‹ Joseph-Alexandre LaboulbèneChapitre 6 sur 85 · HISTOIRE DES LIVRES HIPPOCRATIQUES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES LIVRES HIPPOCRATIQUES

Vous vouez cutendre le cours d’iiistoire de la médecine et de la chirurgie, et plusieurs d’entre vous })our la première fois. Soyez tous les bienvenus. Vous avez le désir d’apprendre; vous voulez augmenter vos connaissances médicales : je vous y aiderai de toutes mes forces.

L’histoire a un grand attrait. La remarque d’un ancien, que je résume en deux mots, le prouve : historia deleclat; mais j’ai pris pour devise : historia iitilis. Je tiens à ce que vous trouviez ici l’instruction médicale solide en même temps que la bibliographie. Je veux, à l’aide de l’histoire, appeler votre attention et vos méditations sur les grands problèmes médicaux et sur l’expérience des siècles, qui renferme des trésors de sagesse. Dans ce but, je vous parlerai aujourd’hui des Livres hippocratiques.

Toutefois, avant de commencer cette étude, il convient que je vous fasse connaître l’objet du cours de cette année. Ordinairement, le plan d’un cours vous est indiqué à la fin de la leçon. Le temps presse, vous n’ètes avertis que d’une manière rapide et fort sommaire. Je risque cette innovation de vous renseigner au début, et aussi complètement que possible; j’espère que vous m’approuverez.

Je vous exposerai cette année l’/i/s/o/r^ des maladies populaires de la France, faisant suite à l’histoire des grandes jiandémies, des maladies épidémiques générales, ainsi qu’à l’histoire des maladies parasitaires qui nous ont déjà occupés.

Si j’ai choisi les maladies populaires de notre pays, c'est parce ([Li’il vous est indispensable de les connaître, parce cpic vous aurez à les cojnbatti’c coustammeut dans votre prati(jue. Mais, loin de m’arrêter aux seules descriptions de ces maladies, si bien j)r(‘seutées j)ar mes chers collègues, MM. les professeurs de j)alholo-

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IIISrOIUK DES LIVUES IIIIM’OCRATIOI ES

yic interne et externe, je cherelierai à vous montrer coininenl la nost)»ra|>liie de ces maladies p(){)nlaircs s’esl constituée à travers les àg'es, comment leur étiologie s’est précisée et les diverses méthodes de traitement qui leur ont été imposées. C’est par groupes tiue j’étudierai les maladies populaires, ainsi les pneumonies, les bronchites, les entérites, les hé])atites, les néphrites, les accidents des plaies, etc., etc. Et pour ne vous citer qu’un exemple, dans les pneumonies, vous verrez comment la symptomatologie a précédé la localisation anatomique, comment le traitement a été institue, suivant les systèmes médicaux. Vous aurez successivement à apprécier Hippocrate, (laiien, Cælius Aurelianus et plusieurs autres, Stoll, Broussais, Rasori, Laënnec, Hahncmann, Todd, etc. Finalement, je vous ferai connaître les variations de l’étiologie et delà thérapeutique, et je vous présenterai l’histoire des .systèmes et des doctrines en médecine, avec les maladies popu-

laires de la France.

Vous le savez déjà, ce cours n’est point archaïque. Je m’appuie sur le présent pour remonter au passé, cherchant à voir les choses telles qu’elles sont et vous montrant comment le temps a pu

accroître, transformer, parfois perfectionner, c’est-à-dire réformer en améliorant les connaissances acquises, ce qui constitue le progrès. C’est, je crois, la meilleure manière de vous instruire pratiquement sur l’histoire de la médecine. Grâce au.x avis qui me sont donnés et à quelque expérience de l’enseignement, je vous serai utile de la sorte, et, pour vous dire toute ma pensée, vous délaisseriez un cours d’érudition pure, dont la place serait au Collège de France et non dans notre Faculté.

Je vous ai, avec franchise, e.xposé mes projets et mon but. •l’entre immédiatement en matière pour vous parler du plus illustre des médecins grecs, d’Hippocrate, de son époque, et des (cuvi-es médicales qui nous sont parvenues sous son nom.

Four beaucoup d’étudiants, et j’ajoute pour beaucoup trop de médecins, les livres hippocratiques sont un de ces objets rares et précieux qu’on estime sans les connaître. On en possède un exemplaire, choisi parmi les moins volumineux; on le fait même relier, mais on l’ouvre peu ou point.

Quelle idée doit-oii se faire d’Hippocrate et de ses œuvres? Faut-il admettre, avec des commentateurs enthousiastes, (pie la collection hippocratifpie renferme toute la médecine et la chirurgie, et (pi’un y découvre dans un cadre restreint hîs (rails |)ro|)res

.lOSKIMl-ALliXANDJlK LAHOU LUKMC

aux iiialatlics suiis forme tle tableaux d’une exécution parfaite? Ce serait une grande erreur. Faut-il voir dans les œuvres liippocrati(jues les premiers linéaments de l’art médical et de la science médicale? Non, et la médecine n’a pas commencé avec Hippocrate. Les élog’cs exag'érés, presque ridicules, donnés parfois an ga-and médecin grec, ont même empêché ([ii’onse fît une idée juste des services rendus par cet homme de génie. Il ne faut point admirer de parti pris, ni admettre une opinion aveuglément ou de confiance; il faut chercher la vérité dépouillée des ornements et des voiles dont elle est trop souvent enveloppée.

Je viens de vous le dire et je le répète : l’art médical e.xistait l)ien avant Hippocrate.

Sans vouloir nous occuper présentement des Hindous et des Chinois, chez lesquels des pratiques médicales ont existé depuis l’antiquité la plus reculée, il convient que je vous fasse apprécier la part des Egyptiens et des Grecs dans l’histoire la plus ancienne de la médecine.

Les Egyptiens ont présenté de bonne heure les marques de la civilisation ; mais on a eu tort, à mon avis, de les regarder comme enseignant aux Grecs les notions médicales. Les Grecs ont eu un génie propre, et leurs législateurs, ainsi que leurs philosophes, Solon, Démocède, Alcmæon, Démocrite, Aristote, n’ont pas été chercher une voie hors de leur pays.

Oui, l’Egypte a été un foyer de civilisation originale, mais les hiéroglyphes déchiffrés n’ont révélé ni une érudition ni des idées supérieures. L’Egypte était comme emmaillotée dans ses coutumes antiques, et comme figée dans un moule inextensible; ses monuments ont un type unique, colossal, mais dénué de goût. Les masses des obélisques ont été mises enjeu, non par d’ingénieuses machines, mais à force de bras. Les divinités égyptiennes, raides, avec les jambes serrées et les mains collées aux genoux, représentent l’immobilité et non la vie. L’aspect de l’Egypte est sévère, mystérieux, sans poésie gracieuse.

Tout autre était la Grèce. Sa situation géographicpie, ainsi (pic la configuration de son sol, pcrmettaienl à ses habitants d’occuper le territoire, de voyager facilement, de défendre leur indépendance. Hes ports, des îles nombreuses portaient les peuplades à la navigation et au commerce. Un beau ciel, un sol fertile, une température moyenne facilitaient le développement des hautes facultés, car |)lus l’homme est loin des nécessités de la vie, et plus

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sDii intelligence est libre. Les Achéeiis, partis de la Thessalie, avaient sous le nom d’Hellènes conquis et soumis la contrée; ils étaient passionnés pour la guerre et la poésie; les chants d’Homère nous donnent l'idée d’une civilisation grecque remarquable. Lag^uerre y était terrible, sans pitié pour les vaincus; mais la poésie célèbre les dieux, les héros, les combats, les merveilles des lointains voyages; elle crée des dieux mêlés aux hommes. Ce sont des hommes divinisés, car ils en ont les passions et les faiblesses; ils resplendissent de grâce, de grandeur et de majesté. Apollon, le dieu de la lumière et de la poésie, est aussi le dieu de la médecine; il est le père des Muses et d’Esculape qui a lui-même deux fils. Machaon et Podalire, qui se signalent à la prise de Troie.

Mon prédécesseur Daremberg a cherché avec soin la caractéristique de la période depuis l’an 600 avant notre ère jusqu’à Hippocrate; il a cru pouvoir établir que le mysticisme médical des Orientaux prédomina d’abord chez les Grecs, qu’il s’affaiblit ensuite sous l’influence de l’esprit militaire, que la médecine hiératique prit un nouvel essor quand on éleva des temples ou Asclépions (’AoxXriTTisro-flj temple d’Esculape). Les principaux temples lurent ceux de Titane, de Tricca, d’Épidaure, de Cos, de Pergame. Ils n’eurent point la même célébrité; celui d’Epidaure fut longtemps le plus fameux, puis il céda le pas à Cos. Ces temples, construits non loin des rivages de la mer, près des sources vives, étaient desservis par les Asclépiades soignant les malades.

Les Asclépiades laïques enseignaient la médecine en même temps qu’ils la pratiquaient, leurs écoles étaient placées à côté des temples à Rhodes, à Cos, à Cnide, à Crotone et à Cyrène. Après celle de Cos, l’école de Cnide était la plus célèbre.

Les philosophes eux-mêmes pratiquaient l’art médical. Pythagore fonda une école à Agrigente en Italie. Les médecins voyageurs ou périodeutes (TrEftootyr//?) ont été en majeure partie des pythagoriciens.

