‹ Joseph Bonaparte en Amérique: 1815-1832Chapitre 21 sur 41 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Sommaire : La logique des événements. — Une grande monographie. — Retour en arrière. — Lenteur de la navigation. — Train-train ordinaire de la vie. — Analyse minutieuse.— Paquebot le F?'anpof5 /er.— Même le dimanche. — Egards des hommes au pouvoir. — Vie de journaliste. — Articles Napoléon et Jéi^ôme- — Fausseté des assertions anglaises. — Piquante ironie et bonhomie naturelle.— -^é-, moires de la duchesse d'Ahrantès. — Refus de Madame Mère. — Inde irœ. — Les Comnène. — Comte Galdi. — Un jeune et excellent cuisinier. — Marqués par une croix. — Conditions de souscription. — Lettre de Louis à M. de Norvins. — Sinon, non. — Assez riches pour cela. — Le denier du proscrit.— Nouvelles de France et contre-coup. — Discours de M. Pages. — La Némésis. — Collecteur sévère. — Côté administratif. — Soupçon, — Correspondance interceptée et moyens indirects de transmission. — Mauroy. — M. Poinsett. — La Tribune et la Révolution. — Lettres de Victor Hugo et du docteur Stockoë. — Au juge Hopkinson. — Meneval et le comte Cornaro. — Majesté. — Le Globe. — Madame Regnault de Saint-Jean d'Angély. — En Angleterre ou en Suisse. — Le parti républicain. — Membre de la Chambre. — Se trouver là. — Vente de Black-River. — A Philadelphie. — Mort de Stephen Girard. — . Réform Bill. - Attentat manqué. — Préparatifs. — Le courant de sa vie. — Brochure de Chateaubriand. — M. Lucchetti. — L'ouvrage de Cabet. — Mauvaise santé. — Pessimisme ou optimisme, — A insérer. — Feuilles d'Europe. — « Je me portais si bien ici. » — Histoij^e de la Restauration. — Pierre Bonaparte et le général Santander. — L'Etoile. — Santé du duc de Reichstadt. — Bruit de sa mort. — Malveillance anglaise. — M. Presle. — Emigrants pour Black-River. — Question de semaines. — Le colonel Collius. — En Colombie. —La dernière goutte d'eau. —

Aide de camp d'Exelmang. — Le moment des adieux. — 1835, 1839. — Reconquis par la politique. — Journal dlngersoll. — Le navire Alexander et le capitaine Brown. — Inscription de la bouilloire d'argent. — Laconisme de pierre tumulaire. — Parallèle des deux visites à la ville de Washington. — Toutes les sympathies, tous les respects. — Hôte de distinction. — Opinion publique. — Aventurier Corse, — Hôtel de M. Barnum, à Baltimore. — Article de là National Gazette, de Philadelphie.* ■

Les événements qui se précipitent, nous ont entraînés à leur suite et imposé leur marche rapide. La nécessité de les considérer dans leur ensemble pour les étudier avec clarté et en bien saisir la logique, nous a obligés à empiéter un peu sur l'avenir.

Comme il ne s'agit pas ici d'une histoire générale, mais d'une monographie limitée à une certaine période donnée, il est nécessaire de revenir un peu en arrière pour reprendre la file des faits quotidiens dans leur cours normal.

Nous avons laissé de côté, pour un instant, Joseph Bonaparte, pour nous occuper des choses de l'Europe, choses que la lenteur de la navigation en 1831, ne nous permettait de bien connaître que près de six semaines après qu'elles avaient eu lieu, que nous allons retourner, oubliant volontairement, pour nous placer dans la même situation que le comte de Survilliers tout ce que nous savons de ce que, lui, ne pouvait savoir à cette date.

Nous le reprenons donc dans le train ordinaire de sa vie, et nous devons relier par la pensée les lettres que nous allons lui voir écrire à M. Lacoste, à la dernière que nous avons citée. L'analyse minutieuse de l'intéressante individualité autour de laquelle évolue notre travail ne peut être complète qu'à ce prix.

Point-Breeze, 23 juin 1831.

Monsieur,

Je vous envoie par M. Poinsett, qui part par le premier paquebot pour Liverpool, le paquet ci-joint. Je vous prie de le faire affranchir et de l^xpédier pour Boston. Mailliard vous tiendra compte des frais à votre première entrevue...

' J'attends aujourd'hui les lettres du paquebot le François I®"^. Peut-être viendrai-je à New-York avant le paquebot du 1°^. Pouvez-vous avoir un bon logement à City-Hôtel ou à Washington-Hall? Mandez-lemoi.

Agréez mon attachement,

Joseph.

P.-^S, — Ne vous occupez plus de Fenvoi du sac le samedi. Le Président a bien voulu donner Tordre que mes lettres me fussent envoyées de Trenton, même le dimanche*.

Le post-scriptum de cette lettre mérite surtout d'être remarqué . Les lignes qu'il contient montrent avec quelle distinction et avec quels égards tout particuliers, Joseph

* Lettre autographe appartenant à l'auteur.

