‹ Joseph, Carle et Horace VernetChapitre 26 sur 42 · A MONSIEUR HORACE DELAROCHE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR HORACE DELAROCHE

Colonel du Royal-Gamin, à Paris.

« Saint-Pétersbourg, 29 octobre 1842.

« Cher petit-fils,

« Je viens de voir fameusement de soldats de toutes les grandeurs ët de toutes les couleurs, et sur de fameux chevaux qui n'étaient pas de bois; mais ce qui t'aurait bien amusé, c'est un régiment turc. Ah! ceux-là, en voilà de mirobolants avec leur fusil, leur sabre, leur poignard et leurs pistolets! Figure-toi qu'ils se servent de toutes leurs armes debout sur leur cheval, et qu'ils tirent au but aussi bien que s'ils étaient â pied ; mais ce qui te ravirait, c'est qu'ils ont avec eux leurs petits garçons qui font la même

chose que leurs pères. Il y a, en outre, un régiment tatar; ceux-là sont aussi bien bons, mais dans un autre genre; ils ont des lances comme la tienne, et, quand ils s'en servent, ils visent aux yeux. J'espère qu'à mon retour tu seras aussi adroit qu'eux et que je trouverai toutes les personnes de notre connaissance, si ce n'est aveugles, au moins borgnes. Songe bien à cette recommandation. — J'oubliais de te dire que les chevaux des Turcs ont des robes de chambre en étoffe magnifique. Je te conseille d'en faire faire une à ton cheval de bois avec la plus belle robe de ta mère. Lala la choisira sans rien dire, et lorsqu'on te verra monté sur la bète, ta mère sera dans l'enchantement, je la connais.

« Adieu, cher petit-fils. Suis toujours les conseils de ton vieux grand-père. Sa longue expérience se voue entièrement à diriger toutes tes actions. N'oublie donc pas d'aveugler ou au moins d'éborgner tous nos amis, et de choisir la plus belle robë de ta maman pour couvrir ton cheval , mais ne touche jamais à mes affaires ; je me réserve le plaisir de les travailler à ma façon.

« Il faut ménager ton petit frère Philippe. Tu es plus grand que lui; tu lui dois protection. Aime-le bien, car j'ai vu dans le journal qu'il t'aimait tendrement. Ëmbrasse-le pour grand-père, qui vous aime tous deux comme une vieille bête, puisque de ne pas vous voir lui fait tant de chagrin.

« Adieu, cher petit. Sois heureux autant que nous le dé^ sirons tous.

« Horace Vernet. »

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