Littré, dont l’autorité est si grande, l’econnaît trois sources de la médecine grecque dans l’age antébippocratique. La première vient des prètres-méflecins ou Asclépiades placés dans les temples d’Escida[)e ; la seconde, des philosophes naturalistes ou physiologistes qui s’occupaient de l’élude de la nature, contemplant runivers et ses phénomènes, et (pu comprenaient dans leurs recherches l’homme et les maladies. La troisième source provenait des gymnases, établissements où l’on s’occupait de diriger le régime ali-

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iiiciilaire siiivanl Taye cl la coiisllUilioM, on la ^yniiiaslicjiic par' la inaj’clie cl les cxci’ciccs Int appli(|ncc au Iraiteincnt des maladies, an lieu d’clrc réservée [)Our les soldais el les athlètes.

Il résulte de ces données liisloricjues abrégées (pie, longtemps avant Hippocrate, et loin de l’Egypte, la médecine était enseignée, cultivée, (pie des écoles rivales se disputaient la prédominance, (pi’elles étaient suivies par des élèves, et ijue des notes el des préceptes étaient recueillis sur des tablettes ou sur des peaux d’animaux. Hippocrate, suivant la remarque de Malgaigne, a eu le rôle d’un puissant réformateur et d’un chef d’école; il n’a pas créé la médecine, il n’en a pas été le père, mais bien le législateur.

On l’a dit avec raison, les faits et les personnages historiques sont transfigurés sous l’influence d’une tradition lointaine, et il devient malaisé pour la critique de démêler la vérité d’avec la légende. La Grèce ancienne abonde en fictions ; elle a appelé IIi[)pocrate le divin vieillard, et le plus célèbre de ses médecins s’est élevé de siècle en sièclejusqu’au rang des divinités tutélaires. De cette apothéose pour redescendre jusqu’à terre, l’elTort a dû être considérable.

Suivons pas à pas la légende hippocratique d’après les trois principaux historiographes. Le premier est l’auteur anonyme de la Vie selon Soranus ; les deux autres sont le lexicographe Suidas et le grammairien Tzetzès qui ont copié et amplifié soit Soranus deCos, soit Soranus d’Ephèse, car il est sûr qu’il y a eu dans l’antiquité plusieurs médecins du nom de Soranus. Vous trouverez le texte avec variantes de la Vie .selon Soranus, xarà Swp»vov, à la fin du troisième volume de l’IIippocrate d’Ermerius.

Hippocrate est né à Cos, la première année de la quatre-vingtième olympiade (quatre cent soixante ans avant notre ère), à ce que rapporte Histomaque, et sous le règne d’Abriadès, le '2{) du mois Agrianus, jour consacré par les habitants de l’i'leà sacrifier en l’honneur de leur compatriote. Issu des dieux el des rois, par son père il descendait d’Hercule et par sa mère d’Escnla[)e ; il était fds d’Héraclite et de Phénarète ou de Praxithée, fdle de Phénarète. Sa généalogie était considérable. 11 eut pour maîtres des médecins illustres, des sages fameux, des rhéteurs en renom : son aïeul, 1 lippocrale L*'', son père lléraclide, Hérodicus de Sélymbrie, Prodicus de Céos, Gorgias de I.éonlium et Démocrite, d’Abdère, le philosophe, (pii fut aussi son elieni, Démocrite, le plus savant des Grecs a \a ni Aristote.

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Son éducation embrassa la médecine et le cycle entier des connaissances humaines. Quand elle fut achevée, après la mort de ses parents^ il s’e.vpatria. Pour les uns, il avait incendié les archives de Guide; pour d’autres, il aurait mis le feu à la bibliothècpie de Gos,, où Ton conservait les anciens livres de médecine et dont il était le bibliothécaire. Pour les plus sensés, Hippocrate voulait perfectionner son éducation médicale, avec le désir d’étendre le champ de scs études, de multiplier les ressources de 1 e.vpérience pour arriver à l’excellence dans la pratique.

C/est ainsi (ju’il a parcouru la Thessalie, la Macédoine et la (irèce, donnant partout des preuves de savoir et semant les bienfaits sur son passage. Soranus prétend qu’Hippocrale avait recpi en song-e (les songes viennent de .lupiter, dit Homère) l’ordre d’aller habiter la Thessalie où bientôt retentit le bruit de ses cures merveilleuses. Un décret public l’appela auprès de Perdiccas H, roi de Macédoine, qu’on disait atteint d’une maladie consomptive. Hippocrate arrive accompagné par Euryphon, médecin de Guide, et reconnaît que la cause du mal était due à l’amour passionné du prince pour une des femmes du feu roi son père. Le médecin de Gos avertit cette femme, remarquablement belle, ayant nom Phila, et Perdiccas ne tarda point à guérir.

De Macédoine, Hippocrate, sur l’invitation des Abdéritains, se rendit dans leur capitale pour rendre la raison à Démocrite qu’on croyait atteint de folie. A cette époque, la peste avait éclaté en lllyrie, en Pæonieet chez d’autres peuples barbares dont les rois envoyèrent des ambassadeurs à Hippocrate, pour réclamer les secours de son art. Il reçut l’ambassade, demanda quels vents soufflaient d’habitude sur le pays et congédia les députés comme ils étaient venus, refusant d’accéder à leurs demandes. Raisonnant sur le i-apport qu’ils lui avaient fait, il eut la prescience que le fléau envahirait l’Attique, l’annonça aux villes de la Grèce, afin (ju elles prissent des précautions nécessaires et à ses disciples afin qu’ils fissent leur devoir. Puis, réprimant la peste sur son passage, sauvant « jion un senl chanq), mais plusieurs villes »,chez les Doriens, chez les Phocéens, chez les Béotiens, il arrive à Athènes où il arrête les ravages du fléau. Il chasse la peste en faisant allumer de grands feux par toute la ville et en ordonnant de suspendre de tous côtés des couronnes de fleurs odorantes; 1 air étant purifié, la maladie cessa; les Athénicms élevèrent au

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médecin une slalne de fei- avec celle inscription : « A Hippocrate, notre sauveur et noire bienfaiteur. »

La réputation d’Hippocrate, j^randissant toujours, s’étendit jns({u’en Perse. Le grand roi Arta.verxès voulut attirer dans ses États et sa cour Hippocrate, issu des dieux, père de la santé, vainqueur des maladies, doué excellemment, illustre et honoré dans toute la Grèce, plus près en un mot des dieux que des hommes. La peste décimait les troupes persanes, et le grand roi mande Hystanès, satrape de riTellcspont, chargé de présents et de promesses pour engager Hippocrate à son service. Mais Hippocrate, aimant sa patrie avant tout, tenant trop à son pays et à sa dignité pour accepter de telles offres, refuse avec désintéressement. Il reçoit en écliano-c toutes sortes d’honneurs. Les Athéniens l’initièrent par un décret solennel aux mystères d’Eleusis, hommage que nul étranger n’avait obtenu depuis Hercule ; ils lui conférèrent le droit de cité et décrétèrent en outre qu’il serait nourri aux frais delà ville dans le Prytanée, et ses descendants après lui.

Enfin les Athéniens voulaient ])orter la guerre à Cos. Hippocrate s’employa et la guerre fut détournée. Les habitants de Cos, reconnaissants d’un tel service, lui rendirent des honneurs éclatants. Il ne reçut pas de moindres distinctions des Thessaliens et des Argiens.

Hippocrate méprisait l’argent, était de mœurs irréprochables et grand philhellène. Après la formalité consacrée du serment, il enseignait libéralement son art à ceux qui avaient le désir de l’apprendre.

Grand parle savoir et par le patriotisme, plein de vertus et de talents, comblé de jours et de gloire, Hippocrate meurt à Larisse, vers le même temps où mourut Démocrite. 11 était alors âgé de quatre-vingt-dix ans, selon les uns, de quatre-vingt-cinq seulement, suivant les autres. Il y en a qui poussent sa carrière jusqu’à cent quatre et même cent neuf ans. Il fut enterré entre Cyrlon et Larisse. On vit longtemps son tombeau avec un essaim d’abeilles dont le miel guérissait les aphlhes des petits enfants.

Il laissa deux fils, Thessaluset Dracon, et un gendre, Polybe, ainsi que des disciples sans nombre.

Telle est, résumée d’après Littré et Guardia, la légende hippocratique. L’ignorance, l’amour du merveilleux ont encore ajouté à cette biographie si l ichc; on a entassé denouveau.x récits ampli-

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fies ou enihellis, et, pendant près de deux mille ans, ce que je viens de vous raconter a pris le titre de « Vie d’IIippocrate ». 11 faut réduire a sa juste valeur la lé^’ende liippocralique, et c’est un honneur pour la critique française d'avoir établi sur des documents irrécusables ce que nous devons admettre du médecin de Cos. On a reproché en particulier à Littré et à Daremberg’ d’avoir ôté (pielques fleurons de la couronne hippocratique; c’estbien à tort, car leurs recherches si consciencieuses nous montrent Hippocrate comme un homme vraiment ^rand et hors de pair dans toute l’antiquité médicale.

Et d’abord que penser de la généalog'ie hippocratique? Elle est évidemment incertaine et controuvée. Hippocrate est, pour les biographes, tantôt le dix-septième, tantôt le dix-neuvième descendant d’Esculape, d’autres fois le vingtième descendant d’HercuIe. C esta titre de curiosité que je transcris la g’énéalogie donnée par Tzetzès : Esculape, père de Podalire, père de Hippolochus, père de Sostrate, père de Dardanus, père de Grisamis, père de Cléomyttadès, père de Théodore, père de Sostrate H, père de Grisamis H, père de Théodore H, père de Sostrate 111, père de Nébrus, père de Gnosidicus, père d'Hippocrate P", père d’Héraclide, père d’Hippocrate H, qui est le célèbre médecin de Cos.

