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locaux et generaux des plaies, avant d’arriver au fait de la contamination par les germes ou microbes infectieux, répandus dans l’air ou souillant les objets mis en contact avec les malades. En vous rappelant les noms de Gaspard, Darcet, Sédillot, Davaine, Coze et Feltz, je dois ajouter (pi’en ]8b7 et surtout 1800 M. Pasteur, étudiant le vibrion septique, a mis en évidence sou action dans la putréfactioTi des matières et des liquides organiques. Il a prouvé que ces matières placées à l’abri de l’air ou simplement d’un air pi’ivé de ces vibi’ions, en d’autres termes stérilisé, se conservaient indéfi idment sans se corrompre. La tliéorie des microorganismes infectieux, germes, schizomycètes, bactéries, cocci, était dès lors établie scientifiquement. Les microbes, pour employer l’expression de Sédillot, avaient une manière de vivre spéciale, ils causaient les fermentations ; en pénétrant dans les plaies, ils s’y développaient rapidement aux dépens des liquides et produisaient la septicémie. Il est à peine besoin d’ajouter qu’en fdtrant l’air, en le privant de microbes, ou bien en détruisant ceux-ci à l’aide d’agents appropriés on devait rendre toute plaie accidentelle ou chirurgicale absolument aseptique. Vous appréciez comment M. Alphonse Guérin et Lister ont appliqué et confirmé la doctrine de M. Pasteur.
L’ensemble des procédés employés tour à tour pour prévenir ou pour détruire les ferments septiques constitue la méthode antiseptique, .le rechercherai plus tard si les anciens ne l’ont pas pressentie. Le but est d’arriver à débarrasser toute plaie de microorganismes, germes ou microbes infectieux, de la rendre aseptique, et finalement l’asepsie («, privatif, putréfaction) des
plaies résulte de l’application rigoureuse des moyens antiseptiques.
On a discuté pour se rendre compte de l’action des antiseptiques sur les plaies. Notre regretté Gosselin admettait qu’ils fussent germicides, mais de plus et principalement coagulants de l’albumine sur les capillaires ouverts ; grâce à l’oblitération vasculaire, l’absorption des produits septiques serait arrêtée. Il n’est pas besoin fl’invoquer cette action caustique ou coagulante, et parfois elle pourrait créer des dangers. L’étude déjà faite sur le développement [)lus ou moins rapide des microbes inf(H’.tieux dans les Tupudes ()rgani(pies, ainsi que sur les doses d’une substance antiseptique, susceptible, soit de tuei' les microbes, soit d enti’aver leur développement, montre (pie l’anti.sepsie chimi(jue est avant tout microbicide. Gu a objecté aussi (jue les méthodes anciennes
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(l(‘ paiiserïHMil floiineiil. I(‘s iTi(‘ill(Mirs résnllats, à la cDiirlition dos soins de propreté. Il est. sûr cpi’il peut en ètni ainsi à la cainpai^ne, an milieu d’nn air pur et sain ; mais dans les villes, où les accidents d’infection des plaies étaient si communs, le pronostic des opérations hospitalières a complètement chang-é depuis les procédés d’antisepsie. Mon collègue de la Faculté et de Tliôpital de la (diarité, M. le professeur Trélat, a pu dire, en ouvrant son cours de 188(), que depuis sept ans, et par suite des perfectionnements successifs des moyens de pansements antiseptiques, il avait vu la mortalité opératoire graduellement diminuer; elle était tombée de 13 pour 100 à 8,6, et enfin à 2 pour 100.
Jetons un coup d’œil rapide sur les moyens actuellement en usage pour réaliser l’antisepsie, et d’abord sur ceux qui s’opposent le mieux à l’arrivée des microorganismes dans les plaies. Ici, les agents chimiques ne sont pas employés directement ; on veut faire chirurgicalement une plaie aseptique avec des instruments stérilisés, puis la recouvrir avec des pièces de pansement rendues aseptiques afin de la protéger contre l’accès d’un air contaminé.
La chaleur a été de tout temps un moyen héroïque, mais il faut qu’elle soit assez élevée ; elle constitue le plus puissant microbicide. Les spores des schizomycètes résistent à 100, même à 120 degrés de chaleur sèche ; ils sont détruits à 100 ou 110 degrés de chaleur humide et surtout de vapeur d’eau sous pression. La stérilisation des instruments, la désinfection des objets de pansement par la chaleur a fait inventer des étuves à air surchauffé ; ou a utilisé aussi les bains d’huile bouillante à 120 ou 130 degrés pour rendre aseptiques les instruments de chirurgie.
