CE LIVRE AURA ATTEINT MA PLUS HAUTE ESPÉRANCE
s’il n’est pas I.NDIG.VE de l’humble, mais vénérable MÉMOIRE A LAQUELLE JE LE CONSACRE.
JOSEPH-ALEXANDRE LABOULHÈNE
Voici les lignes finales du dixième volume avant l’appendice : « Et maintenant, je prends congé d’Hippocrate, du public, démon éditeur; Hippocrate, à qui je dois d’appartenir à l’Académie des inscriptions; le public, qui ne m’a pas refusé quelque appui ; l’éditeur, que n’a rebuté ni la longueur du temps ni l’étendue de l’œuvre. » Cet éditeur est Jean-Baptiste Baillière.
Par ces deux extraits, vous pourriez presque connaître Littré. Le savant éminent était un homme juste, simple et bon.
Si je n’ai pu vous donner sûrement la biographie d’Hippocrate, qu’il me serait facile de vous parler longuement de Littré ! Quand nous l’avons perdu, le l®"" juin de cette année, la presse a, de toutes parts, rappelé sa vie si bien remplie, son enfance studieuse chez des parents de forte race, son instruction et son éducation solides, ses essais très remarqués. On a vanté son labeur assidu, son érudition patiente et presque universelle. On a célébré cet homme à la fois rigide et inflexible, mais souverainement bon et sensible jusqu’à l’inspiration poétique.
On a dit qu’il n’était pas agressif, et que, dans une sérénité calme, il ne répondait pas aux provocations. La gravure a reproduit scs traits si caractérisés.
Les travaux de Littré ont fait dire à l’auteur du Dictioiuiaire des contemporains : « C’est l’homme qui a produit le plus grand nombre d’ouvrages remarquables. A la fois penseur, écrivain, philologue, savant hors ligne, personne ne l’a égalé. »
Depuis un demi-siècle, car Littré était né à Paris, en 1801, les plus grands écrivains de notre temps, les chercheurs les plus laborieux ont eu recours à la science de Littré. Bien que surchargé de travail et tout entier à ses livres, il répondait à tous et il était secoLirable aux petits. Je l’ai vu, je lui ai parlé.
Je me rappelle, comme si c’était hier, l’époque où, voulant rester à Paris, j’ai été chez Littré. Sur la recommandation de Rayer et d’Andral, j’allai dans l’appartement de la rue de l’Ouest, dans lequel il est resté si longtemps. A l’heure qu’il m’avait fixée, je le trouvai au milieu de ses papiers et de ses livres qui couvraient partout les murs, les meubles et le parquet. Je ne fus point interdit comme je le redoutais, car je me trouvai eu présence d’un homme calme et doux, au visage allongé, fortement amaigri, au front large avec les cheveux tombants, aux yeux pénétrants sous de grandes besicles, avec la lèvre inférieure proéminente et retournée. Je crus voir dans ce savant, en quelque sorte étranger
HISTOIRE DES LIVRES IIIPPOCRATiyUES
aux choses de la vie courante, un ascète, un sage, .le lui exposai siiuplemeut mes craintes et mes espérances. Il m’écouta, puis me tendit la main et me dit: « ,Te vous aiderai. »
Et comme il a tenu parole! Au concours de l’agrégation, il m’a soutenu. Pendant la compétition de cette chaire où, je le dis bien liant, aucun n’aurait été aussi bien à sa place que lui, je l’ai eu pour défenseur opiniâtre. Il est de ces moments qu’on ne trouve qu’une fois ; laissez-moi donc vous dire que c’est à Littré que je dois, comme à plusieurs autres dont je garderai toujours le recoiiuaissaiit souvenir, d’avoir conquis cet enseignement auquel je veux consacrer la meilleure part de ma vie.
J’ai revu le cabinet de travail de Littré, alors que ses collègues, ses élèves, ses amis venaient lui rendre les derniers devoirs. Les livres étaient placés sur leurs tablettes, les papiers ne traînaient plus; les académies, les sociétés savantes, les délégués des grands corps de l’Etat remplissaient l’espace restreint où Littré ne devait plus revenir. '
L’œuvre de Littré compte deux productions colossales : VHippocrate et \e Dictiomiaire de la langue française. Vomies œuvres d’Hippocrate, Grimm avait dit « que corriger tous les livres hippocratiques dépasse les forces d’un seul homme ». Et avec ces œuvres si achevées, Littré a donné encore à la science médicale le Dictionnaire revu de Capuron et de Nysten, ouvrage nouveau dès la dixième édition faite avec le professeur Charles Robin ; les fines pages de critique : Médecine et médecins; la traduction du Manuel de physiologie de Millier. Il a collaboré activement au Dictionnaire de médecine en 30 volumes, au Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, et aussi au journal V Expérience avec Dézeimeris, et encore au Journal des savants, etc., etc. Les œuvres de Littré excitent l’admiration; la patrie a le droit d’ètre fière de lui, car il laisse dans le champ de l’érudition un sillon lumineux.
Avant de nous séparer, jetons un dernier regard sur ces livres hippocratiques, sur ce monumeutle plus vénérable de l’art ancien. Lorsrpi’on remonte aux origines de notre science, la collection des œuvres d’Hippocrate est la dernière où l’on arrive etjiar conséquent la première qui se montre. Oui, la médecine avait été cultivée auparavant et elle avait donné lieu à des profluclions, mais tout ce qui a précédé le Vieillard de Cos a disparu ; à peine
.lOSKlMI-At.KXANDHK LAHOULUÈNK
nous resle-t-il ({uelques frag'meiils épars, sans coordination, quelques feuillets et pas un livre. De plus, après la collection hippocratique, il existe pour nous une grande lacune littéraire jusqu’à l’établissement de l’Ecole d’Alexandrie; les travauxinêmes des médecins de cette école sont perdus, à part des citations et des passages. De la sorte, les livres hippocratiques demeurent debout et isolés au milieu des débris de l’antique littérature médicale grecque. Cet isolement les agrandit encore, ils sont comparables aux édifices qui restent seuls au milieu des cités anéanties, et qui paraissent d’autant plus grands et plus majestueux que les rues et les places qui les entouraient ont disparu.
Cette comparaison, messieurs, est de Littré. Je m’arrête avec elle sur ce que j’avais à vous dire aujourd’hui des livres hippocratiques. Familiarisez-vous avec ces vieux livres, parcourez-les, lisez-les, pénétrez-vous de leur esprit et servez-vous souvent de cette édition excellente qui réunit les noms glorieux d’Hippocrate et de Littré.
GALIEN ET SON ŒUVRE
Voyez sur cette carte Pergame, ville située près des côtes de la Mysie, dans l’Asie Mineure actuelle : c’est la patrie de Galien. Pergame avait un temple d’Esculape, ses murs étaient baignés à l’orient par le Caïque qui se jette dans la mer Eg-ée, au voisinage d’une île, la célèbre Lesbos. Vous savez que les rois de Pergame avaient formé une bibliothèque comparable à celle d’Alexandrie d’Égypte ; Plutarque nous apprend qu’elle contenait deux cent mille volumes. C’est à Pergame et pour remplacer le papyrus, dont les Égyptiens empêchaient la sortie, qu’on prépara le parchemin nommé par les Latins Membrana pergamena. La population de Pergame, au dire de Galien, était de 80.000 citoyens tant hommes que femmes et enfants plus 40.000 esclaves.
Nicon, sénateur de Pergame, riche et fort érudit, était le père de Galien, il nomma son fils ra).vivoi-, qui veut dire : calme et doux. Xicon, d’un caractère paisible voyant sans trouble les peines et les revers, frugal, à la fois philosophe, mathématicien et architecte, connaissait à fond tous les dialectes de la langue grecque. Nous ne savons pas si Galien était resté fils unique, mais sa mère, colère, emportée, rappelait, par son humeur acariâtre, Xantippe, femme de Socrate.
Hippocrate ne s’est pas mentionné dans ses ouvrages et sa biographie est nécessairement incomplète, il n’en est pas de même de Galien. Un ancien professeur de cette Faculté et un de mes prédécesseurs dans la chaire d’Histoire de la médecine en 1795, Jean Goulin, a suivi Galien pas à pas, pour ainsi dire, en recherchant les mentions consignées dans les livres galéniques.
