A M. M ONT FOR T
« Du désert d'El-Arisch.
« Il y a vingt-cinq ans, mon cher ami, que vous étiez mon élève ; pardonnez-moi de continuer à vous parler comme si vous l'étiez encore. Tout ce que je vous dis, vous
le savez déjà. Regardez ce que je vous écris comme une conversation , où seulement notre langue est au bout d'une plume. Ah! si nous étions ensemble, de combien de détails qui m'échappent ne causerions-nous pas ! Hier encore, en arrivant à Katych, j'aurais voulu vous tenir là, près de ce puits, où toutes ces filles arabes viennent le soir chercher de l'eau. C'étaient les filles de Jethro, Rebecca et ses compagnes; que sais-je? Je n'étais plus l'homme de la rue Saint-Lazare, en les voyant remplir leurs cruches et ensuite les auges, pour que le voyageur et sa monture puissent se rafraîchir, s'il n'a pas de corde pour descendre son outre. Là, plus que dans d'autres circonstances, nous avons pu observer. Pour la première fois, depuis notre départ du Caire, nous pouvions faire notre toilette sans économie de liquide; nous étions presque vêtus comme notre premier père. Force était de cacher nos corps blancs derrière un petit mur qui ne laissait apercevoir que nos têtes brûlées par le soleil et nos crânes rasés. L'humilité de notre position ne leur donnant aucune inquiétude, ces belles filles, si grandes, si bien découplées, se livraient à une conversation assez animée, pour que je puisse supposer qu'elles parlaient des commérages de leur tribu. N'importe; elles n'en formaient pas moins le tableau le plus admirable des mœurs si bien décrites dans l'Écriture. Il était vrai, celui-là, sans système, sans goût d'école; le ciel était bleu, le sable jaune, le sang circulait sous la peau bronzée de ces bras qui soulevaient ces lourdes cruches pour les placer sur l'épaule. Combien, ce spectacle si frappant et si nouveau ne m'a-t-il pas fait réfléchir! Rentré sous la tente, je ne pouvais dormir, tant j'étais préoccupé. L'Italie, l'Allemagne, la Russie, jusqu'à l'Angleterre, Réapparaissaient avec toutes les peintures qu'elles possèdent. Mon imagination réunissait tous
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les chefs-d'œuvre dont elle a conservé la mémoire; j'admirais avec quel art nos grands maîtres sont arrivés, chacun dans sa spécialité, si près du sublime, et je me demandais : « Mais pourquoi donc ne cesse-t-on de nous dire, quand « nous sommes élèves, que la grandeur du style est incompa- « tible avec la représentation scrupuleuse des objets ma- « tériels? » Rien n'était cependant plus noble que la scène qui venait de se dérouler devant nos yeux; l'action que je lui prêtais, en me reportant à deux mille ans en arrière, ne changeait rien à la forme. Je suis loin de dire qu'il ne faille pas faire un choix dans la nature; mais c'est cela seul que nous devons chercher chez nos devanciers pour abréger la route, sans imiter ce qui constitue le caractère de leur talent. Chaque peintre perçoit la nature sous un aspect particulier, en raison de la tendance de son esprit, de l'austérité de ses mœurs ou du dévergondage de son imagination. Tous les artistes ne se plaisent pas dans la môme voie et ne fréquentent pas les mêmes lieux. Chacun a donc une direction. L'esprit d'un jeune homme qui vient pour cultiver les arts est pour ainsi dire comme la voix d'un chanteur que le maître développe dans le sens que la nature lui indique, s'il est ténor ou basse-taille. David, qui, avec un grand talent, a rempli la condition la plus élevée de la peinture héroïque, s'est montré dans son école supérieur à tant de maîtres qui n'ont fait que des imitateurs de leurs propres facultés. David, qui, malgré ses efforts, n'a pu exécuter qu'une partie de ce que son œil percevait devant la nature, a été plus grand maître que grand peintre. Girodet, Gérard, Gros, Isabey, Granet, Ingres, etc., sont sortis de son atelier, entiers de leurs facultés naturelles et éclairés sur le bon emploi qu'ils devaient en faire. Aussi est-ce le seul exemple de l'existence d'une école sous l'influence d'un
JOSEPH, C ATI LE
grand maître, qui n'ait pas été suivie d'une décadence.