était traité par les hommes au pouvoir des Etats-Unis. On y voit aussi quelle importance Tex-roi attachait à la rapide réception de son courrier, comprenant combien nuisait aux intérêts du parti dont il était chef, la lenteur avec laquelle les nouvelles d'Europe lui parvenaient. Il justifie ainsi le paragraphe d'explication que nous avons cru nécessaire de placer au début de ce chapitre et le retour en arrière dont nous y avons exposé l'utilité.

Avec la lettre du 6 septembre 1831, nous rentrons en plein dans la vie de directeur politique de journal et de critique apologiste du gouvernement impérial, qui fut celle que mena Joseph jusqu'à la fin de son séjour dans le Nouveau-Monde.

Monsieur,

Tai été tourmenté par des maux de dents depuis mon retour de New-York, ce qui m'a empêché de m'occuper des corrections que vous m'avez demandées. J'ai lu l'ouvrage. 11 y a beaucoup à faire pour n'y laisser que la vérité. Je vais m'en occuper. Je ne vois pas l'article Napoléon, ce qui me fait craindre qu'il ne soit encore pire que celui de Jérôme, qui est détestable.

Je vous prie de m'envoyer dix exemplaires des numéros 62 et 63. Dites-moi si les éditeurs du petit ouvrage anglais ne craignent pas qu'il soit augmenté de quelques pages. Voudraient-ils le faire suivre par

quelques pièces justificatives, comme lettres de TEm-

pereur qui prouveraient la fausseté des assertions

anglaises.

Agréez mon amitié,

Joseph*.

Il était bien difficile qu'au cours de la mission qu'il s'était donnée, le comte de Survilliers n'éprouvât pas certains moments de vive irritation. C'est à un de ces moments que nous devons le joli paragraphe qui va suivre sur la duchesse d'Abrantès et sur ses relations avec Madame Mère. Vers la fin de cette lettre, Joseph soulagé par la piquante ironie dont il vient d'entourer son anecdote, rentre dans sa bonhomie naturelle, à propos d'un détail domestique et se montre aussi excellent maître que spirituel correspondant.

Point-Breeze, 9 septembre 1831.

Monsieur,

J'ai reçu vos lettres des 3 et 7 septembre. Je vous renvoie dix numéros de la Révolution,

Je vous renvoie la dernière lettre de M. Sealsfield en vous priant de vérifier les articles du Coumer et des autres journaux dont il se dit rédacteur, s'il vous est possible.

Je vous tiendrai compte des Mémoires de Madame d'Abrantès. Dans l'un des numéros de la Révolutiorij du dernier envoi, il y a un grand article sur ces Mémoires, dont vous pourrez vous servir en partie. Je vous renverrai, au reste, les observations dont les

* Lettre autographe adressée à M. Félix Lacoste, appartenant à l'auteur.

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deux premiers volumes me paraissent susceptibles ; quoique je ne les trouve pas aussi hostiles que j'aurais supposé, d'après les refus que je sais qu'elle a essuyés à Rome de la part de ma mère qui, riche de quelques économies qu'on lui a tant reprochées — et Madame d'Abrantès la première — ne l'est pas assez pour venir au secours de toutes les infortunes. Inde irœ.

Cependant, Madame d'Abrantès rêve une origine commune et veut bien nous gratifier de la descendance impériale des Comnène, rêve auquel je suis loin de prêter foi ; pas plus qu'à celui du comte Galdi dont vous avez vu l'Histoire dans ma bibliothèque. Je m'occuperai de la réfutation de ces rêves dans la notice véritable que je vous enverrai aussitôt que je pourrai, et que vous m'aurez vous-même envoyé le Family Library, dont vous me parlez.

L'appendice vous sera envoyé avec les nombreuses corrections dont il est susceptible.

François (Parrot) est rétabli. Aussi, ne vous occupez plus de son remplaçant. A moins, toutefois, que le hasard ne mît entre vos mains un jeune et excellent cuisinier dont François serait le pourvoyeur.

Agréez mon amitié,

Joseph*.

L'assiduité de la collaboration de Joseph au Courrier des Etats-Unis ainsi que le soin avec, lequel il s'occupait des moindres détails de la rédaction de ce journal est peut-être plus sensible encore dans la lettre qui va suivre que dans les précédentes.

* Lettre autographe de Joseph, adressée à M. Félix Lacoste, . et appartenant à l'auteur.

Point-Breeze, 17 octobre 1831.

Monsieur,

Je vous envoie onze numéros de la Révolution, J'ai marqué par une croix au crayon quelques articles qui m'ont paru les plus saillants.

Si vous publiez le premier article qui commence le numéro 15, veuillez en faire tirer vingt exemplaires pour moi. Il serait bon que cet article se trouvât dans votre numéro du mercredi ; faites, au reste, ce qui convient à votre journal.

Je n'ai pu m'occuper de la suite des articles hier et avant-hier. J'espère vous les envoyer dans le courant de la semaine'

L'intérêt d'une lettre du surlendemain, que nous transcrivons, réside surtout dans le passage où le comte de Survilliers promet de souscrire à une publication, mais à la condition qu'elle soit faite dans l'esprit des siennes propres. Ses habitudes charitables qui, on en a maintes preuves, ne revêtaient pas le plus souvent la forme officielle, comme sa position de chef de parti le lui imposait parfois^, ne permettent pas de suspecter ses paroles relativement à de nombreux secours généreusement distribués.