Quant aux descendants d’Hippocrate, voici leur liste la plus accréditée : Thessalus et Dracon Lb ses fds; Polybe, son gendre, riiessalus, médecin du roi de Macédoine Archélaüs, eut pour fils Gorgias, Hippocrate IH et Dracon H. Dracon H eut pour fds Hippocrate D qui fut médecin de Roxane, femme d’Alexandre le Grand. Les listes des médecins de cette famille mentionnent ensuite Hippocrate \, \1 et VH. Du reste le nom d’Hippocrate était fréquemment donné en Grèce et à d’autres que des médecins.

Andréas de Caryste accuse Hippocrate d’avoir mis le feu aux archives de Guide; Tzetzès lui fait incendier la bibliothèque de Gos; ces rap.sodies ne méritent pas qu’on s’y arrête. Les Grecs U auraient jamais souffert que l’incendiaire d’un temple enseignât tranquillement la médecine.

La guérison de Perdiccas par Hippocrate est apocryphe. Suivant la remarque d’Hecker, on l’a fait accompagner ou venir avec Euryphon, médecin cnidien, plus âgé que lui, et son rival; cette association tient déjà de la fable. On prétend que le médecin de Gos découvrit que la maladie de Perdiccas était causée parl’amour secret ([u’il ressentait pour une concubine de son [)ère. Gette lus-

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toirc ressemble à celle d’Érasislrate, de l’école d’Alexandrie, qui découvrit aussi uue maladie causée par l’amour. Les Arabes ont attribué une pareille j^uérison à Avicenne, Erasistrate reconnut la maladie d’un jeune prince eu lui tâtant le pouls en présence de la femme qu’il aimait. Pour Hippocrate, on dit qu’il porta son diagnostic parles changements survenus dans l’extérieur du roi à la vue dePhila. L’histoire a été forgée avec adresse parles biographes relativement modernes qui Tout racontée; c’eût été une erreur de chronologie que de faire tâter le pouls de Perdiccas par Hippocrate; mais la similitude avec l’histoire d’Erasistrate et surtout la présence d’Eurjphon lui ôte toute vraisemblance.

Je m’arrêterai à peine aux récits sur la folie de Démocrite. La fameuse épître dans laquelle le Sénat et le peuple d’Abdère préviennent Hippocrate que Démocrite a perdu la tête, qu’ils en sont désolés et qu’ils l’attendent pour rendre la raison au malade et la joie à toute la ville; celte épître, dis-je, ainsi que toutes les pièces qui l’accompagnent en formant une sorte de roman, proviennent de faussaires et sont apocryphes. Il en est de même du discours prononcé par Hippocrate au pied de l’autel de Minerve, la tête ceinte de branches d’olivier, et détournant par son éloquence l’expédition dont les Athéniens menaçaient l’île de Cos.

Beaucoup d’écrivains et de grands artistes ont célébré le désintéressement d’Hippocrate refusant les présents d’Arlaxerxès. La salle du conseil de la Faculté renferme la toile originale et si connue de Girodet. Mais les offres d’Artaxerxès u’ont pu être rejetées par la raison majeure qu’elles n’ont point dû avoir lieu. Les lettres àPælus, à Hystanès, celle d’Hippocrate au mandataire du roi sont de pure invenlion. Je ne résiste pas à vous lire cette dernière missive arrogante, pour ne pas dire plus :

« Hippocrate, médecin, à Hystanès, gouverneur de IMlellespont, salut.

« A la lettre que tu m'as adressée, disant (pi’elle vient dn roi, fais parvenir ma réponse au roi au plus tôt : Nous avons provisions, vètemcmt, logement et tout ce qui suffit à la vie. A moi, il n’est pas permis d’user de l’abondauce des Perses, ni de soustraire aux maladies les barbares ([ui sont les ennemis de la Grèce. Porte-toi bien. »

Avec Guardia, je suis d'avis (prime seule chose est louable et digue d’un médecin dans cette lettre supposée, c’est le dernier mot t’ppwso, Vale, exprimant un souhait de santé.

IIISTOIIIK DKS LtVRKS U I PPOf.R ATIOU KS

El la peste d’Allièncs, et les grands feux, et les couronnes odorantes, et la statue de 1er? Autant d’inventions accumulées : on en acquiert la preuve par le rôle attribué à Hi|)pocrate pendant la peste. 11 aurait remarqué que les forgerons et tous ceux (pii travaillaient avec‘le feu étaient exempts de la maladie; il en conclut qu’il fallait purifier par le feu l’air de la ville. Mais Thucydide, {[ui a donné une si belle description de la peste d’Athènes, description que j’ai commentée en vous faisant connaître les pestes antiques, ne fait aucune mention d’Hippocrate, ni de ses services; il dit formellenent que tout l’art des médecins échoua contre la violence du mal, et qu’ils en furent les premières victimes. Je vous redirai donc, comme il y a deux ans, qu’Hippocrate n’a jamais combattu la peste d’Athènes. La légende intervertit d’ailleurs la marche de l’épidémie; elle la fait venir par l’Illyrie, la Béotie et la Thessalie, c’est-à-dire par le Nord, jusque dans l’Attique.Or, Thucydide, témoin oculaire, affirme qu’elle se déclara d’abord dans le Pirée et qu’elle arrivait de l’Ethiopie. Le fléau venait du Midi et non du Nord, passant en Egypte et en Libye, et envahissant Athènes par le Pirée, dans la seconde année de la guerre du Péloponèse.

Oue reste-t-il donc des biographies détaillées d’Hippocrate? Bien, ou presque rien. Les historiographes les plus anciens étaient déjà éloignés de lui par un trop grand intervalle pour f[u’ou puisse s’en rapporter à eux. Un nuage est jeté sur la vie d’Hippocrate, dont plus de vingt-deux siècles nous séparent. Voici les seuls témoignages que nous possédions. Le premier, le plus important, est d’un contemporain admirant, citant, et peutêtre ayant connu Hippocrate : c’est celui de Platon. On lit, en elfel, dans le dialogue intitulé ProLagoras : « Dis-moi, ô Hippocrate, si tu voulais aller trouver ton homonyme Hippocrate de Cos, de la famille des Asclépiades, et lui donner une somme d’argent pour ton compte; et si l’on te demandait à quel personnage tu portes de l’argent, en le portant à Hippocrate, que répondraistu ? — Que je le lui porte en sa qualité de médecin. — Dans (piel but? — Pour devenir médecin moi-même.

Ce témoignage de Platon nous donne la conviction qu’Hippocrate était médecin de l’île de Cos, de la famille des Asclépiades, (pi’il enseignait la médecine et que ses lei'ons n’étaient pas gratuites. De plus, ce passage nous prouve que, Socrate étant l’inteilocntenr dans Pi’olagoi'iis, Hippocrate était contenqiorain fin

.lOSRPH-AI.RXANnilE EAIJOULHÈ.NF,

fils de Sophfonisf|ue ; il nionlre enfin que de son vivant le médecin de Cos avait une renommée étendue jusque dans Alliènes, la métropole.

Platon cite une seconde fois Hippocrate dans le Phèdre, et il fait allusion à l’écrivain. Hippocrate est invoqué comme une autorité imposante. L’opinion du médecin de Cos, alléguée par Plièdre à Socrate, se retrouve dans un des écrits importants delà collection hippocratique.

Triller a signalé dans Aristophane un passag'e qu’il a rapporté au médecin de Cos — « Muésiloqiie : Jure-moi de me sauver par tous les moyens s’il m’arrive quelque mal. — Euripide : Je le jure par l’éther, habitation de Jupiter. — Mnésiloque : Quel meilleur serment que celui de la confrérie d’Hippocrate? Euripide : Eh bien, j’en jure par tous les dieux. » Aristophane emploie une formule qui reproduit les premiers mots du Serment, l’un des livres hippocratiques; il est donc très probable qu’il a cité Hippocrate de Gos, comme Platon le comique avait cité Euryphon, le plus connu des médecins de Guide. Nous avons vu dans la lég-ende ce dernier, plus âgé qu’Hippocrale, l’accompagner anprès de Perdiccas, en Macédoine.

Il faut remarquer ici que Littré, qui avait d’abord admis l’opinion de Triller, Ta ensuite abandonnée d’après Letronne et Boissonade, qui pensent que ce passage d’Aristophane vise un Hippocrate d’Athènes. Daremberg est de cet avis. Je partage les idées de Pétrequin (t. P'’, p. 172, note), et je ne suis pas convaincu qu’il s’agit d’un autre Hippocrate que celui de Cos. J’ai insisté sur ce passage d’Aristopbane parce que je tiens à vous montrer ici un bel exemplaire du Serment, imprimé en caractères d’un centimètre de hauteur et dont je dois la communication à notre bibliothécaire, M. A. Ghereau.

