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Et comme, approuvant ce reproche, l'amphytrion pressait son hôte d'esquisser le projet d'un monument-groupe où les deux frères seraient réunis, l'artiste accepta, à la condition qu'un des convives, ancien élève de l'École des Beaux-Arts, ferait le croquis du socle destiné à supporter le groupe.
Le lendemain, avant son départ, l'artiste remettait à ses commensaux de la veille (i) une ébauche représentant l'épisode de Lausanne. Le philosophe, assis, une plume à la main droite, tenant de la main gauche, sur ses genoux, un manuscrit déroulé, se tourne légèrement vers son frère qui, revêtu de l'uniforme d'officier au service du roi de Sardaigne et appuyé au fauteuil de Joseph, attend l'arrêt du critique, sans se douter que le futur auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg vient de découvrir un chefd'œuvre dans le Voyage autour de ma chambre.
Le () mai 1784, Joseph de Maistre suivait, anxieux, l'ascension de Xavier dans les nuages. L'un et l'autre, ils auraient pu dire : Quo non ascendant ? C'est bien dans l'immortalité vraiment, comme les deux Corneille, qu'ils sont entrés, la main dans la main (2) ; mais ils l'ont
(i) L'écrivain se nommait Lanfrey ; le peintre s'appelait Chenavard ; le troisième convive était un architecte distingué de Chambéry, M. Joseph Revel.
(2) M. Durand-Morimbeaux. — Discours sur Xavier de Maistre.
ibO JOSEPH DE MAISTRE
conquise sans y penser et, s'ils n'ont pas encore de statue dans leur ville natale, — ■ si leur scompatriotes ont continué d'être, à l'égard de leur mémoire, les « bons Allobroges » du temps jadis, — les de Maistre ont, ce qui est mieux, leur nom inscrit au livre d'or des gloires littéraires de la France.
Quant à Xavier, sans se préoccuper de cette lointaine apothéose, il songeait à la loi fatale à laquelle nul ne peut se soustraire et il composait, pour son tombeau, cette épitaphe :
Ci-git sous cette pierre grise, Xavier qui de tout s'étonnait.
Demandant d'où venait la brise Et pourquoi Jupiter tonnait.
Il fouilla maint et maint grimoire Et lut du matin jusqu'au soir ; 11 but, à la fin, l'onde noire, Tout surpris de ne rien savoir...