Avec une patience à toute épreuve, Goulin a noté les passages où Galien a parlé de ses parents, de .ses voyages, de ses succès, des circonstances diverses de sa carrière. Nous avons donc sur
.lOSEPII-AIvEXAXDRE LABOULBÈNE
Galien (les cloniKÎes non donleiises, aiitlientirpies et rjne je vais lésiinicr. Labié ellJanielLeclerc ont placé en l’année 131 de notre ère la naissance de Galien; mais Goidin démontre qu’il est né l’an 128, à la fin du mois d’aoùt ou au commencement de septembre.
Galien eut son père pour précepteur, puis, à l’âge de quinze ans, il commen(;aà suivre les leçons des philosophes de Pergame sur les systèmes des stoïciens, de Platon, d’Aristote et d’Epicure.
Un songe de son père le décida pour l’étude spéciale de la médecine, à laquelle il associa la philosophie. Son premier maître lut Satyrus, disciple de Ouintus, qui venait de mourir. En 14G, Galien perdit son père; il avait alors dix-huit ans; il n’était pas sorti de sa ^ille natale, il suivit encore les leçons des médecins de Pergame. Peu après, il eut pour second maître Pélops, qui était de Smyrne, ville peu éloignée de Pergame, et, à vingt ans, séjournant à Smyrne, Galien y composa trois petits traités.
Déjà instruit, possesseur d’une fortune qui lui permettait de fournir à tous ses besoins, Galien était en état de voyager avec fruit. Dans sa vingt-troisième année il se rendit à Corinthe pour
écouter les leçons de Numésianus, le plus célèbre des disciples de Ouintus. Après avoir visité Lemnos et la Palestine, il gagna Alexandrie, où il reste pendant quatre ans et profite des leçons de Straconicus, de Sabinus, de Lucius, il acquiert des connaissances approfondies en anatomie.
De retour à Pergame, après avoir observé le plus possible, dans les contrées placées sur sa route, et à l’âge de vingt-huit ans, Galien exerça la médecine et surtout la chirurgie, car il fut chargé par le pontife de traiter les blessures des monomaques ou gladiateurs. Son succès fut complet ; cinq pontifes lui donnèrent le même emploi pendant environ cinq ans.
Une sédition s’étant produite dans sa patrie, Galien au printemps de 161 se rend à Rome et y arrive au commencement du règne de Marc-Aurèle; il avait trente-trois ans. Ses débuts à Rome firent du bruit, et, en effet, préparé par quinze années d études sous les maîtres les plus habiles de son temps, possédant des connaissances remarquables en anatomie, ayant exercé avec succès 1 art médico-chirurgical, Galien était merveilleusement préparé. De plus la dialectique n’avait pour lui aucun secret; sa facilité pour parler ou pour écrire était surprenante, son érudition était servie par une prodigieuse mémoire. Tant de talents
CÎALIKN ET SON ŒUVRE
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naturels et ac([uis sont bien raj’einent réunis chez le môme homme ; ils devaient donner à Galien une réelle supériorité.
Plusieurs biographes ont vanté les mœurs douces et le désintéressement de Galien, il tenait de son père de grands biens et les principes d’une philosophie élevée. Observez qu’il n’avait pas besoin de courir après la fortune. Ses goûts paraissent avoir été simples, toutefois il avait reçu de sa mère l’humeur batailleuse, le caractère violent, emporté, sans mesure, quand il fallait combattre un adversaire qu’il traitait en ennemi.
Galien, doué d’un talent hors ligne, fit des cours publics; il eut bientôt des envieux nombreux et puissants ; il en triompha par la force ou par la souplesse. L’envie fut, sinon désarmée, du moins réduite au silence à la suite d’une polémique soit violente, soit subtile. Après avoir étonné ses rivaux par la justesse de ses pronostics, tout ce qu’il y avait à Rome de plus éminent et de plus savant s’était intéressé à Galien. Il eut pour amis Sergius Paulus, préteur, Barbarus, parent de l’empereur Lucius Verus; Boethus, qui devint gouverneur de la Palestine, et dont il guérit en peu de jours la femme, atteinte d’une leucorrhée opiniâtre; Septime Sévère, alors consul; Eudème, philosophe péripatéticien, qu’il débarrassa d’une fièvre quarte.
Il n’est pas douteux que, pendant ce premier séjour, Galien n’ait écrit plusieurs livres. Il demeura quatre ou cinq ans à Rome, où, à l’âge de trente-cinq ans, ileut une luxation de l’épaule, dans une palestre. En 166, pendant que la peste dévastait Rome, Galien exécuta le projet qu’il avait formé de quitter la ville. « Je partis, dit-il, pour retourner dans ma patrie, étant âgé de trente-sept ans accomplis. »
Prêt à s’éloigner et craignant d’être retenu, il demande à ses amis de n’en rien dire à Marc-Aurèle.
Peu de temps après Lucius Verus, vainqueur de Pologèse, chef des Parthes, étant revenu à Rome et une attaque étant décidée contre les Germains, les amis de Galien parlèrent de lui aux deux empereurs.
Grâce à Goulin, nous pouvons suivre la route de Galien par la Campanie, Capoue, Brindes. Il s’embarque, et, après deux jours de navigation, il aborde à Casiope, en Epire. A Corinthe, avec un compagnon de route et dans un véhicule de louage, il passe par Megare, Eleusis et Athènes. Il arrive enfin à Pergame, où il se repose avec ses amis.
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On a tait l)caucoup voyager Galien avant de se rendre à Home. Je suis d’avis que c’est surt(Dut après avoir quitté j)Our la première fois cette ville, en IGO, et après son retour à Peri^ame, qu’il a visité tour à tour Chypre, l’île de Crète, la Syrie, etc.
Pendant que Galien était à Perg’ame, les deux empereurs Marc- Aurèle et Lucius Verus avaient quitté J\ome et s’étaient établis à Aquiléc pour la guerre de Germanie; de là, ils dépêchèrent un courrier à Galien pour le faire venir auprès d’eux. La peste décimant cette partie de l'empire, les empereurs s’éloignèrent d’Aquilée. Lucius Verus fut frappé d’apoplexie pendant la route, et, après avoir été saig'né, mourut le troisième jour au fort de l’hiver, dit Galien, en 169 et peut-être en janvier 170. Galien rentre à Rome trois ans et demi après en être sorti; il y reste, malg'ré le désir de Marc-Aurèle qui veut l’emmener à l’armée avec lui. Mais Galien invoque un song-e où Esculape lui a défendu de quitter Rome. Vous savez l’importance attribuée aux songes dans l’antiquité. Marc-Aurèle n’insiste pas et confie à Galien ses deux fils
Commodus et Sextus.
Galien compose alors ses principaux ouvrages ; il partage son temps entre le soin des malades et ses livres. Il y retrace la physionomie des médecins de Rome, divisés en sectes nombreuses. Il combat avec tous, il les écrase sous les coups d’une lutte acharnée, enfin il établit un système médical bien à lui.
Je dois placer ici un Irait de mœurs romaines en vous parlant . de Commode, alors âgé de treize ans et l’un des fils de l’empereur Marc-Aurèle. Galien lui avait prescrit le bain parce qu’au retour du gymnase il s’était senti malade. Commode, ayant trouvé le bain trop chaud à son gré, fit jeter dans la fournaise des bains l’esclave qui avait fait chauffer l’eau.
Je pourrais vous raconter présentement plusieurs cures de Galien ; je les réserve pour plus tard quand je vous montrerai Galien anatomiste, physiologiste et pathologiste. Je veux noter cependant qu’il guérit Marc-Aurèle, revenant de la guerre de Germanie et atteint d’un dérangement d’estomac causé par l’usage d’aliments froids et grossiers. 11 donna le vin additionné de poivre et prescrivit les frictions d’huile de nard. Il prépara maintes fois de la thériaque pour Marc-Aurèle.