Aristote a rapporté des citations empruntées aux livres hippocratiques. On trouve dans sa Politique : « Quand on dit Hippocrate par exemple, on n’entend pas l’homme, mais le grand médecin. »

J’abrège, et, à défaut de documents biographicpies certains sur Hippocrate, nous pouvons affirmer que le médecin deCos, né au v° siècle avant l’ère chrétienne, contemporain de Platon, de Socrate et de Périclès, a été un praticien ainsi (|u’un professeur, auquel on allait de loin demander des leçons, un écrivain plein d’autorité; il avait voyagé; il composa îles ouvrages, et il prolongea sa carrièi’e an delà de la guerre du Péloponèse.

lIISTOrUK ORS MVHRS IIIPPOCUATIOIIRS

Esl-il besoin de vous dire ([iie toutes les Figures que je vous montre, que ces curieuses gravures, entre autres celles de la Gazelle hebdoauidaire de IHoo, ({ue ces médailles, ([ue toutes les re[)réseutatious qu’on a données des traits d’Hippocrate sont idéales? Il en est dé même du beau marbre du musée de Naples appelé le Philosophe, et auquel Daremberg’ a rendu son véritable nom. Ce n’est que longtemps après Hippocrate que les statues ont été des portraits. Les artistes anciens représentent le médecin de Cos la tète couverte tantôt du pileus ou chapeau thessalien, tantôtd’un pan deson manteau, etontdonné à ce sujet de longues e.xplications. La tète couverte était regardée comme signe de noblesse ou de prudence. Ulysse est coiffé de même.

Le tombeau d’Hippocrate n’a pas été retrouvé; sa découverte prétendue avait causé une vive émotion dans le monde médical, il y après de vingt-cin([ ans. Vous pourrez voir dans V Union médicale de 18ü7 et dans la Gazelle hebdomadaire de 1857, et surtout de 1858, les remar(|ues de M. Amédée Latour à ce sujet, ainsi que la démonstration manifeste de l’erreur par M. René Briau, bibliothécaire de l’Académie de médecine.

L’antiquité avait perdu les moyens de faire une viaie biographie d’Hippocrate ; il existe là une lacune que rien ne peut combler. Mais les livres hippocratiques nous restent. Toutefois, nous pouvons apprécier le rôle d’Hippocrate dans son époque, la place qu’il a occupée. Praticien, professeur, écrivain, il a eu l’estime de ses contemporains; issu d’une famille qui faisait remonter son origine aux âges héroïques, il lui a donné plus de gloire qu’il n’en avait reçu; il a élevé l’école de Cos au-dessus de toutes les autres écoles rivales.

Je viens de faire justice des fables dont la vie d’Hippocrate a été le sujet. Mais le médecin de Gos, dont l’existence est incontestable, a-t-il réellement écrit? Les livres qui nous sont parvenus sous son nom sont-ils de lui ou de ses disciples? Seraient-ils tous l’œuvre de faussaires? Quels sont ceux qui lui appartiennent en propre? Quels sont ceux qui ont été ajoutés à la collection hippocrati(|ue primitive?

Et enfin, question des plus intéressantes, comment cette collection connue sous le nom des œuvres d’I Ii[)pocrate, comment les livres hippocratiques nous sont-ils parvenus?

Oui, Hippocrate a écrit. Nous avons des preuves indirectes, mais certaines, fju’l lippocrate est l’auteur de plusieurs traités

.lO.SKIMI-ALKXANDKK LAnOlJLHKNK

médicaux. L’aiitlu'uticité des ÀplLorisines, du livre des Articulations, s’appuie sur les témoiÿua‘>es coulem{)oraius de Ctésias, cpii était uu Asclé[)iade de Guide, et de Diodes de Caiyste, transmis par Gelse et par Galien, i^raxagore a combattu quelques idées d’ Hippocrate. Aristote, disciple de Platon, a émis dans son Histoire des animaux des opinions qu’on trouve dans les Aphorismes et le premier livre des Maladies.

Les livres hippocratiques ne sont pas tous d’Hippocrate, c’est aujourd’Ind un fait absolument svir. Si on prend connaissance de la collection hippocratique feuillet par feuillet, page par page, on acquiert la conviction qu’elle résulte d’une collaboration multiple. Littré a trouvé qu’un fragment sur l’anatomie des Aeines, qu’on lit dans le Traité de la nature de l’homme, est textuellement rapporté par Aristote dans son Histoire des animaux. Or, Aristote dit expressément que ce morceau est de Poljbe, et le témoignage aristotélique paraît irrécusable. Un fragment d’Eurvphon de Guide, rapporté par Galien, se trouve dans le deuxième livre des Maladies, et un écrit manifestement cnidien se trouve ainsi dans la collection hippocratique, Gette circonstance, qui a singulièrement embarrassé la critique, prouve qu’il y avait entre les écoles rivales de Gos et de Guide une polémique suivie, et qu’on connaissait les écrits des adversaires. Hippocrate critique les Sentences cnidiennes ; Gtésias a critiqué Hippocrate. Il est extrêmement probable que des livres cnidiens ont fait partie de la bibliothèque d’Hipjmcrate et auront été publiés sous son nom, comme plusieurs autres qui ne lui appartenaient pas da Avantage. On admet actuellement qu’il se trouve dans la collection plusieurs écrits provenant de Polybe, de Thessalus, ainsi que d’autres hippocratiques, fds ou disciples d’Hippocrate, et que dans les livres hippocratiques figurent les productions de plusieurs écrivains médicaux.

Les livres hippocratiquesseraient-ils tous l’œiiAre de faussaires ? Plusieurs critiques de l’antiquité ont incliné ati’s l’opinion (pie certains écrits attribués à Hippocrate avaient été fabriqués. Je vous prouverai ([ue les Ixtlres, le Décret aux Athéniens et les Discours sont apocryphes. Mais il n’est pas possible de regarder l’ensemble des (euvres hippocratiques comme supposé. Le plus grand nombre des livres est authenti({ne, et ils portent en euxmèmes les marques de leur validité historique. Sans compter les témoignages directs, nous constatons lesallusions que lesauteurs des ouvrages existants font à des ouvrages perdus. Un faussaire

msroiRK i)i:s livurs iiippocuatiouks

n’anrait pu deviner celle foule de cilalious coiicordaiiles, il se serait conleiilé des ouvrages existants. Les médecins de la collée lion hippocratique se réfèrenl à d’autres livres déjà composés; il y a même des indications de titres (pii ne sont pas alisoluniL'iil identiques, mais avec une légère variété de langage qu’un auteur seul peut et sait employer. Le faussaire est toujours de la plus scrupuleuse exactitude.

Plusieurs livres des Épidémies^ le traité des lIiDiieiirs, offrent des phrases à peine finies. On s’accorde à les regarder comme des noies que les auteurs gardaient pour leur usage et non pour les publier; ce ne sont pas des faussaires.

Parmi les soixante écrits environ, qui nous sont parvenus avec le nom d’Hippocrate, quels sont ceux, véritablement hippocratiques, venant du vieillard de Gos?

Quand vous parcourrez la collection, quand vous l’étudierez avec soin, vous serez étonnés en reconnaissant que ces livres ne forment pas un ensemble. En vain y chercheriez-vous une œuvre homogène. Les traités ne se relient pas les uns aux autres, et ils offrent les plus grands disparates. Plusieurs sont complets ; d’autres, je viens de le dire, ressemblent à de simples notes, qui se suivent sans lien apparent, et parfois à peine intelligibles. Certains livres sont absolument incomplets et mutilés. Mais les livres hippocratiques se font mutuellement des emprunts ; ils sont quelquefois les abrégés les uns des autres; il en est qui forment dans la collection totale des séries offrant la même pensée. De telle sorte que, si nous devons forcément conclure que les livres ne sont pas tous d’un même auteur, on peut cependant espérer retrouver ceux qui appartiennent à Hippocrate au milieu de ceux (pii proviennent d’autres mains.

Cherchons donc parmi la collection les livres réellement attribuables à Hippocrate.

Pour arriver à cette détermination si délicate, qui avait embairassé les premiers commentateurs et dans laquelle Galien, malgré sa vaste érudition, n’avait pu réussir complètement, il faut chercher une base solide. Les commentateurs anciens avaient d’autres renseignements que nous, mais ces documents ont eux-mêmes disparu. Les criti(jues plus modernes ont été un peu à l’aventure. Lérnos a suivi (ialien ; Mercuriali s’est étayé sur le style des écrits, r(>gle peu solide cl insuffisante; Grüner a suivi Mercuriali ; Ackermann s’est appuyé sur la tiadition et le consentement (h's

JOSKl'II-ALKXAN'nKK LAUOULUKNK

auteurs anciens; (Jrimin s’en rapporte à Érotien et à (jlalien; Sprengel a suivi Cïrüncr, en ajoutani la recherche des doctrines philosophi([iics.

Litti'é, voulant retrouver les écrits d’Hippocrate dans les productions ([ui [)ortent son nom, a suivi une voie nouvelle. Il a rejeté les moyens artificiels et compliqués, se renfermant dans l’examen intrinsè(iue de la collection. Mettant à profit les recherches des anciens, des modernes et les siennes en particulier, il a posé des règ-les qui lui ont permis d’établir des groupes d’écrits, caractérisés par leurs rapports naturels et séparés des autres par leurs différences.

Il s’est servi avant tout et en première ligne des témoignages directs; puis viennent le consentement des anciens critiques, la concordance des doctrines, la similitude des écrits, en dernier lieu les caractères du style.

