Lettre publiée par M. Lagrange
16 JOSEPH, C A RLE
il était venu, sans même obtenir la moindre audience! On lui expliqua les causes de sa mésaventure. Il ignorait, dans sa naïveté provinciale, que la clef qui donne accès auprès des grands est d'or, ou, à tout le moins, d'argent. Son ami l'engagea à renouveler l'épreuve, après lui avoir fourni des instructions formelles sur la conduite qu'il devait tenir. Il alla donc frapper une seconde fois à la porte de Son Éminence , remit la buona mano à qui de droit , et fut aussitôt introduit avec tous les égards dus à ses baïoques. Le cardinal examina les tableaux en parfait connaisseur, les acheta sans même en demander le prix, et donna l'ordre de compter quatre louis à Joseph. Cette bonne aubaine permettait du moins au jeune peintre de rester encore quelque temps à Rome, et d'y continuer ses études d'une manière sérieuse.
Il travailla successivement dans l'atelier de Bernardino Fergioni et dans celui de Manglard; mais ce fut surtout la nature qui se chargea de son éducation. Le soleil est le meilleur, maître des paysagistes. Vernet le savait bien : il explorait la campagne tout le jour, et peignait ce qu'il voyait. Ses yeux avaient une perception très -nette des objets et une mémoire infaillible. Ce qu'il avait regardé une fois, il ne l'oubliait jamais. Il se préoccupa surtout de la coloration et chercha à se rendre un compte exact des effets si variés et si fugitifs de la lumière. Vers la fin de sa vie, il racontait à l'un de ses amis 1 comment il était arrivé a rendre les différentes teintes de l'atmosphère : il devait, disait-il, ce résultat aux études minutieuses qu'il avait faites dans la campagne de Rome. Un jour, il avait peint un ciel du bleu le plus transparent, et ses reflets sur tous les objets