* Lettre autographe de Joseph adressée à M. Lacoste, et appartenant à Fauteur.

* Le Poulêon^ du 3 décembre 1830, informe ses lecteurs que le « comte de Survilliers a envoyé au directeur du Courrier des Etats- tlnis^ à New- York, une somme de cent dollars pour les émig^rants espagnols, et une pareille somme pour la Société française de bienfaisance ». D'ailleurs, durant son séjour à Point-Breeze, Joseph ne manqua jamais de souscrire une somme de cent dollars en faveur de la Société française de bienfaisance de Philadelphie.

Point-Breeze, 19 octobre 1831.

Monsieur,

Voici les articles qui me restaient à vous envoyer. Vous verrez que j'ai plus effacé qu'ajouté. C'est, dans le fait, un ramas de calomnies. J'ai dû vous envoyer à neuf l'article de Jérôme, dans lequel il n'y avait absolument que des sottises.

L'article qui termine est une analyse que j'ai prise dans la lettre de Louis à M. de Norvins. Je pense, en toute vérité, qu'il ne contient rien d'exagéré.

Si on imprime tout ce que vous m'avez envoyé, purgé de toutes les calomnies anglaises et bourbonniennes, vous pouvez prendre cent exemplaires pour mon compte; sinon, non. Vous sentez bien que je ne puis pas payer et encourager les injures et les outrages qu'on imprime contre nous. La Sainte Alliance et les deux Restaurations sont assez riches pour cela, et je me ferais conscience d'enlever aux malheureux qui viennent journellement frapper à ma porte le denier du proscrit que je m'efforce de partager avec eux*.

Nous allons assister maintenant à Teffet produit par l'arrivée de nouvelles successives venant de France et au contre-coup qu'elles ont dans Tesprit de Joseph.

Point-Breeze, 20 novembre 1831.

Monsieur, Nous n'avons pas reçu aujourd'hui votre journal. Voici un numéro de la Tribune où vous remarquerez un discours de M. Pages, qui m'a semblé le pendant de celui de M. Gormenin. .

Les nouvelles que je reçois d'Europe sont bonnes.

* Lettre autographe adressée à M. Lacoste, appartenant à l'auteur.

Je n'ai plus reçu la Némésis, Mailliard s'occupe de recueillir ici, ce qui est dû au Courrier. Vous avez là un collecteur sévère

Leâ derniers mots de cette lettre nous montrent que le côté administratif, toujours si grave lorsqu'il s'agit d'une publication naissante, remplissait aussi bien l'esprit de Joseph que l'orientation politique qu'il désirait lui donner. La mission officieuse de M. Louis Mailliard démontre suffisamment que ce point de vue, qui lui créait des occupations en dehors de sa charge, était aussi la source de sérieuses préoccupations.

Avec la venue de bonnes nouvelles de l'Europe, Joseph, qui a les meilleures raisons de croire que l'on ne désire pas, en certains pays, qu'il soit ainsi initié à un mouvement de l'opinion en faveur de la cause dont il est, en quelque sorte, le général, le tacticien avoué, — devient soupçonneux. A tort ou à raison, il croit et dit que sa correspondance est interceptée. Aussi, ne tarderons-nous pas à le voir recourir à dès moyens de transmission indirecte.

Point-Breeze, 23 novembre 1831.

Monsieur, Mauroy* me remet votre lettre. En voici une que je vous recommande pour l'Angleterre.

* Maitrc-maçon employé à Mortefontaine et qui, ayant suivi Joseph en Amérique, était devenu le factotum de Point-Breeze.

M. Poinsett m'a donné les nouvelles les plus rassurantes et les plus détaillées sur la France. Vous devez avoir reçu un exemplaire de la Tnbune et un de la Révolution. Ils vous ont été expédiés de Paris.

Je ne reçois plus la Némésis. On est parvenu à arrêter deux de mes lettres qui me sont annoncées et que je n'ai pas reçues depuis longtemps. C'est ce qui me fait recourir à la voie de l'Angleterre*.

Ingersoll, qui semble avoir mis en rapport Joseph avec le M. Poinsett, mentionné dans la lettre précédente, écrit aussi :

En novembre 1831, M. Poinsett, plus tard ministre des États-Unis à Mexico, puis secrétaire de la Guerre, revint d'Europe très fortement pénétré de l'idée que le duc de Reichstadt pourrait être ramerié sur le trône de France, si son oncle Joseph se mettait en personne à la tête du mouvement. J^ fis connaître à Joseph, sur la demande de M. Poinsett lui-même, cette opinion. Ce dernier me lut alors une lettre de Victor Hugo' exactement dans le même sens, ainsi qu'une autre lettre, du docteur Stockoë (qui avait donné ses soins à l'Empereur à Sainte-Hélène), renfermant la copie d'un billet de lord Grey.à Sir Robert Wilson, lequel reconnaissait à Joseph le droit de visiter l'Angleterre sans être inquiété, mais contestait l'opportunité de sa venue ^.

* Lettre autographe, adressée à M. Lacoste, et appartenant à Tauteur.

