‹ Joseph Bonaparte en Amérique: 1815-1832Chapitre 13 sur 41 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Sommaire : Pour la famille et ramitié. — Relations d'Ainériqae. — Nombreux documents. — Sympathies dévouées

— Amitiés de Texil. ^ Noyau de société. — Intérieur.

— Le personnel. — Nationalité mixte. — Lettre de Francis Lieber. — Première visite. — Les éditeurs Lea, Carey et

, Lea. — UAllgemeine Zeitung. — Collaboration avec un ancien carabinier poméranien. — Dans une coquille de noix. — Ressemblance avec Napoléon. — Sur les épaules

* d'un domestique. — « Lorsque j'étais roi de Naples, etc. »

— Un vieux conventionnel. — Bolivar. — « Te rappelles-tu, Bonaparte, etc. » — L'Histoire dans les petits détails. — Journal de Lieber. — Le pays le plus heureux du globe.

— Les individus et les masses. — Grands principes et vastes vues. — Encyclopœdia Americana. — Lettre de Joseph à Lieber, — Commentaires sur Napoléon. — Botta.

— Las Cases. — Général Pelet — Ségur. — Walter Scott.

— L'abbé de Montgaillard. — Mémoires de Fouché. — Thibaudoau. — Anarchie et contre-révolution. — Dictateur, mais non tyran. — Retour de Tlle d'Elbe. — Noblesse, relation de famille, légion d'honneur, etc. — Système continental. — Encore dix ans. — « Non ce que je veux, mais ce que je peux ». — Un essai. — Rapports du comte de Survilliers et de Lieber. — Relations avec Stephen Girard. — Intérêt moral et intérêt matériel. — Terrains de ville. — Indécision." — Amasser une grande fortune.

— Les hommes toujours hommes. — Temps indéfini. — Réserver demain. — Henry Clay, Daniel Webster, John Quincy Adams, Liviugstone. — L'amiral Charles Stewart.

— Richard Stockton. — Princeton. — Lettre à Joseph Hopkinson. — Lettres au général Cadwalader. ~ Le Bapt d'Europe, de Coypel. — Le D^ Nathaniel Chapman. — Articles XVII, XVIII, etc., du testament. — Ma sœur Pauline.

— Le général Bonaparte. ~ Fondé de pouvoir. — Joseph

Hopkinson. — Bail Columbia. — Lettre en anglais. — Lettre du 2i juillet 1836. - Morts du duc de Reicbstadt et du

, général Lamarque. — Ancien et Nouveau-Monde. ~ Le duc de Gordon et le D^ O'Méara. — Les Lions. — Général et éléphant. — Un kanguroo. — Commande le respect. — Deux genres d'existence. " D' Nathauiel Chapman, sa vie. — M. William Short, sa biographie. — Charles Jared IngersoU. — History of the second WaVj etc. — Dévouement de

. l'entourage. — MM. Louis et Adolphe Mailliard. — Un culte. — Lignes de testament. — Félix Lacoste. - Duel avec Mérimée. — Le Courrier des États-Unis. — Louis- Napoléon. — M. et Madame Sari. — Les honneurs de Pbint- Breeze. - William Thibaut et sa fille.

Nous avons dû répéter plusieurs fois que Joseph était né pour la vie de famille; nous aurions dû écrire pour la famille et l'amitié. Personne ne sut mieux que lui s'attacher les cœurs, et personne, non plus, ne sut mieux conserver les amis qu'il s'était créés par son heureuse humeur, sa bienveillance inépuisable et la sûreté de son commerce. Nous allons le suivre, dans ce chapitre à travers quelquesunes des relations si nombreuses et, en même temps, si solides qui l'attachèrent par mille liens au continent Américain. Les documents ne font pas défaut sur ce sujet. Les lettres abondent témoignant de Taffection inspirée à des hommes des caractères les plus divers, d'habitudes les plus différentes et même, de pays les plus éloignés les uns des autres, par conséquent présentant les tempéraments les plus dissemblables, par le comte de Survil-

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liers. Il nous suffira presque de citer des passages de cette volumineuse correspondance, en les présentant dans une sorte d'enchaînement logique, pour mettre en lumière les heureuses qualités qui firent affluer autour de Tex-roi d'Espagne tant de sympathies dévouées.

Nous aurons à tenir compte des différences dont nous venons de parler, nous devrons étudier ensemble les amitiés tout américaines, nées de rapports contractés sur le sol des Etats-Unis, ce que nous pourrions appeler en quelque sorte les amitiés de l'exil. Si elles sont tout à l'honneur de Joseph, elles ne le sont pas moins à celui du peuple si franc, si loyalement sérieux dont il avait obtenu la plus large hospitalité, à celui de ces vieux américains, de ces familles ayant leurs racines plongeant jusqu'à l'origine de la grande patrie américaine, de ces familles qui, dans tous les pays, constituent la classe la plus respectable et, le noyau même de la société.

Nous aurons aussi à étudier le comte dans son intérieur, dans ses rapports, si paternel, par tant de côtés, avec le personnel de sa maison. Là aussi de profondes amitiés ont pris naissance, de ces amitiés dont la mort même ne saurait rompre le lien et qui demeurent pieusement conservées au fond de mémoires fidèles, vouées à leur culte.

