‹ Joseph Bonaparte en Amérique: 1815-1832Chapitre 5 sur 41 · L^ARRIVÉE AUX ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

L^ARRIVÉE AUX ÉTATS-UNIS

un personnage important. Mais pourquoi crut-il qu'il s'agissait de Carnot? Nul ne peut le dire et nul ne le saura jamais, sans doute.

L'excellent capitaine, à son arrivée, se rencontra avec des capitaines de sa connaissance et leur fit part de ses soupçons. Voilà comment les journaux de New- York purent insérer que le comte Carnot était arrivé dans leur ville.

Après l'incident du 6, quand les mêmes journaux publièrent que parmi ces Français qui intriguaient tout le monde, se trouvait Joseph Bonaparte, les amis du capitaine Misservey commencèrent à le plaisanter sur son peu de discernement et à rire à ses dépens. Pour lui, le personnage était Carnot, il n'en voulait pas démordre, et disait à qui voulait l'entendre, que les journaux se trompaient et qu'il était certain de ne point avoir amené Joseph. Notre brave loup de nier, cependant, était un homme pointilleux et les rires de ses amis, à son endroit, l'avaient blessé. Il jura en lui-même qu'il saurait bientôt la vérité et tirerait vengeance de cette mystification. Sa résolution prise, il regagne son bord et apprend d'un matelot, l'adresse de ses ex-passagers. Il se rend immédiatement à la maison indiquée et demande à parler à M. Màilliard.

Celui-ci, saisissant aussitôt le motif de la

venue inopinée du capitaine, Taborde en souriant.

« — Jeune homme, exclame Misservey, est-il bien vrai que j'ai amené le roi Joseph, comme le bruit en court.

« — Oui, mon bon capitaine, répond M. Mailliard^ en lui prenant affectueusement les mains, c'est la vérité.

« — Alors je suis perdu de réputation, dit Misservey, on va rire à mes dépens et on en rira encore longtemps. Je vous en veux de m'avoir ainsi trompé. Vous avez couru de grands risques avec les croiseurs anglais, et j'aurais pu les éviter. Croyez-vous donc que si je m'étais douté que le roi Joseph était mon passager, je me serais laissé visiter par eux, comme je l'ai permis. Mordieu ! non. J'aurais plutôt fait sauter mon navire.

« — Eh ! bien, dit M. Mailliard, c'est justement parce que l'on vous savait téméraire, capable de faire ce que vous venez de dire, que l'incognito a été gardé envers vous; vous n'avez rien à regretter, tout s'est passé pour le mieux. Calmez-vous et venez maintenant avec moi, voir le roi Joseph, qui désire vous remercier lui-même.

Joseph le reçut avec son aménité habituelle et dit, en lui offrant un chronomètre, acheté spécialement pour lui :

l'arrivée aux ÉTATS-UNIS 21

« — Je vous prie, capitaine, d'accepter ce souvenir qui vous rappellera M. Bouchard.

Venez me voir quand vous reviendrez aux États-Unis : j'aurai toujours grand plaisir à recevoir un bon marin comme vous.

Et il congédia le capitaine, très satisfait, mais aussi bien décontenancé.

« — Maintenant, capitaine, dit à son tour M. Mailliard, vous pouvez rire aux dépens de vos amis : racontez-leur que vous aviez promis de garder le silence jusqu'à ce jour, que vous saviez fort bien que Joseph Bonaparte était vntre passager. Enfin, montrez-leur ce beau souvenir, c'est le meilleur témoignage de votre bonne foi que vous leur puissiez offrir.

Le capitaine Misservey partit enchanté et jura, en lui-môme, à Joseph, un dévouement de toute la vie. Il tint parole, et chaque fois qu'il pût faire naître l'occasion de présenter ses hommages au roi Joseph, il n'y manqua point et fut toujours bien reçu*. »

Quant au brick Commerce^ qu'une correspondance de New-York, adressée le 9 septembre à V United States Gazette^ fait partir de suite comme pour fuir le danger, il resta au contraire à New- York jusqu'au H septembre et arriva le jeudi 21 à Charleston^.

* Renseignements communiqués par M. Adolphe Mailliard. ^ Charletton Courrier ^ vendredi 22 septembre 1815.

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