Après avoir patiemment et savamment examiné chaque écrit ou livre hippocratique en particulier, Littré a établi onze classes principales. Il a reconnu comme étant d’Hippocrate les livres : de V Ancienne Me'decine; le Pronostic ; les Aphorismes ; les Épidémies, premier et troisième livres ; du Régime dans les inaladies aiguës; des Airs, des Eaux et des Lieux; des Articulations ; des Fractures ; des Instruments de réduction ; des Plaies de tête; le Serment; la Loi.

Littré attribue à Polybe les livres : de la Nature de rho)nme, du Régime des gens en santé.

Je vous l’ai dit, et j’y reviendrai : la médecine existait avant Hippocrate, l’école de Cos avait des écoles rivales. Une période antérieure de labeurs et de recherches avait produit un grand nombre de livres. Littré a cru reconnaître, dans la collection des traités qui sont antéhippocratiques ou antérieurs à Hippocrate : les Prénotions de Cos ou Coaques ; le premier livre du Prorrliétique.

Parmi les livres hippocratiques, les suivants proviendraient soit de l’école de Cos, soit de Cnide, soit de contemporains, soit de disciples d’Hippocrate : des Ulcères ; des Fistules el des Uémorrhoïdes ; du Pneuma ; des Régions dans L homme; de VArt, du Régime et des Songes; des Affections ; des Affections internes ; des Maladies, premier, deuxième et troisième livres ; de la Naissance Cl sept niois ; de la Naissa)ice à huit mois.

tlertains livres ne seraient ipie des extraits d’autres livres ou

ifiSTOiuK nr.s livuks iiippoouatioues To

(it:

;s notes, ainsi : les Epidémies, cleuxièine, fjuatrième, cinquième et sei)liènie livres; de V Officine du médecin; dcH Humeurs; de V Usage des liquides.

On trouve toute une sérié qui, n’appartenant pas à Hippoci-ale, est pourtant attribuable à un inèine auteur; de la Généralion; de la Nature de renfanl; des Maladies, quatrième livre ; des Maladies des femmes; des Maladies des jeunes filles; des Femmes stériles; et, de plus, un écrit qui n’est point d’Hippocrate : de la Superfétation.

La collection hippocratique renferme des traités qui, parce qu’ils contiennent la connaissance du pouls, ou parce qu’ils admettent le système aristotélique sur l’origine des vaisseaux sanguins dans le cœur, ou enfin parce qu’ils ont été déclarés postérieurs aux autres parles critiques anciens, seraient, d’après Littré, les plus récents de tous et postliippocratiques : du Cœur ; de V Aliment ; des Chairs ; des Semaines ; Prorrliéiique, deuxième livre; des Clandes; un fragment compris dans la compilation intitulée : de la Nature des os.

Les critiques de l’antiquité n’ont pas cité, soit qu’ils ne les aient pas estimés, soit qu’ils ne les aient pas connus, un certain nombre de traités, fragments ou compilations, qui par cela même forment une classe à part et ne sont pas d’Hippocrate : du Médecin; de la Conduite honorable; les Préceptes; de V Anatomie ; de la Dentition; de la Nature de la femme; de Y Excision du fœtus; Aphorismes, huitième section; de la Nature des os; des Crises ; des Jours critiques; des Médicaments purgatifs.

Il faut que je vous fasse connaître la notice des écrits perdus cités dans la collection comme étant hippocratiques : des Blessures dangereuses ; des Traits etblessures, le premier livre des Maladies.

Nousavons la certitude qu’il existe dans la collection des pièces a[)Ocryphes qui sont : les Lettres, Décret et Discours. Ces pièces non médicales vont bientôt nous occuper.

Daremberg a réduit à six les onze classes de Littré, et, par une critique heureuse, il a montré que les Prénotions coaques ne sont pas antérieures à Hippocrate, mais dérivent rlu Prorrhétique dont elles j)araissent une compilation. 11 y a des omissions dans la classification de Daremberg; de plus, V Officine figure à la fois dans deux divisions.

Pétrefpiin a réparti dans (piatre classes hi|)pocratiques dans l’ordre suivant :

seulement les livres

.lOSKPIt-ALKX.VNDUK I.AUOITMJKNK

PuKMiÈKK CLASSK. — Cvoiipe — ÉcHts (l’I lippocratc : de y Ancienne médecine; le Pronostic; les Aphoristnes ; Epidémies, |)remier et. troisième livres; du Ptéf/inie dnns les mn ladies aifinés; (les Airs, des Eaux et des Lieux; des Articulations; des Fractures; des Instruments de réduction (Mocidiquej; le Serment; lu Loi ; de VOflîcine; de la Nature de l’liO)nme, | 1 à 1). — Croupe U. — Écrits probablement d’Hippocrate : des Plaies; des llcmorrlioïdes et des Fistules ; du Médecin.

DEuxiÈiviE CLASSE. — Écrits de l’école de Gos, de disciples (jii de contemporains d’Hippocrate : des Vents; des Lieux dans l'homme ; de l’Art ; du Régime et des Songes ; des Maladies, livre P’’; des Affections ; du Fœtus à sept mois ; du Fœtus à huit mois ; les Préceptes ; Épidémies, livres H, IV, V, VI et VH ; des Humeurs ; de l’Usage des liquides; du Régime des gens en santé (Polybe?); Prénotions coaques; le Prorrhétique, livre I".

Troisième classe. — Écrits probablement cnidiens : de la Génération; de la Nature de l’enfant; des Maladies, livre IV; des Maladies des femmes ; des Maladies des jeunes filles ; des Femmes stériles ; de la Superfétation ; de l’Excision du fœtus; de la Nature de la femme; des Maladies, livres H et IH; des Affections internes.

Quatrième classe. — Groupe P'^. — Écrits les plus récents de la collection hippocratique : du Cœur ; de l’Aliment; des Semaines; des Chairs ; le Prom'hétique, livre H; des Glandes ; fragments sur la Nature des os. — Groupe IL — Compilations on fragments non cités par les anciens : de la Conduite honorable; de l’Anatomie ; de la Dentition; de la Vue; Aphorismes, VHP section ; des Crises ; des Jours critiques ; des Médicaments purgatifs.

Une dernière classe à part renferme les pièces apocrvpbes ;

Lettres; Décret; Discours.

Enfin, Pétrequin a essayé de rechercher la chronologie des principaux livres hippocratiques : le Pronostic est en tète, jmis les livres I*’'' et IH des Épidémies, suivis des Airs, des Eaux et des Lieux. Après eux viennent : le Régime dans les maladies aiguës, les Aphorismes, les Fractures, les Articulations, les Plaies de tête, etc. Après Hippocrate paraissent les Epidémies, livres V et VH.

En résumé, si nous tenons compte des renseignements fournis |)ar rexamen comjiaratif des divers traités, nous jiouvons dire (pie la collection hippocraliipie renferme, outre les omvres d’Ilij)-

IIISTOIIU'; DKS I.IVKKS II n*POCKATI(^)UI':S

pocrate, celles de J^olybe, son gendre, d’Euryphon de Cnide, el d’anlres mains étrangères, d’écrivains antérieurs, d’autres postérieurs à Hippocrate, ses parents ou ses disciples. Tous les livres ([ui ont été attribués à Hippocrate ne sont pas de lui ; on est frappé en rencontrant des lacunes, des livres tronqués ; on constate des doctrines contraires, la différence des styles, mais aussi, et j’y reviens toujours, des emprunts de certains écrits faits à d’autres.

La main qui avait tracé les livres si clairs, si corrects sur le Pronostic, sur les Airs, les Eaux et les Lieux, la main qui avait placé en tête des Aphorismes cette magnifique sentence : « La vie est courte, l’art est long, l’occasion fugitive, l’expérience trompeuse, le jugement difficile » ne se serait jamais complu à accumuler des phrases irrégulières qui ne peuvent être que des notes. La plupart des critiques anciens pensent que ces notes prises par les disciples ou les descendants d’Hippocrate, pour leur usage, ont du être publiées telles quelles, sans ordre ; mais elles ne sont pas l’œuvre de faussaires.

ün grand nombre de noms de pays sont cités dans les livres hippocratiques. Il y est fréquemment parlé de Thasos, d’Abdère, de Périnthe en Thrace, d’Olynthe dans la Chalcidique, de Larisse, Cranon et Phères en Thessalie, des îles de Cos, de Délos et d’Andros. Les Palus (ou Marais) Méotides, les contrées du Pont, de la Libye, de l’Egypte, ont été visitées ou parcourues parles Hippocratiques; les Européens sont comparés aux Asiatiques. Des noms et des particularités sur un grand nombre de malades sont rapportés, des demeures indiquées, et tousces détails donnent aux observations un caractère d’authenticité et comme de bonne foi.

A la fin delà collection on trouve les pièces intitulées : Lettres, Décret et Discours. On doit les regarder comme apocryphes. Les fxttres et le Décret concernent la peste, dite de 1'hucydide, qui ravagea la Grèce pendant la guerre du Péloponèse; d’autres Lettres sont relatives à la folie de Démocrite et à la Correspondance qui se serait établie entre ce philosophe et lli[)pocrate ; une Lettre serait d’Hippocrate à son fils Thessahis ; deux Discours auraient été prononcés au sujet de la guerm que les Athéniens vonlaicnt faire à (h)S.