UAmérîque étant le pays, par excellence, des émigrants, la contrée voyant sans cesse sa population accrue par de nouveaux flots d'arrivants, les individus de nationalité mixte ou de naturalisation récente, doivent y abonder. Joseph noua aussi quelques relations avec ces fils de l'Europe, conquis par la beauté et la vie libre du Nouveau-Monde. Une lettre du distingué publiciste Francis Lieber va nous montrer le comte de Survilliers dans ses rapports avec lui, c'est-à-dire, avec un homme de cette catégorie. Allemand d'origine, mais établi pour jamais aux États-Unis*.

Francis Lieber raconte, en ces termes, sa première visite à Joseph :

Mon entrée en relations avec cet homme — tout dernièrement roi d'Espagne et proche parent du plus puissant arbitre de son époque — et sa collaboration à un travail écrit par un ancien carabinier poméranien

< Francis Liebdr, né à Berlin le 18 mars 1800, mort à New- York le 2 octobre 1872. Ueber a publié en 1834, à Philadelphie, les : Letters to a Gentleman in Germany on a Trip to Niagara^ réimprimé à Londres, en 1B35, sous un titre différent : The Stranger in America. L'auteur y fait un compte- rendu curieux de la campagne de 1815, où il figurait dans les rangs prussiens, comme volontaire au régiment de Colberg, composé de Poméraniens. il avait publié enlS23, chez Brockhaus, à Leipzig, ses aventures dans la campagne de Grèce, intitulé : Tagebuch meines Aufentkaltes in Griechenland icahrend der Monate Januar^ Februar und Siarz^ im lahre 18if. Lieber arriva à New- York le 20 juin 1827 et se rendit de suite à Boston. On lui doit V Eneyelopœdia américana sur le modèle du Dictionnaire de la Conversation. Il eut, pour ce dernier ouvrage, de célèbres collaborateurs, entre autres Edward Everett et George Bancroft.

* En janvier 1828, Lieber écrit qu'il se rend, à Philadelphie, auprès de ses éditeurs Carey, Lea et Carcy, et qu'il est muni d'une lettre d'introduction pour l'ex-roi Joseph, dont il désire beaucoup voir la galerie de tableaux. {VAUgemeine Zeitung a publié, croyons-nous, un article racontant cette visite.)

blessé dans une bataille, livrée contre son impérial frère, resserre dans une coquille de noix toute Thistoire de ces temps troublés. Pour ce qui est de l'extérieur du comte : il ressemble extraordinairement à son frère : Le cou est court, le menton rond, les épaules hautes et son nez est semblable à celui de TEmpereur. La ressemblance avec ses portraits est parfaite..... Sa taille médiocre et son aspect m'ont rappelé Napoléon tel qu'il m' apparut au milieu de son escorte, en face du J^alais à,Berlin, alors que j'étais monté sur les épaules d'un domestique afin de mieux le considérer*^

Montrons maintenant Francis Lieber en relations établies avec le comte de Survilliers .et écoutons-le raconter les impressions produites sur lui par ces relations :

Ce qui m'intéressait surtout dans mes lapports avec ce très galant homme, était la simplicité dont il faisai preuve, à table ou ailleurs, en racontant une anecdote ou un fait. Il disait le plus simplement du monde : lorsque j'étais roi de Naples ; lorsque j'étais roi d'Espagne. Il fît preuve d'une simplicité encore plus grande que jamais un jour qu'un vieux conventionnel, arrivant directement de l'Amérique du Sud à Bordentown, dîna avec lui. Cet homme, dont le nom m'échappe, avait été intime avec Joseph. C'était un fougeux Dantoniste, ou pire encore, qui avait pris la fuite à la chute de Robespierre et s'était réfugié dans l'Amérique du Sud, sous le gouvernement de Bolivar. Et maintenant, au déclin de l'âge, assis à la table de Joseph, en Amérique, il tu-

* Lieber fait ici alliuion à son passage dans Tarmée prussienne, ainsi qu'à des notes historiques que lui fournissait Joseph pour l'article de l'JE^ncyclopadia americana^ consacré à Napoléon.

toyait, comme au temps delà Convention, Fhomme qui depuis avait été roi de Naples et avait porté la couronne d'Espagne. « Te rappelles-tu, Bonaparte, disait-il, quand Robespierre lit ceci ou cela » — et moi, de beaucoup le plus jeune, assis entre les deux, ayant aidé à battre et à détrôner le frère de Joseph, cela me faisait l'effet de ces rencontres de revenants que nous avons lues, et me montrait comme l'histoire revit dans de petits détails*. »

Les rapports se nouent et le passage qui suit nous montre Lieber ayant fait plus intime connaissance avec le personnage qu'il nous dépeint, Tanalysant d'une façon moins officielle et plus fouillée. Il avait reçu à la date du 17 septembre 1831, une invitation de Joseph Bonaparte et s'était empressé de se rendre à Point-Breeze. Il s'y trouve le dimanche 16 octobre et note ses observations le soir même, dans son journal :

Visite à Joseph Bonaparte à Bordentown : resté depuis onze heures jusqu'à neuf heures du soir. Il a été excessivement accueillant. Sari m'a promené en voiture à travers le beau parc et tout le temps m'a beaucoup entretenu de Napoléon. Joseph a parlé sans réserves sur beaucoup de sujets d'un grand intérêt historique : il appelle l'Amérique, le pays le plus heureux du globe. Il a dit très sagement : « On peut bien intriguer avec les individus mais pas avec les masses. Il faut toujours

* The Life and Letter» of Francis Lieber, etc. Extrait d'une lettre adressée à M. Mo Kin, p. AlA, ^

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de grands principes ou de vastes vues pour avoir de rinfluence sur ces masses. » C'est un vieillard digne d'être aimé par son amabilité et la noblesse de ses sentiments. Je voudrais lui ressembler lorsque je serai vieux.

