‹ Joseph AutranChapitre 139 sur 154 · Il s'agit de la Fille d'Eschyle · texte numérisé non relu

Il s'agit de la Fille d'Eschyle

Autran à sa famille^.

Chers amis,

La deuxième représentation ^ a été hier soir aussi belle que la preniirre. Depuis trente ou quarante heures, je suis accablé de visites, de bouquets, de lettres qui arrivent de toutes parts à mon hôtel. Je prends au hasard sur ma table trois de ces lettres. Une est de Reybaud, l'homme le plus froid et le plus anti-poétique du monde ; l'autre d'un charmant jeune homme que j'ai vu deux fois dans ma vie et qui rédige le Corsaire; la troisième, écrite avant la représentation, est de Victor Hugo. Vous me les mettrez précieusement de côté. Car ce sont des souvenirs.

Je joins à cela quelques lignes d'un journal auquel je n'ai été recommandé par personne, comme vous le verrez au singulier reproche qu'il m'adresse.

Tout ce qu'il y a de grand et d'illustre à Paris assistait à la première : tous les grands poètes, tous les grands politiques, tous les grands critiques. C'était — dit-on — magnifique! Moi, je n'ai vu cela qu'à travers un nuage, car, au moment où l'on m'a traîné, malgré moi, sur la scène, j'étais devenu beaucoup plus myope que d'habitude.

Adieu, chers, faites voir les détails à mes amis Larguier ^ et Gastal. Us vont être bien heureux, et regretter seulement d'être partis huit jours trop tôt.

1. Adressée à madame Autran, au Musée* 2' De la Fille (VEschyle.

3. Voir son article, signé G. L. (Casimir Larguier), dans le Garde National y ci-devant S»<f/, du IS mars.

J'espère qu'ils feront reproduire par la presse de Marseille les fragments de journaux qui me seront favorables.

Il y en aura de très malveillants. Mes amis de la semaine passée sont devenus des ennemis acharnés. Pendant toute la première représentation, il y en avait qui causaient tout haut et qui ouvraient les portes des loges avec fracas pour détourner l'attention du public. On m'a cité avec indignation la conduite de M, A..., auteur de la C... Cela fera rire ce bon Audiffret, qui doit être bien satisfait *.

Mon oncle doit être bien heureux. Embrassez-le pour moi tendrement. Embrassez aussi mes chers anges Blanche et Louise ^. A vous de tout mon cœur.

AUTRAN

Je reçois à l'instant la lettre de Teissère. (Paris, 11 mars 1848.)

Jules Janin à Autran.

Mon cher confrère,

Vous m'avez fait deux grands plaisirs : vous avez lu mon livre ^, et vous en avez parlé! J'ai eu deuil et peine à l'écrire, ce livre, et les temps sont si peu propices à ces œuvres de longue et patiente haleine, et enfin j'ai été saisi d'une frayeur si grande en le publiant le jour

1. Il semble y avoir ici nous ne savons quelle allusion ironique.

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