‹ Joseph AutranChapitre 132 sur 154 · Voir le feuilleton du Sud du 14 août · texte numérisé non relu

Voir le feuilleton du Sud du 14 août

comme talent, j'ai peut-être fait preuve de courage. — Adieu, faites comme moi, parlez-moi de vous et de vos travaux : vous savez s'ils m'intéressent.

Votre dévoué,

(Timbrée de Uome, 16 octobre 1841.)

Laprade à Autran.

9 novembre 1841.

Monsieur,

Permettez que je vous remercie de votre article si bienveillant sur Psyché ^ ; la seule justice n'aurait pu vous dicter les éloges que vous lui accordez : je dois voir en eux le fruit d'une sympathie indulgente que le critique emprunte chez vous au cœur du poète. Pourquoi ne vous dirais-je pas le vif plaisir que j'ai ressenti de me voir apprécié de cette manière par un homme dont je ne connaissais encore que les écrits, et dont l'autorité en matière de poésie est fondée sur de belles preuves littéraires? J'ai grand besoin du témoignage des juges compétents pour être rassuré sur la légitimité de mon droit à faire œuvre poétique; je ne voudrais pas être usurpateur dans le sacerdoce de l'art. Un sujet de la nature de celui que j'ai traité, le fût-il par une main plus habile, reste longtemps avant d'être classé et adopté

1. Sud (\u 9 octobre. •« M. de Laprade, lout jeune encore..., est bien heureux de débuter par un pareil livre. »

par le public, ou plutôt il n'a pas d'autre public ù espé- \ rer que le petit nombre de penseurs sérieux qui compa- ; tissent à tous ceux qui travaillent et qui cherchent dans \ la philosophie et dans Tart. !

Psyché n'a janjais espéré d'autre succès que l'attention ; de ce petit nombre ; il y a, je crois, de grandes choses à : faire dans cette voie de la poésie philosophique cher- j chant la pensée de l'avenir dans les antiques traditions, ; mais il faudrait un bien puissant génie pour parler à la fois dans de pareilles œuvres aux sages et à la foule, et ' ce n'est qu'à cette condition qu'un livre est consacré.

Certain de ne recueillir jamais des suffrages bien nom- i breux, je n'en ai que plus besoin, pour être encouragé à poursuivre, des marques d'assentiment des hommes j supérieurs, des vrais poètes. A ce titre, votre article m'a ' fait éprouver une satisfaction que ne me donneraient pas ; les jugements les plus favorables venus d'ailleurs. Je m'estime heureux, Monsieur, d'avoir une occasion j pareille d'établir des rapports avec vous : dans le milieu , où nous vivons, les poètes ont besoin de se connaître et j de s'appuyer les uns sur les autres. J'ose me flatter que -. nos relations n'en resteront pas là; vous habitez un pays où j'ai passé moi-même quelques années, où j'ai de bien ; chers amis. Je vous demande la permission d'aller vous | serrer la main quand j'irai les revoir. i

(Laprade parle ensuite longuem^ent de la Revue du \ Lyomiais où il désirerait vivement enrôler Autran et ses ' amis.) ;

Voilà, Monsieur, bien des demandes pour venir d'un 1 homme qui n'a pas encore l'honneur d'être connu de | vous. Vous devez y voir une preuve du prix que j'atta- : che à votre correspondance et à vos suffrages. <

Permettez qu'en finissant je vous renouvelle mes remerciements sincères, et que Je vous donne l'assurance de ma profonde sympathie.

VICTOR DE LAPRADE

Lyon, 7, rue du Plat.

Autran à Laprade,

Marseille, 3 juillet 43,

Me pardonnerez-vous, mon cher poète, l'impardonnable retard que j'ai mis à vous répondre? Je m'en veux beaucoup d'avoir laissé passer plusieurs jours sans vous dire combien j'ai été sensible aux témoignages de fraternelle amitié que contient votre bonne et charmante épître; je m'en veux même de ne pas l'avoir devancée; car je me souviens toujours de la promesse que je vous ai faite par deux fois à Lyon, en allant et en revenant* Oui, je sais que j'ai à vous envoyer des vers écrits depuis longtemps, et je sais aussi que mon retard est une profonde maladresse, car mes pauvres vers ne sont pas de ceux qui ont le droit de se faire attendre. Mais voici mes excuses : depuis mon retour, un mois a été perdu en mille préoccupations et travaux stupides, bagage arriéré dont j'ai dû me débarrasser tant bien que mal. Plus tard, une idée m'est tombée dans la tête, celle d'écrire un drame -. Je me suis enfermé pendant vingt jours dans ma

1. Il s'agit du voyage avec Méry relaté au chapitre vi de la Vie d'Autran.

Page 1