‹ Joseph AutranChapitre 75 sur 154 · Maison démolie, pp · texte numérisé non relu

Maison démolie, pp

4. Ibid., p. 60. Voir la lettre de Lamartine à Autran, du 8 juillet 1817, aux pièces justificatives.

l'hôtel des Empereurs; le 25 il présidait un banquet du Libre Échange; le lendemain l'Académie tenait une séance en son honneur. Là Autran, « notre Lamartine », comme l'appelait Berteaut, lui lisait ses vers, devenus célèbres, du Prudo^ où, entre toutes les plages glorieuses, Sunium, Sorrente, le Lido, il voulait que l'on mît le Prado marseillais aussi, désormais illustré par le séjour d'un rival des Tasse et des Démosthène. Lamartine se défendait avec la modestie convenable, et, parlant d'Autran, rappelait, comme nous l'avons vu, qu'il avait eu le plaisir d'encourager « les premiers balbutiements de son génie poétique » '.

De tous les documents humains que Joseph Autran a semés dans sa Maison démolie^ il n'en est point qui égale cette scène dont il a été le seul témoin : Lamartine, dans un escalier, écrasant avec colère les fleurs données par l'Athénée ouvrier en délire, et murmurant :

(( Voilà pourtant à quel prix s'achète la popularité-! »

Du reste, la grâce, la souplesse, la facilité d'impro-

l. Voir les journaux du temps. Le « Prado » dans le 8wrf du 28 août et dans les P. de la M., p. 309 sqq.

•2. Maison démolie, p. 68. Autran avait préfacé VAlhénée ouvrier, un recueil de vers de Tannée précédente.

visation, le génie, étaient à leur comble, et Autran, !

avec tout l'univers, adorait Lamartine. \

Très brusquement, à partir d'octobre, cesse la colla- '

boration du poète au Sud, collaboration devenue bien !

intermittente puisque cette année n'a plus que cinq ;

feuilletons de lui, dont deux en vers. Le journal, tou- '

tefois, resta son journal, et, plus que tout autre à ■

Marseille, s'intéressa aux destinées de son drame.

Avant la fin de l'année, Dumas, gracieusement, ,

portait la pièce de son jeune ami à l'Odéon, et en \

faisait lui-même lecture au Comité. Le comité fut •

unanime. ]

Nouveau voyage d' Autran. Mais Paris était alors ;

en émoi. Lamartine, qui devait lui lire, ainsi qu'à un ]

petit groupe, les bonnes pages de son Raphaël, vint :

tard, retenu par la politique, et ne lut rien. Il se i

promettait d'ailleurs de ne pas manquer la première de j r « étude antique )) que FOdéon montait.

On l'annonçait pour le 23 février. Le 23 février i

vraiment, et le 24 aussi, il s'agissait de bien autre !

chose! La tragédie grondait dans la rue. Autran vit !

alors Balzac qui, un lambeau de velours à la main, i

méditait sur les destinées des trônes *. i

1. Maison démolie, p. 134. Voir, dans le Jouimal des Concourt» |

Quant à Tinfortunée « étude antique », elle fut remise au 9 du mois suivant. C'est un grand honneur pour Autran, c'est un plus grand honneur pour le public des Écoles peut-être, d'avoir surmonté tant de choses qui se dressaient entre lui et cette image de la pure antiquité, fille des beaux soleils et des heures paresseuses. Et puis, excepté l'actrice Marie Laurent, chargée du rôle de Méganire, toute la troupe était médiocre, interprétant une tragédie en mélo*. Surcroît de péril : il n'y avait pas de claque, car, disait le directeur, le règne du privilège (lisez : billets de faveur) était terminé.

Nous passons sur l'incident de la garde scythe acclamée ainsi : « Vive la garde nationale! »; sur l'épisode plus tragique du cheval du cortège qui s'en vint crever une contrebasse. Il y eut une rafale de victoire qui emporta tout. M. Sardou était là, qui en témoigne -. L'auteur, tout crotté qu'il était (cette soirée avait encore contre elle un temps exécrable), fut empoigné par le grand Dumas, traîné en scène.

8 juin 1863, d'après Sainte-Beuve, l'amusant tableau de ce petit hôtel de la rive gauche • où on ne faisait que demander M. Autran... ».

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