Durant l'entretien du comte et de Lieber, la personne de Napoléon n'avait pas été mise seulement sur le tapis que par Sari. Le publiciste, naturalisé Américain, était chargé (comme nous l'avons dit dans une note précédente) de l'article consacré à l'ex-Empereur dans VEncyclopœdia Americana et prétendait bien, se trouvant aux sources, profiter de tous les détails particuliers qu'il pourrait obtenir de son amphytrion. Ce n'était pas, d'ailleurs, la première fois qu'il avait recours aux services précieux de l'ex-roi d'Espagne. Déjà, plus de deux ans avant, le 1" juillet 1829, il avait obtenu de Joseph toute une série .d'indications ou de rectifications contenues dans une lettre que nous croyons devoir reproduire :

Point-Breeze, près Bordentown, i«' Juillet 1829.

Monsieur,

Je n'ai reçu qu'aujourd'hui, à mon retour de New- York, votre lettre du 22 juin, j'ai lu l'article que vous m'avez envoyé, et je vous le retourne immédiatement comme vous m'en avez prié. Les ouvrages relatifs à l'empereur Napoléon sont en telle quantité que leur simple liste remplirait un volume. Vous en connaissez certainement

tm grand nombre. J'en ai un sous les yeux intitulé : « Commentaires sur Napoléon » publié à Bruxelles en 4827, qui n'est pas mentionné dans la note que je vous retourne : vous ne parlez pas davantage de l'ouvrage de Ëotta. Tous deux sont italiens. Parmi ceux que vous citez, il y a beaucoup de libelles édités aux frais des ennemis de la Révolution et de l'Empire : d'autres sont faits avec passion, la malveillance et la colère les ont dictés. Ceux qui ont été composés par les exilés à Sainte-Hélène, contiennent des détails inexacts, mais, dans l'ensemble, ils donnent suffisamment les idées de l'Empereur Napoléon. Quand ces écrivains parlent des personnages, d'après leurs souvenirs, ils commettent parfois des bévues. J'en ai une preuve en ce qui me concerne, et, à l'époque, j'ai écrit à Las Cases pour redresser ses erreurs. L'ouvrage du général Pelet est celui qui me parait mériter la plus grande confiance. Le jeune Ségur, s'est évidemment efforcé de se rendre acceptable à la nouvelle Cour. Petit-fils du marquis de Ségur, ministre de la guerre de Louis XVI, il a essayé de faire oublier le crédit énorme dont son père et lui avaient joui auprès de Napoléon. Walter Scott a écrit {Jour les Anglais et conformément à leurs préjugés en puisant ses informations auprès du gouvernement qui avait succédé à l'Empire. L'abbé de Montgaillard est un ennemi reconnu et de la Révolution et de Napoléon. Les tribunaux ont jugé apocryphes les Mémoires de Fouché. Thibaudeau, membre de la Convention et thermidorien, attribue à Napoléon le mouvement rétrograde que la peur de la Convention a produit en France. L'Empereur a tenté de sauver son pays de l'arnarchie de 4793, et de le garantir d'une contre-Révolution. Au milieu du naufrage de tous les partis, il a cherché à éviter de grands périls en ne se faisant l'esclave d'aucun parti, de crainte de faire de ce parti l'ennemi des autres.

iL^Ju

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et il a obéi à une impulsion de sa conscience, consi^ dérant qu'il répondait aux besoins et aux inspirations, de la France, réclamant Tégalité et la liberté en accord avec sa civilisation. La France sentit, elle aussi, qu'à la fin de la guerre prolongée qui réclamait un dictateur — qui ne fut jamais un tyran, bien que quelques hommes superficiels aient qualifié de despotisme le régime impérial — qu'elle gagnerait par une paix générale les grands bienfaits que nous ne trouvons qu'ici, dans le Nouveau-Monde.

Que Napoléon ait compris le vœu de la Nation, cela est sufiisamment prouvé à la postérité, par son retour miraculeux de l'île d'Elbe. Mais le cabinet anglais, en rallumant la guerre, fit de la continuation de ce despotisme une nécessité, car Napoléon fut obligé d'employer tous les moyens possibles de réconciliation entre les gouvernements du Continent et la France, Tout ce qu'a fait Napoléon — sa création d'une noblesse non féodale, ses relations de famille, sa Légion d'honneur, ses nouveaux royaumes — tout lui a été imposé. Les Anglais l'ont forcé à faire tout ce qu'il a fait, l'ont obligé de sq mettre lui-môme en harmonie apparente avec les nations qu'il avait conquises, pour essayer de les éloigner des fascinations de l'Angleterre.

