F. MISTRAL
Maillane, 23 mai 18GS.
Laprade à Aulran.
Lyon, 2o octobre 1869.
Cher ami,
J'ai Je livre [les Paroles de Salotnon) depuis quelques jours déjà, et je l'ai lu comme il mt'rite de lêtre. La plupart des pièces ont été récitées en famille devant mes enfants, et quelques-unes par eux. Ils commencent à sentir, et môme quelques-uns à dire très bien les vers. Ce volume est à la fois élevé et charmant; c'est de la haute et souriante sagesse; Salomon finit par Molière, sans déchoir. Vous aurez un vrai succès auprès de tous les honnêtes gens. Cela ne veut pas dire que vous atteindrez à la gloire de Raspail ou de Troppmann. Notre église est petite, mais elle est solide, outre qu'il n'y sent pas mauvais et qu'elle n'est pas pleine d'ivrognes et de hurleurs. Sans aller à Paris, ce qui serait un effort, dans cette saison, par trop héroïque, vous pourrez, je Tespère, par lettres, exciter un peu vos amis de la presse à vous accorder quelque publicité. Vous n'en aurez jamais tant que les quatrains de M. Gagne \ mais cependant vous avez beaucoup de journaux amis. Le plus utile de tous aux livres, les Débats, est rempli d'excellents prometteurs qui ne tiennent jamais leur parole; mais je pense qu'à la Gazette Pontmartin va s'exécuter un peu mieux que pour Pernette, pour qui sa voix avait été très flatteuse, et sa plume un peu trop piquante...
' VICTOR DE LAPRADE