Galien avait cinquante-deux ans, quand arriva la mort de Marc- Aurèle Antonin. Il resta sûrement à Rome après la perte de son protecteur et ami, sous les règnes de Commode, de Pertinax
fiALIEN ET SON ŒUVRE
et de Septiinc vSévère ; niais après l’an 193, première année de 1 empire de Sévère, on ne trouve, plus de renseignements précis dans les livres galéniques.
Tout porte à croire que Galien retourna dans sa patrie et qu’il finit ses jours à Pergame, à ràge de soixante-dix ans. Certains historiens ont prétendu qu’il mourut à Rome et qu’il y vivait encoie sousCaracalla j d autres 1 ont fait périr dans une traversée de Rome a Pergame. Cœlius Rhodiginus, par une erreur manifeste, a prolongé la vie de Galien jusqu’à l’âge de cent quarante ans. Xous avons v'^u les admirateurs d’Hippocrate agir de même pour le vieillard de Cos.
J’ai cherché. Messieurs, à faire revivre Galien et j’ai pu y parvenir en grande partie, avec l’aide des livres galéniques scrutés par Goulin et qui offrent un vrai luxe de renseignements biographiques. Rien de pareil n’e.xiste pour Celse, pour Cœlius Aurelianus et beaucoup d’autres anciens auteurs grecs ou latins. Je tiens à vous le faire remarquer. La collection si considérable des livres galéniques a été commencée de bonne heure. A vingt ans, Galien avait déjà fait trois petits traités ; à trente-quatre ans, à Rome, luttant avec les philosophes et les médecins, il composait pour Boethus le traité célèbre De t’uiUüé des parties du corps. Revenu dans la métropole, Galien dominant ses rivaux donnait SB. Méthode Thérapeutique et il établissait avec un art infini dans divers livres son système médical.
Quelle idée peut-on avoir du courage civil et militaire de Galien ? Plusieurs l’ont accusé de lâcheté, disant qu’il a fui devant la peste. D’autres ont insinué qu’il a craint les fatigues et les dangers de la guerre, en refusant à Marc-Aurèle de l’accompagner et en invoquant un songe dans lequel Esculape lui aurait défendu de quitter Rome.
Il est certain que Galien s’échappa de Rome au temps de la grande peste venue de l’Ethiopie, d’où elle s’était répandue dans le pays des Parthes et avait infecté l’armée de Verus. Je vous ai déjà parlé de cette peste quand je vous ai fait l’histoire des pandémies et des pestes antiques, de la peste de Thucydide, de la peste de Gallus, de la peste Antonine. Galien a-t-il manqué réellement de courage? Sans vouloir affirmer le contraire, ni me porter garant du courage civique et militaire de Galien, je dois dire que les médecins anciens et même relativement modernes, Sydenham en particulier, ne considéraient pas le devoir médical
JOSICIMI- ALKXANDUK I.AHOIHJJK.NK
comme nous le comprenons. Le milieu épidémicjue esl noire champ de bataille qui n’est jamais déserté. Sydenham s’est jadis éloigné de Londres, ravagée par la peste.
De plus, Galien, que n’attachaient à Rome ni sa nationalité propre ni les charges d’une magistrature, avait eu avec Eudème un entretien sérieux qui mérite d’être rapporté. Un an avant le départ, Eudème, philosophe péripatéticien, avait prévenu Galien pour l’avertir de la véritable jalousie des médecins qui avaient tait chasser Ouintusde la ville et qui avaient fait périr par le poison un jeune médecin de talent ainsi que deux esclaves qui le servaient. Galien confie alors à Eudème que déjà il avait le projet de retourner dans sa patrie et qu’il le mettrait à e.xécution aussitôt que la sédition serait apaisée. Le départ de Galien était donc prémédité un an à l’avance et il tenait à retourner àPergame où il possédait des biens considérables de l’héritage maternel.
Le besoin de restera Rome, après son retour, avec Marc-Aurèle, seul empereur, et venant rendre les derniers devoirs à Lucien Verus, me paraît facile à expliquer. Galien riche, mais orgueilleux, tenant à être le premier médecin de la métropole, ne pouvait accomplir ses desseins à la suite d’une armée : il invoque le songe pendant lequel le dieu de la médecine lui ordonnait de ne pas s’éloigner. Le doux Marc-Aurèle, ne voulant pas obliger son médecin à faire un voyage auquel il répugnait, partit en lui laissant la charge de soigner ses deux derniers fils.
Il me semble que celui qui, à travers l’éloignement des siècles, cherche à approfondir la conduite de Galien doit tenir compte des penchants et des mobiles que je vous ai plusieurs fois signalés. Nul doute que Galien ne soit allé à Rome pour ajouter à son savoir et pour s’y faire un nom, qu’avec ses connaissances étendues et sa dialectique habile où nul ne pouvait le dépasser il n’ait cherché le premier rang, la considération, les honneurs.
Quittant la seconde fois Pergamepour Rome, c’est-à-dire pour le plus vaste théâtre du monde, il veut combattre les médecins de toutes les sectes, il signalera la routine aveugle de la plupart d’entre eux. Et puis l’entraînement des luttes violentes, les blessures données et reçues e.xcitcront au plus haut point sa faculté d’écrire et lui feront mettre au jour ses livres si nombreux.
Sous la critique acerbe des travaux de scs devanciers, sous l’ingéniosité de son vaste esprit, il résumera et pliera la médecine réduite à son système. Son désir sera accompli.
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-Me \oici arrivé, dans celle élude abrégée sur Galieu, à vous nionlrer le inilieu oùil vivait. J’ai besoin de toute voire attention, car le sujet est complexe et rempli de détails souvent arides. Et cependanl, pour apprécier le rôle de Galien de son vivant et pour comprendre l’influence si considérable et si dominante qu’il a exercée après sa mort, il faut absolument connaître l’état de la méde-
cine à cette époque et les sectes si nombreuses qui se disputaient la prééminence.
Hippocrate avait séparé la médecine des systèmes philosophiques de son temps ; il l’avait dirigée dans une voie sûre, il avait pris pour base le fait réel tô éôv en rejetant les hypothèses. Le raisonnement appuyé sur les observations, expérience et induction, telle est la médecine hippocratique.
Mais les successeurs n’avaientpas suivi longtemps cette direction admirable. Bientôt plusieurs scissions se produisent, et, au lieu de voir simplement les choses comme elles se présentent, les médecins s’égarent à la recherche des problèmes insolubles : ils s’y perdent. Chacun veut avoir un système à lui, l’imagination n’a plus de bornes en s’efforçant de donner la raison de toutes choses. Les écoles dérivant de Cnide et de Cos avaient ainsi des dogmes ou des doctrines, d’où le nom de dogmatiques pris par les successeurs d’Hippocrate. A côté des dogmatiques avaient existé de tout temps les empiriques purs qui rejetaient toute espèce de raisonnement.
L’école d’Alexandrie sous les Ptolémées Lagides avait déplacé le foyer scientifique. La médecine venue de Grèce en Egypte, mais restant absolument grecque, voyait s’ouvrir avec les découvertes anatomiques de nouveaux horizons. Hérophile, qui appartenait à Cos, et Erasistrate, qui tenait de Cnide, disséquaient plus qu’ils ne philosophaient. Chacun avait son système ; mais, remarquez-le avec soin, Hérophile était hérophilien et non hippocratique, Erasistrate était érasislratéen. Les médecins hippocratiques n’avaientpas d’existence à part ; il y avait des dogmatiques, il y avait des empiriques et beaucoup d’autres. Le nom d’Hippocrate pouvait être un point de réunion dans la secte des dogmatiques, un signe de ralliement ; mais l’hippocratisme vrai n’existait pas encore; il date de Galien qui a fait riiippocralisme pour l’élever en face du galénisme.
Examinons rapidement les écoles et sectes principales qui avaient surgi depuis Hippocrate jusqu’à Galien amenant une vé-
,I os E P 1 1 - ALE X AN U H K L A BO L' LB EN E
ritable anarchie médicale. Toute secte avait une doctrine à part et ces doctrines disparates, soutenues avec ténacité par des adeptes plus ou moins nombreux, avaient tantôt gagné la préséance, tantôt perdu le terrain conquis. Vous verrez qu’elles possédaient des droits bien inégaux au mérite que l’iiistoire reconnaît définitivement.