« Pardon, mon cher ami , si je me suis laissé entraîner à une digression qui est bien p?u en rapport avec toutes les émotions que j'éprouve ici. Vous la trouverez toute naturelle, quand vous connaîtrez le sentiment qui m'y a entraîné ; c'est celui de mon infériorité. »
« Jérusalem , 11 décembre 1839.
« Ah! nous sommes à Jérusalem! oui, chère Louise, nous y sommes, et déjà j'ai entre les mains des souvenirs pour vous, car nous sommes allés à Bethléem : j'ai dans ma poche des pierres du rocher sur lequel le berceau, était placé, et de celui sur lequel la Vierge était assise lorsque les Mages sont venus pour adorer le divin Enfant. Je ne te parle pas des chapelets, etc., le tout bénit devant moi sur les places consacrées.
« J'ai à te raconter notre voyage, qui a été, comme à l'ordinaire, des plus heureux et fort pittoresque. Vu la guerre, nous n'avons pu trouver, pour nous mener à un certain village qui est situé à deux jours de marche au delà de Gaza, qu'un vieux cheikh du mont Sinaï. Il ne voulait pas aller plus loin que ce bourg qui se nomme Dâri, dans la crainte de rencpntrer une tribu ennemie. On nous assurait que c'était le chemin le plus court, et qu'il nous serait facile de trouver là des moyens de transport pour Jérusalem, qui n'est qu'à un jour et demi, de marche. Nous voilà donc en route par le désert, le consul et plusieurs Français nous faisant la conduite jusqu'à deux lieues. Le moment des adieux avait quelque chose de grave, au milieu des tombeaux des kalifes, ne voyant plus devant nous que du sable et n'ayant, dans cette mer de sable, d'autre boussole que l'intelligence de notre vieux cheikh, qui, depuis l'expédi-
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tion des Français à Saint-Jean d'Acre, n'avait pas revu le pays. Notre caravane se composait: 4° d'un cuisinier; 2° d'un drogman n'ayant qu'une oreille, espèce de Figaro faisant de la chirurgie, parlant toutes les langues, certainement renégat, et, comme ces gens-là, ami de tout le monde, vidant tous les restes de bouteilles, brisant par hasard celles qu'il a bues, mais du reste intrépide, bon garçon et faisant bien son métier de conducteur. Au lieu d'aller par Suez, nous avons pris par Salhich, afin de suivre la route de l'armée française. Il faut des souvenirs pour trouver de l'intérêt à longer le Delta, qui n'offre pour toute ressource que de temps en temps quelques bouquets de palmiers, sous lesquels habitent de misérables fellahs, dans des huttes de terre, où, par philanthropie, nous ne mettrions pas nos cochons. Ces misérables n'ont qu'une qualité, celle de voler fort adroitement les voyageurs. Aussi chaque soir prenions-nous de savantes dispositions, et arrangions-nous nos armes, de manière à nous en servir promptement.
« Pour arriver à El-Arisch, nous n'avons pendant douze jours rencontré qu'un seul groupe d'Arabes à cheval, qui sans doute nous ont trouvés trop imposants et qui se sont contentés de nous suivre pendant deux lieues à peu près.
« En arrivant à El-Arisch, le pays prend un aspect bien caractérisé. Ce n'est plus que du sable amoncelé par buttes, sur l'une desquelles se trouve une oetite forteresse environnée de quelques mauvaises maisons. Au milieu s'élèvent une centaine de palmiers, semblables à des plumeaux, qui ont l'air de dire : « Venez vous épousseter ici. » En effet, on en a grand besoin; mais je t'avouerai que c'est la dernière chose à laquelle on pense. De l'eau! de l'eau! de l'eau fraîche! Voilà ce qu'on cherche. On en trouve d'assez bonne, c'est-à-dire on en trouve qui n'a pas été battue dans des
JOSEPH, C A RLE
outres. En voyageurs intelligents, notre première visite (pour nous rendre compte de la position militaire) a été chez le gouverneur, gros Turc louche, assis dans une espèce de lieu où les paysans en France font la lessive. Auprès de lui, se trouvait un soi-disant secrétaire en cire jaune, louche aussi, mais tous deux très-aimables et trouvant qu'un mouton énorme que nous venions d'acheter 4 5 francs n'était pas trop payé. Quant a moi, malgré le déplaisir d'avoir vu égorger l'animal à nos pieds, j'ai joui comme l'aurait fait le fameux d'Aigrofeuilleen mangeant une tranche de gigot, car je commençais à renâcler sur la poule.