La lutte dura trop longtemps. L'Angleterre fut aidée par l'empereur Alexandre et par l'empereur d'Autriche ; les oligarchies de Vienne et de Moscou s'unissant à celle de Londres, finirent enfin par triompher de Napoléon et de la France, sacrifiant ainsi le sort des nations et des souverains régnants d'Europe qui auraient pu, h la rigueur, reconnaître l'avantage d'un gouvernement constitutionnel, même si l'aristocratie avait trouvé un regain de faveur auprès de ses princes, et pu assurer le bonheur des peuples, en acceptant un ordre de choses établi, résultant du degré de civilisation au-

quel nous sommes parvenus. Le bon peuple d'Allemagne a été trompé et FAngleterre, prête à succomber sous le système continental, remporte la victoire sur son ennemi, à Taide de ces nations mêmes qui, précisément, auraient trouvé en Napoléon, le sauveur et le contrôleur des destinées européennes. Car l'Europe demandait la reconnaissance de l'égalité, de la liberté constitutionnelle, de la liberté religieuse, et une paix durable devant servir à balancer les préventions des hordes du Nord et Gothiques, dont l'aristocratie et le clergé avaient hérité depuis le Moyen Age. Napoléon m'a souvent dit : << Il me faut encore dix ans pour donner une entière liberté. » C'était un disciple de Platon et des philosophes. Toutefois, il répétait souvent ces luots : « Je ne fais pas ce que je veux, mais ce que je peux. Les Anglais me forcent à vivre au jour le jour. Il me fallait deux ans de paix générale pour accomplir mes desseins, v

' Mais je m'aperçois que ma réponse est presque un essai, Je vous envoie, pour ce qui me concerne, les seuls documents que je considère comme vrais. Les articles bibliographiques publiés en Europe sont dictés par l'ignorance et la prévention.

Avec la considération la plus distinguée, etc. etc.

Lieber ne se contenta pas de ces renseigne- Qients écrits ou de vive voix. Il soumit h Joseph son manuscrit, et, lors de l'impression, jusqu'aux épreuves de son travail. C'est ce qui ressort d'une note de son journal, à la date ' du 20 janvier 1832 ;

« J'ai envoyé la seconde partie de mon article sur Napoléon à Joseph Bonaparte, m

Joseph tint naturellement à témoigner à cet auteur, si scrupuleux, tout le cas qu'il faisait de son écrit. C'est Lieter, toujours précis, qui note le fait :

14 Mai 1832. Lettre de Joseph Bonaparte. Il dit que 'article sur Napoléon dans FAmmcana, est le plus dégagé de toute prévention et le plus véridique, qu'il ait jamais lu sur le sujet.

Les rapports, assez familliers, on vient de le voir, que nous venons de montrer existant entre le comte de Survilliers et Lieber, ont pour heureux résultat de fournir à l'écrivain de VAmericana des renseignements dont bénéficie le chef de la famille des Bonapartes. Les relations qu'eut Joseph avec le banquier français Stephen Girard* auraient pu avoir des

* Stephen Girard, né près de Bordeaux (selon quelques biographes, à Perrigueux), le 24 mai 1 750, mort du choléra, à Philadelphie, lé 26 décembre 1831. Né d'une famille peu fortunée, il s'embarqua en qualité de stewart sur un navire partant pour les colonies. Après quelques années d'une existence assez accidentée, où on le voit de stewart devenu marin, puis capitaine, puis propriétaire de son propre bâtiment, on le retrouve à Philadelphie où il se livre au commerce de l'épicerie. Il est successivement liquori^te, débitant, armateur de nouveau et, enfin, banquier. En cette dernière qualité, il est correspondant des plus anciennes maisons de banque de l'Europe, Barine frères entre auti^s. Sa situation, devenue considérable, le met à même de faire des prêts au gouvernement américain qu'il soutient, en 1812, lors de la guerre avec l'Angteterre. A sa mort, il laissa une fortune évaluée à 45 millions de francs et léguée à diverses institutions philanthropiques, ainsi qu'à des œuvres publiques de haute utilité. F^e plus gros chiffre de ses legs (10 millions de francs) fut en faveur du collège Girard pour les orphelins. Stephen Girard est présenté, peur ceux qui l'ont connu, comme une figure étrange et mystérieuse. Ce philanthrope parait avoir été, en même temps, un mysanthrope*. On attribue à un défaut physique l'extrême réserve dont il fit preuve toute sa vie. Dans sa jeunesse, il avait perdu un œil par accident. Très dur peur les autres, comme pour lui- même, il donnait peu lorsqu'il s'agissait de charités individuelles, réservant les dons, toujours très-importants, aut œuvres publiqties, d'une organisation soiitde ; il exigeait

conséquences moins générales mais tout aussi utiles, dans un cercle plus restreint, si les conseils de ce financier, bien au courant du mouvement économique américain, eussent été écoutés. L'article de Lieber, par le retentissement qu'il obtint en Amérique, ne fut pas sans effet sur la tournure favorable que prirent les esprits et les imaginations en ce qui concernait la mémoire de Tempereur Napoléon. Il y avait là un grand intérêt moral auquel Joseph eut raison de s'attacher avec le plus grand soin. Le succès le récompensa de ses intelligents efforts. Malheureusement, en ce qui se rapporte à sa liaison avec Stephen Girard, il n'agit pas avec un même souci de son intérêt matériel propre.