* On connaît aussi la fameuse lettre débutant par ces li^es : « Permettez-moi, Sire, de vous traiter toujours royalement. Les Rois qu'a faits Napoléon, selon moi, rien ne peut les défaire. 11 n'y a pas une main humaine qui puisse effacer le signe auguste que ce grand homme vous a mis sur le front, etc.

' Ch. J. Ingersoll, Hiitory ofthe Second War, etc., p. 397.

M. Poinsett, qui paraît avoir été assez lié avec Victor Hugo, fit remettre au comte de Survilliers dans les premiers mois de 1832, un opuscule que le poète Tavait chargé de lui faire parvenir.

Voici la lettre qu'il écrivit au juge Hopkinson, en cette occasion.

Washington, 6 février 1832.

Mon cher Monsieur, Puis-je vous demander le service de faire parvenir au comte cette brochure. Elle m'a été confiée pour lui par Fauteur, Victor Hugo, et envoyée par erreur à Charleston*.

Du reste, les lettres encourageantes et poussant à une action immédiate affluaient depuis quelques mois à Point-Breeze. Le comte de Survilliers donna aussi communication d'un certain nombre d'entre elles à IngersolL

Le 9 avril 1831, Joseph me lut une lettre du baron Meneval (son ancien secrétaire et celui de l'Empereur, qui accompagna l'Impératrice en Allemagne lorsqu'elle quitta la France) et une du comte Cornaro, ancien aide-de-camp d'Eugène de Beauharnais. Cette correspondance, datée de Paris, abondait en faits défavorables pour Le gouvernement de Louis-Philippe et pleins de promesses en faveur des Bonapartes, La lettre de Cornaro, dans laquelle Joseph était traité de

* Lettre autographe communiquée par la Société historique de Pennsylvanie.

Votre Majesté exposait que Lucien Bonaparte ou Louis fils de Louis de Hollande et époux de Charlotte, 011e cadette de Joseph, serait choisi en qualité de roi d'Italie. Beaucoup d'autres rapports, émanant d'agents soldés ou de correspondants amis, tant en France qu'en Angleterre, pressaient le retour de Joseph et rengageaient à subventionner, dans des conditions peu onéreuses, le résultat de ses dépenses étant lui aussi peu certain, de nouveaux agents ainsi que des journaux, chargés de faire de la propagande en faveur de Tidée napoléonienne." L'une de ces feuilles proposées était, je ni'en souviens, le Glohe^.

A la fin de 1831, les avis de retour sont tellement nombreux et si affirmatifs que Joseph, tout à fait ébranlé, penche complètement vers cette idée de revenir en Europe.

Le 21 décembre 1831, Joseph me lut des lettres du comte Cornaro, de Madame de Saint-Jean d'Angély," datées de Paris; d'Achille Murât, alors à Bruxelles ^ ; et de M. Peugnet, venant justement d'arriver à New- York après un séjour en France : toutes engageant fortement Joseph à prendre position en Angleterre ou en Suisse, à portée de soutenir un mouvement destiné à renverser Louis-Philippe et à amener la restauration des Bonapartes, restauration que tous ces correspon-

* Ch. J. IngersoU, History of the Second War. etc., p. 396. 397.

* Le Poulson, du30 août isâi, signale l'arrivée à Londres du colonel Achille Murât venant de l'Amérique du Nord. Une note de ce même journal, du mois de mars 1832, semble indiquer que l'on s'était inquiété en Europe du voyage de ce prince et des menées qui l'avait suivies : « Nous apprenons de Tallabasséc, Floride, qu'Achille Murât qui avait demièremeat reçu une commission militaire du gouvernement belge, mais en avait été privé, à la suite, sur la demande du gouvernement français, est attendu ici sous peu avec sa femme, dans sa propriété de Floride. » (Cette propriété portait le nom de Lipona, anagramme do Napoli, qui rappelait le souv«nir de la royauté éphémère du chef de la famille.)

dants donnaient comme hautement probable. On disait le parti républicain prêt à se joindre aux bonapartistes, et l'on citait parmi ses représentants à la Chambre des députés : Mauguin, Salverte, Lamarquê, d'Argenson ainsi que d'autres, comme favorables à Napoléon IL Aucune somme d'argent ni aucun concours clandestins n'étaient jugés nécessaires ni même utiles, suivant ces avis. Les événements se chargeraient d'eux-mêmes d'amener les choses au point voulu, et il était seulement besoin de se trouver là pour les seconder*.

Décidé par la concordance de tous ces renseignements et par le désir unanimement manifesté de le voir revenir, Joseph songea à vendre les terres qu'il possédait sur la Black- River (Etat de New- York). Il avait besoin de fonds considérables pour entrer dans la nouvelle voie qu'on lui indiquait et jouer le rôle impliqué par cette nouvelle ligne de conduite. D'autre part, comme contre-coup de cette nouvelle façon d'envisager l'avenir, la pensée de se fixer définitivement en Amérique et d'y finir ses jours s'évanouissait de plus en plus dans son esprit.

