‹ Joseph de MaistreChapitre 10 sur 14 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Maladie de J. de Maistre. — Les derniers moments. — Lettres de Constance., — L'agonie. — La mort. — Le vrai Joseph de Maistre. — Conclusion.

Tant de luttes et de soucis, un effort si constant de production, de lectures et de travail finirent par user l'énergie de ce robuste lutteur et par compromettre une santé qui avait bravé la rigueur des climats et des voyages. En 1819, Joseph de Maistre avait encore un an à vivre. Il sentit venir la fin et, en chrétien convaincu, il se prépara à la mort avec une courageuse sérénité. La paralysie le gagnait. Vers le mois de janvier 1821, il ne quitta plus le lit. De temps à autre, des lueurs d'espoir illuminaient comme une aurore le crépuscule où il s'éteignait. « Aujourd'hui, écrivait-il, le 22 janvier, je commence à être beaucoup mieux... Cette année verra paraître une seconde édition bien perfectionnée Du Pape et l'ouvrage sur l'Eglise gallicane... D'autres années, si Dieu me les accorde, produi-

ront d'autres choses ; mais, comme vous savez, à chaque jour suffît sa malice... C'est un tourment pour moi de ne pouvoir dévorer les ouvrages de M. de H aller. »

Joseph de Maistre garda jusqu'au bout la lucidité de sa belle intelligence. L'abbé Rey, qui en a rendu témoignage, considérait comme une faveur providentielle cette persistance de la pensée dans une maladie qui étouffe si vite les facultés mentales.

M. Latreille a publié, dans la Quinzaine du 16 juillet 1905, deux lettres de Constance de Maistre sur la mort de son père, dont les derniers moments étaient jusqu'alors peu connus.

Sa fille Constance avait un véritable culte pour son père. Elle travaillait avec lui, lui servait de secrétaire, l'aidait dans ses travaux et ses recherches, et il n'était vraiment satisfait que lorsqu'il avait, comme il disait, sa chère Constance sous la main. C'est elle qui l'a le mieux compris, et le plus profondément aimé. Elle le considérait (c'est son mot) comme une divinité terrestre.

Le 28 janvier 1821, il fut presque impossible à de Maistre de se lever et, à partir de ce moment, le mal fit des progrès rapides. Depuis plusieurs jours, on ne lui avait pas laissé ignorer la gravité de son état, et le P. Bossi lui préposa même de remplir ses devoirs religieux. De Maistre y avait déjà songé, mais il avoua qu'il crai-

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