Stephen Girard, nous dit M. Mailliard, conseillait au comte de Survilliers de vendre ses terres de France, ses tableaux, ses diamants, et de placer toute sa fortune en terrains de ville à Philadelphie. « Dans quelques années, lui répétait-il volontiers, vous ferez une grande fortune par l'augmentation en valeur de ces terrains. Je vous aiderai à les acheter avec jugement. » Joseph refusa ces bons avis, disant qu'il était trop indécis sur ses mouvements ; que les événements pouvaient le rappeler en France à chaque instant, etc., etc.

Vous vous trompez, M. le comte, rien n'arrivera de longtemps pour vous.

énormément de ses employés et se montrait fort âpre en fait de salaires. Son dévouement fut sans bornes lors de l'épidémie de fièvre jaune, qui eut Ueu à Philadeipbie en 1793.

Laissez la politique de côté pour quelques années. Au lieu de jeter l'argent, comme vous le faites, vous devriez amasser une grande fortune qui vous servira un de ces jours ; vous en aurez besoin. »

Les hommes ont beau faire, «e livrer aux raisonnements les plus sages, chercher à se convaincre par les plus indiscutables motifs; au fond, ils sont toujours hommes, et, par conséquent, hantés par les mirages de Tespérance, par les rêves chimériques, caressés en dépit des faits les plus probants, de la réalité nettement entrevue aux heures de discussion lucide avec soi-même. Le comte de Survilliers avait reconnu, comme Stephen Girard, que l'Europe ne pouvait être habitable pour lui que dans un temps presque indéfini, il s'était plu à le dire, à le répéter, et même à l'écrire plusieurs fois. Et cependant, lorsqu'il se trouve en présence d'une proposition d'établissement pour jamais, répondant à ces mêmes vues; lorsqu'il s'agit pour lui de songer à transporter tous ses capitaux en Amérique, à poser ici les bases de la fortune à venir des siens, il hésite, il recule, et ne parvient pas à se décider. Il préfère demeurer dans le flottant des illusions décevantes, mais aussi berçantes, et permettant les longues et douces songeries. Il ne pâment pas à se résoudre à brûler ses vaisseaux. Il voit clair sur les choses d'au-

jourd'hui; mais il veut réserver demain. Etat d'indécision bien naturel au cœur de Texilé.

Parmi les amis américains de Joseph, nous allons choisir un certain nombre de noms de personnes qui nous ont paru devoir fixer plus directement notre attention, soit par le degré d'intimité, soit par des services rendus, soit par la mention particulière qu'en fait le comte de Sui*villiers dans son testament. Il s'agit, bien entendu d'amis personnels, introduits à ce titre dans la vie de Joseph, et non de connaissances passagères, de relations toutes de circonstance, amenées par les hautes situations des personnages, mis momentanément en rapport. Nous, nous contenterons de citer MM. Henri Clay^ Daniel Webster, John Quincy Adams, Livingstone, tous hommes d'état, renvoyant le lecteur pour le nombreux cortège des autres^ à tous les endroits de cet ouvrage où il en est question. L'amiral Charles Stewart, le héros de la guerre de 1812, fut un voisin et, par conséquent, un ami de tous les jours du comte de Survilliers. Il habitait Ironsides propriété séparée de Point-Breeze par Bordentown et que l'on apercevait du belvédère.

Une autre connaissance estimée de Joseph était le sénateur Richard Stockton. Il résidait à Princeton, petite ville du New-Jersey peu distante de Bordentown. Des visites fréquentes

avaient lieu entre les deux résidences. Une lettre de cet homme de bien va nous le montrer, servant d'intermédiaire pour faciliter une rencontre entre son noble ami et Daniel Webster. Cette lettre* datée de Princeton, 6 juillet 1819 et adressée à un ami commun, Joseph Hopkinson, lui annonce la prochaine visite de M. et Madame Daniel Webster, puis, vient cette phrase : « J'ai envoyé une invitation au comte pour le même jour, de façon à ce que Webster le voie avant que d'aller à Bordentown*. »

Au moment où le comte de Survilliers se préparait à quitter définitivement l'Amérique? en 1839, il écrivait à un autre intime, le général Thomas Cadwalader :

Philadelphie, 25 Octobre 1839.

Mon cher Général,

Je suis dans robligation de partir pour l'Angleterre le 1*" novembre, avec Tespoir, mais non la certitude du retour ; j'espère que vous accepterez avec plaisir le souvenir que je vous envoie des sentiments qui m'ont uni à votre famille, depuis le long séjour que j'ai fait parmi vous.

Agréez, l'assurance des miens, dans l'un et l'autre monde.

Votre affectionné serviteur et ami,

Joseph, comte de Survilliers.

P. S. — Le Rapt d'Europe est un des meilleurs tableaux de Coypel, de l'école française du siècle dernier.

i Lettre inédite oommuniquée par M. OUrer Hopkinson.