Joseph se rendit à Philadelphie le 24 décembre 1831 pour obtenir de Stephen Girard qu'il lui rachetât les propriétés de la Black-River qu'il avait acquise de Le Ray de Ghaumont. Il les vendrait, me dit-il, à n'importe quel prix, afin de se procurer les fonds nécessaires à ce voyage qu'il avait résolu définitivement

* Ch. J. Ingersoll. History of the Second War^ etc., p. 397.

d'entreprendre au printemps. Si le bill de réforme passait au parlement d'Angleterre. Il fondait, en effet^ de grandsespoirs sur ce bill qui, sel on lui, devait amener en France un mouvement d'opinion favorable à la cause impériale. A peine quarante-huit heures après l'arrivée de Joseph à Philadelphie, pour traiter avec Stephen Girard, ce vieux républicain français mourut d'une attaque d'influenza. Cette mort fut une des malencontreuses circonstances qui, avec la nouvelle du décès inattendu de son neveu (le duc de Reichstadt) apprise par Joseph Bonaparte à son débarquement en Angleterre, contrarièrent sans cesse tous ses plans, jusqu'à ce que l'attentat manqué de son neveu Louis-Napoléon pour renverser par la force Louis-Philippe, eût, par l'ennui qu'il en éprouva, complètement détraqué la santé de l'ex-roi et avancé sa fin*.

L'hiver de 1831 à 1832 se passe en prépa« ratifs plus ou moins activés selon Tétat d'esprit du moment. A l'instant de rompre pour jamais avec une existence qui lui avait procuré la plus grande somme de bonheur que sa carrière si agitée lui eût permis de goûter, Joseph se sentait naturellement pris d'hésitations et voyait faiblir en lui la confiance première que lui avaient causée les nouvelles favorables vçnues d'Europe. Il jugeait maintenant ces nouvelles avec plus de calme, et sans l'entraînement procuré par la première secousse des appels confiants qu'elles contenaient.

« Ch. J. IngersoU. Bittory ofthê Second Wor, etc., p. 397. 398.

D'ailleurs, on avait du temps devant soi, puisque Ton ne devait partir qu'au printemps et la conscience du comte, se trouvant satisfaite par la décision arrêtée, il se laissait aller à reprendre le courant de sa vie ordinaire.

C'est à cette existence courante que va nous faire assister sa correspondance ponctuée ça et là, de brusques réveils amenés, soit par une perfidie de journal anglais hostile, soit par une conversation avec tel ou tel nouveau venu apportant avec lui comme un peu de l'air respiré en Europe, soit enfin par les négociations difficiles que la mort du banquier Girard créait dans la vente de la propriété de la Black-River.

Il continuait à diriger, retournant ainsi aux occupations les plus conformes à son goût et à sa nature, la ligne politique et de critique historique suivie par le Courrier des Etats-Unis.

Point-Breeze, le 8 janvier 1832.

J'ai reçu beaucoup de lettres, et trois voyageur

viennent de m'arriver, qui ont quitté Paris à la date du dernier packet. Je vous envoie la Tribune^ la Résolution. Je vois que vous ne parlez pas de l'opinion de ces journaux au sujet de la brochure de M. de Chateaubriand.

M. Boyer me mande de Black-River, qu'il a vu M. Bregongio à son passage à New-York; qu'il a pris

des arrangements avec lui^ ; qu'il a été deux fois chez vous sans vous trouver.

Agréez mon amitié. - Joseph.

M. Lncchetti, qui vous remettra la présente, est un ami sûr, en qui vous pouvez avoir toute confiance. Il vient de Paris.

Je vous envoie en plus le livre de M. Cabet^, que je n'ai pas encore lu. Vous aurez la complaisance de me le rapporter, ainsi que les journaux ci-joints 3.

Comme il arrive presque toujours pour les personnes qui sont en passe d'occuper l'opinion publique, les journaux, s'attachaient au moindre fait venu à leur connaissance, se rapportant à Joseph, alors mis fort en évidence par sa prochaine entrée sur la scène politique, annoncée un peu partout. L'état chancelant de la santé à laquelle tous les tracas du moment ne pouvaient guère être favorables, servait naturellement aussi, de base à des prévisions soit optimistes, soit pessimistes. Les amis de l'ex-roi crurent utile d'opposer un démenti aux craintes simulées ou réelles que manifestèrent certains journaux à ce propos. Voici divers extraits de

* Il s'agit ici, sans doute, des négociations, dont nous Tenons de parler, se rapportant à la vente de ce domaine. M. Boycr était l'intendant chargé d'affaires de Joseph sur cette terre.

- Cabet, député de la Côte d'Or en 1831, se livrait à la Chambre des députés à une opposition des plus vives contre le gouvernement de Louis-Philippe. 11 a beaucoup écrit.

> Lettre autographe, adressée à M. Lacoste, appartenant à l'auteur.

lettres se rapportant à la controverse en question. Joseph écrit de Point-Breeze, le 3 février 1832, au juge Hopkinson :

M. Sari m'a communiqué votre lettre du l®"*. Je vous remercie beaucoup de Tintérêt que vous mettez à avoir de mes nouvelles. M. le D'^ Ghapman a pu vous en donner d'abord. Depuis, ma santé se rétablit tous les jours davantage. Je compte aujourd'hui reprendre mes courses habituelles dans la campagne.