L’école dogmatique, nous devons commencer par elle, prétendait tout expliquer par l’antique doctrine des quatre éléments. Elle venait de Gos avec Praxagore, maître d’Hérophile, et aussi de Gnide avec Ghrjsippe, maître d’Erasistrate. Les philosophes ou physiologistes de Gos étaient, du reste, divisés et subdivisés sous le drapeau du dogmatisme. Dioclès, de Garyste, combat Hippocrate, quoique respectueusement. Aucun dogmatique ne regarde Hippocrate comme un oracle, c’est un guide et on n’a pour lui aucune soumission aveugle.
L’école pneumatiste admettait la suprématie du TrvEupa, sorte d’air igné qui pénètre tout le corps. Pour les pneumatistes, les phénomènes du monde grossièrement matériel et inerte s’expliquaient par l’adjonction d’un principe ou d’un esprit, moins matériel ou immatériel.
Ils attribuaient les dérangements de la santé aux dérangements de cet esprit. Leurs explications aboutissaient à une métaphysique nuageuse. Athénée a été le chef du pneumatisme.
L’épicurisme, transporté en médecine avec la doctrine des atomes, donna par ses transformations naissance au méthodisme qui était en renom au temps de Galien. Le méthodisme, que nous trouvons développé dans Gælius Aurelianus d’après Soranus, avait eu pour chefs Asclépiade, de Bithynie, Thémison, de Laodicée, et Thessalus, de Tralles. Les méthodistes affirmaient qu’il n’y a pas une seule cause pathologique dont la connaissance importe à la pratique; ils rapprochaient et classaient les maladies suivant leurs analogies et les réduisaient à l’état de resserrement ou de relâchement des interstices, ou pores, placés entre les atomes composant le corps humain.
De là, les strictum, laxum, mixtum. Les méthodistes, à l’encontre des naturalistes dogmatiques, soutenaient que la nature n’est pas seulement secourablc, mais nuisible parfois; ils accusaient l’expectation de n’ètre qu’une sorte de méditation sur la mort. Les méthodistes, appliquant leurs recherches aux maladies chroniques, ont rendu des services en rejetant les vaines théories.
GALIEN ET SON ŒUVRE 101
en renouvelant l’art médical avec une thérapeutique souvent heureuse.
Les épisynthétiques et les éclectiques, suivant les idées d’Agaihinus et d’Archigène, avaient le soin de prendre dans chaque doctrine ce qu’ils jugeaient le meilleur et ils avaient la prétention de fonder un système ayant les qualités de tous les autres, sans offrir aucun de leurs défauts.
Enfin, au milieu de ce chaos d’opinions différentes, des erreurs indéniables ainsi que des contradictions de systèmes opposés, l’empirisme, qui avait commencé dès les temps hippocratiques, se poursuivait, mais dégénéré, exercé par les habiles ou les fourbes, acclamé par les sots absolument comme de nos jours.
Les premiers empiriques, Philinus, de Cos, Sérapion, d’Alexandrie, refusaient à l’esprit toute puissance de dogmatiser; la seule force de l’entendement humain était de recueillir par l’expérience des notions simples qu’on ne devait jamais réunir en système. L’empirisme, qui paraissait avoir quelque logique au début, était sous les Alexandrins, puis à Rome, tombé au dernier degré de la routine et de la nullité.
J’ai essayé de vous donner une idée sommaire et aussi peu embrouillée quepossible des sectes médicales anciennes. Au temps où Galien vint à Rome, les méthodiques l’emportaient sur les dogmatiques, ceux-ci ne s’accordant guère, les uns voulant Hippocrate, les autres Hérophile, les autres Erasistrate. Les éclectiques faisaient peu de bruit ; les pneumatistes venaient après les méthodiques ; les empiriques dont le nom était devenu synonyme d’ignorance se trouvaient avec raison les moins considérés. Les spécialistes exerçaient à Rome sous toutes les formes. Notez cependant que si les empiriques employaient une thérapeutique et une polypharmacie grossières, les relations de l’Afrique avec l’Orient avaient fait arriver à Alexandrie, puis à Rome, une foule de substances médicales, inconnues et d’une grande valeur.
Galien, venu à l’heure favorable, protesta contre toutes les sectes. Il déclara ne vouloir en embrasser aucune; il va si loin qu’il appelle esclaves les dogmatiques praxagoréens. Aux invectives, il répond par l’injure. Accablé d’épigrammes, telles que Trapa'îoSôôyoç, faiseur de paradoxes, Tcapaiîi^oTrotoç, faiseur de merveilles, Xoy'iaTfoç, médecin phraseur, il lance l’anathème contre les méthodistes, il insulte Asclépiade, il traite ses successeurs d’ànes de Thessalus, de Thessalus ipii n’est (|u’un tyran et le ju'ince de
.lOSFJMI-ALKXANDUK LA JJOULUFNK
la folie. Gepeiidaiit Hippoci’ate dcvienl son dieu médical, mais ici nous devons penser à des hommages intéressés; parfois il rapetisse le vieillard de Cos, il n’a qu’une adiuiration raisonnée. S’il dresse un autel à Hippocrate, il place bien en face et un peu au-dessus son propre piédestal.
Messieurs, un homme aussi doué, aussi réellement capable que Galien, survenant au moment de l’anarchie médicale, eût pu, avec un jugement sévère, recueillir les notions acquises, les classer sagement, sans les façonner au joug des hypothèses, et suivant la vraie méthode hippocratique.
Tel ne fut point Galien; il avait le talent et plus de savoir qu’aucun de ses contemporains; par malheur, ces avantages précieux étaient liés à un esprit se complaisant aux explications prolixes, imaginaires, et du dogmatisme le plus absolu. De telle sorte que Galien, le grand compilateur et le systématique outré, agit, captiva beaucoup plus par ses défauts saisissants etbrillants, par ses hypothèses acceptées et conservées aveuglément pendant des siècles, que par ses qualités très réelles.
Jusqu’à l’effondrement de Rome, sous les coups des barbares, la médecine ne fut point asservie à Hippocrate ou à Galien. Ce dernier resta combattu et discuté ; mais les Arabes, possesseurs des livres galéniques, placèrent Aristote, Galien et Avicenne au rang le plus élevé. Pendant la longue période d’éducation des peuples qui s’appelle le moyen âge, l’autorité de Galien fut suprême, indiscutable, ayant force de loi. 11 fallut Paracelse, Van Helmont, Vésale, surtout Harvey et enfin les modernes pour détrôner le galénisme si longtemps triomphant.
Je vais actuellement rechercher et préciser les travaux de Galien. Les livres galéniques ont été le point culminant, le résumé de la médecine grecque. Le médecin de Pergame a tout englobé, absorbé; il a condensé tous les systèmes pour fonder le sien. Après lui sont venus une longue suite de temps presque stériles, des compilateurs et traducteurs, les Arabes, puis l’école de Salerne, jusqu’à la Renaissance. Examinons d’abord la doctrine, le dogme galénitpie. C’est le côté sombre d’une grande figure, le revers de la médaille; c’est de là cependant qu’est venue la domination de Galien. Tant il est vrai, je vous l’ai déjà dit, que les défauts plutôt fpie les qualités frappent la foide et fondent trop souvent la réputation, jusqu’à ce (pi’un examen impartial arrivant tôt ou tard rétablisse les choses et fasse justice.
(i A IJ EN ET SON (EU VUE
Cialien a voulu èlre le lég’islaleur médical à la manière d’Aristote qui avait classé, réglé, toutes les connaissances humaines.
Le système médical de Galien admet le raisonnement et l’expérience; tous les deux sont nécessaires. L’art a une méthode coordonnant les principes généraux et l’observation des détails. Les principes sont indispensables pour la pratique, sans eux elle devient routine; la pratique, à son tour, vérifie les principes. Sans elle, ce sont des hypothèses.