L’eau bouillie ou filti’ée rigourcusemeut est un excellent liquide de lavage; les anciens l’ont parfaitement connue.
La réunion Immédiate des [)laies doit presque toujours être tentée; le drainage permet de la réaliser, mais les drains de caoutchouc, de verre, de métal, d’os décalcifié seront de plus en plus abandonnés avec une plaie bien aseptisée. Les sutures par les fils métalliques ou organiques (soie, crins de Florence, catgut) exigent une stérilisation absolue. Les éponges, difficiles à tenir en bon état dtî propreté, sont délaissées pour le coton hvdrophilc, les cum[)rcsses et les tissus aseptisés, de [)lus en plus en faveur.
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Le choix à faire pour un cas donné d’un anlise|)li(|ue chimique esl des plus im[)ortan(s. La clinique et le laboratoire ont fait voir que les divers antiseptiques sont loin d’avoir la meme puissance parasiticide ; celle-ci varie encore en présence de charpie microoryanisme particulier. Il vous faut donc connaître le pouvoir destructeur maximum de chaque agent chimique, mais tenir, en même temps, le plus grand compte de ses propriétés trop irritantes et parfois extrêmement toxiques. En résumé, il faut savoir employer la substance active au maximum de pouvoir microbicide, au minimum de [louvoir toxique.
Je ne puis que vous renvoyer pour cette question délicate du choix des désinfectants des plaies aux récents Traités (T antisepsie pratique de MM. Le Gendre et Barette. Les propriétés des divers antiseptiques, appelés aussi désinfectants, antivirulents, antizymotiques, ne sont pas encore entièrement connues et fixées ; mais nous possédons, depuis les expériences de Ratimoff sur le microbe de la septicémie, beaucoup d’autres travaux précieux qui démontrent le pouvoir des sels de mercure, d’argent, de cuivre, des bromures et des iodures, des acides thymique, salicylique, phénique, benzoïque, etc. Pénétrez-vous de cette vérité, tous les jours démontrée, que l’acide phénique est loin d’être, comme vous l’entendrez répéter, le plus actif des microbicides. Le sublimé corrosif, si employé, lui est absolument supérieur, et plus encore le bi-iodure de mercure qui, entre les mains de mon collègue et ami M. Panas, rend de si précieux services en oculistique ; sachez aussi apprécier l’action du brome et de l’iode, de l’eau oxygénée, de l’iodoforme, du chlorure de zinc, du permanganate de potasse et de beaucoup d’autres composés. Les essences, jadis utilisées dans les embaumements, et (jui avaient une grande place dans les pharmacopées du moyen âge, servent non seulement comme désinfectantes pour l’odeur, mais elles sont réellement microbicides. M. Ghamberlaud a prouvé l’efficacité des vapeurs ou des émulsions de l’essence d’origan, de canelle de la Chine et de Ceylan, d’ angélique, etc., contre les bactéridies et leurs germes.
Les pansements antiseptiques sont humides ou secs. Les solutions chimif[ues pour laver les plaies fraîches, ou au contraire anciennes, les détergent, entraînant aussi les produits septiques qu’elles peuvent renfermer; les pulvérisateurs rendent les [)lus grands services. Les substances sèches constituent une couche protectrice destinée à absorber les liquides de la [ilaie et à les
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rendre ase{)ti(|ues. C’est ici que sont utilisés : les {>azes, le coton hydrophile, l’étoupe, la tourbe cardée, la ramie, la laine el la sciure de bois, le sable, la cendre, eic. Les pansements secs ont l’avantag-e de ne pas être renouvelables tous les jours, comme les pansements humides; du reste, chaque pansement remplit des indications particulières. On ne doit jamais abuser de la poudre d’iodoforrne ni des sciures imprégnées de sublimé.
L’asepsie et les pansements antiseptiques ont permis de faire des opérations auxcpielles on n’aurait presque jamais eu recours, il y a peu d’années; je veux parler de l’ouverture des articulations et des gaines tendineuses, de la laparotomie, de l’enlèvement de l’utérus malade ou de ses annexes, etc. Le progrès et le bienfait sont considérables.