A la date du 15, il revient sur l'incident : « Je vous remercie de Tavis que vous me donnez. Votre observation sur ma santé est si vraie que je vous la renvoie afin que vous la fassiez insérer dans le journal de M. Walsh, si vous le jugez bien, ainsi que lui.... ». Je remercie aussi, par votre canal, M. Walsh, de la complaisance qu'il a eue de démentir Tarticle des feuilles de l'Europe sur ma santé, qui, grâce à la vie des champs et aux soins des médecins de la ville comme de la campagne, est fort bonne* »

Les dernières lignes citées font Teffet d'une espèce de regard de regret jeté sur la belle et saine contrée qu'il va falloir quitter, mais qu'il est plus difficile d'oublier. L'imagina-, tion se cramponne après les souvenirs que dégage ce milieu et, par une association d'idées bien naturelle, lui attribue une action bienfaisante sur l'être physique aussi bien que sur l'être moral. Joseph a passé la soixantaine, est arrivé à la période descendante de

* Lettres autographes communiquées par M. Oliver Hopkinson.

la vie ; on dirait qu'il a le pressentiment de Teffet funeste que vont avoir sur lui les tribulations qui l'attendent sur l'ancien continent ; il répète la phrase des vieillards à l'approche du changement, présentant toujours pour eux un danger: jemejportais si bien ici. Mais il nous faut reprendre la correspondance avec M. Lacoste.

Point-Breeze, 14 février 1832.

Monsieur,

Je lis VHistoire de la Restauration, Pourriez-vous m'en dire Tauteur? L'avez-vous lue? Qu'est devenue la notice sur ma famille qui devait être imprimée à New- York et sur laquelle vous m'avez demandé mes observations. J'ai dit à M. Goubaud de vous faire envoyer par échange la Tribune et la Révolution. Il me tarde beaucoup d'avoir des nouvelles de France et d'Italie.

Agréez mon attachement sincère. Votre afTectionné^

Joseph, comte de Survilliers.

A trois heures après-midi, la poste d'aujourd'hui nous a apporté les papiers de Paris, du 20 décembre. Voici une lettre que je viens de recevoir dans le moment même. Je crois que ce que je puis faire de mieux, c'est de vous l'envoyer, en vous priant de me la renvoyer avec la réponse que vous jugerez que je doive faire. Ce qu'elle contient de Madame D...*, m'étonne beaucoup. Ce n'était pas là l'idée que je m'étais faite d'elle.

Je vous renvoie le journal de la Révolution, ainsi qu'une lettre pour M. Goubaud. Il importe qu'il l'ait avant son départ, qui est fixé au 16, par le paquebot de Londres^.

* Madame d'Abrantès, sans doute.

* Lettre autographe appartenant à l'auteur.

IngersoU note en ces termes, dans son journal, l'arrivée à Point-Breeze d'un prince qui devait jouer plus tard un rôle tragique le mêlant aux événements du second Empire, et qui ne fut peut-être pas sans avoir eu son action sur la catastrophe finale où sombra Napoléon III :

Pierre, un des fils de Lucien, un impétueux et solide jeune homme, que Joseph envoya servir sous les ordres du général Santander, dans l'Amérique du Sud, était à Point-Breeze en 1832*.

Le comte de Survilliers nous annonce de son côté, l'arrivée de Pierre Bonaparte dans sa lettre de Point-Breeze, 2 avril 1832, et adressée à M. Lacoste :

Je n'ai rien de nouveau depuis que je vous ai

quitté. Le neveu qui m'est arrivé a eu une très longue traversée

On dirait que la fatalité veut se mettre en travers de tous les efforts tentés par Joseph pour rentrer dans la politique. Ceux qui, comme Napoléon, croient à leur étoile et, par conséquent, à cette fatalité, diront que la destinée de l'ex-roi d'Espagne s'opposait par tous les moyens à son retour. A peine les difficultés de la vente des terres de la Black-River pa-

* Ch. J. IngersoU, Hiiiory of the Second War^ etc., p. 399.

raissent-elles pouvoir être à peu près aplanies, ce qui semble favoriser les projets de départ, que la nouvelle arrive des craintes que donne la santé du duc de Reichstadt. Joseph, toujours selon les fatalistes, eut le tort de ne pas en tenir compte. Il en résulta qu'à peine au port et le pied posé sur le sol britannique, l'annonce de la mort de ce jeune homme fut la première phrase dont on le salua à son arrivée. Nous donnons la lettre où il refuse de croire aux mauvaises nouvelles qui circulaient avant son départ.

Point-Breeze, 8 juin 1832.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre du 7. J'en ai remis une au porteur pour M. Boyer. Je vous renvoie celle de M. Lafargue. Ses amis n'ont pas offert des sûretés qui aient paru suffisantes à mes conseils. Du reste, je me serais contenté du prix qu'ils ont offert. Ce sont des personnes très réputables et très bien famées*.

J'espère dans la malveillance anglaise, pour n'être pas trop affecté par la nouvelle de Vienne.

Voici mes lettres pour M. Presle. Dans son absence, il faudrait les remettre à M. Avignon, rue Montmartre, numéro 84.

