‹ Joseph AutranChapitre 58 sur 154 · Le Caducée, I, p · texte numérisé non relu

Le Caducée, I, p

2. Sud du 16 septembre 1842. — I.e Caducée (I, 14b) croit qu'Autran a été myslitié par G. HénécJit.

3. Maison démolie, p. 119. Le vœu a été exaucé par les héritiers du poète. On peut voir ces mots gravés sur le marbre du remarquable tombeau, avec médaillon en bas-relief, qui lui a été édifié dans la chapelle de La Malle.

4. Voir G. Housset, les Commencements d'une conquête, pp. ii2- 4 et 478-81.

Entêté dans son funeste système des forts et camps retranchés, le maréchal Valée avait laissé dans Milianah, incendiée par ses habitants, 1 200 hommes de garnison, sous le colonel d'IUens (8 juin 1840). 11 y eut un ravitaillemenl, un seul, quinze jours après ; puis les bandes d'Abd-el-Kader cernèrent la ville, et, durant trois mois, ces quelques malheureux eurent à lutter contre le blocus et les assauts. Ce fut une épopée atroce. Le 27 septembre seulement, un légionnaire échappé parvint à Alger, qui arma aussitôt. Le 4 octobre , Changarnier pénétrait dans Mihanah, où des spectres le reçurent : cent hommes restaient valides, quatre cents gisaient à l'hôpital, le reste était mort.

Bien que Valée, dès lors, fît diligence pour secourir les villes bloquées, bien qu'il vînt à Milianah même, le 8 novembre, — sa tactique était condamnée. Le dernier coup lui fut porté par Autran lui-même.

Autran avait connu M. d'IUens à dîner chez un grand négociant. Le héros prit Autran à part pour lui dire quel sujet de poème c'eût été pour lui que ce siège de Milianah, s'il y avait assisté. Du moins, il pouvait lui communiquer le journal de ces tristes jours.

Saisi par la sombre grandeur de la matière, il

s'opéra chez Autran ce curieux phénomène de « possession » poétique dont sa vie offre phis d'un exemple. En une semaine \ une épopée militaire était conçue, versifiée, et cela s'appelait Mllianah, simplement. D'IUens revint tout exprès d'Algérie pour en entendre la lecture. Le poème fut imprimé chez Barile, au Sud, — quatre chants en 126 pages : c'était, à peu près, le journal du colonel sans la transfiguration poétique, avec seulement l'intercalation d'un épisode amoureux qui ne nuit pas à l'ensemble. La moitié des exemplaires fut expédiée en Afrique, mais interceptée, paraît-il, dans une razzia : d'Illens luimôme périt dans un guet-apens ^ Sa gloire resta donc posthume, mais l'effet du poème fut grand. Autran n'avait eu aucune arrière-pensée politique; il était môme plein de ménagements pour Valée : toutefois Mllianah décrédita Valée, comme les Prisons de Pellico, écrites sans récrimination, elles aussi, décréditaient le régime autrichien en Italie.

(( Etonnée de ce grand désastre, dit Camille Rousset, émue par le poème frémissant de Joseph Autran, l'opinion publique fut sévère pour le maréchal Valée. »

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