V ous savez déjà ce qu’il faut admettre des services fabuleux rendus par Hippocrate pendant la peste d’Athènes. Les Lettres el

.lOSICI'll-ALRXANDUK RABOCLBRNK

le Décrcl examinés en eiix-mèmes ne support, (mt pas la critique. Arlaxerxès s’y plaît, aux antithèses : Sans être en çuerre, flit-il, nous avons la guerre, a La Réponse de Pœliis, le Décret du peu{)le d’Athènes sont d’un rhéteur. Dans le Décret, il est dit que les Athéniens accordent à Hippocrate des faveurs éminentes et des honneurs pareils àceux d’Ilercule parce qu’il a préservé la Grèce de la peste et refusé les dons du roi de Perse. Or, dans la réponse de Pætus à Artaxerxès, Pætus avance qu’Hippocrate a déjà été honoré des dons des Athéniens à l’égal d’Hercule et d’Esculape, pour les services qu’il leur avait rendus. II y a contradiction évidente : Hippocrate ne pouvait avoir reçu la récompense des Athéniens au moment où il faisait le refus supposé. La méprise du faussaire est flagrante.

L’examen détaillé de toutes les Lettres, de celles relatives à la folie de Démocrite et de celle àThessalus, fait connaître les inadvertances d’une composition apocryphe. Érotien, qui n’est pas rigoureux dans la liste qu’il a donnée des ouvrages qu’il regarde comme étant d’Hippocrate, ne dit pas un mol des fameuses Lettres.

Quant à la Supplication adressée aux Thessaliens et au Discours d'ambassade, formant la dernière série des pièces apocryphes, rien n’est plus certain que la fausseté de ces deux discours.

Les pièces apocryphes sont anciennes. Les Lettres etla Correspondance pour la folie de Démocrite ont été acceptées par les biographes; Pline croyait qu’Hippocrate avait incendié le temple de Cos; Plutarque rapporte que Caton l’Ancien, ayant entendu parler du refus fait par Hippocrate de secourir les barbares, dit que tous les médecins grecs avaient fait un pareil serment, et il défendit à ses enfants de les employer jamais. Galien vante le désintéressement d’Hippocrate et bien d’autres choses contenues dans la biographie apocryphe. Son enthousiasme fit accepter, par la postérité, un Hippocrate légendaire, entouré d’un prestige presque divin.

Mais la critique sensée devait faire sou œuvre.

Mon très savant compatriote Scaliger, né à Agen eu L'iiO, mort à Leyde en 10Ü9, partageait l’idée déjà émise par son père « (pi’à peine les Lettres sont-elles dignes de passer pour des productions du divin vieillard », et, a})rès André Dacier, qui regarde comme des fictions ingénieuses plusieurs traits de la biographie hipj)ocraticpie, Daniel Leclerc rejette hardiment les pièces apocrv[)hes.

HISTOIRE DES LIVRES IIIIM'OCRATIQUES

Le lires et Discours sont pour lui iuvraisciuhlalilcs ; il le prouve par des recherches chrouologiiiues : « Les pièces sont ccrtalueluent rouvrage de quehpie Grec .deiui-savaut el fort peu judicieux, ipii les a composées longtemps après, par un jeu d’esprit assez grossier ou pour gagner quelque argent par ce moyeu. »

Schulze repousse les pièces apocryphes et la Vie selon Soranus. « Aucun document, dit-il, n’autorise à croire que Démocrite ait enseigné IIip[)Ocrate, au plus peut-il y avoir eu entrevue entre le médecin et le philosophe. »

En 1804, une thèse qui a fait beaucoup de bruit a été soutenue devant notre Faculté par Boulet. L’auteur de la dissertation, hardi an delà du possible, soutenait qu’Hippocrate n’a jamais existé et que les ouvrages qu’on lui attribue, les livres hippocratiijues, ont une antiquité de trois mille ans. En résumé, Hippocrate n’était qu’un rêve mythologique. Regardez cette dissertation latine que je vous présente et dont voici le titre :

Boulet ô.-B.-J.(Hesdinensis), Duhitaliones de Uippocraiis vilâ, palrià, genealogiâ, forsan mgllwlogicis ; et de quibusda!}i ejus libris miillo anliquioribus quant vulgo creditur. — Disserlatio niedico liislorica. N° 153, 2 pluviôse an XII (23 janvier 1804).

La thèse de Boulet fit grand bruit. Le professeur Chaussier, qui avait l’habitude de se découvrir la tête toutes les fois qu’il prononçait ou qu'on prononçait devant Ini le nom d Hippocrate, fit réfuter la thèse de Boulet par Legallois. Il ne lui fut point difficile de renverser une à une des assertions sans fondement et tout à fait arbitraires. Depuis Boulet, un médecin français, admirateur de Broussais, a attaqué la légende hippocratique; Houdarta montré combien la vérité était petite dans la fabuleuse relation.

Après ce que je viens de vous dire, la question doit vous paraître jugée, et c’est ainsi qu’ont du conclure Littré, Daremberg et Bétrequin. 11 faut cependant que je vous donne l’opinion d’un savant, le docteur Petersen, de Hambourg, esprit subtil, ingénieux, mais ami du paradoxe.

Petersen a accepté comme vrais le Discours de Tliessalus, le Décret des Athéniens el le Discours près de b autel de Minerve, qui ont une origine commune, mais qui présentent tant de contradictions. .le ne puis, faute de temps, suivre une argumentation déliée qui n’abontit qu’à vouloir réhabiliter des fables. Littré en a fait la réfutation complète. En fin de compte, Petersen a (dé

HO

.lOSEPII-ALKXAMJKI': I.AJJOULHENE

ol)ligé de rejeter la date admise d’après la concordance des anciens témoig-nages, pour la naissance d’Hippocrate.

Si je ne puis adopter la construction compliquée et merveilleuse du docteur Petersen, je n’en reconnais pas moins le savoir et la patience qu’il a employés pour échafauder son ingénieu.v système. Mais défiez-vous de ce que l’on a appelé de l’autre côté du Rhin : l’hypercri tique, ce procédé qui consiste à dédaigner le sentier battu, et qui fait quitter la voie droite du sens commun, suivant la juste remarque de Guardia. On nous traite d’esprits peu sérieux et frivoles, et cependant j’ai relevé et je vous signalerai de lourdes fautes commises par nos voisins avec une grande légèreté. Mais c’est une douce manie pour l’hypercritique de j)Ousser le savoir au delà des limites du vrai, et alors l’imagination se joue de la vérité : « L’érudition marche constamment entre la conjecture et l’hypothèse, et, lorsqu’elle s’arrête, elle trouve l’absurde au bout du chemin. )T

Puisque nous pouvons admettre avec certitude que les livres hippocratiques renferment non seulement les écrits d’Hippocrate, mais aussi les papiers d’autres hippocratiques ses parents, ses disciples, ceux de ses adversaires, et de plus des écrits antérieurs et postérieurs au médecin de dos, comment cette précieuse collection s’est-elle formée et comment nous est-elle parvenue?

La conservation des livres hippocratiques est sans exemple dans l’histoire littéraire de l’antiquité. La rédaction elle-même de la plupart des traités a subi peu d’altérations. Nous possédons ce qu’ont écrit Hippocrate et ses disciples, leurs notes elles-mêmes dans leur état primitif d’imperfection.

11 est probable que l’ensemble des écrits hippocratiques, moins les apocryphes, constitue uu héritage transmis fidèlement et tel à peu près qu’il a été reçu par les parents ou par les disciples d’Hippocrate. Dès la plus haute antiquité, ces écrits avaient beaucoup de notoriété et une grande réputation. 11 a dû exister de bonne heure une sorte de bibliothèque hippocraticjue, et les livres ont été répandus par les médecins périodeutes ou voyageurs. Ces livres, en détail, peut-être eu bloc, circulaient et étaient connus

sous le nom d’Hippocrate avant la fondation de la bibliothèque d’Ale.xandrie ; Aristote possédait probablement un traité hi|)pocra tique.

La collection des œuvres d’Hippocrate ne saurait être plus moderne (pie 1 établissement de la bibliothèipie d’Ale.xaudrii'. .Nous

niSTOIRF, nES LIVRES HIPPOCRATIQUES

avons là une limite sûre; le plus ancien commentateur d’IIippo craie n’est pas Diodes de Carysle, comme l’a crn Ackermann, c’est Ilérophile, rpii fut disciple de Praxagore et qui vivait à Alexandrie 300 ans avant J. -G. Ilérophile avait travaillé sur le Pronostic (npoyvto^Ttxov).

L’époque de la publication de la collection hippocratique doit être rapportée au temps où ont vécu Hérophile et Erasistrate, ou eu d’autres termes, aux Alexandrins. C’est alors que les textes ont été colligés, fixés et interprétés. Dès l’origine, tout ce qu’Erotien et Galien connaissaient de la collection hippocratique a dû y être renfermé. Ainsi l’existence de la collection est positive, le texte assuré, pour la génération qui a suivi les Alexandrins.

C’est vers l’an 320 avant notre ère, peu après la mort d’Alexandre, que le premier roi grec de l’Egypte, Ptolémée, fils de Lagus, établit sa bibliothèque à Alexandrie, bibliothèque qui prit de si grands développements sous ses successeurs Ptolémée Philadelphe et Ptolémée Evergète, et qui, provoquant le zèle rival des rois de Pergame, fut cause de l’invention du parchemin. L’amour des Ptolémées pour les livres a déterminé la collection définitive et la publication régulière des livres hippocratiques.

