‹ Joseph Bonaparte en Amérique: 1815-1832Chapitre 20 sur 41 · JO^PH BONAPARTE · texte numérisé non relu

JO^PH BONAPARTE

pour s'en étonner outre mesure. Il ne récrimina pas en répondant à Lafayette et se contenta de défendre la mémoire de son frère, de relever et de maintenir droit, d'une main sûre et ferme le drapeau impérial confié à sa garde, ne permettant pas de confondre l'aigle qui le surmontait, lui servait d'enseigne, avec le vautour que semblait y voir Lafayette.

Cette polémique devait se renouveler en 1832 et, comme toutes les polémiques, ne modifier en rien les points de vue des deux adversaires. Et cela, par la raison toute simple que le point de vue dépend avant tout de la place où l'oii se trouve. Comme les choses ont toujours divers aspects, sous lesquels il e^ possible de les envisager, l'angle sous lequel on se place, modifie, transforme tout. Lafayette et Joseph Bonaparte avaient également raison par ce fait, et c'est justement ce qui les empêchait de s'entendre, quoique, sans doute, tous deux de la meilleure foi du monde. Il n'est résulté et ne pouvait résulter de tout ceci qu'une intéressante passe d'armes, à laquelle l'histoire ne devait pas dédaigner d'assister. •

L'adresse politique de Louis-Philippe portait ses fruits. Peu à peu, tous les expatriés bonapartistes quittaient les Etat-Unis, les uns attirés par des promesses, les autres seulement entraînés par l'espoir qtue leur donnait la bien-

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veillance affichée du gouvernement, et par le désir d'aller tâter le terrain, de se • rendre compte, si, eux aussi, ne trouveraient pas à se replacer dans la situation qu'ils occupaient jadis et que leur avaient ravie Waterloo. C'était le drapeau tricolore qui flottait au-dessus des Tuileries, et ce drapeau était bien le leur, devait les abriter, puisque c'étaient eux qui l'avaient fait saluer glorieusement par tous les peuples de l'Europe.

Ce pays, dit Ingersoll parlant de rAmérique, que les événements de 1815 avaient rempli de fugitifs impérialistes, comme dix ans plus tôt il Tavait été d'émigrants royalistes, y compris Louis-Philippe, une fois que ce dernier fut monté en 1830 sur le trône, les vit tous retourner dans leur pays, à l'exception de la famille de Napoléon*.

Ainsi, Joseph voyait s'évanouir rapidement l'espèce de parti, formé d'exilés, qui s'était groupé moralement plus ou moins autour de lui. L'action qu'il avait imprimé indirectement, jusque-là, à ces hommes, la direction qu'il se proposait depuis quelque temps d'exercer sur eux par la voie de la presse, devenaient chaque jour plus illusoires. Il sentait son terrain d'opération se dérober sous ses pieds. Les sacrifices considérables qu'il faisait, aux Etats-

* Ch. J. Ingersoll, Bistory ofthe Second War, etc., p. 398.

Unis, en vue d'une propagande napoléonienne devenaient absolument inutiles, n'ayant plus les lecteurs particulièrement visés à qui s'adresser. Ces circonstances ne durent pas avoir peu d'action sur son désir de revenir en Europe, et de conserver à son neveu le duc de Reichstadt le concours qu'il croyait lui devoir en qualité de chef de la famille Bonaparte.

D'ailleurs les divers membres de cette famile, pour qui les lois de proscription avaient été maintenues, s'agitaient, comme nous avons déjà eu l'occasion de le constater, et poussaient de tous leurs efforts à ce retour sur le seul théâtre possible, selon eux, d'une action politique efficace.

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