‹ Joseph Bonaparte en Amérique: 1815-1832Chapitre 22 sur 41 · VUE D'ENSEMBLE · texte numérisé non relu

VUE D'ENSEMBLE

Sommaire : Résumé général. — Existence américaine. — Voyages de liquidation. — Gentleman f armer. — Rude franchise et respect. - Années de galère et attaque d'appoplexie. — Tunique de Nessus. — Vie romanesque. — Sagesse moyenne. — « Voyez-vous cette étoile. » — Roi malgré lui. — Mal à Taise. — Sort des bons et des faibles.

— Concentrée en Napoléon. — Les trois quarts du génie.

— Titre et cadre. — L'homme réel. — Le roi Joseph. — Obscur aîné. — Famille et dynastie. — Une attitude, un rang et un rôle. — Royal incognito. — Monarque in partibus, — Expectative. — Marques de faveur. — Non, un simple particulier. — Emotion à Bristol. — Frère de Napoléon et ex-roi. — Conforme au rang passé. — Après dix-sept ans de séjour. — Passé historique. — Fascination du trône. — On n'échappe pas à sa destinée. — Le milieu environnant. — Jusqu'à la mort de Napoléon. — Constatations générales. — Chez lui et lui. — La truelle et la hachette. — A la bonne iranquette. — Galanterie. — Aimable et opulent voisin. — Seules souveraines de Point-Breeze.

— Les meubles d'hier. — Persistante atmosphère. — Chez un grand de la terre. — Poids de deux couronnes. — Faisait et défaisait les rois. — Défensive. — Représailles.

— Polémiste. — Haines vigouretises d'Alceste. — La princesse Charlotte. — Zénaide et la musique. — Un savant.

— Le grand-père. — Les Murât. — Testament de Napoléon.

— La prudence humaine. — Pensées de retour. — Révolution de 1830. — Faire balle. — Père et chef de famille.

— Sur la brèche. — Aphorisme du cardinal de Retz. — Vainqueurs au lieu de vaincus. — La côte anglaise. — Joseph Bonaparte philosophe et républicain. — Arrivée et départ. — Fidèle historien et apologiste.

La période de l'existence de Joseph Bonaparte que Ton pourrait qualifier d'américaine

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se termine ici, au moment de son départ pour l'Europe. Il pourra revenir passer quelques mois aux Etats-Unis ; mais ces nouveaux séjours, assez courts d'ailleurs, n'auront plus le caractère du premier. Ge ne seront, en somme, que des voyages de liquidation de vie pratiquée durant dix-sept années conséci;itives. Il reviendra pour arranger certaines affaires pendantes, prendre, en quelque sorte, congé définitif, irrémédiable, du sol hospitalier où ée sont écoulés tant de jours plus calmes et plus heureux qu'ils n'auraient pu l'être eh n'importe quelle autre contrée du monde.

Le Comte de Survilliers, gentleman f armer ^ bon citoyen, aimable voisin, ami solide entouré d'amitiés sérieuses, bienfaiteur d'une population dignement reconnaissante dont la rude franchise ne faisait que mieux valoir le sincère respect, -^ le comte de Survilliers n'est plus. L^Europe l'a repris et, en le reprenant, lui a imposé son rôle premier, l'a obligé à redevenir Joseph Bonaparte.

Les heures de bonheur et de tranquillité sont évanouies pour jamais. Les ennuis, les chagrins, les tribulations de toute espèce, vont fondre sans relâche. Le chef de la famille Bonaparte succombera à la tâche. L'attaque d'apoplexie qui l'emportera aura été prépa-

rée, amenée par les âpres et amères secousses, les déceptions, les sarcasmes et aussi les contrariétés familiales, dont ces années de galères auront été semées.

En endossant le costume officiel de l'homme public, Joseph a revêtu une sorte de tunique de Nessus qui a brûlé son sang, exaspéré ses nerfs,, paralysé ses muscles et porté la mortelle congestion dans son cerveau surmené.

Il nous faut le quitter (au moins momentanément) au seuil de cette nouvelle incarnation, de cette nouvelle période de sa si bizarre et, pourrait-on dire, si romanesque existence, d'une vie si en dehors de la loi commune et de toutes les prévisions du sens commun, de la sagesse moyenne au-dessus de laquelle bien peu d'hommes savent s'élever.

Le Mémorial de Sainte-Hélène rapporte qu'un jour Napoléon répondit à un contradicteur qui ne pouvait s'élever jusqu'à la hauteur transcendante ' de sa vision des choses, semblait mettre en doute la réalité, la possibilité de ces sphères, hors de sa portée : « Voyezvous cette étoile qui brille au ciel? » On était en plein jour, l'interlocuteur reconnut qu'il ne l'apercevait pas. Alors l'ex-empereur ajouta pour toute conclusion: « Hé bien!

moi, je la vois. » C'était poliment expliquer

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que la différence des vues ne devait pas permettre au bon sens terre-à-terre de s'inscrire en faux contre Fampleur de vol des êtres mieux doués, de génies supérieurs.