Galien a rapporté un exemple qui prouve quelle passion Ptolémée Evergète avait pour les vieux livres, quelle munificence il déployait pour se les procurer, et combien les exemplaires des plus fameux ouvrages étaient rares. Il demanda aux Athéniens l’exemplaire qu’ils possédaient des oeuvres d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide, afin d’en faire prendre copie, et, pour gage, il déposa quinze talents d’argent (environ 65.000 francs de notre monnaie). Après avoir fait copier les tragédies sur le plus beau papyrus, il leur donna cette copie, leur disant qu’ils n’avaient qu’à garder l’argent en compensation de ce qu’il retenait la pièce confiée. On voit par ce récit combien les livres étaient peu répandus. Les collectionneurs eux-mêmes, avant la période alexandrine, ont été les causes involontaires de la perte des livres : les matériaux pour copier étaient défectueux, les exemplaires de chaque ouvrage très peu nombreux ; ils les achetaieiiEfort cher, s’appropriaient la seule copie existante, et, si quelque malheur trop fréquent, incendie, accident quelconque, frappait la bibliothèque, le livre était perdu sans retour.

Le même Ptolémée avait donné l’ordre qu’on demandât à tous les marchands et navigateurs qui venaient à Alexandrie les livres

J ( »S K PI r - A LE.VANDR K LA HOU LH K.N R

qu’ils avaient avec eux. Ou en prenait copie, on rendait cette copie au possesseur, et l’original était déjrosé dans la hihliollièque avec cette inscription : livre des navires (rà èx 7r).ola)v). On y ajoutait le nom de celui f|ui l’avait apporté. Je vous donne ces détails parce qu’ils s’appliquent à run des livres de la collection liip[)0cratique, le ti'oisième livre des Épidémies. Apollonius Biblas nous apprend qu’il en existait trois exemplaires : celui de la bibliothèque du roi, l’exemplaire des navires, l’édition de Bacchius, disciple d’Hérophile.

Les Ptolémées payant les livres au poids de l’or, les exemplaires avaient al’llué de toutes parts dans la bibliothèque, et c’était ainsi que les livres hippocratiques y étaient parvenus. Mais c'était un chaos, ou, comme dit Littré, marchandise mêlée. On fut obligé de ne les déposer dans la bibliothèque qu’après un examen préalable, et des bibliothécaires appelés séparateurs (;)(;wpîi;ovT£ç) les révisaient et donnaient leur opinion, favorable ou non. Les livres jugés bons étaient mis à part avec le titre de livres de la petite table (tà £x Toü fjiixpou irivaxiiî'tou) . Nous lie savons pas quels étaient les livres hippocratiques qui ont figuré sur la petite table.

Galien accuse les faussaires d’Alexandrie d’avoir altéré les oeuvres hippocratiques. C’est auparavant que cela pouvait avoir été fait, car, du moment qu’un livre fut déposé dans une bibliothèque, du moment qu’il eut été le sujet de commentaires, il fut garanti contre les altérations préméditées. Tant que les livres restaient cachés, hors de la circulation, il était facile d’en changer le titre, de substituer un nom d’auteur à un autre ; c’est ce qui arriva, et en particulier pour plusieurs traités hippocratiques, lorsque la bibliothèque d’Alexandrie recueillit les livres qu’elle payait si cher. La collection ne changea plus depuis l’époque alexandrine jusqu’à Galien, mais elle a pu être modifiée depuis Galien jusqu’à nous. Il est entré des morceaux sans importance véritable et inconnus dans l’antiquité. Ce résultat est du à ce que les bibliothèques brûlèrent bien des fois; les livres redevinrent rares, la culture des sciences s’affaiblit, et alors on put intercaler dans la collection hippocratique des fragments illégitimes, parce qu’ils n’ont pas figuré dans les anciens dépôts publiés, parce qu’ils n’ont pas été expliqués par les commentateurs.

Les anciens avaient distingué les traités hippocratiques en livres achevés, ouyypafxfiaTot, et en recueils de notes, vKdfivrifxaira. De plus, les commentateurs ayant mis certains titres différents aux

lIISTOmE DES LIVRES HIPPOCRATIQUES

mêmes plirases, celles-ci ont été citées avec divers litres. 11 n’y a pas en, semble-t-il aux critiques les plus autorisés, de règles fixes pour rarraugemeiit, ce qiii était déjà remarquable au temps d’Eratieu et de Galien.

Ce fait prouve que les auteurs des traités n’y mettaient pas les titres, et que plus tard seulement, la division en livres et en chapitres a eu lieu, étant l’œuvre des éditeurs et non des auteurs propres. Ainsi Rnfus avait divisé les Aphorismes en trois sections, Soranus en quatre; Galien a suivi la division en sept, probablement parce qu’elle était la plus ancienne. C’est aussi Galien qui a partag^é le Pronostic en trois sections.

Ces détails nous prouvent que la collection hippocratique n’avait d’abord ni ordre établi, ni titres fixes, ni divisions incontestables. Les éditeurs l’arrangèrent successivement, la distribuèrent suivant leur jugement, avec utilité, mais aussi avec arbitraire.

Si je ne devais pas avoir très fréquemment l’occasion de vous parler de la méthode hippocratique, ce serait le moment de vous dire les services rendus par le vieillard de Cos, en séparant la médecine, en la mettant à l’abri des spéculations stériles de la philosophie ou plutôt des philosophes de son époque, en rejetant les hypothèses, pour s’appuyer sur la réalité, l’étude des faits, Tô Èôv. La méthode antique d’f Jippocrate et la méthode expérimentale moderne ne diffèrent point, car elles ont l’une et l’autre pour base les faits observés. Hippocrate déclare que l’homme vivant, pour être connu, doit être étudié dans ses rapports avec ce qui l’entoure. L’avancement de la science ne peut avoir lieu que par une seule voie ; cette voie est celle du raisonnement fondé sur l’expérience.

La méthode hippocratique est universelle et non l’apanage de quelques-uns ;il n’est pas juste de dire dans une Faculté célèbre: Olim Cous, nunc Monspeliensis Hippocrates. Nos chers maîtres, Andral, Chomel, Louis, Cruveilhier, Rostan, Rayer, Trousseau, etc., ont suivi la méthode du vieillard de Cos ; leurs œuvres portent l’empreinte du vrai parce qu’elles s’appuient sur la réalité. 11 en est de même de l’ancien vénéré, dont la Faculté porte le deuil récent, de Jean Bouillaud, à l’esprit élevé, au caractère austère et intègre, aussi dévoué à son enseignement qu’inacessible à la faveur. Ses immortelles recherches sur le rhumatisme articulaire, sur les maladies du cœur, sur la localisation du langage ont été faites suivant la méthode hippocratique.

.lOSEni-ALRXANDRK LAHOULUÈ.VE

La doctrine d’Hippocrate est bien diiïérente de sa méthode. En voici lin rapide aperçu; elle est doi^niatique. Il reconnaît deux ordres de causes patholog'iques : le premier comprend rinfluence des saisons, des climats, des âges, des localités; le second, l’alimentation particulière à chacun, et les exercices auxquels il se livre.

D’après Hippocrate, la santé est due au mélange régulier, à l’équilibre harmonique des humeurs (antique doctrine qu’on rapj)orte à Alcmæon, le philosophe) et constituant la crase. La maladie procède du dérangement de la crase des humeurs. A cette opinion se rattache la coclion qui provient de la chaleur innée, et les humeurs, à mesure que la maladie marche vers sa terminaison, se modifient, s’épaississent, changent de couleur, altérations qui coexistent avec l’amélioration. La maladie a une cause matérielle consistant dans une hlifneur qui trouble l’économie.

La coction des humeurs en prépare l’expulsion. Les efforts pour cette expulsion aboutissent à la crise ou au dépôt. La doctrine des jours critiques est le complémentde celle des crises. De leur application résulte la prognose qui n’est ni la séméiotique, ni le diagnostic, ni le pronostic de nos jours. La prognose dominait tout l’art au temps hippocratique ; elle était la comparaison de l’état de santé avec l’état de maladie. Les hippocratiques jugeaient le dedans par le dehors avec une grande pénétration et une généralisation pleine de hardiesse.

Les éditions des livres hippocratiques sont considérables. Un grand nombre de traités ont été publiés isolémént, par exemple le Cpnoç, ou Serment, paru en grec, à Bâle, en 1518, in-4", avec les fables d’Esope. C’est le plus ancien texte imprimé de ce livre antique, sorte de papier de famille des Asclépiades. Je vous signalé un travail intéressant et récent deM. le docteur Charpignon, d’Orléans, sur l’obligation de ne point pratiquer la taille, imposée par le Serment. Pour M. Charpignon, il s’agit, comme pour René Moreau, A. Gauthier et le professeur Malgaigne, non de la taille, mais de la castration défendue au.x disciples hippocratiques. Divers livres ont été donnés avec d’autres, en latin ou en grec. Vous en trouverez une liste, ainsi qu’un abrégé des commentaires sur ces livres, dans le Dictionnaire historique de la médecine, de Dezeimeris, l. HI, 2® partie, p. 180-197.

Les œuvres complètes, les Opéra omnia, la collection hippocratique, en nn mot,aété imprimée pour la première fois àRome,

iriSTOIUK DKS r.IVUES lIIl'POCKATlQniîS

lion en jjrec, mais sur la tracluctiou latine imparfaite de M. F. Calvus. Elle a été faite, dit-on, pour François F*', sur les manuscrits du Vatican, et elle a paru en io2o, in-folio, «le mets sous vos yeux un exemplaire de cette édition latine.

