‹ Joseph, Carle et Horace VernetChapitre 6 sur 42 · Archives de l'Art français, t. II, p · texte numérisé non relu

Archives de l'Art français, t. II, p

seulemenf en 1753 qu'il faut placer la date de son retour définitif.

Il eut grand'peine, on le voit, à quitter Rome. Cette ville exerce en effet une singulière influence sur les gens qui l'habitent pendant un certain temps. C'est une sorte de Capoue, mais une Capoue bienfaisante, où l'esprit, loin de s'engourdir, reçoit chaque jour un aliment nouveau. Les artistes trouvent là de plus comme une seconde patrie. Vernet aurait pu, à l'exemple de beaucoup d'autres voyageurs, s'y fixer jusqu'à sa mort; mais il avait un vif désir de revoir son pays, auquel il devait demander, pour en jouir pleinement, la consécration de sa célébrité. Il se détacha donc du sol de l'Italie en s'y reprenant à plusieurs fois, comme un amoureux qui abandonnerait malgré lui une maîtresse adorée.

Il n'eut pas seulement à vaincre sa propre sympathie pour cette terre enchantée : le pape voulait à toute force le retenir, et se montra très-afïligé de son départ. Il alla môme, assure-t-on, jusqu'à rendre un édit par lequel il défendait qu'on laissât sortir de ses États un seul des tableaux de Vernet.

L'année même de son retour (4753), Joseph présentait à l'Académie de peinture et de sculpture un Soleil coud tant, qui le faisait aussitôt nommer membre de ce corps illustre.

En signe de bienvenue, Louis XV le chargea de peindre tous nos ports de mer, et il dut se mettre sur-le-champ en mesure d'exécuter cette commande, pour laquelle on lui avait donné par écrit les instructions les plus détaillées1.

1. Ce curieux document nous a été conservé. Si le lecteur ne veut pas recourir au texte même publié 'dans les Archives de l'Art français (t. IV, p. 139 et suiv.), il peut voir les extraits qui en ont été donnés par M. Villot dans son catalogue dé V Ecole française.

Dès lors, Joseph Vernet mena avec sa famille une vie complètement nomade.

La longue tournée qu'il avait à faire pour visiter les points les plus importants du littoral de la France devait commencer par le Midi, et c'est à Marseille qu'il se rendit d'abord. *

Arrivé dans cette ville au commencement d'octobre 1753, il se mit à peindre ses deux premiers tableaux

Un an après, il était à Toulon, et il allait habiter pendant quelque temps le château de Bandol, pour prendre une vue du golfe de ce nom 2.

En 4755, fatigué du long exil auquel l'astreignait son travail, il vint passer trois mois à Paris avec sa femme. « Le t% août, le marquis de Marigny, directeur général des « bâtiments, jardins , arts et manufactures du roy, présenta « à S. M., dans les grands appartements (de Versailles), « quatre tableaux de M. Vernet, peintre de marine du Roy, « l'un des membres de l'Académie royale de peinture et de « sculpture les plus distingués. Ces tableaux sont le com- « mencement de la collection que M. Vernet doit faire de « tous les ports du royaume, par ordre de S. M. Les deux « premiers représentent les viios intérieure et extérieure «du Port de Marseille ; le troisième, la Pêche du thon, « et le quatrième, la Vue du Port neuf de Toulon. Le Roy « considéra longtemps ces ouvrages, et donna des marques « publiques de sa satisfaction à M. Vernet 3. »

1. Notice des Tableaux du Louvre , École française, nos 592 et 593. Dans la vue prise de la Tête-de-More , Joseph Vernet s'.est représenté avec les différents, membres de sa famille, et il a fait le portrait d'un centenaire célèbre, Annibal Camoux , qui avait déjà à cette époque 117 ans.

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