Tout cela vous semble logique et parfait. Mais dans quel ordre l’expérience et le raisonnement doivent-ils fonder la science et l’art? Galien ne le formule pas, mais tout de suite il délaisse les faits; il veut faire la médecine à l’avance, ilia déduit de la physiologie, la physiologie de la physique et cette dernière de la philosophie. Vous voyez immédiatement quelle marche hasardeuse et hypothétique il adopte résolument.
J’arrive à l’exposé du système galénique.
Le corps humain est composé d’éléments, l’élément irréductible est d’une telle petitesse qu’il se dérobe à l’investigation des sens, et, comme il est simple, il échappe à la raison. Donc nous n’avons prise que sur les éléments tangibles qui sont le feu, l’air, l’eau et la terre. Chacun de ces éléments a une qualité corrélative qui lui est propre : chaleur, froid, humidité et sécheresse. Ces qualités sont nécessaires et premières comme les éléments euxmêmes; mais elles n’existent jamais pures dans les corps, résultant moins de l’agrégat des éléments que de leur mélange, et de là résultent les qualités composées ou secondes.
Le mélange, la mixtion intime des éléments constitue le tempérament propre de chacun et toute particule du corps est distincte de toute autre. Telle particule est plus chaude, telle autre plus froide, telle autre plus humide, telle autre plus sèche; d’où le chaud sec, le chaud humide, le froid sec, le froid humide, etc. Donc autant de tempéraments des corps, qu’il y a de combinai- .sons possibles des quatre qualités primitives ou premières.
Le corps offre trois degrés de composition : les parties similaires, les parties instrumentales ou organes et le corps entier.
Outre les éléments, il y a fjuatre humeurs; sang, pituite, bile jaune et bile noire. Le sang est chaud et humide, la pituite froide et humide, labile chaude et sèche, la bile noire ou alrabile froide et sèche. Les trois dernières humeurs proviennent du sang, le sang vient de ralimeiit.
.lOSEPir-ALKXANUKK LAHOULHÈNE
L’ estomac, comme toute partie instrumentale, a quatre facultés naturelles : attractive, retcntrice, altérante et excrétrice. C’est par ces facultés que s’opèrent les transformations, les sécrétions et les excrétions.
Les esprits sont le principe moteur du corps. Ils diffèrent de 1 air, mais en proviennent. Dans le foie, organe préparateur du sang, l’esprit se sépare du fluide en vapeurs subtiles ou esprits naturels qui, transportés au cœur, se mêlent à l’air introduit par la respiration et forment des esprits vitaux; dans le cerveau, ils deviennent esprits animaux.
La santé est cet état du corps dans lequel il n’y a point de douleur et où les fonctions s’exécutent sans difficulté ; elle résulte d’une température moyenne des éléments et d’une convenance ou symétrie des parties. Elle suppose une composition convenable des humeurs, une action bien réglée des esprits. Les parties similaires sont à un degré proportionné de chaud, de froid, d’humide et de sec.
La maladie est une disposition, ou une affection contre nature des parties du corps, qui empêche leur action. Il faut distinguer l’altération même du corps et l’affection ; celle-ci est une modification de l’action. Dans toute affection contre nature, on peut tout rapporter à quatre chefs ; la fonction viciée, les causes précédant l’affection, les symptômes qui la suivent.
J abrège, et je me contente de vous dire : les symptômes sont des affections contre nature, dépendant de la maladie et la suivant comme l’ombre suit le corps.
Les excrétions critiques diffèrent des symptômes en ce qu’elles résultent des efforts de la nature, tandis que les symptômes résultent de la maladie.
Les signes des maladies sont diagnostiques ou prognostiques, les signes diagnostiques sont pathognomoniques ou adjoints.
L’examen du pouls est de la plus grande importance pour le diagnostic et le pronostic des maladies.
Le premier principe du traitement des maladies est de seconder la nature et de les combattre par leurs contraires.
Galien range les remèdes en catégories selon le degré de leur puissance. Les qualités des médicaments sont réparties en quatre classes d’énergie décroissante : ainsi le poivre est chaud au quatrième degre, la cannelle au troisième, etc. S’il y a excès de qualité dans une substance, on la tempère par une autre.
GALIEN ET SON ŒUVRE
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L’art de composer les médicaments est fondé sur ces vases. \ ous apercevez de suite la porte ouverte sur une polypharmacie compliquée et fastueuse.
Par cet aperçu rapide et sommaire de la doctrine galénique, vous jugerez le système savamment élaboré, vaste, relié dans toutes ses parties, conséquent avec lui-même. 11 est rempli en quelque sorte de casiers où sont rangées les maladies avec casiers correspondants pour tous les remèdes à y apporter. Le fond du système rappelle Hippocrate, la forme est empruntée à Aristote.
Disons-le nettement, ce système qui a eu la gloire lapins éclatante a été funeste aux progrès de la médecine. Ce n’est pas lui qui doit mériter à Galien la reconnaissance de la postérité, ce sont ses découvertes, ce sont les notions sûres qu’il nous a transmises de cequi avait été fait avant lui et dont il possédaitla connaissance plus que tout homme de son siècle.
Suivons présentement Galien anatomiste, physiologiste, médecin, chirurgien, hygiéniste et thérapeutiste.
Et d’abord, Galien a-t-il disséqué des cadavres humains? Je réponds absolument par la négative. Non ; les descriptions anatomiques, souvent très fidèles, ne sont point faites sur l’homme; le plus grand nombre proviennent de singes et d’autres animaux. Galien recommande le genre de mort le plus convenable, conseillant d’étouffer la bête sous l’eau, au lieu de l’égorger ou de l’étrangler avec une corde. Je reviendrai sur ce point important et vous le démontrerai avec Charles Daremberg. Le respect pour l’autorité galénique a été tellement servile que l’on supposait la constitution anatomique de l’homme incapable d’avoir pu changer, plutôt que de trouver Galien dans l’erreur.
L’ostéologie est bien plus complète dans Galien que chez ses devanciers. En vous parlant de l’histoire de l’anatomie, je vous ai déjà dit qu’il a bien fait connaître le sphénoïde, le temporal, le canal nasal du maxillaire supérieur, l’ethmoïde, les cornets des fosses nasales, l’articulation de la tête avec la première vertèbre.
Les muscles et les nerfs sont décrits d’après le singe, le cerveau d’après le bœuf. Les muscles qu’il a découverts, et qui étaient peu connus avant lui, sont: le peaucier, le buccinateur, le pyramidal du nez, le palmaire et le plantaire, les sphincters de l’anus, le petit pectoral, le rhomboïde, le petit droit antérieur de la tête, plusieurs des extenseurs du rachis, les intercostaux, le po[)lité, les lornbricaux et les intcrosseux des pieds et des mains.
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Le cœur est assez bien décril. Il connaissait rouverture de la cloison inter-auriculaire nommée à tort: troude Botal. Il voulait ([ue le cœur ne reçut pas de nerfs, bien loin d’en être la source, comme le voulait Aristote. Pour l’angéiologie, il donne plus de place aux veines qu’aux artères; malgré de graves erreurs, cette angéiologie est la plus importante pour l’époque.
La splanclinologie est faite d’après une sorte de compromis entre les ruminants et les carnassiers. Il admet la pluralité des lobes du foie, disposition qui ne se montre ni chez les orangs, ni chez les chimpanzés, mais qui existe chez les magots. Sa description du système génital est la suivante: les parties sexuelles de la femme sont analogues à celles de l’homme, mais retournées en sens inverse. La matrice se divise eu deux portions, l’une, droite, destinée aux fœtus mâles, l’autre, gauche, destinée aux fœtus femelles.
Vous voyez que Galien n’avait ouvert que des animaux. Les anatomistes d’Alexandrie et même quelques-uns de leurs prédécesseurs connaissaieut mieux rutérus humain, de telle sorte que Galien avait tort de critiquer et de reprendre Dioclès, ainsi qu’Héroplîile, dans la persuasion où il était que les animaux représentent exactement l’homme.
Je dois insister sur l’anatomie philosophique de Galien au sujet d’un de ses traités les plus précieux, à cause des descriptions anatomiques et des renseignements qu’il renferme. C’est le traité: De riililiié des parties du corps humain, pwpiwv.