Ce général Cadwalader avait fait avec Joseph, en 1832/ en qualité d'invité de ce dernier»

la traversée d'Amérique en Angleterre. Une lettre de Tex-roi d'Espagne, encore' à propos d'un cadeau, démontre la sincérité et la solidité des liens d'amitié qui unissaient ces deux hommes ;

Londres, le 26 Mai 1833.

Monsieur, je n'ai pas eu occasion de vous donner de mes nouvelles depuis votre départ d'ici ; le docteur Chapman m'en donne des vôtres par sa lettre du mois de mars, et je vois avec plaisir qu'un aussi long voyage n'a pas nui à votre santé ; je compte passer l'hiver avec vous à Philadelphie ; en attendant, je vous prie d'agréer un vase étrusque, que mon frère Lucien m'a remplacé ici. Je donne ordre à mon concierge de le faire transporter chez vous.

Veuillez me rappeler au souvenir de Madame et de votre famille et ne pas douter de mon bien sincère attachement.

Votre affectionné serviteur.

Joseph, comte de Survillieio, Monsieur le Général Cadwalader. Philadelphie.

Quatre amis sont mentionnés, chacun avec un legs spécial dans le testament de Joseph.

Ce sont : M. Joseph Hopkinson, le D*" Nathaniel Chapman, M. William Short, et enfin M. Charles J. IngersolL

L'article 17 dudit testament indique, comme

174 JOSEPH BONAPÂRTK

devant être remis à M. Hopkinson, un bas relief en marbre, de forme ovale, reproduisant les traits du général Bonaparte. L'article 18 fait don au D*" Chapman des œuvres de Voltaire^ édition Panckoucke. L'article 19 rend M. Short possesseur d'un bas relief en marbre, de forme ovale, représentant la princesse Borghèse. Le testament contient cette mention : « Portrait de ma sœur Pauline, dont il a admiré la beauté en Europe. >> Enfin, M. Ingersoll est institué légataire, du fait de l'article suivant, d'une statuette en bronze « de mon frère le général Bonaparte^ alors qu'il était commandant en chef de l'armée d'Italie. »

M. Joseph Hopkinson, toujours le fidèle et loyal ami du comte de Survilliers, fut son fondé de pouvoir à chacune de ses absences.

Dans la seconde partie de cet ouvrage, on trouvera de fréquentes allusions à cette gestion aussi irréprochable qu'intelligente. Hopkinson fut un homme de grand mérite et sa mémoire Jouît de la plus grande considération aux Etats-Unis. Juriste et écrivain distingué, il se vit nommer membre du Congrès par la ville de Philadelphie, en 1814. Né le 12 novembre 1770, après avoir fait ses études de droit, il avait exercé avec succès la profession d'avocat. Il n'occupa que peu de temps des

fonctions politiques. Quelques années après l'époque où il fit connaissance de Joseph, le président Adams le nomma au poste de juge pour le district-est de Pennsylvanie, position qu'il occupa jusqu'à sa mort, survenue le 15 janvier 1842. Son principal succès littéraire est le chant national Hail Columbia^ dont la vogue n'est pas encore épuisée de nos jours.

L'habitation d'été de M. Joseph Hopkinson était proche de Point-Breeze* et il en résultait des relations fréquentes entre les habitants des deux maisons. Une lettre, — la seule que nous ayons trouvée écrite en anglais, de la main de Joseph, lequel parlait mal cette langue et, par conséquent, aimait peu à l'employer, — va nous démontrer le degré d'intimité qui régna dès l'installation de celui-ci à Bordentown entre ce prince et la famille Hopkinson :

Point-Breeze, 17 th January 1818'.

Count de Survilliers request the pleasure of Mr and Mistriss \sic) Hopkinson's family and miss En^y's Company to morrow friday, when he hopes they will spend the whole day with him^.

* La maison de Joseph Hopkinson à Bordentown est siluée au coin de la rue principale et de la route de Trenton. Sur sa façade, construite en briques, importées d'Angleterre, on voit le chiffre de l'année où elle fut bâtie, en fer forgé : 1750.

* Voici la traduction de cette lettre : Le comte de Survilliers espère que M' et Madame Hopkinson, leur famille, ainsi que Mademoiselle Henry, lui

Joseph Hopkinson, très attaché à la personne de Joseph, ne voyait pas sans ennui, et môme sans crainte, ses voyages en Europe.

Il redoutait toujours de perdre ce voisin qui lui était cher. Cet état d'esprit, joint à une sincère sollicitude, le poussait à lui mettre fréquemment sous les yeux les dangers que courait sa tranquillité sur une terre ne semblant plus faite pour lui. La lettre qui va suivre se fait Técho de ces craintes :

Bordentown, 21 juillet 1836.