Hé bien! Napoléon a voulu placer les membres de sa famille dans quelques-unes de ces étoiles, que lui seul eût peut-être pu habiter, et sans se demander si l'atmosphère en était respirable pour eux. Non seulement cet air ne convenait pas à la nature bienveillante, pacifique et droite de Joseph, mais il répugnait encore aux tendances philosophiques de son esprit, qui, mal h Taise dans un pareil milieu, y étouffant, y suffocant, ne cherchait qu'à s'en échapper, à fuir cette intblérable oppression..

On peut dire que, il ne vécut que malgré lui, l'existence qu'il mena. Roi de par la votonté toute puissante de son frère, puis exilé à la suite de la chute de ce frère ; puis chef politique par devoir d'abord, faiblesse après, de chef de famille, excita, poussé, entraîné par les siens toujours h la remorque. Il eut le sort des bons et des faibles, il subit le ballottement des événements, capable de les juger avec sagesse et même avec une largeur d'intelligence peu commune, mais sans force pour les dominer.

Toute la capacité d'action revenant à sa famille semble s'être concentrée en Napoléon,

aux dépens de ses frères, qui furent tous plus ou moins heureusement doués sous le rap-port intellectuel ; maïs tous aussr de vouloir peu énergique, et surtout peu persistant; dénués de cette ténacité et dé cette résolution que les moralistes considèrent, • pe^t-être avec raison, comme les trois quarts du génie.

En somme, le champ d'investigations circonscrit par les limites qui impliquaient le titre et, par conséquent le cadre de la présente étude, était peut-être lé plus heureusement rencontré pour placer sous le jour qui lui convenait, l'éclairer le mieux, Thomme réel que l'histoire ne possède que défiguré sous lé nom de roi Joseph, pour saisir son vrai. moi.

Certes, les positions occupées, le rôle social joué durant les années impériales ont laissé leurs traces. Le comte de Survilliers ne saurait donner l'idée absolue de* ce qu'aurait pu devenir, être le jeune Joseph Bonaparte ïêsté l'obscur aîné d'une famille çoi*âe, d'illustration toute locale. Napoléon a passé par là, remué profondément, transformé pour jamais tout cela. La famille modeste est devenue dynastie.

De soii passage à travers l'Empire et sur deux trônes, Joseph a gardé, non le goût de la grandeur, non le besoin dé la suprématie, le désir de l'omnipotence, mais une attitude.

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Il ne prétend rien être de sa propre initiative et, cependant, ne parvient pas à oublier qu'il a été quelque chose. Il ne sait plus vivre en bourgeois, quoique né pour la vie bourgeoise. Point-Breeze est un compromis entre les habitudes contractées alors qu'on avait une cour et l'existence commune qu'il consent pourtant de tout cœur à mener.

A Point-Breeze, bon et simple, il se fait accessible à tous ; mais ne se place pas an niveau de tous. Tout dans ses allures, son installation, sa manière de vous recevoir impliquent un rang et un rôle, où le titre de comte ne veut que masquer doucement un autre titre. C'est une sorte de royal incognito. Et tout le monde en a si bien l'intuition que chacun s'empresse de témoigner audit comte des égards, une respectueuse déférence qui le sacrent ou le consacrent monarque inpartibiis. En dépit de sa réserve modeste, par tout et par tous il est traité en majesté tombée. Les hommes du gouvernement qui, à son arrivée, avaient observé dans leurs rapports avec lui une expectative officiellement voulue (constatant par cela même son rang social, en étant l'indirecte reconnaissance) lorsqu'il ne considèrent plus son séjour parmi eux comme la source possible de complications av€|c certains Etats européens, passent sans hésitation de la

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muette hostilité diplomatique à des marques de faveur ne pouvant s'adresser à un simple particulier. Il est visible que Joseph né saurait être ce simple particulier pour eux. C'est ainsi qu'une lettre de lui à M. Lacoste, nous le montre bénéficiant d'avantages spéciaux pour la réception de son courrier.

Le peuple américain suivait dans cette voie les individualités au pouvoir. L'émotion que cause dans la petite ville de Bristol l'arrivée du comte de Survilliers blessé, amené dans la voiture du docteur Phillips n'est pas celle qu'eût produite un citoyen ordinaire. La foule qui suit, grossissant a chaque pas, le nombre des gens venus s'inscrire, la curiosité publique et l'avidité de nouvelles sur tous les points de la ville, — témoignent d'une considération que n'explique pas la situation de simple propriétaire de Point-Breeze. C'est encore ici Joseph Bonaparte, frère de l'empereurNapoléon et ex-roi que la foule voit distinctement sous le déguisement, accepté d'un commun accord, de comte de Survilliers.

Quand à l'entourage immédiat du prince, ainsi qu'aux Français qui venaient lui rendre visite, on sait qu'ils le traitaient invariablement en majesté^ selon l'étiquette conforme à son rang passé.

En définitive, on peut dire que tout le temps

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