« D'El-Arisch à Gaza, le pays change de figure. Le sable se couvre de petits buissons; puis on commence à rencontrer des pierres, puis des troupeaux; enfin, on entend un peu de bruit. Le silence est encore une chose qui fait une véritable impression; on cherche pendant longtemps ce qui manque à la vie, et tout à coup le moindre petit vent vous révèle le grand mystère de l'isolement. Oh ! profondeur de l'abîme! C'est donc pour cela que le dromadaire a le pied comme l'éponge, qui n'a pas le droit de dire : « Jamais l'orage ne troublera la pureté de la source lim- « pide? » [Château pas tout a fait brillant.)
« Ne va pas croire cependant que la gravité des pensées inspirées à nos esprits par de si grandes circonstances a le moins du monde altéré notre gaieté.
« Charles , vêtu à la turque le plus purement possible, avait trouvé bon de joindre à son costume une veste de velours, une cravate et un bonnet de coton; et, brochant sur le tout, pour ne point effrayer les gazelles, il passait de temps en temps une chemise sale, afin d'être aperçu de moins loin. Nous nous en sommes donné de rirejusqu a Gaza, où devait avoir lieu le seul événement fâcheux de notre voyage.
« Avant de te dire de quoi il retourne, je veux te donner une description de cette fameuse ville dont Sàmson a enlevé les portes. Si tu as de la mémoire, tu te rappelles que tu m'as connu, sans barbe grise. J'en ai une superbe maintenant; je suis donc changé. Gaza a fait de môme. Pour éviter le renouvellement de fâcheux souvenirs, les maisons ne sont pas fermées, et, par mesure de santé, nous avons cru devoir planter nos tentes dans le milieu de la grande place, malgré de gros nuages suspendus sur nos têtes. Après avoir fait un bon souper du reste de notre mouton d'El-Arisch, après nous être bien couchés sur nos tartelettes de lits, après nous être laissés aller au plus délicieux sommeil, tout à coup nous nous réveillons flottant et soulevés par l'eau. Un orage affreux venait d'éclater , et en quelques minutes le lieu charmant que nous avions choisi, malgré quelques charognes qui en faisaient l'ornement, se transforma en une espèce de naumachie, de laquelle nous sommes sortis quant à nos personnes, mais où nous avons laissé tous nos effets, qui ont pris une leçon de natation. De onze heures du soir à six heures du matin, il a fallu attendre. Heureusement, nous étions à côté du cimetière, où, grâce à la peste qui a enlevé il y a trois mois les deux tiers des habitants, nous avons trouvé de très-jolis tombeaux, sur lesquels nous sommes restés perchés jusqu'au jour. « Mais enfin , après V orage, On voit venir le beau « temps. )) [Tableau parlant.) En effet, le soleil parut, et au même moment un long nez, au bout duquel se trouvait un visage; ce visage étaii jsous un parapluie jaune et noir, et surmontait un grand corps pris dans une petite redingote. L'ange Gabriel ne nous eût pas fait plus de plaisir avec ses formes divines, que cette espèce de Sangrado, quand il nous apparut. Nous courûmes à lui. C'était un Napolitain, agent
sanitaire, remplissant les fonctions de médecin et venant nous demander de guérir son enfant, qui avait mal aux yeux. Vite, je lui offre mes services; je porte ma pharmacie. En une minute, nos bagages encombrent toute sa maison. Nos chameliers s'emparent de tous les coins. Nous voilà maîtres du logis. Notre Pulcinella n'avait pas un nez pour des prunes. H sentit tout de suite qu'il y avait de l'argent à gagner et du macaroni à avaler. Aussi nous donna-t-il • l'hospitalité, et, au bout de quelques heures, nous étions séchés, réchauffés et prêts à repartir. Cependant, nous avons trouvé plus sage de faire une bonne nuit à couvert et ne nous sommes mis en route que le léndemain matin.
