Notice des Tableaux du' Louvre , n
de la longue série qu'il devait encore fournir. Il se rendit dans cette ville pour peindre ses études d'après nature; il y passa la fin de septembre et le commencement d'octobre 1763, puis il revint à Paris, et son odyssée se Irouva définitivement terminée.
La suite des Ports de France est la partie la plus universellement connue et peut-être la plus importante de l'œuvre de Joseph Vernet. Outre' que ces tableaux nous laissent voir l'artiste dans la pleine maturité de son talent, on y sent aussi l'ifbmme qui môle sa personnalité aux choses qu'il représente et qui les anime de son propre souffle. Vernet s'est successivement incarné dans les différents pays qu'il a fait poser devant lui, et il nous a laissé de charmants mémoires écrits au courant d'un pinceau facile. On voit se dérouler sur ses toiles sa vie et celle de sa famille pendant les dix années que durèrent leurs pérégrinations. Chaque étude était le prétexte d'une partie de plaisir : on allait déjeuner sur l'herbe; le repas fini, le maître commençait à peindre, et ses convives lui servaient de modèles. Aussi, presque toutes les figures dont il a rempli ses compositions sont-elles des portraits, qui ont leur intérêt particulier à côté du mérite pittoresque de l'ensemble.
Vernet obtint un jour un suffrage des plus flatteurs. Tandis qu'il prenait la vue d'un port, un manœuvre dit, en parlant de lui à l'un de ses camarades, qu'il serait bien aise de voir les ouvrages d'un peintre aussi renommé. « Que verras-tu? lui répondit l'autre. — Tout ce que tu vois 1. »
Jamais éloge plus naïf ne trouva mieux son application.
1. Mémoires de Bachaumont , édition John Adamson. Londres, 1784, t. XIII.
La colonie des artistes au Louvre. — Brevet d'apprentissage de François Vernet. — Bénéfices d'une initiale complaisante. — Obliger nuit.. — Origine des expositions. — Critiques qui ne critiquent point. — Bonheur et succès de Joseph Vernet.
De retour à Paris, Yernet s'installa dans les galeries du Louvre, où le roi lui avait accordé l'un des logements réservés aux artistes depuis l'ordonnance de Henri IV.
Le marquis de Marigny se chargea d'annoncer lui-môme cette bonne nouvelle à son protégé :
« C'est avec bien du plaisir, Monsieur, lui écrivait-il, « que je vous informe de la grâce que le Roy vient de vous « accorder. S. M. vous a donné le logement des galeries du « Louvre, que la mort de M. Galloche 1 a fait vaquer. La « supériorité de votre talent vous a mérité cette marque de « distinction du Roy. Jouissez-en aussi longues années que « je le désire, vous y logerez longtems. Soyez bien perce suadé que c'est avec ces sentiments que je suis, Monsieur, « votre très-humble et très-obéissant serviteur.
« Marquis de Marigny. »
« 1er octobre 1761. »
1. Louis Galloche ( 1670-1761 ), peintre médiocre, fut membre de l'Académie, dont il finit par être nommé chancelier, après avoir passé par tous les grades honorifiques de cette assemblée. On peut voir au Louvre son tableau de réception : Hercule rendant Alccsîe à Admète.
ET HORACE VERNE T
Le brevet officiel suivit de près cette lettre officieuse. Il fut signé par le roi à Versailles, le 28 octobre.
Joseph Vernet allait se trouver dans son véritable élément, au milieu d'une colonie d'hommes distingués qui appartenaient tous aux diverses branches de l'art.
A peine installé, il se mit à battre monnaie, c'est-à-dire à travailler pour des particuliers; car les commandes de l'État rapportent plus de gloire que d'argent, et, n'était le relief qu'elles donnent , elles n'auraient pas grande valeur.
Cependant Vernet peignit encore plusieurs tableaux pour le roi : il fit, entre autres, quatre pendants, les Quatre parties du jour, qui figurèrent au Salon de 4 763, avant d'être placés dans la bibliothèque du dauphin, à Versailles Au Salon suivant, il reproduisit les mômes sujets dans quatre dessus de portes destinés au château de Choisy2.
Joseph, nous l'avons dit, avait une nombreuse famille ; ses vingt et un frères ou sœurs lui avaient donné un nombre incalculable de nevejux et de nièces. Il s'est montré, toute sa vie, très-préoccupé des intérêts de ceux qui tenaient à lui par un lien quelconque, et ce ne fut certainement pas lui qui bénéficia le plus de la célébrité que son talent lui avait acquise.
11 obtint de M. de Marigny qu'on chargeât son beau-frère Guibeit, maître sculpteur à Avignun, d'execuler les cadres des Porls de France.
En 1764, il prit avec lui un de ses frères, nommé François, qui voulait être peintre, afin de le diriger dans ses études. Nous avons retrouvé une pièce intéressante, dont