LAMARTINE
St-Point, 8 juillet 1847.
i. Celui qui a suivi la réception de la lettre précédente. 2. Lamartine écrit aux bureaux du Sud.
Edouard Plouvier^ à Autraii.
Mon cher Autran,
Ce n'est pas un succès, c'est un triomphe 2, et Je voudrais pouvoir vous envoyer les bonnes larmes de joie que vous m'avez fait monter du cœur aux yeux.
Je vous dis merci pour la belle soirée que je vous dois, comme pour un bienfait; c'est qu'une œuvre comme la vôtre est en réalité un bienfait pour toutes les hautes facultés de l'esprit. Merci encore! et Noël! et salut!
Hier je savais bien serrer la main d'un poète : mais aujourd'hui seulement je me sens honoré comme je devais l'être, en admirant ce que cette main a écrit, ce que ce poète a mis au monde.
Vous êtes bien joyeux, n'est-ce pas? de la part que le peuple — car il y avait beaucoup de peuple — a faite à votre triomphe. Pour moi, j'en ai été touché. Triompher ainsi, avec une telle sereine poésie, le lendemain d'une révolution, d'une si immense révolution, devant et avec beaucoup de ceux qui l'ont faite, c'est, à mes yeux, magnifique; et, dans des jours semblables, Marie-Joseph Ghénier n'a point eu une joie aussi complète qu'a dû être la vôtre.
Je vous embrasse. Maître, du fond du cœur.