De usu parlium. La traduction : De l’utilité des parties me paraît préférable à celle de : De l'usage des parties, car il ne s’agit pas de physiologie proprement dite. Galien, sous l’empire du principe immuable des causes finales, veut prouver que les différentes parties du corps sont combinées dans un tel rapport de cause à effet, qu’on ne peut rien imaginer de mieux. C’est l’idée empruntée à Aristote : que la nature ne fait rien en vain. Ce livre n’est, en réalité, ni un exposé d’anatomie, ni un traité de physiologie : c’est une thèse pour prouver la sagesse de la nature et l’adaptation des causes finales à l’organisme humain. Galien conclut toujours des animaux à l’homme, aussi arrive-t-il à des résultats illusoires.
Quoi qu’on en ait pu dire, Galien a été un physiologiste de premier ordre et un expérimentateur. On en trouve la preuve dans les traités : Administrations anatomiques ; Du mouvement des muscles;
GALIEN ET SON ŒUVRE
Sur le pouls ; Sur la respiration. ; Sur les facultés naturelles, bofimes d’ Hippocrate et de Platon, et clans plusieurs cliapitres du livre : De Putilité des parties.
Ce n’est ni par ses trois forces fondamentales présidant à la vie des animaux, résidant dans le cerveau, le cœur et le foie, ni par les trois facultés génératrices, d’accroissement et nutritive, que la physiologie galénic[ue est si remarquable. Les expériences sur les fonctions du cerveau, sur la respiration, sur la circulation sont, au contraire, des titres de gloire, et impérissables.
Un grand nombre d’expériences sur les fonctions du système nerveux ont été instituées par Galien. Il a constaté c[ue, si l’on incise ou si l’on enlève sur un animal vivant la dure mère recouvrant le cerveau et le cervelet, l’animal ne perd ni le sentiment ni le mouvement. Il en est de même quand on coupe les hémisphères cérébraux, sans arriver jusqu’à un ventricule. La lésion du quatrième ventricule paralyse l’animal, celle du troisième un peu moins ; celle des deux ventricules antérieurs du cerveau n’entraîne presque aucun trouble quand l’animal est jeune, mais le trouble est un peu plus marqué chez ceux qui sont vieux.
Erasistrate, Aboyant un bœuf blessé entre l’occipital et la première Aœrtèbre devenir immobile, attribuait ce phénomène à la lésion seule de la membrane; il ne savait pas, ajoute Galien, que le quatrième ventricule avait été atteint.
Je ne puis vous énumérer les recherches originales de Galien sur les divisions de la moelle épinière à diverses hauteurs; il la coupait dans sa totalité ou dans sa moitié. Il savait trancher le nerf phrénique; il a donné des préceptes minutieux pour la section des muscles, des nerfs intercostaux et des côtes elles-mêmes.
L’expérimentateur nous apprend qu’il faisait des expériences sur la moelle épinière en particulier et en public. Il se servait ordinairement de petits cochons, il aurait préféré agir sur des singes; mais la comparaison avec l’homme aurait pu indigner les spectateurs. L’animal, couché sur une table, avait les membres liés. Il se servait du scalpel pour diviser la peau et les muscles postvertébraux, il pénétrait entre deux vertèbres avec un couteau pointu en fer de Norique.
Galien a voulu connaître les résultats de la perforation des parois jiectorales, d’un seul ou des deux côtés à la fois, de l’incision d’une ou de plusieurs côtes, de la section et de la compression des nerfs qui se rendent aux muscles intercostaux, au diaphragme.
JOSRI'H-ALEXANÜHE LAHOULHÈNE
au larynx. On clierclæ, dit-il, les nerfs sur les parties latérales de la colonne vertébrale; on passe sous eux un petit crochet, ni trop mousse, ni trop pointu. On remplace le crochet par le dipyrène, sorte de sonde terminée aux deux bouts par une olive et maintenant le nerf au niveau des bords de la plaie. On glisse enfin une aiguille avec un fil de lin et l’on serre le nœud le plus près possible de la moelle. Pour les expériences publiques, Galien, qui ne dédaignait pas un effet théâtral, nous apprend qu’avec plusieurs aides il faisait comprimer, à un signal donné, tous les nerfs; l’animal qui criait devenait instantanément muet; puis, dès que la constriction cessait, l’animal criait de nouveau. Tantôt on serre un peu plus, tantôt un peu moins, tantôt tous les nerfs, tantôt un certain nombre, et la voix se modifie en proportion devant les spectateurs émerveillés de ces changements subits. Il ajoute que la section ou la ligature du pneumogastrique le long du cou fait disparaître la voix plus complètement et plus subitement.
Galien n’a pas connu la circulation du sang; il avait démontré, contre l’opinion d’Erasistrate, que les artères contiennent du sang et non de l’air; mais il avait fait une expérience qui l’avait induit en erreur. Dénudant une artère, l’ouvrant et plaçant dans sa cavité une tige creuse, puis serrant les parois artérielles de manière à les comprimer sur la tige en empêchant le sang de s’écouler au dehors, il avait vu cette artère cesser de battre. Si l’on répète cette expérience délicate, on constate que le sang se coagule rapidement dans le tube, les battements disparaissent vite dans l’artère obstruée par un caillot.
Supposons que Galien eût mieux fait et mieu.x compris celte expérience, qui sait s’il n’aurait pas découvert la circulation du sang, ainsi que le remarque un de nos agrégés de physiologie qui a traduit Harvey et qui porte un nom cher à la Faculté.
J’abrège : il me suffit de vous avoir montré ces expériences si bien conçues et exécutées pour vous prouver que Galien a été le créateur de la physiologie expérimentale. Ceux qui ont acclamé sa doctrine ont fait peu ou point attention à ces mémorables essais. La physiologie, même après Harvey et Hallet, était presque délaissée lorsque Magendie, P’iourens, Charles Bell, Burdach, Longet, Claude Bernard, pour ne parler que des morts, lui donnant l’essor expérimental, en ont fait une des parties les plus fécondes des sciences médicales.
GALIEN ET SON (El)VRE
La palholog'ie interne galénique offre an premier rang- le traité Des lieux affectés, qui, suivant l’expression de Dézeinieris, est le plus beau monument qui nous reste de l’esprit d’observation de l’antiquité. Galien cliercbe autant à reconnaître l’alTection ou la diathèse que le lieu affecté; mais, privé de nos moyens d’investigation, il fait ordinairement un diagnostic rationnel ou médical, plus rarement un diagnostic physique et immédiat. Son but n’est pas de décrire les maladies, il cherche à établir la relation qu’il croit exister entre le lieu affecté, la nature de l’affection et certains symptômes déterminés. L’anatomie pathologique y fait à peu près défaut.
C’est un traité dogmatique, plutôt que descriptif, fondé sur cette proposition : que jamais aucune fonction n’est lésée sans que la partie qui lui donne naissance, qui en est le siège, ou qui lui en fournit la matière, en soit affectée.
Il est difficile, et même impossible, de montrer les notions exactes que Galien a données sur les maladies en les dégageant de ses ouvrages si nombreux. La lecture de ces traités est rendue pénible par un fatras dialectique, par des répétitions, des emportements de polémique. Ces longs et volumineux traités se réduisent, en fin de compte, à quelques pages importantes.
Dans ses livres médicaux, Galien a défini la fièvre une chaleur contre nature. Il l’a bien distinguée en essentielle et en symptomatique; il a compris, avant Lancisi, l’importance du voisinage des marais dans les fièvres suivies d’hydropisie et d’induration de la rate.
Je tiens à vous faire voir Galien médecin par la cure suivante, qui fit grand bruit, obtenue sur le sophiste Pausanias, affecté d’une paralysie du sentiment aux deux derniers doigts de la main et à la moitié du doigt du milieu. Le malade avait d’abord eu recours aux médecins de la secte méthodiste, qui appliquèrent force topiques émollients sur les doigts. (!lomme leurs émollients ne servaient à rien, ils eurent recours aux astringents. Tous ces moyens restant infructueux, le patient fit venir Galien qui demanda s’il y avait eu quelque coup ou blessure au bras. Pausanias ayant dit que non, Galien dirigea ses recherches du côté de la moelle épinière et apprit que le sophiste était tombé de voiture sur une pierre anguleuse et que le coup avaitporté entre les deux épaules. D’abord, il avait existé une vive douleur qui s’était calmée pour faire place à une insensibilité qui augmentait de jour en jour. Je
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devinai, dil Galien, que le mal était entretenu par un reste d’inflammation de la moelle. Je transportai en haut de la région dorsale les médicaments doux et j’obtins la guérison du malade.