Les plaies exposées récentes, non infectées, doivent toujours guérir; le résultat est plus difficile à atteindre pour les plaies cavitaires ou communiquant avec une cavité viscérale. La suppuration regardée comme nécessaire, les diverses sortes de pus, si étudiées dans leur aspect, leur consistance, passeront de plus en plus dans le domaine historique. La méthode antiseptique amènera la réparation et la cicatrisation des plaies sans suppuration, excepté dans des cas exceptionnels. Le pus est un indice d’infection; il faut combattre sa production par le lavage on la pulvérisation antiseptiques. Les complications dues au Slreplococcus ppogenes de l’érysipèle, qui est pareillement l’agent actif, le facteur de l’infection purulente ainsi que de l’infection puerpérale, et encore à la pourriture d’hôpital, que j’ai reconnue depuis longtemps (1860) comme une mortification des éléments histologiques et qui provient d’une septicémie gangréneuse, doivent disparaître ou devenir extrêmement rares. Pour éviter ces redoutables complications, la propreté absolue du malade, le lavage des téguments ou des parties à sectionner sont nécessaires et aussi l’hygiène spéciale du chirurgien, de ses aides, le costume non souillé, la désinfection rigoureuse des mains et des instruments. Avec des précautions minutieuses, avec l’entourage aseptique, le malade, même dans un hôpital, dans un milieu peu salubre, est préservé sûrement et il guérit.
.le me borne à ces considérations : plus vous vous a[)procherez de l’idéal antiseptique pour l’opéré, mieux vous assurerez le succès de l’opération à pratiquer. Je veux examiner un |X)int
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historique du plus haut intérêt, et rechcrclier si rantiscpsie est absolument nouvelle et si, du temps des Hippocratiques, elle n’était pas déjà mise en œuvre.
11 peut vous paraître extraordinaire que les anciens aient connu et tiré parti de l’antisepsie;, eux qui n’avaient à leur disposition ni le microscope ni la chimie. Je tiens à vous présenter rapidement les recherches d’un savant professeur de TUniversité d’Athènes, M. Anag’nostakis, sur cet intéressant sujet.
Les citations qu’il a faites avec le plus grand soin, surtout d’après Littré, sont fort nombreuses ; je he puis vous les indiquer toutes; j’en ferai un résumé, en vous recommandant de lire avec soin le mémoire remarquable dont je vous donnerai le titre.
La propreté dans le pansement des plaies est recommandée par flippocrate, expressément et avec insistance : « Les pièces d’appareil doivent être propres... on doit avoir sous la main des linges propres et des bandes propres... puis on pressera dessus à diverses reprises avec un linge propre. » Galien dit aussi ; « La propreté de la plaie est une condition indispensable; la saleté empêche la guérison. »
Les Hippocratiques employaient pour le pansement des affusions d’eau chaude, et appréciaient avec la main le degré de température. « Les plaies aiment la chaleur... L’eau doit être aussi chaude qu’on peut le supporter, en la versant sur sa main. » Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est qu’ils se servaient non pas d’eau commune, ni simplement d’eau de pluie, mais d’eau de pluie préalablement bouillie; nous dirions d’eau pure stérilisée.
M. Anagnostakis di.scute avec soin les mots par lesquels Hippocrate désignait les antiseptiques. Il fait remarquer, parmi les quatre éléments qui dans l’opinion du grand médecin grec constituent le corps, ceux ayant le rôle prépondérant pour la pathologie des plaies et qui sont : la sécheresse et l’humidité. La sécheresse domine dans l’état normal, tandis que, dans l’état ulcéreu.x ou sanieux, l’humidité prend le dessus. « La plaie est humide, le sain est sec... Les plaies suppurent par l’intermédiaire du sang qui s’altère et s’échauffe, jusqu’à ce que, pourri, il soit transformé en pus... En effet, ce qui empêche la guérison des j)laies, c’est la pourriture du ^ang. Nécessairement les chairs contuses et écrasées pourrissent, deviennent purulentes et se fondent. » D’où il faut le dessèchement de la plaie [)Our l’empêcher de suppurer; la dessiccation hippocratique des plaies n’est
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autre f|iie ranlisepsie : les médicainetits sieealifs ou asepLe.s sont, eu réalité, nos aulisej)tiques.
Tous les inédicaineuts desséchants étaient des substances pouvant servir [)()ur ernhaunier les morts; aussi desséclier conserver aseptiser (à7roor,7ra)) sont-ils synonymes.
