliniipie dans le- (piel il fonda lui-môme dix lits cl situé en face, était dii à l’instigation bienfaisante de La Martinière.
Vous pouvez juger les résultats obtenus par l’Académie de chiiuigie. Chirac avait conçu la pensée d’une Académie de