Le médecin de Pergame avait pratiqué la chirurgie dans sa jeunesse, sur les monomaques ou gladiateurs; liabile à la réduction des luxations et à l’application des Ijandages, il n’en avait pas perdu un seul, tandis qu’auparavant ils mouraient presque tous. Plus tard, à Rome, il se livra principalement à la médecine; voici néanmoins une observation dans laquelle il opéra avec une grande hardiesse chirurgicale.
Un serviteur de Marcellus, le mimographe, ayant reçu, en s’exerçant à la lutte, un coup violent sur le sternum, eut une carie profonde de cet os. Aucun des médecins qui avaient été appelés pour le traiter n’avait osé entreprendre d'enlever l’os corrompu, à cause du mouvement du cœur qu’on sentait immédiatement dessous et dans la crainte d’ouvrir la poitrine. Galien pratiqua cette opération; le péricarde altéré laissait voir le cœur à nu. Le malade fut guéri en peu de temps.
Galien nous a fait connaître l’histoire d’un chirurgien téméraire, qui, ayant enlevé une partie du muscle externe du bras et voulant montrer son adresse, plongea son scalpel en dedans du muscle antérieur, fit un tour de main malheureux, coupa le médian, le radial, le cubital, l’artère et la veine humérales. Etourdi par la violence de l’hémorrhagie, il n’eut que le temps de lier les vaisseaux ouverts. Le malade n’en perdit pas moins le mouvement et la sensibilité.
J’ai rapporté ce curieux passage pour vous montrer que la ligature des artères était pratiquée du temps de Galien. Nous sommes loin d’Ambroise Paré refusant le cautère actuel et se servant de fil pour oblitérer les vaisseaux artériels ; mais la ligature était alors faite aveuglément, tandis qu’ Ambroise Paré l’érigea en méthode de traitement contre les hémorrhagies.
L’arsenal chirurgical était fort pourvu au ii® siècle de notre ère. Vous pourrez lire dans V Union médicale du 29 novembre 1881 la description d’une collection d’instruments, d'une sorte de trousse galénique découverte à Paris, toutefois un peu moins ancienne et datant du iii® siècle.
Le traité principal de Galien sur l’hygiène a été longtemps le plus ancien et le meilleur que l’on possédât. En rejetant les théories, il reste un recueil de conseils judicieux. Dans ce livre De la
GALIEN ET SON ŒUVRE
coiiservaliüH de la santé, Galien passe en revue les agents nuisibles ou utiles. 11 trace les préceptes^ pour conserver la santé dans renfance, la vieillesse, avec les différents tempéraments, chez ceux qui ne sont pas maîtres de leur temps.
La médecine légale doit à Galien la docimasie pulmonaire hydrostatique.
La thérapeutique galénique, basée sur la diététique, la pharmacie et la chirurgie, est surtout remarquable par le luxe des médicaments et leur véritable profusion. Galien savait que la foule vante le médecin qui prodigue les drogues. Il prépara plusieurs fois la thériaque, ayant une officine à son usage, comme les autres médecins de son époque; il donna la chair de vipères contre l’éléphantiasis, il usa et abusa de la polypharmacie avec des mélanges raffinés.
Obéissant à l’esprit de son siècle, Galien recueillait de toutes parts des préparations contre chaque maladie et il en acheta plusieurs à un très haut prix. Pour voir ou pour se procurer certaines substances, il déploya toute son activité; c’est ainsi que, pour trouver le jayet, il côtoya tout le littoral de la Lycie, dans un petit bateau et au péril de sa vie. Il se rendit à Ghypre pour y connaître certains métaux; en Palestine, pour l’asphalte et l’arbrisseau produisant un baume ; à Lemnos, pour y voir préparer la terre sigillée, et il peut se convaincre qu’on n’y mêlait pas de sang, contrairement à l’opinion vulgaire.
Vous avez, messieurs, une idée de Galien; vous pouvez porter un jugement en connaissance de cause; vous regardez, j’en suis sôr, le médecin de Pergame comme un des hommes les plus remarquables de l’antiquité.
Galien, commentateur et encyclopédiste, a résumé le savoir médical des anciens; il a été comme l’écho de toute la médecine grecque. Dans le système galénique, il y a des solutions pour tous les problèmes ; on trouve expliqué longuement, trop longuement, ce qui ne pouvait être compris et cette manie a fait gonfler encore ses nombreux et volumineux traités.
La théorie des quatre humeurs et des quatre qualités premières a résolu toutes les difficultés. De subtilités en subtilités, le fond de vérité disparaît trop souvent au milieu d’une critique acerbe, d’une fausse humilité envers Hippocrate et du rabaissement des contemporains. Mais que d’observations précieuses lorsque Galien n’a pas sur les yeux le bandeau des idées préconçues ! Quand il
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regarde, sans parti pris, la nature en face, il voit juste et il dit vrai.
La collection des livres galéniques est une des plus considérables de la littérature médicale ancienne et elle vient comme importance après la collection hippocratique. Galien a écrit avec une facilité étonnante sur la médecine, la philosophie, la rhétorique, les mathématiques quantité de traités. Versé dans la connaissance des textes, il a composé des commentaires, source précieuse pour l’intelligence des manuscrits antérieurs, principalement pour Hippocrate. Les ouvrages qui nous restent de Galien, ou qui lui ont été attribués, forment une masse énorme, où tout abonde avec un luxe parfois fatigant, mais non absolument stérile.
Les œuvres de Claude Galien, témoignant de sa fécondité littéraire, ont été énumérées par lui dans son livre wtft twv côiwv j3iÇ).iwv ypatfv. Nous trouvons que Galien a composé cent vingt-cinq ouvrages non médicaux, dont quarante-cinq sur la philosophie, sur les mathématiques, la grammaire et les lois. De ses ouvrages philosophiques, trois seulement nous sont parvenus.
Quant aux livres médicaux, il nous en reste quatre-vingt-trois bien authentiques, dix-neuf douteux, plus quarante-cinq apocryphes, et enfin dix-neuf fragments.
Les commentaires sur Hippocrate sont au nombre de quinze. On évalue à quatre-vingts le nombre des manuscrits existant encore dans diverses bibliothèques. Vous avez vu dans plusieurs journaux, au mois d’août dernier, l’annonce d’une découverte, faite à Salonique, d’un manuscrit nouveau de Galien ; mais la nouvelle n’a point, que je sache, été confirmée. Il est présumable que la plupart des œuvres de Galien qui sont perdues ont été consumées, de son vivant, dans l’incendie qui détruisit, à Rome, le temple de la Paix, la bibliothèque Palatine, ainsi que plusieurs maisons de la Via Sacra, entre autres une à7ro9r;xY), où se trouvaient les livres galéniques et ceux d’autres auteurs médicaux.
L’indication seule des traités de Galien forme dans les biographies médicales de longues séries : je n’oserais pas vous soumettre à en écouter la lecture. Vous trouverez des renseignements suffisants pour tous les livres authentiques, pour ceux qui sont attribués à Galien, mais dont la légitimité est douteuse, pour les apocryphes, pour les commentaires, et enfin pour les œuvres non médicales, soit dans le Dictionnaire historique delà médecine
GALIEN ET SON ŒUVRE
ii:^
de Dezeiiueris, Paris, 1835, t. II, p. 450-471 ; soit dans la Nouvelle lîiofp'aphie générale de Firmin Didot frères, Paris, 1858, t. XIX, p. 240-251. Je vous recommande aussi la liste des œuvres de Galien donnée récemment par notre bibliothécaire-adjoint, L. Ilalin, dans le Dictionnaire encuclopédiciue des sciences médicales, à 1 article Galien, 4® série, t, VI, p. 510-513. Quelques mots seulement sur les livres galéniques les plus remarquables.