Les moyens antiseptiques sont les suivants. Le vin, asepte le ])Ius usité, remplaçait l’alcool que les anciens ne connaissaient pas. Le vin était cliaufFé avant son emploi. « Il ne faut liumecter les plaies, si ce n’est avec du vin... Ils fixent par dessus, à l’aide d’un bandag’e roulé, des’compresses imbibées de vin... Avec ces préparations, on empêchera très vite les plaies récentes de suppurer... Si on est en été, on humectera fréquemment les compresses avec du vin... On les humectera av^ec du vin, surtout en été, car les parties pourrissent quand on emploie de l’huile ou même du cérat, vu c|u’elles ont besoin d’être desséchées plus fortement. » Hippocrate dit encore : « Le vin doux employé avec persévérance suffit pour les plaies de longue durée. » On le préconisait contre l’otorrhée, la leucorrhée; les préparations vulnéraires : de vino mijrtile, mijrsinite, resinalo, cedvito, picato, etc., se retrouvent dans Dioscoride. Le peuple g'rec emploie toujours le pansement avec le vin; il y a ajouté Teau-de-vie ou la teinture de myrrhe sous le nom de baume.
Galien a insisté sur le vin comme desséchant : « Præ parelur vero interea vinum austerum calidum... Cæterum quod injicitur, vinum nigrum, austerum et tepidum erit. » (Galeni, De metliodo inedendi, VIII, 4, t. X, p. 414 et 419, édition Kühn.)
Hippocrate employait comme siccatif le sel, Teau de mer échaullée : « Elle borne et fait cesser les plaies rongeantes. » Celse appliquait le sel sur les morsures venimeuses ; les accoucheurs, au dire de Soranus, saupoudraient les nouveau-nés avec du sel trituré en poudre impalpable. Paul d’Égine instillait dans l’ceil opéré de cataracte une légère solution de sel marin.
Une des curiosités du travail de M. Anagnostakis est la trouvaille de la ligature des artères faite par Galien avec des liens provenant de la France et confectionnés ou imprégnés avec nue matière particulière qui les rendait aseptiques (èH y).r,î <îu<j5TV7vrov), (lalien indique même la rue de Home, où ou les vendait bon marché ; « Si vous exercez, dit-il, tlans une ville où vous ne pouvez pas vous en procurer, cou teniez-vous d’un fil cle soie que vous aurez j)répai'é tl’avauce; si rida vous fait défaut, servez-
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VOUS de la matière la plus aseptique (tv/v ào-oTn-orépav OXviv) que vous aurez sous la main, telle que les cordes Hues. » x\e penst'z-vous pas immédiatement au catgut?
Le goudron était employé sous forme de pommade ou d’emplàtre, de préférence au cérat simple, qui n’était destiné qu’à mettre les plaies à l’abri du contact tle l’air. « En elïet, sur la plaie même, on étendra du cérat au goudron; les parties environnantes seront enduites de cérat blanc. On pansera avec du cérat au goudron et des conqu-esses imbibées de vin. » La résine, l’asphalte servaient à préparer des emplâtres agglutinatifs et antiputrides. V'oici une recette hippocratique ; « Des briilures })ar le feu : Faire fondre de la graisse de porc vieille, y mêler de la résine et de l’asphalte, enduire de ce mélange un linge, chauffer ce linge au feu, Fappliquer et mettre un bandage. » Les emplâtres d’onguent et de mastic sont encore très usités chez le peuple grec.
Les anciens obtenaient avec le cuivre et le vitriol bleu ce que nous demandons au sublimé. Les préparations de cuivre constituaient la base des médicaments enhèmes (È’vaïua), c’est-à-dire de ceux qu’on mettait sdr les plaies récentes préalablement essuyées « afin de les empêcher de suppurer... Quand l’écoulement du sang a cessé, il faut faire une onction avec le médicament enhème, où il entre de la fleur de cuivre ». Oribase et Dioscoride recommandent le AÛtriol bleu (xâ)xotvroç), la battiture de cuivre (àett'i;), le cuivre pyriteux, le cuivre brûlé. On appliquait aussi les enhèmes en poudre, comme on fait de nos jours avec l’iodoforme.
Les médicaments aromatiques et amers faisaient partie des vulnéraires. Hippocrate conseille « le vin, miel de cèdre, myrrhe». Dioscoride cite le thym, l’aloès, l’absinthe, etc.