Monsieur, Je suppose qu*à l'heure présente vous êtes arrivé à votre port de destination ou que vous n'en êtes pas très éloigné. Votre commandant vous a promis une traversée de vingt jours, d'après mon calcul elle devait-être de vingt-cinq, et je continue à penser que je serai plus près que lui de la vérité. Je vous écris actuellement pour vous exprimer surtout ma sincère sympathie à l'occasion de la triste nouvelle de la mort de vos amis les plus chers d'Angleterre, décès que vous apprendrez, dès votre débarquement. Il semble que chacun de vos départs pour l'Europe soit un signal de mort pour les amis que vous désirez le plus y trouver. Lors de votre précédente visite, votre neveu (le duc de Reichstadt) et le général Lamarque venaient d'être descendus dans leurs tombes : aujour-

feront le plaisir de passer la journée de demain vendredi avec lui — Polnt- Breeze, le 17 janvier 1818.

Mademoiselle Elisabeth Blois Henry, dont il est ici question, épousa François, Victor, Adolphe de Ghanal, général de brigade et député français. EUe mourut à Toulouse, le 23 avril 1890, dans sa 88* année.

d'hui c'est le duc de Gordon et le docteur O'Méara. En sorte que la fortune ou le destin paraît réprouver vos retours en Europe et vous rappeler qu'il est préférable pour vous de finir votre existence modèle dans la tranquillité reposante et philosophique du Nouveau- Monde, plutôt qu'au sein des intrigues bruyantes, incertaines et corrompues du Vieux.

Je me souviens d'avoir entendu monsieur Mailliard dire que O'Méara était, en Angleterre, le seul homme que vous pouviez véritablement appeler votre ami ; les autres n'étaient que des connaissances polies mais non point des amis, dans le vrai sens du mot, ou de vous ou de votre famille. Je prévois que la perte du duc de Gordon et du docteur O'Méara ne seront point les seuls changements déplaisants que vous trouverez dans votre situation en Angleterre.

Les Anglais sont fameux pour courir après les nouveautés. Ceux qu'ils appellent les Lions ont le don de les passionner : mais ils sont également célèbres pour, leur changement de culte et la façon dont ils passent d'une idole à l'autre. Un jour ils salueront de leurs acclamations les éperons d'un généra] et le lendemain ce sera un éléphant qu'ils applaudiront. Ils pousseront des hourras devant une tête couronnée le matin, et l'abandonneront l'après-midi pour rendre les mêmes honneurs à un kanguroo. En ce qui vous concerne, je suis convaincu que vous ne sauriez vivre au milieu d'un peuple, quelques inconstantes et rudes que soient ses mœurs sans commander le respect et la bienveillance à tous les gens éclairés et honnêtes. Un homme dont la vie et la fortune n'ont pas cessé d'être employées en actes de bienfaisance et de générosité, doit être respecté et chéri à moins que le genre humain ne devienne universellement égoïste et perverti.

Je n'ai rien de particulier à vous dire pour ce qui nous regarde. Nous continuons cette existence tranquille et confortable qui n'offre ni assez de variété ni assez de saveur pour qui est accoutumé aux excitations de Londres ou de Paris, mais qui nous convient parfaitement et quiy au bout de Tannée nous procurera probablement autant de jours de contentement, de satisfaction raisonnable que le ferait l'existence plus artificielle d'une capitale européenne. Je ne parle pas pour les gens jeunes et pleins de gaîté qui n'ont encore éprouvé* aucun des malheurs graves et touchants, ni les déchantements dont a hérité la chair humaine * ; mais pour ceux d'un âge plus mûr et d'une expérience consommée qui leur a appris a apprécier une existence tranquille, raisonnable et utile, et leur a montré combien l'appétit se fatigue vite par les plaisirs factices et les excitants dénaturés.

J'aurai sous peu le plaisir de vous écrire de nouveau. Je vous prie de me rappeler avec toute amabilité et respect à mademoiselle Thibaut et à. son père, ainsi que, bien entendu, à mon ami et certainement le vôtre ^ M. Mailliard.

Très sûrement et respectueusement.

Votre très obéissant.

Joseph Hopkinson.

Le comte db Survilliers,

Londres.

Le D' Nathaniel Chapman, dont Joseph fit la connaissance à Philadelphie, est une des sommités médicales des États-Unis. L'étendue

* < FlesU is lieir to » dans le teite. Expression tirée de Shakespeare, 3* acte, l*** scèoe de Hamlet qui commencer par ces mots : 60 6e or not to be.

de ses connaissances, la sûreté de son élocution en ont fait un professeur et un conférencier aussi suivis que distingués. On lui doit des publications nombreuses. Le comte de Survilliers avait la plus grande confiance en ses hautes connaissances et appréciait tout le charme de sa conversation. Lors des premières atteintes du mal qui devait emporter Tex-roi, tout son entourage s'entendit pour regretter Féloignement d'un savant, dont la présence seule eût pu avoir une action si favorable sur le moral du malade*.

M. William Short, fut un diplomate distingué. Il connaissait nos goûts et nos habitudes, pour avoir passé un certain temps en France, où Thomas Jefferson l'avait amené avec le titre de secrétaire de légation, en 178S, et où il avait occupé aussi, à la suite du départ de cet homme d'État (1789), le poste de chargé d'affaires.