« De Gaza à Dâri, rien de remarquable qu'une nouvelle nature; car, du moment où on entre en Syrie, c'est un tout autre aspect. Le pays devient montagneux, sans cependant être plus fertile. Dâri est un village arabe par lequel ne passent que certaines caravanes, mais jamais de voyageurs. Rien n'est comparable à ce repaire de brigands. Il y aurait trop à dire sur ce sujet, tu sauras seulement que nous avons été retenus un jour et demi parmi les gens les plus pittoresques du monde. Tandis que ceux d'entre nous qui dormaient étaient en sécurité, les autres faisaient la garde, le pistolet au poing ou le sabre à la main.
« Après avoir payé d'avance le prix de six chameaux que nous avions pu obtenir avec peine pour nous conduire ici, à trois heures du matin nous nous sommes mis en route par des montagnes pierreuses, descendant perpendiculairement ou montant comme des 'échelles. L'inquiétude de nos conducteurs nous paraissait singulière. Au bout de quinze heures de marche, tout nous a été expliqué. Au tournant d'un petit chemin nous nous sommes trouvés tout à coup dans une prairie, au bout de laquelle sont ce qu'on
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appelle les vasques de Salomon. Ces vasques ne sont autre chose que trois immenses bassins taillés dans le roc, et qui fournissent de l'eau, à neuf lieues de là , à toutes les fontaines de Jérusalem. Une jolie forteresse arabe d'un style original s'élève au pied de la montagne. Rien n'est plus inattendu que cette délicieuse décoration ; mais ce qui complétait le tableau d'une manière mirobolante, c'était un camp de cavalerie commandé par le gouverneur de Jérusalem, et disposé à marcher le lendemain contre Dâri et ses habitants, qu'on allait châtier pour quelques peccadilles, comme, par exemple, d'avoir assassiné plusieurs officiers, volé 80 bœufs et 40 chameaux, etc.. Nos conducteurs voulurent passer bien vite, mais le gouverneur nous fît inviter très-poliment à ne pas aller plus loin et nous pria de vouloir bien rester la nuit auprès de lui. Juge de ma joie de me trouver au milieu d'un bivouac semblable : des lances emplumées, plantées au milieu des chevaux, des Arabes, des Turcs couchés à droite et à gauche, les drapeaux en faisceaux devant la grande tente noire du commandant, enfin tout ce qui pouvait compléter une scène de mélodrame. Quoique fort poliment arrêtés, nous ne savions pas trop à quelle sauce manger le poisson. Cependant nous avons marché franchement vers le quartier général, pour remercier de l'invitation qu'on nous avait si gracieusement envoyée. Le gouverneur nous accueillit à merveille, nous dit que n'étant pas à Jérusalem pour nous recevoir il ne voulait pas manquer l'occasion de faire notre connaissance, êtc... Par ses ordres, on apporta un mouton pour nos gens, et il exigea que nous restassions à souper avec lui. Ce souper est la chose la plus bizarre du monde; ce n'est point un repas, mais une vraie curée. Après la pipe et le café, et encore le café et la pipe, chacun est allé dor-
mir. Au petit jour, un grand coquin d'Albanais nous a apporté des tartelettes au beurre, qu'on appelle foutir. Il a fallu recommencer le café et la pipe; puis est venue l'inspection de nos armes: nos fusils, nos pistolets, nos sabres, tout a été regardé, admiré. Il a fallu prouver qu'elles étaient bonnes, et j'ai eu la gloire de briser une pierre d'une balle à cinquante pas. Cette petite circonstance n'a pas nui à la considération que notre tenue guerrière avait déjà inspirée, et, pour terminer les choses d'une façon convenable, j'ai gracieusement offert au gouverneur une petite longue-vue, qui a été acceptée avec reconnaissance.
