CHAPITRE \I
DE LA SOIREE DE LUCRÈCE AU PASSAGE A MARSEILLE DE DUMAS FILS (1843-18471.
Les Burgraves. — Lucrèce. — La tragédie d'Autran et ses aventures. — Ses amis : Reboul et Laprade. — Liszt. — Le Bourdon neuf. — Sous-bibliothécaire (1846).
De ses voyages à Paris — que l'on suit, à peu près, depuis 1835 — le plus fécond en conséquences fut celui qu'il y fit de février à avril 1843, en compagnie de Méry. Tous deux étaient descendus à l'Hôtel d'Europe, se laissant, du reste, une parfaite liberté mutuelle, et assistèrent en commun à l'une des premières des Burgraves^ accueillis moins fraîchement qu'on ne l'a dit depuis, mais avec les signes d'une opposition commençante. Dans un couloir des Français, Méry présenta Autran à l'auteur, et il n'eût tenu qu'au
jeune homme d'accepter à déjeuner chez Hugo : une délicatesse peut-être intempestive l'en empêcha'. Il n'aurait pas nui, croyons-nous, à ce talent encore indécis, de recevoir la puissante empreinte.
Tout conspirait à rejeter Autran vers Tautre pôle, et, précisément, au cours de ce même séjour, le public manifesta par des applaudissements excessifs son retour à la pureté classique. Il s'agit, comme on sait, de Lucrèce, donnée à TOdéon le 22 avril.
Cependant Autran vivait dans le clan hostile à Ponsard, auprès de ce Méry qui promettait à la Presse, avant la représentation, un simili-Ponsard, et tenait parole^. Il ne se faisait pas d'illusions sur cette Lucrèce, où il trouvait (( la craintive prudence de conception qui caractérise un poète novice encore... Ce qu'il faut au théâtre, ajoutait-il, c'est une action neuve et saisissante, ce sont d'habiles combinaisons, c'est le choc des passions mises en présence, c'est le dessin ferme et logique des caractères, c'est l'éloquence de la parole humaine, etc. ^ » Beaucoup de desiderata, comme on voit. Il appelait les Burgraves