L’ANTISEPSIE
Si, avant notre époque, le malade craignait l’opération à cause de la douleur, le chirurgien redoutait les complications qui pouvaient trop souvent compromettre le résultat final. « Une piqûre d’épingle est une porte ouverte à la mort, » disait Velpeau. Quelle était donc la cause inconnue amenant l’altération des plaies, l’érysipèle, l’angioleucite, les phlegmons gangréneux, l’infection j)urulente? De tout temps, les opérateurs se sont grandement préoccupés, surtout parmi les agglomérations d’hommes, au milieu des villes assiégées, après les batailles, dans les hôpitaux, etc., des frissons précurseurs du changement des plaies, de l’aspect devenu blafard, suivis des complications avec délire, d’anxiété respiratoire, de la teinte jaunâtre des téguments, de la mort avec putridité.
Les explications n’ont jamais manqué : la fièvre était de nature maligne. On invoquait jadis la métastase : le pus quittait la place, il se portait ailleurs. Dès que l’anatomie pathologique eut permis la constatation des abcès viscéraux ou articulaires, ceux-ci turent appelés abcès métastatiques. Boerhaave dit que la résorption se faisait aux orifices érodés ou agrandis des veines. Fouteau, pour expliquer les abcès du foie après les plaies de tète, admettait un engorgement du cerveau qui faisait refluer le sang de l’aorte descendante; Bertrand! supposait une inflammation hépatifjue par retour du sang de la veine cave inférieure sur lequel celui de la veine cave supérieure venait exercer une pression exagérée. Vous voyez les raisons hydrauliques bizarres auxquelles on était réduit et que l’Académie de chirurgie admettait avec trop de faveur. Desault et Bichat invoquaient les sympathies du foie et du cerveau. Puis, on regarda les collections purulentes viscérales, survenues à la suite des j)laies, comme étant des tubercides ramollis.
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De 1802 a IHl.i, MoiiUi^ia s’(îtaiL eflorcé de prouver que 1(î pus etail absorbé pai' les veines el déposé dans les viscères. En J 81 0, (.îas[)ard, inédccin à Sainl-Elienne, étudiail le premier l’aclion des liquides naturels ou « décomposés » introduits dans le sang'. Il fit voir qu’une faible dose de pus, injecté dans les veines, ne donne pas la mort s’il esl expulsé par quelque excrétion critique, mais qu’une grande (juantité ou des injections successives sont toujours imjrtelles. (ies expériences, publiées en 18U9, passèrent inaperçues; l’auteur les continua, les varia, et il donnait deux mémoires importants en 1822 et 1824 dans le Journal de physiologie de Magendie. En 1823, dans .sa thèse du doctorat, Velpeau déclara (p.ie les abcès métastatiques sont dus a une altération du sang' causée par l’entrée du pus et son tran.sport dans les org'anes, soit que le pus vienne de la plaie ou qu’il soit sécrété par les veines environnantes. C’était, en somme, la doctrine de la phlébite pressentie par Hunter, Hog'dson et Ribes (1816), admise par Mareschal (1829), soutenue par Dance (1828- 1829), Blandin et J. Gruveilhier. La diathèse purulente de J. -P. Teissier, renouvelée de De Haën, ne détrôna pas la phlébite, que les recherches de Castelnau et Ducret venaient étayer et que Sédillot établissait de plus en plus.
La théorie de l’embolie, le transpoi't de parties ou de particides détachées d’un point des voies circulatoires et arrivées au loin y produisant un arrêt du sang ou des accidents infectieux, a été 1 expression de faits réels, znais plus connus des anciens qu on ne l’a dit. Galien paraît avoir observé sur les animaux les caillots fibrineux du cœur, et, n’étant jamais à court, il attribuait certaines morts subites au transport des polypes du cœur dans les vaisseaux pulmonaires. Vésale avait signalé, sans les comprendre, les coïncidences de la gangrène des membres avec les alleclions cardiaques. 1 héophile Rouet a rapporté des exemples de concrétions sang'uines venant des cavités ventriculaires et arrivant a 1 aide du courant sang'uin, soit dans les artères du cerveau, soit dans les artères pulmonaires; il reconnaît que la mort subite est due à 1 action mécanique de ces bouchons ou ohluranienlu. \an Swieten, dans ses Couunentaires, parle avec soin des concrétions du système artériel; il ne connaissait pas les coagulations spéciales au.x veines. Alibert eut le soupçon que les caillots sont locau.x, nés sur place, qu’ils ne résultent [las de