CONCLUSION
Nous voudrions conclure non pas en résumant ce que nous avons cru trouver dans l'œuvre d'Autran qui méritât de nous arrêter, mais en indiquant l'effet produit par l'œuvre ou, si on le préfère, la place que tient ou que devrait tenir notre poète dans la littérature.
Et d'abord il est un sentiment dont on ne peut se défendre lorsqu'on a quelque temps vécu dans l'intimité de ses livres : c'est autre chose que de l'admiration et, par certains côtés, c'est mieux que de l'admiration. Ce sentiment, tel qu'on l'éprouve pour un Victor Hugo, est mêlé de vertige, d'étonnement et pour ainsi dire de fatigue. Au contraire on garde à Joseph Autran une paisible et profonde estime. Lui aussi a ses défauts, on les croirait, à nous lire, plus grands qu'ils ne sont, comme toutes les choses mises en évidence;
lui aussi n'est pas parfait, mais il est un écrivain sincèrement honnête. On se sent en sûreté avec lui comme avec un ami ; et la seconde impression que l'on rapporte d'un long commerce avec lui, c'est de la sympathie. On sent qu'il en a eu lui-même pour ses lecteurs. Et puis, il a une certaine fierté, quelque chose d'analogue à l'orgueil de Vigny, mais plus juste, plus mesuré, la noblesse de l'homme qui n'a jamais brigué la popularité, mais seulement l'appréciation de quelques esprits choisis.
On ne peut guère espérer qu'un brusque revirement le ramène quelque jour au tout premier plan. Ces sautes du vent de la gloire ne peuvent atteindre que les écrivains qui se sont lancés loin des côtes et qui voguent tout seuls. Autran aura toujours Testime d'une élite : le seul public qu'il désirât. Dans l'énorme concert de la littérature du xix^ siècle son œuvre est comme une partie écrite pour le hautbois, agreste et naïve, sincère et pénétrante, qu'on ne souhaiterait pas entendre uniquement, mais dont on ne saurait se passer.
Ce fut une âme de qualité rare, mélancolique et fine, éprise d'art pur, qui sut borner ses désirs à ce qu'elle pouvait atteindre, et qui, heureuse de cette