DE LA FILLE D'ESCHYLE AU MARIAGE D'AUTRAN
Un grand succès sans lendemain. — Deux morts. — Les Naufragés. — Le prix Montyon. — Démêlés de Méry et de la Ville. — Sa démission : Autran bibliothécaire. — Sa propre démission et ses causes : sa fortune imprévue.
La Comédie-Française avait eu envie de la Fille d^ Eschyle : Autran la lui donna, et Rachel, en compétition avec Judith pour le personnage de Méganire, l'emporta facilement. Le 27 juillet, elle vint, par ordre supérieur, déclamer la Marseillaise à Marseille, et le poète la revit alors. Elle aurait voulu qu'il lui fît de son œuvre un long monologue : rien que Rachel toute seule; ni un Sophocle, ni même un Eschyle! On devine comme elle fut reçue.
Pour abréger, disons que ses voyages, sa maladie firent échouer tout le projet. Autran la retrouva à
84 JOSEPH ALTRAN, SA VIE ET SES dOUVRES- ;
son retour d'Egypte, mourante, mais songeant tou- '
jours à ce beau rôle grec, qu'elle s'en alla jouer chez ■
les Ombres \ j
Sur les destinées de la fille d'Eschyle, Sardou a \
écrit bien joliment : i
(( Cette tragédie, tout athénienne, était si peu dans I
le courant des mœurs dramatiques, qu'applaudie ;
avec transport, on l'a vue fuir, et se dérober depuis i
à tous les regards, comme une Nymphe antique, un j
peu confuse de s'être révélée au public parisien dans i
la chaste beauté de sa nudité grecque ^ » i
Du reste, une inquiétude, terrible pour un être de ! sentiment comme l'était Autran, avait refoulé en lui | toute pensée d'ambition dramatique. Sa mère, déjà ; grandement frappée en 1843, s'alita alors pour ne j plus se relever. Le docteur Cauvière ne dissimula rien de son état. Elle mourut le 24 octobre 1848 à : deux heures de la nuit, dans ce logement du Musée : que l'on occupait depuis 1846 ^
« Je veillais dans ma chambre, écrit le fils, enve- ] loppé d'un manteau, plongé dans une sombre an- i