Le feu, le plus puissant antiseptique, était employé dès la plus haute antiquité. Vous vous rappelez ce qu’en disait Hippocrate :
« Ce que le fer ne guérit pas, le feu le guérit; ce que le feu ne guérit pas doit être l’egardé comme incurable. » Paul d’Egine employait h; fer rouge pour ouvrir les abcès du foie. Albucasis se servait du cautère pour toute espèce d’abcès; le médecin arabe étendait et imitait la pratique des anciens médecins de la (jtrèce.
En résumé, les Hippocratiques connaissaient les avantages de l’antisepsie (jue M. Anagnostakis voudrait voir appeler apusepsit'. Leur but était de s’o[)posei’ à la poui’iitiii'e des plaies, et ils
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utilisaient les substances antijnitrides dont ils pouvaient disposeï-.
L’eau bouillie et stérilisée, le lavage de la plaie avec le vin écliaulle ou une solution de cuivre, l’onction au goudron et la réunion immédiate faite autant que [)0ssible; puis la poudre de fleur de cuivre, un mélange de substances aromatiques étaient employées. L’emplâtre au goudron, le taffetas à la résine ou à l’asphalte servaient de môme. Les parties voisines de la plaie étaient enduites de cérat pour empeclier le contact de l’air. Le pansement était toujours fait avec des compresses imbibées de vin, le tout recouvert et maintenu par des bandes de toile très propre.
Vous voyez, les premières applications de la méthode antiseptique remontent à plus de vingt-deu.x siècles; l’art nouveau retournerait, suivant M. Anagnostakis, à son vieu.v point de départ.
Vous avez devant vous une petite collection de documents relatifs à l’histoire de l’anesthésie et de l’antisepsie. Beaucoiq) d’entre eux renferment une bibliographie où vous trouverez l’indication des Notes et Mémoires auxquels j’ai souvent fait des emprunts, devais vous indiquer le titre des ouvrages principaux. Voici d’abord :
E.-F. Bouisson, Traité théorique et ‘pratique de la 'méthode anesthésique appliquée à la chirurgie et aux différentes branches de Vart de guér\r. — Paris, 1850, in-8“.
Maurice Perrin et Ludger Lallemand, Traité d'anesthésie chirurgicale. — Paris, 1863, iii-8“.
Je vous signale un article important dans chacun des Dictionnaires de médecine récemment terminés.
Anesthésiques (Agents), par J. (jiraldès, in Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, t. 11, p. 2P.)-260, 1865.
Anesthésie chirurgicale, par Maurice Perrin, in Dictionnaire encgclopédique des sciences médicales, t. I\’, p. J34-40I, 1866.
Les pièces relatives à la découverte de l’anesthésie par l’éther sont résumées dans ces deux 0{mscules :
W.-T.-(j. Mürton, Mémoire sur la découverte du nouvel emploi de l’éther sulfurique, suivi de pièces juslilicalives. Paris, 1847, in-8“.
L ANTrSRPSIF,
.l.-L, Lord et H. -A. Lord, Défense des droits du docteur Ciiarles-T. Jackson à la découverte de V éthérisation, suivie de pièces justificatives. — Paris, 1848, in-8“.
Vous trouverez dans VHistoire de la chirurgie française, de mon ami M. J. Rochard, une riche collection de faits et d’appréciations judicieuses. Peu de livres sont écrits avec autant de savoir et de verve entraînante :
Jules Rochard, Histoire de la chirurgie française au xix® siècle, étude historique et critique sur les progrès faits en chirurgie et dans les sciences qui s’y rapportent depuis la suppression de l’Académie royale de chirurgie jusqu’ à l’époque actuelle. — Ftwis, 1875, in-8“.
Ne néglig-ez pas ce volume :
E. \ ALLiN, Traité des désinfectants et de la désinfection, avec 27 figures dans le texte. — Paris, 1882, in-8".
A. Anagnostakis, la Méthode antiseptique chez les anciens. — Athènes, 1889, in-4°.
L’ouvrage que voici est déjà classique ; il vous fournira les renseignements les plus détaillés sur toutes les pratiques de l’antisepsie :
Le Gendre, Rarette, Lepage, Traité pratique cV antisepsie appliquée à la thérapeutique et à l’hygiène (médecine — chirurgie — obstétrique). — Paris, 1888, 2 vol. grand in-8o.
Tomepr^ — Première partie .-Préliminaires ; généralités. — Deuxième partie : Antisepsie médicale, par M. Paul Le Gendre.