M. Charles-Jared IngersoU, comme William

* Nous avons eu sous les yeux un ouvrage relié en veau marron, sur le

Rlat duquel étaient inscrits ces mots en lettres d'or : < Au roi Jo eph apoléon. » Cet ouvrage portait au faux-titre une dédicace à M. le docteur Cliapman, de Philadelphie, signée par le comte de Survilliers à Londres, le 6 janvier 1840. 11 avait lui-même été dédié par son auteur au frère de Napoléon :

c Au roi Joseph Napoléon, hommage de profond respect et de reconnaissance par Aulagnier, membre de TAcadémie royale de Médecine et de la Légion d'honneur. »

Paris, mai 1839« Comme titre :

Dictionnaire des aliments et des boissons en usage dans les divers climats et chez les différents peuples. Paris, Gosson imprimeur. Cousin éditeur. Bruxelles» Mertens. In-S» de 731 pages.

Short, fut attaché à la légation américaine en France. Son livre intitulé : History of the second warbetweenthe United States of America and Great Britain^ contient |(2* série, vol. I, pages 127 à 422), une histoire de la ''Révolution française et du régime impérial, fréquemment écrite d'après des conversations avec Joseph et les Français de son entourage. La source à laquelle puisait l'écrivain nous a permis de lui faire un certain nombre d'emprunts, entrant dans le cadre du présent travail et pouvant, en quelque sorte, y figurer à titre de restitution. Il était naturel que nous rendissions au comte de Survilliers ce que IngersoU tenait de lui.

Cet ex-monarque, qui fut le plus simple et le meilleur des maîtres, eut le rare bonheur, d'ailleurs si bien mérité par lui, de rencontrer dans son entourage un dévouement sans bornes, joint à une fidélité et à une chaleur de sentiments que le temps n'est pas parvenu à refroidir, chez les rares survivants de ces anciens témoins de la vie menée à Point- Breeze.

Le premier nom qui se présente à notre esprit et qui vient naturellement sous notre plume, au moment de nous occuper de la maison de Joseph Bonaparte, est celui de M. Louis Mailliard q\ii, par trente-six années

d'un zèle et d'un attachement sans bornes, mérita cette juste constatation de Joseph dans âon testament : « Je proclame ici que nul homme n'a plus droit à ma confiance, à mon estime que Louis Mailliard. » Nous devons à son fils, M* Adolphe Mailliard, de précieux renseignements dont nos lecteurs ont pu apprécier l'importance et dont ils bénéficieront encore fréquemment dans la suite de ce travail.

M. Adolphe Mailliard a hérité de son père le culte de Joseph Bonaparte. Il est impossible de parler du prince avec plus d'effusion, de reconnaissance sincère et, aussi, de profonde admiration.

Il fut adjoint en 1837 à son père Louis, en qualité de secrétaire, et la mort seule de Joseph, en 1844, le sépara de son protecteur et ami. Son père, Louis Mailliard fut nommé avec le juge Hopkinson, exécuteur testamentaire des dernières volontés de celui dont il connaissait si bien le$ plus intimes pensées.

Félix Lacoste qui fit, un certain temps, partie de la maison de Joseph, était un ancien officier, ayant assisté à la bataille de Waterloo, en qualité d'aide de camp du maréchal Gérard. Un duel qu'il eut avec Mérimée et dans lequel il fracassa le bras de ce dernier d'une balle de pistolet, fit un certain bruit. Arrivé en Amérique, et protégé par Joseph, il

fonda la feuille française le Courrier des États- Unis. Il ne tarda pas à renoncer au journalisme pour se lancer dans les affaires. Sa jeune femme, fort jolie et fort gracieuse, ne put jamais s'accoutumer à la vie américaine. Elle resta peu de temps auprès de son mari et revint en France avec ses (Jeux fils. Lacoste eut pour hôte, en 1837, le prince Louis- Napoléon, qui, plus tard, le nomma consul général de France à New-York. Il n'occupa ce poste que quelques mois, étant mort le 14 novembre 1833.

M. Sari, ancien officier de marine, né en Corse, avait accompagné Napoléon sur le brick V Inconstant^ ^ lors du retour de l'île d'Elbe. Sa femme, créole de Cuba, née de Saint-Georges, était d'une grande beauté. Chargée par Joseph de faire les honneurs de Point-Breeze, elle savait accomplir ses devoirs de maîtresse de maison avec autant de tact que de charme. M. et Madame Sari, accompagnèrent la princesse Charlotte, en 1824, lors de son départ pour

* Nous retrouvons dans noire carnet do voyage, cette note so rapportant à notre passage à Monterey (Californie) : une' légende, dont l'autnenticité peut être discutée et que nous ne rapportons que parce qu'elle vient de nous être racontée, tout naïvement par un habitant du pays, veut que le Brick \ Inconstant^ débaptisé et naviguant sous le nom de Nathalie a échoué dans la baie de Monterey. Ce bâtiment, acheté par le gouvernement espagnol, venait dans ces parages pour approvisionner la mission qui est proche de cette petite cité. Selon notre narrateur, là mer basse, lors des fortes marées, Ton pourrait encore apercevoir la carcasse do ce navire, dont les gamins, adroits plongeurs, ramènent des débriis qu'ils vendent siu*tout aux Anglais.

TEurope. Ils furent remplacés par M. William Thibaut et sa fille. M. Thibaut était le fils du trésorier de la Couronne en Espagne, un homme que Joseph estimait particulièrement et qui fut tué à Vittoria.

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