Parmi les travaux d’anatomie descriptive, d’anatomie pbilosopliupie et de physiologie, je vous signale ; IlEp'i àvaTop.ixwv giOlctt, De anatomicis adniinislrationibus hbri IX, renfermant ce que Galien a laissé de meilleur sur l’anatomie. — Les tteo'i àavcwv
Tor,- sLayofxtvoi;, ÜC OSSibuS acl thwieS ; — ntp't xat àpï-Y,p'.â5v
civarofA^ç, Üe venarum ar 1er iar unique dissectione liber ; — ntp't vsupov âva-rou^,', De iiervor 11111 dissectione; — nepi fAu<Sv àvaTop^ç, De niusculoruni dissectione offrent les descriptions du squelette du singe, un traité de névrologie du magot, et les muscles indiqués et distingués pour la première fois.
Le chef-d’œuvre d’anatomie philosophique ancienne est : Hept
Xpeiaç TWV èv àv-pw7rou cwuaTi popicov Xoyot , De USU partium COrpOliS
liumani libri XVll.
Le traité physiologique : Ilep't tùv iTTTroxpâTouj m\ 7ïÀâTo)voj Soyixikxw S.SÀlai, De Hippocratis et Platonis decretis libri IX, est diffus, prolixe à l’excès, plein d’arguties; mais il contient une foule d’expériences ingénieuses faites sur les animaux vivants. Le livre : El
zacra tp'jctv cv ap-f/iplatç al^Aa TC£pié;;(;£Tat, ,4;^ in CirtevUs liatUVa SangiliS
contineatur, écrit contre Erasistrate, est rempli d’expériences remarquables.
En pathologie, le célèbre ; TTEp'c TÙV 7t£7roV0C)TU)V TOTTCÜV /3l6).la C’, De
locis affectis hbri\I, est capital. Dans le livre ; ■»^£pi toü Trpoyvwcxfiv, De prœnotione, Galien vante son bonheur dans le pronostic des maladies et ses nombreu.x succès.
Le Tiy-j-n brptxY), VArs medica, renferme l’exposition sommaire, fie tout le système de Galien et n’est autre que VArs parva des Arabistes, qui a eu la plus grande faveur au moyen âge. L’Ars medica provient d’une traduction en latin barbare, d’après la version arabe : Microtechni, Microtegni, Tegni Galieni. La plus ancienne édition est de Venise, 1483, in-4°.
Quanta VArs parva, c’était le code médical du moyen âge; il était appliqué dans les écoles et commenté par les candidats à la licence et au doctorat.
\ ]4 .lOSKIMf-ALEXANDUK l,.\ HOUIJJKNK
Je vous signalerai encore : xpatew? x*‘ twv «tt/wv ^afpâ^wv
/3ieXi« là, y)(3 simplicium medicamenlorum lemperamenlis el facullatibus libri XI, ouvrage majeur sur la pharmacologie ; — Qtça-rrivvixriç ixiQoSov MethOCU Viedencli libri XIV; — TymCiv
Xiyot C, Üe sanitate tiienda libri VI; — Utç\ xuoufxivwv De fœlu formatione, importants en thérapeutique, hygiène et obstétrique, celui-ci regardé par Haller comme un des meilleurs traités de Galien et un des derniers qu’il ait composés.
Les éditions nombreuses et séparées des œuvres de Galien sont devenues de moins en moins utiles depuis la formation d’une collection galénique renfermant les recueils partiels antérieurement existants.
Les éditions complètes ont été d’abord latines; mais, pour suivre l’ordre que je vous ai indiqué, je commencerai par les éditions grecques,
TaXwoO GaUiii Ubrorum, pars I, II, III, IV, V, Vene-
tiis, apud Aldum, 1523, 5 volumes in-folio. Edition rare, très recherchée, n’existant pas dans notre bibliothèque. Elle est due aux soins d’Opizoni ainsi que d’Asulanus ; on y remarque des incorrections assez nombreuses.
raXtivoO ooTravra, Galeui Perganienl, summi semper viri, qiiique pyimus avtem medicinæ uuiversam... traduxit, opéra omnia, ad fidem complurium et perquam vetustorum exemplarium ita emendata ac restituta, ut non primum nata atque in lucem édita videripossint,Basileæ, apud Anar. Cratrandrum, 1538, o volumes in-folio. — Ce magnifique exemplaire vous montre cette édition due aux soins de Fuchs, de Gamerarius et de Gemusœus; elle est moins rare que la précédente, plus complète, renfermant toutefois des incorrections.
Les éditions latines complètes, les premières en date, sont aussi les plus nombreuses,
Galeni Pergamensis, medicorum omnium principis, opéra, édita studio Diomedis Bonardi, physici Brixiensis, etc., \enctiis, per Phil. Pintium de Genetoimpressa, anno 1490, 2 volumes in-folio.
Une seconde édition, par Bernh. Benalius, à Venise, 1502, 2 volumes in-folio. — Une troisième édition est de 1511. — Une quatrième porte pour titre : Quarla impressio ornalissima : conlinens omnes Galieni libres, etc., Papiæ, per Jacob. Paucidrapium de Burgofrancho, 1515-1516, 3 volumes in-folio; le troisième volume a un titre particulier. — Impressio quinta, Gura Scipio"
GALIKN RT SON ŒUVRE
nis Kernirii, Veiietiis, expensis l.iicæ AiU. de Guinta, Florentini, 152^, 3 volumes in-folio. — Galeni oiferum impressio novissinia, summo labore diligeiitique studio ab innumeris ferme erroribus asserta... Cura Scip. Ferrarii, Venetiis expensis Lucæ Anl. de Guinta, 4 volumes in-folio.
Lucas A. de Guinta avait préparé à grands frais une autre édition dont les traductions avaient été revues. Il mourut avant de la publier, et ses fils la firent paraître. Cette édition a commencé la série des dix qui sortirent de la même imprimerie.
Galeni operum editio prima, Venetiis, apud Juntas, 1340,4 volumes in-folio. — Editio altéra, cura Augustin. Gadaldini, Acced. Ant. Musæ Brassavolæ, index, 1330, 3 volumes in-folio. — Editio quarta, quara pluribus sane castigationibus, ex variorum codicum Græcorum lectione illustràta, en 1363, 3 volumes infolio. — Editio quinta, ibid., 1370, 3 volumes in-folio ; édition suspecte. — Galeni opéra, sexta bac nostra editione non parum ornamenti adepta, etc., Venetiis, apud Juntas, 1386, 3 volumes in-folio. — Editio septiraa, curavit banc editionem Gostæus, 1397, 3 volumes in-folio. — Editio octava, ibid., 1600, 3 volumes in-folio. Editio nona, ibid., 1609, 3 volumes in-folio. — Editio décima, ibid., 1623, 3 volumes in-folio. Les deux dernières éditions sont préférées. Notre bibliothèque possède de superbes spécimens de ces éditions vénitiennes des Juntes et de beaux exemplaires des éditions de Froben, de Bâle.
Omnia Gland. Galeni Pergameni opéra quotquot apud Græcos in bunc usque diem exstiterunt tum olim, tum non ita pridem hominum doctissimorum diligentia in latinam linguam conversa, deinde recognita et pristinæ integritati restituta... Basileæ, apud brobenium, 1342, 8 tomes in-folio, plus les Isagoici libri etl’Inflex. — 2“ édition, par Janus Cornarius, 1349, ibid., in-folio. — 3® édition, CL Galejii Pergameni omnia quce exstant, in latinum .sermonem conversa... His accedunt nunc primum Gonr. Gesneri præfatio et Prolegomena, Basileæ, apud Frobenium, 1361-1362, 8 tomes in-folio, plus les Prolégomènes, les Livres isagogiques et deux Index.
Voici d’autres éditions latines :
Galeni opéra omnia, curata est ex editio a Victore Trincavellio et Augusto Riccio, Venetiis, ex officina Farrera, 1341, 10 volumes in-8°.