VouB serait-il possible de vous absenter de New-York six semaines cet été, sans trop nuire à votre journal. Quelle serait l'indemnité qu'il faudrait donner à votre remplaçant? Est-ce que M. Ghackay ne serait pas bien propre à cela? En aurait-il la volonté et la possibilité. Répondez-moi là dessus.

* Il s'agit toujours de la vente du domaine de la Black-River.

L'agent pour la Black-River a beaucoup à faire s'il envoie à Boyer un centième des émigrants qui sont à New- York.

Tout à vous. Joseph*.

Dans la dernière lettre que nous allons citer, Joseph confirme ce que nous a déjà dit IngersoU, du départ pour TAmérique du Sud, de Pierre Bonaparte, avec le général Santander. Le départ de Joseph lui-même cour l'Europe n'est plus qu'une question de semaines. Il peut annoncer à son^ correspondant qu'il le verra sous peu, lors de son passage à New- York, port où il va s'embarquer. Le colonel CoUius, dont il signale la présence à Point-Breeze, y était venu pour le décider, sans possibilité de nouvelles reculades, à un retour durant lequel il l'accompagna du reste.

Point-Breeze, 18 juin 1832.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre et celle qui la suit, sans date. M. Collius est arrivé ici. Je ne donne pas de suite à la question que je vous avais faite d'une absence de six semaines. Je vous verrai peut-être ici, ou à New-York.

Mon neveu part d'ici avec le général Santander qui le mène avec lui en Colombie.

M. de Ghaumont part aussi pour Paris. Il est venu me voir.

Agréez mon attachement.

Votre affectionné, Joseph 2.

* Lettre autographe appartenant à l'aateur.

* Lettre autographe, adressée à M. Lacoste, et appartenant à l'auteur.

392 JOSKPH BONAPARTE

IngersoU, fidèle à son habitude de noter tout ce qu'il peut connaître des grands ou petits événements intéressant Joseph, n'a garde de passer sous silence la venue de ce colonel Collius qui fut peut-être la dernière goutte d'eau qui fit déborder le vase. Seulement il commet une légère erreur de date, puisqu'il fixe cette arrivée au 7 juillet, et que la lettre de Joseph, du 48 juin, mentionne déjà la présence de cet officier à Bordentown :

Le 7 juillet 1832, le colonel Collius arriva de Vienne, et, par ses récits, détermina entièrement Joseph à partir. Le colonel Collius, ancien aide-de-camp du général Exelmans, était flamand d'origine. Il avait un frère occupant une certaine situation à la cour d'Autriche, et assura Joseph que le moment était venu de tenter de rétablir Napoléon II sur le trône de France. Le colonel Collius, je pense, resta à Point-Breeze jusqu'au départ de Joseph pour l'Angleterre*.

Le moment des adieux est arrivé. Joseph a quitté Point-Breeze où il ne fera plus désormais (1835 et 1839) que deux courts séjours, comme en passant. Le comte de Survilliers, tel que nous l'avons suivi jusqu'à présent, tel que nous l'avons appris à connaître et à aimer, n'existe plus. Nous ne sommes plus en présence que du chefde la famille des Bonapartes, reconquis par la politique et repris par la

* Ch. J. lagersoU, Bittory of the Second War^ etc., p. 399.

vieille Europe. C'est encore IngersoU qui va nous faire assister à ces dernières heures précédant la séparation. Il va nous raconter les péripéties de la visite que Joseph lui rendit à la veille de prendre la mer :

Le 19 juillet 1832, Joseph se rendit chez moi pour prendre congé. Des bruits alarmants, circulaient, dans le public, colportés par les journaux, sur Fextrême gravité d'une maladie du duc de Reichstadt qui selon eux, devaient faire prévoir une fin prochaine.

J'étais sur le point de faire part de ces bruits à son oncle, mais je pensai qu'une allusion de ce genre lui serait désagréable, attendu que tout était prêt pour son embarquement fixé au lendemain, je me contins et gardai le silence sur tout cela. Il était de la meilleure humeur du monde, plein de santé, d'espoir dans la bonne issue de son voyage, mais sans illusions exagérées sur l'avenir. Le lendemain, 20 juillet 1832, il s'embarqua de Philadelphie sur le navire Alexander*.

Le capitaine Brown, qui commandait VAlexander^ reçut le 15 août, jour anniversaire de la fôte de Napoléon et veille du débarquement des passagers à Liverpool, de Joseph, en souvenir de ce passage, une bouil-

* Ch. J. IngersoU, History of the Second Wiar, eto., p. 399.

