L'atelier était au rez-de-chaussée
2. Nous devons les indications qui précèdent à l'extrême obligeance de M. Montfort, l'un des premiers élèves d'Horace Veinet.
valet, peignait en se jouant, et, à la fin de la journée, il se trouvait avoir accompli sa tâche mieux que tout autre.
Cette fantaisie serait fatale à ériger en principe; mais la facilité prestigieuse d'Horace Vernet lui servait d'excuse. Chacun a le droit de choisir le mode de travail qui lui plaît. La fin justifie les moyens; c'est en fait d'art que cette maxime, si lâche et si fausse d'ordinaire, trouve sa véritable application. Qu'importe au public la manière dont un chefd'œuvre a été créé, pourvu que ce chef-d'œuvre existe? « Le temps ne fait rien à l'affaire, » est un axiome aussi juste dans un sens que- dans l'autre; il ne faut voir dans la rapidité de l'exécution ni un mérite, ni une excuse, et c'est seulement à l'effet obtenu qu'il appartient de démontrer si elle est un défaut ou une qualité de l'esprit.
Horace s'était moins rapproché que son père du gouvernement restauré; il n'avait pas les mêmes raisons d'âge et de reconnaissance pour saluer le retour des Bourbons. Né au début de la Révolution, élevé au bruit du canon qui balayait peuples et rois d'un bout de l'Europe à l'autre, il appartenait corps et âme au nouvel ordre de choses , et était très-imbu des idées progressistes qui commençaient à germer en France.
Cependant, il ne voulait pas se mettre en opposition manifeste avec son père, qui cherchait en revanche tous les moyens de le convertir à ses propres idées. Un jour, Carie lui amenait dans son atelier le duc de Berry; un autre jour, il le faisait inviter aux chasses du prince. Horace était obligé d'inventer chaque fois un prétexte nouveau pour décliner ces honneurs.
Sur ces entrefaites, le père et le fils partirent ensemble pour l'Italie. Carie voulait sans doute soustraire Horace aux influences qui pesaient sur son esprit, et qui pouvaient,
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craignait-il, compromettre son avenir. Il n'y avait pas, en tout cas, de meilleur complément d'éducation pour un jeune artiste.
Us se mirent en route au commencement de 1820.
A peine arrivé à Rome, Horace écrivait à son oncle Livio une lettre dont nous citerons de longs extraits, non-seulement parce qu'elle donne des renseignements sur la jeunesse de l'artiste, mais parce qu'elle montre en outre quel était le courant de ses idées, à cette époque de transition où l'homme commençait à paraître en lui.
« Rome, le 3 mars 1820.
Mon cher Oncle 1,
« Que de remerciements ne te dois-je pas pour la lettre que tu nous as adressée à Rome ! tu sais combien on se trouve heureux, quand on est éloigné, de recevoir des nouvelles des personnes qu'on aime ; tu dois juger de mon bonheur en recevant des tiennes. Nous faisons un charmant voyage, et, ce qu'il y a de très-remarquable, c'est que mon père n'est pas trop exigeant, et que nous sommes en très-bonne intelligence. Ainsi, tu vois que rien ne me manquerait, si vous étiez tous avec nous...
« Je vais me mettre à peindre. J'en ai grand besoin! Tu penses que, dans ce beau pays qui a inspiré tant de peintres, je ne puis rester sans en ressentir l'influence , et j'espère que mon premier essai me réussira. Je compte faire la massa, ou, autrement dit, le départ des chevaux aux
1. Le fils aîné de Joseph Vernet, qui avait renoncé à son nom italien de Livio pour se faire appeler Louis , était receveur général du tabac à Avignon , en 1789 , au moment de la mort de son père. Depuis , il fut successivement directeur des vivres de la marine à Brest , et agent en chef des équipages des vivres des armées du Nord et de Sambre-et-Meuse.
courses du carnaval. A propos de carnaval, vous en avez eu un bien triste à Paris. Quelle affreuse catastrophe 1 ! Nous n'en avons appris la nouvelle qu'à Naples : mon père en a été foudroyé. Tu sais quelles étaient ses liaisons avec le prince, et tu juges de l'effet qu'a dû produire sur lui un pareil malheur...
« Nous avons assisté au service qui a eu lieu à Saint- Louis-des-Français : cette cérémonie peut être bonne pour l'âme du malheureux défunt, mais, pour ceux qui y assistent, elle est du plus grand ridicule, surtout en Italie, où ça a plus l'air d'une fête que d'une cérémonie funèbre. Quand serons-nous assez philosophes pour pleurer sans ostentation et sans mettre nos regrets en musique?
« J'espère tirer un grand fruit de mon voyage, non-seulement sous le rapport de l'art, mais aussi pour la connaissance que j'ai acquise de moi-même. C'est dans le choc des passions qu'on définit celles qui doivent vous mener à bien, ou celles qui doivent vous maintenir dans une fausse route. Je fais là-dessus mes observations et je compte en tirer un bon parti. D'ailleurs, il est temps de penser sérieusement, car l'âge arrive sans qu'on sen doute , et lorsqu'on veut faire un effort pour devenir meilleur, les forces vous manquent et l'âme ne peut pas plus se redresser que les reins...
« Nous avons fait plusieurs courses pour voir les maisons que mon grand-père a habitées, celle où tu es né et l'église où tu as été baptisé. Toutes ces choses ont un grand charme pour moi. Je regrette de ne pouvoir te le faire partager, mais ma mauvaise éducation me refuse le moyen d'exprimer ce que je sens. Les termes me manquent, et quand par