Hippocmtis Coi medicorum omniumlonge principis octoginta volumina, quibus maxima ex parte annorum circiter duo milita lalina caruit lingua ; Græci vero, Arabes et prisci nostri medici, phirimis tamen utilibus prætermissis, scripta sua illustrarunt, mine tandem per M. Fabium Calvum, Rhavennatem, virum undecumque doctissimtim, latinitate donata, etc.

Romæ ex ædibus Francisci Minitii Calvi Novocomensis, 1525, 1 vol. in-fol.

La traduction de Fabius Calvus a été réimprimée à plusieurs reprises, entre autres l’année suivante, à Bâle, en 1526.

La première édition grecque est celle des Aide, donnée à Venise, cette même année 1526, avec un avis de François Asulan (Aide), relevant quelques erreurs échappées à F. Calvus. Voici l’édition des Aide :

ATravTa rà toü Î TrîToxpaTouj. Omnia opera Hippocratis. Venetiis, in ædibus Aldi et Andreæ Asulani soceri Mense maii, 1526, in-folio.

Douze ans après les Aide, en 1538, à Bâle, il parut une nouvelle édition grecque in-folio, sortie des presses de Froben, et publiée parles soins de Janus Cornarius, dont le véritable nom était Hagenbut (Haginbot ou Hambutt, d’après Pétrequin),

Je vous montre cette édition aujourd’hui hors d’usage, avec le texte grec sans notes, sans explications, sans alinéas, nu, à lignes serrées.

l TrTroxû(iTc,uî Koiou Tr/ZatoràTou Tràvrtjv aXXwv xofucpaiou piSha aTcavçct..

Hippocratis Coi medici vetustissimi, et omnium aliorum principis, libri omnes ad vetuslos codices summo studio collaii et reslaurati. — Froben, Basileæ, 1538, in-folio.

L’édition de Froben est faite sur de meilleurs manuscrits que celle des Aide, et Cornarius donna ensuite, en 1545, à Venise, une traduction latine concise, qui eut uu grand succès et qui tut

JOSEPH-ALEXANDRE LABOULRÈNE

plus lard reproduite par Haller dans ses Artis itiedicœ principes ; mais elle est bien inférieure à celle de Foes, dont je vous parlerai bientôt.

En lo88, Mercuriali publia une savante édition g-réco-latine d’Hippocrate, traitant à la fois de l’interprétation du texte et de l’authenticité des livres hippocratiques, enrichie de notes, et suivie des glossaires d’Érolien, de Galien et d’Hérodote. Cet in-folio renferme le beau travail de Mercuriali.

Hippocratis Coi opéra qux exstant, græce et latine veterum codicum collatione restituta, novo ordine in quatuor classes digesla, etc., a Hieron. Mercuriali Foroliviensi, Venetiis^ induslria ac sumptibus Juntarum, 1588, in-folio.

Le plus célèbre des éditeurs anciens d’Hippocrate est Anuce Foes, né à Metz en 1528, et mort en 1595. Le livre de Foes est supérieur à tous ceux qui l’ont précédé ainsi qu’à tous ceux qui l’ont suivi, excepté Littré. C’est un monument de l’érudition médicale au xvi® siècle, élevé à la mémoire du médecin de Gos. Le grand mérite de l’édition de Foes réside dans les notes ajoutées à chaque traité. L’Hippocrate de Foes a été publié à Francfort-sur-le-Mein, l’année même de la mort du traducteur; le patient médecin de notre reg-retté Metz y travailla depuis qu’il eut terminé ses études littéraires et pris le grade de bachelier en médecine. Son temps fut partagé entre l’exercice de son art et 1 immense labeur qu’il avait entrepris et mené à bonne fin. Un autre litre de Foes à la gratitude de la postérité est son Economie d Ilippocrnle, recueil qu’il a composé pour se guider dans

son œuvre magistrale.

Ce bel exemplaire, à reliure ancienne et remarquable, offre l’édition-type de Foes :

Am U s

I oO fxeyaXou t Trn’oxpâroyj Travroji/ twv tarpcov xoputpa'tou rà £Ùpt<JxôjA£va. !\[agni Hippocratis medicorum omnium facile principiis opéra omnia quæ exstant, in Vlll sectiones ex Erotiani mente distributa, etc., Anutio Foesio Mediomatrico medico aiithore. Francofurti, apud Andreæ Wecheli heredes, 1595, in-folio.

De F oes a Littré, je a'ous signale l’édition gréco-latine de A an der Linden, en 2 volumes in-8°, parue à Leydc en Hifio ; une

IIISTOIUE DES LIVRES HIPPOCRATIQUES

autre édition gréco-latine de René Chartier (Renalus CJictrlerius Vindocinensis), publiée à Paris de 1G39 à 1679, formant treize tomes in-folio, et où les œuvres d’ilippocrate sont mélangées avec celles de Galien. Le maniement de ces gros volumes est fort laborieux.

Mach {Slephanius Mackiiis) a laissé inachevée, au milieu du xvni'' siècle, une splendide édition d’Hippocrate, formant deux volumes in-folio publiés à Vienne (1743-1749). Pierrer, en 1806, a reproduit à Altembourg, en trois volumes in-8°, la traduction de Focs; et Kühn, en 1823, a donné, en trois volumes in-8“, le texte grec et la traduction latine de Foes sans les notes philologiques. Cette dernière édition n’a d’autre mérite que d’être facile à manier; c’est Foes, sous un format plus commode.

L’édition de Littré, que vous avez sous les yeux, laisse loin derrière elle toutes les précédentes; il me sera facile devons en montrer le rare mérite; auparavant, je dois vous dire qu après elle est venue une édition gréco-latine très remarquable, celle de Zacharie-François Ermerins, en trois volumes in-4o, publiée de 1839 à 1864.

[ TtîToxpdcTCi'jj xat S'.).).(OV locTpûîv Tro().X(Xici)V XetTfcxvûC. HippOCVCltis 6t CtliO') UnX

medicorum veterum reliquiæ, Mandalo acadeinix regioe disciplinarum qiuc Amstelodciini est, edidit Zachavias Fvaficiscus ETniei ins. Tmjecti ad Rhenum, 1839-1864, 3 vol. in-4“.

Ermerins a enrichi son œuvre de notes utiles, de prolégomènes intéressants, et il a redressé le texte grec avec grand soin et autorité; toutefois on lui reproche de n’avoir pas assez le respect de ce même texte, qu’il abrège souvent, et de publier pêle-mêle les livres authentiques avec ceux qui ne le sont pas. Les notes sont littéraires et non médicales ; l’helléniste chez Ermerins n est pas doublé du médecin.

Je vous montre encore, comme travail d ensemble fort recommandable, la Chirurgie d' Hippocrate, de J.-E. Pétrequin, professeur à l’école de médecine de Lyon, donnée à Paris en deux volumes, par l’Imprimerie nationale (1877-1879), avec le texte grec, la traduction en regard et de très nombreuses notes et commentaires. Pétrequin avait été précédé par Gnerbois, chiiuigien de la Charité de Paris, qui avait publié en 1836 un volume in-8“, avec texte grec, sur la Chirurgie d’ Hippocrate.

Enfin, avant devons parler de Littré, je veux vous donner un aperçu des œuvres complètes d’Hippocrate en diverses lan»-ues :

Piquer, de 17ü7 à 1770, a fait à Madrid une édition contenant le texte, les versions espagnole et latine, suivies de commentaires et variantes.

Parmi les traductions en lang'ue allemande, celle de Grimm est tort estimée. Elle a paru à Altembonrg- de 1781 à 1792, en quatre volumes in-12 ; malheureusement elle n’est pas terminée, quoique arrivée près de la fin.

Francis Adams a donné assez récemment, à Londres (1849), deux volumes in-8°, faisant partie des publications de la Société de Sydenham, renfermant une version ang’laise fidèle, avec te.xte grec et notes, des divers livres hippocratiques.

Les traducteurs français sont nombreux. Le premier en date est probablement Claude Tardy, auteur d’une édition en deux volumes in-i", 1667. Puis vient Dacier, helléniste et non médecin, qui a publié à Paris, en deux volumes in-12 (1697), les œuvres d Hippocrate. La traduction de Dacier est restée incomplète.

Gardeil a fait paraître à Toulouse, en 1801, une traduction des œuvres médicales d’Hippocrate sur le texte grec de Foes, en quatre volumes in-8“. De Mercy, de 1811 à 1832, a donné une série de publications sur les livres hippocratiques avec le texte gi ec-latin-français. De 1817 al830, Pariset a traduit élégamment les Aphorismes, le Pronostic et les Prorrhéticpies.

En 1833, dans V Encyclopédie des sciences médicales publiée sous la direction de Bayle, les œuvres d’Hippocrate ont paru en deux volumes 111-8° à deux colonnes. C’est une reproduction de la traduction de Foes, et, en majeure partie, de Gardeil.

Un traducteur d Hippocrate en notre langue, que je tiens à citer expressément, est le professeur Daremberg. Une première édition des OEuvres choisies d’ Hippocrale faite sur les textes manuscrits et imprimés a paru en un volume in-12, en 1843. La seconde édition, retouchée avec soin et que je vous montre, est un volume 111-8° publié en 1853. L’introduction générale, les notes, les addoida assignent a Daremberg un des premiers rangs parmi les interprètes du médecin de Cos.

J arrivée enfin a Littré. Voici les di.x volumes de son travail sur Hippocrate, œuvre capitale commencée en 1839, et cpii n’a été terminée qu’en 1861.

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