Lo Poulson du 21 juillet nous donne la liste des passagers de oe naTire, commandé par le capitaine Brown : « Le comte de Survilliers, M. Louis Mailliard, secrétaire, le capitaine et Madame Sari, leurs trois enfants, le colonel Collius, cinq domestiques, le général Thomas Caldwalader, Thomas Caldwalader jimior et son domestique, le docteur Thomas SteWardson, plus 62 passagers d'entre-pont. » Le général Caldwalader, ^ui se rendait en Europe, pour laBanaue des Etats-Unis, avait reçu une mvitation particulière de Joseph qui lui permit de profiter d'une des cabines louées pour l'ex-roi.

loire à thé sur une face de laquelle on lit cette inscription : « Presented by Joseph Napoléon Bonaparte to 0. P. Brown. At sea^ August the 15^^ i83S^ » et sur l'autre : « Count Siirvilliers and suite in the Ship Alexander, front Philadelphie to Liverpool ^ . »

Ces deux inscriptions laconiques, nettes et froides, comme celle d'une pierre tumulaire, ont, en effet, ce caractère ; c'est une existence à jamais disparue dont elles consacrent le souvenir. Au-dessous on eût pu écrire : Ci-gît la seule période d'existence paisible et de bonheur simple qu'il fut donnée à Joseph Bonaparte de goûter.

Il faut mettre en parallèle la visite que fit Joseph Bonaparte à Washington, à la veille de son départ, avec celle qu'il avait tenté vainement de faire dix-sept ans avant, quelques jours après son arrivée. Les choses ont bien marché depuis cette époque. Joseph Bonaparte,

* Offert par Joseph-Napoléon Bonaparte à 0. P. Brown. En mer, 15

août 1832.

* Le comte de Survilliers et sa suite sur le navire Alexander^ de Philadelphie à Liverpool.

La famille Hopkinson qui possède cette bouilloire, qu'elle conserve avec une religion toute particulière, reçut de Joseph, quelques jours avant son départ, un encrier en argent composé d'un plateau et de trois godets pour la poudre, l'encre et les pains à cacheter. Au dos du plateau, M. Joseph Hopkinson, à fait graver l'inscription suivante : Aiade at Naples for Charles, who became Charles S rd, King of Spain and taken hy him to Madrid. Afterwards used by Charles 4 tn and Joseph Napoléon, by whom it was presented to Joseph Hopkinson, Jtdy 16 ih fSSS. (Ëscuté à Naples pour Charles, devenu Charles lll, roi d'Espagne et porté par lui à Madrid, puis, employé par Charles IV et Joseph-Napoléon, par qui il fut offert, le 16 Juillet l&3z, à Joseph Hopkinson.

par la correction de son attitude, la loyauté de ses sentiments, la largeur libérale de ses idées et la dignité de sa vie, a su conquérir toutes les sympathies, mériter tous les respects. Le représentant du gouvernement américain va Taccueillir en hôte de distinction, qu'un pays se fait honneur d'avoir traité avec courtoisie et entouré d'une noble protection. L'opinion publique, elle aussi, se déclare hautement pour l'homme qui va partir et qu'elle tient à saluer d'un dernier adieu. Nous sommes loin de l'époque où une feuille américaine ne craignait pas de le qualifier d'aventurier corse et de louer la réserve des hommes au pouvoir à son égard.. Il est profondément honorable pour celui qui ne voulut être si longtemps que le comte de Survilliers d'avoir su opérer ce revirement. Le constater c'est peut-être lui décerner le plus grand éloge qu'il soit possible d'accorder à sa mémoire.

Le 23 juin 1832, Joseph avait écrit à son neveu de Baltimore :

Point-Breze, 23 juin 1832.

Mon cher neveu,

Je compte partir lundi prochain 25, pour Baltimore, où je serai rendu le même jour. Je te prie de faire retenir mon logement à Thôtel de M. Barnum. J'aurai avec moi trois officiers et deux domestiques.

Je compte aller jusqu'à Washington.

Je te prie de me rappeler au souvenir de ton grand père et de ta fenune.

Ton affectionné ODcle.

Joseph.

A monsieur Jérôme-Napoléon Bonaparte. Baltimore'.

Cette fois, il ne fut pas obligé de s'arrêter en route, de retourner sur ses pas, et la National Gazette de Philadelphie put imprimer le 3 juillet 1832: « Dernièrement, le comte de Survilliersa'estrendu à Washington.

Nous gommes heureux d'apprendre qu'il a été reçu par le président et les autres membres du Gouvernement, avec la plus entière courtoisie. Ces derniers l'ont accueilli, non pas en personnage politique, mais comme un çentieman aux idées élevées et de la plus parfaite correction, La conduite du comte, durant un séjour de dix-sept ans dans ce pays, lui a attiré l'estime et l'affection de tous les citoyens américains. Pendant le temps qu'il a gouverné, il a toujours été animé d'un esprit libéral, et jamais il n'a cessé de vouloir le progrès en vue du bonheur de ses sujets.

La sérénité avec laquelle il a supporté la perte de sa grandeur royale, son long exil de France sans qu'il cessât jamais pour cela de j'intéresser aux destinées de la mère patrie.

le respect, Festime et la juste idée qu'il sut se faire des institutions sociales et politiques de la république américaine, l'adaptation parfaite de ses sentiments et de ses habitudes sociales à celles de . l'existence de cette contrée, l'usage très large, mais sans ostentation, qu'il a su faire de sa fortune, — sont des faits qui l'ont mis à part dans notre estime entre les étrangers de ce pays et nous engagent à louer publiquement son caractère et à rappeler l'accueil qu'il a reçu à Washington, accueil dont nous ne parlerions pas dans un cas ordinaire d'ordre privé. »

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