« Nous avons repris rîos montures, et deux heures après nous étions dans Bethléem! Voilà, chère amie, de ces événements qui donnent aux voyages tant de charmes: à peine une émotion passée, une autre toute différente commence. En arrivant sur le haut d'une montagne, on voit tout à coup Bethléem, de l'autre côté d'un ravin profond. Le cours de mes idées a changé avec autant de rapidité que si j'avais fermé un volume pour en ouvrir un autre. Je n'ai plus vu que des bergers, des mages, de pauvres petits enfants égorgés et un berceau, duquel est sorti une législation qui devait changer la face du monde. Ce n'est pas impunément qu'on se trouve sur le théâtre de si grands événements. Ce qui doit élever l'âme ne perd pas à être vu de près, et ce petit village en ruine parle bien plus au cœur que ces grandes pyramides qui n'étonnent que les yeux. Après avoir tout visité dans le couvent, nous sommes repartis pour Jérusalem, où nous sommes arrivés au soleil couchant, malheureusement du côté par lequel la ville se présente de la manière la moins avantageuse. A peine entrés, nous nous sommes enfournés dans de vilaines petites rues. Arrivés au couvent, le supérieur, pour lequel j'avais une
lettre de recommandation du révérendissime, nous a fait donner à souper, et tout de suite nous nous sommes fourrés dans nos lits, plaisir que nous n'avions pas goûté depuis dix-huit jours.
a Tu crois peut-être que je vais commencer ici une description; pas du tout, la suite à demain, c'est-à-dire à la semaine prochaine, car demain nous partons pour la mer Morte, le Jourdain, etc. Dans trois jours nous serons de retour, et j'ai besoin de reprendre ma respiration.
« Adieu, chère amie. Voilà bien du papier barbouillé, et comment?... J'en suis honteux; ne m'humilie pas en laissant qui que ce soit lire ce bavardage : un style et une orthographe de cuisinière ! Au reste, pourvu que tu saches combien je t'aime, que Delaroche et sa femme soient persuadés qu'ils sont tout pour moi, que m'importe le reste? »
« Acre , 26 décembre 1839.
« Tu vois par le lieu d'où je date cette lettre, chère amie, que nous avons quitté la route de Damas pour revenir du côté de la mer. En voici la raison : le fameux Soliman- Pacha est à Sidon. Il m'importait de le voir avant Ibrahim. Le détour est peu de chose. Dans trois jours nous serons à Beyrouth.
« Je t'ai quittée à Jérusalem. Nous y sommes restés neuf jours. J'avoue que je ne me croyais pas susceptible de prendre tant d'intérêt à des lieux dont on a lait tant de descriptions. C'est bien pour la partie matérielle; mais il y a une impression individuelle qui vient toujours à l' improviste vous surprendre au moment où vous vous y attendez le moins...
« Nos muletiers viennent de me déranger, pour me dire qu'il fallait nous mettre en route... — Adieu. »
JOSEPH, CAR LE
« Sidori, 5 janvier 1840.
« Notre voyage se fait toujours comme sur des roulettes. Cependant, de Saint-Jean-d' Acre ici , le beau temps nous a tourné le dos , et le mauvais a bien repris sa revanche. Malgré tout, nous n'en sommes pas moins bien portants, gais comme des pinsons, et mangeant comme des loups les fameux dîners de Soliman-Pacha, chez lequel nous sommes retenus par le débordement d'une rivière qui nous empêche de passer. Le soleil est brillant ce matin ; et demain sans doute nous pourrons nous remettre en route pour Damas.
« Le premier janvier, nous nous sommes embrassés, en pensant chacun à ceux qu'il aime. Tandis que nous étions étendus parterre, mouillés jusqu'aux os, nos esprits étaient au milieu de vous. Quant à vous, je vous voyais; nous nous baisions comme des pauvres, et Rabadabla, cher petit!... Allons, courage! dans deux mois, toutes ces fictions seront des réalités.
« Adieu. «