Tome II. — Troisième partie: Antisepsie chirurgicale, par M. Barette. — Quatrième partie: Antisepsie obstétricale, par M. Lepage,
.l’insiste sur le dernier livre vraiment magistral de mon cher collègue et ami M. le professeur Bouchard, qu’il ne vous suffira pas de lire, mais qu’il vous faudra méditer; rempli de remarques utiles sur le présent, il fait apercevoir aux chercheurs de nouveaux horizons :
Charles Bouchard, Thérapeutique des maladies infectieuses ; antisepsie. Cours professé à la Faculté de médecine de Paris pendant l'année 1887-1888, recueilli et publié par M. Paul Le Gendre. — Paris, 1889, in-8'’.
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J’ai terminé ce que je voulais vous dire aujourd’hui sur l’antisepsie chirurgicale, et les préce[)tes acquis viennent s’appliquer à l’antisepsie obstétricale dont l’importance est si grande, j’allais dire si exceptionnelle. Il y a quelques années à peine, la mortalité des femmes en couches était vraiment effrayante. Les résultats obtenus par mon collègue et ami M. Tarnier ont montré la valeur supérieure des pratiques antiseptiques; ils ont été tellement extraordinaires qu’on les jugeait d’abord j)resque impossibles à obtenir. Nous pouvons espérer que la fièvre puerpérale, dont le nom seul est une épouvante, sera reléguée au nombre des maladies historiques.
Les maternités ont été des asiles redoutés où la femme de la meilleure santé risquait de succomber. Grâce à une antisepsie rigoureuse, la parturiente qui n’est pas une blessée, mais qui vient y accomplir un acte physiologique, n’aura plus à craindre ni pour sa vie ni pour sa santé. Le chiffre de la mortalité de 1 sur 5, observé dans plusieurs épidémies puerpérales, est tombé à moins de 1 pour 100. Dans un relevé des résultats obtenus à la Maternité de La Riboisière, mon collègue, M. Pinard, de 1882 à 1889 et sur 12,580 femmes venant accoucher, a constaté une perte générale de 0,74 pour 100; la mortalité par infection purulente n’est que de 0,39 pour 100.
Avant de nous séparer, je tiens à vous dire un mot de l’antisepsie générale et médicale, née d’hier, formulée au Congrès de Copenhague, et qui n’est pas une « illusion généreuse ». J’ai pratiqué l’antisepsie intestinale avec le charbon et le calomel ; j’ai adopté présentement les formules de mon collègue et ami M. Bouchard, et je m’en trouve fort bien. D’ailleurs, (|u’elle s’applique aux voies digestives, aux cavités séreuses, à l’appareil respiratoire, l’antisepsie médicale rendra, j’en suis convaincu, des services de plus en plus nombreux. Notons qu’elle ne veut pas atteindre et détruire directement l’agent, le microbe infectieux; elle tient à le réduire à l’impuissance, à maîtriser sa multiplication, en un mot à le rendre aussi inolfensif que possible. Reteiu'z bien que les questions si intéressantes d’immunité, de vaccination préventive, etc. sont étroitement liées à l’antisepsie médicale ; ne croyez pas que l’action portée contre l’agent infectieux fasse négliger l’ensemble de l'organisme et perdre de vue la résistance dont il est capable. Pour me servir d’une expression de Davaine,
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« riuUe » à l’élat sain, hicn portant, n’csl pas favorable aux parasites, tandis que la plante ou l’animal débilités sont Incilement envahis par eux. Il faut donc fortifier, donner à l’homme le plus possible de résistance org-anique et vitale, tout eu agissant contre l’ennemi infectieux, contre les substances toxiques, les poisons qu’il a produits.
Je conclus en formulant un vœu général, exprimé aussi par M. Proust, inspecteur général des services sanitaires. Dans un rapport, approuvé par le conseil consultatif d’hjgiène publique, mon collègue fait ressortir les bienfaits que la méthode antiseptique et les pansements propres ont procurés aux femmes en couches et aux opérés, ainsi que ceux qu’il serait facile d’obtenir par l’assainissement des localités malsaines. C’est, en effet, lorsque nos villes se seront assainies que l’on verra diminuer la mortalité causée i)ar les maladies infectieuses, et surtout par la fièvre typhoïde dans la population civile et dans notre armée. C’est, de même, lorsque nos ports présenteront un terrain réfractaire à la pénétration des germes morbides exotiques qu’on pourra supprimer les dernières entraves quarantainaires. Il est donc du devoir de tous, des municipalités ainsi que des gouvernements, d’assainir dans le plus bref délai possible les villes, les ports et le pays tout entier.