lOSRIMI-ALEXANDRE I.ABOULBÈNE
Voici encore un volume in-4° des Séances de l’Académie de chirurgie :
Séance publique de r Académie royale de chirurgie, Paris, Michel Lambert, in-4°, 154 pages, 1779 (n° 90137 du catalogue de la bibliothè({ue).
Il m’est impossible aujourd’hui de vous donner une idée, même sommaire, des matières contenues dans cette précieuse collection. Je vous recommande encore un résumé de l’Histoire de l’Académie, par Ouesnay, au commencement du deuxième volume des Mémoires, et un autre article relatif à la même Histoire, par Antoine Louis, placé à la tête du volume quatrième.
Lisez et méditez les Mémoires et les Prix. Vous verrez que toutes les parties de la chirurgie ont été traitées par l’Académie et se trouvent dans ses recueils ; la pathologie chirurgicale, les lésions, les vices de conformation ; les appareils, instruments et machines, et aussi l’action des topiques et médicaments externes, sans oublier l’hygiène chirurgicale, l’influence de l’air, de l’alimentation, des exercices, venant en aide à la chirurgie proprement dite.
L’Académie représentait ainsi la chirurgie, non seulement pour Paris, mais pour l’extérieur. Vous trouverez ses membres titulaires les plus éminents, ses associés, rivalisant tous de zèle, résidents et régnicoles, contribuant ensemble au progrès de l’art. J’énumère parmi eux : Bordenave, Tenon, de Lafaye, de Garengeot, Ledran, Malaval, Faget, Foubert, Bassuel, Hévin, Pibrac, Ræderer, Benomont, Flurant, Faure, Pipelet, Boucher, Houstet, Ravaton, etc.; et encore Lecat et David, à Rouen; Pouteau, à Lyon; Goulard, Lamorier, Vigaroux, à Montpellier; David, à Marseille, etc. Au nombre des associés étrangers, vous trouverez Haller, van Swicten, les deux Hunter, Cheselden, Camper, Wilius, Bertrand!, Molinelli, etc., etc.
Remarquez les Eloges d’Antoine Louis, publiés, comme je vous l’ai dit, par Dubois d’Amiens :
Eloges lus dans les séances publiques de V Académie royale de chirurgie de 175U à 1792, par A. Louis, recueillis ei publiés pour la première fois au nom de V Académie impériale de médecine et
l’aNCIRNXF, KCOLK DR CHIlUIRGIR
d’après les manuscrits originaux, avec une inlroduclion, des notes et des éclaircissements, par lü.-Frcd. Dubois crAmieiis.
lu-8“ ; Paris, J. -B. Baillière et lils, 1839.
.le vous recoinmancle riutroductiou, riche eu détails, sur l’IIistoire de rAcadéiuie de chirurgie et sur les personnages de cette épofpie.
La ch irurgie avait été épurée, émancipée et fortifiée pai’ l’Académie de chirurgie; cependant, avec Desault qui porta la clinique chirurgicale à un point (ju’elle n’avait pas encore atteint, l’art n’étendait guère son domaine au delà des opérations savamment et habilement pratiquées. Bichat, élève de Desault, posa les questions d’anatomie générale et prépara l’avènement du microscope; puis vint Dupuytren étonnant ses auditeurs par la sûreté de son diagnostic et la hardiesse de ses décisions. Les successeurs directs du chirurgien de l’Hôtel-Dieu n’ont pas cessé de travailler aux progrès de l’art; les applications de la méthode sous-cutanée, les injections iodées, le traitement des fistules vésico-vaginales, l’ovariotomie, etc., etc., sont là pour le prouver.
Deux fondations d’une grande importance ont eu lieu en 1820 et 1842, d’abord celle de l’Académie de médecine destinée à faire revivre le souvenir et l’utilité de ses illustres devancières, puis celle de la Société de chirurgie, faisant appel, avec Auguste Bérard, à tous les chirurgiens pour l’étude et le perfectionnement de la chirurgie sous la fière et noble devise : Vérité dans la science, moralité dans l’art.
L’Académie de médecine comprend à la fois la médecine, la chirurgie et les sciences dites accessoires; c’est l’idée de Celse et aussi de l’ancienne Faculté de médecine réunissant en un seul faisceau toutes les connaissances médicales, et rendant des services au pays, correspondant avec le gouvernement qui la consulte. La Société de chirurgie répond à la tendance actuelle des esprits : creuser plus profondément une partie limitée de la science, après en avoir toutefois étudié et possédé l’ensemble. La division du grand prix de l’internat en médailles d’or médicale et chirurgicale montre cette séparation appliquée au couronnement des études pratiques dans nos hôpitaux.
Deux conquêtes contemporaines, l’anesthésie et l’antisepsie, ont renouvelé la science chirurgicale. L’anesthésie, cet admirable adjuvant de l’opérateur, supprimant la doideur et la contraction
.TOS R I> I r-AL R. VAN DK R I, A HO U LBRN R
musculaire, rcucleut inutiles la ju-omptilude, la prestidig-ilalioii jadis trop prisées. Vous assistez à l’application de plus eu plus perfectionnée des modes de pansement antiseptique qui se rattachent aux admirables découvertes de M, Pasteur. I.e rôle des matières septiques et des h'rments explique l’intoxication nosocomiale ; nous pouvons dire que leur exclusion des plaies, leuidestruction avec des agents spéciaux, expérimeutalemeut démontrée, comptent parmi les ])lus gi-ands services que l’art de l'uérir ait rendus à l’humanité.
Un maître, que nous avons récemment perdu, résumait eu lui les qualités maîtresses du chirurgien. Vous devinez que je veux parler d’Athauase-Léon Gosselin, président de l’Académie des sciences, professeur de la Faculté, membre de l’Académie d(î médecine et de la Société de chirurgie, chirurgien de l’hôpital de la Charité. Né le 16 juin 'I81o, il étudia successivement à Versailles et à Paris; il arrivait au concours interne des hôpitaux, aide d’anatomie, prosecteur, presque toujours le premier, enfin chef des travaux anatomiques. Le concours pour le professorat ayant été supprimé par décret, Gosselin attendit assez longtemps pour arriver à la chaire de pathologie externe qu’il occupa jusqu’à la mort de Velpeau; il devint alors professeur de clinique chii-urgicale. Vous connaissez tous son CoDipendium de chirurgie commencé avec A. Bérard, poursuivi avec Denonvilliers ; vous méditerez ses Leçons sur les hernies et sa Clinique de Vhôpital de la Charité, plusieurs fois rééditée. Gosselin était avant tout l’homme du devoir et aussi un maître bienveillant, un professeur accompli. Son ami et collègue, M. le professeur Richet, lui a rendu devant l’Académie des sciences un hommage affectueux refusé par Gosselin à ses funérailles. Je tiens à vous montrer un médaillon reproduisant les traits de Gosselin peu avant sa mort el dû au talent de M. (J. Roty, de l’Académie des beaux-arts.
Gosselin était passionné pour la chirurgie; il croyait à ses progrès, il était heureux d’y applaudir et de les accepter. Pour lui, comme pour le vieux Guy de Chauliac, le présent ainsi (jue le passé ressemblaient à l’eufaut placé sur les épaules du géant, et celui-là, malgré sa jeunesse, voit mieux et plus loin.