‹ Joseph de Maistre et l'Eglise gréco-russeChapitre 11 sur 29 · IV. — Le césaropapisme et son rôle · texte numérisé non relu

IV. — Le césaropapisme et son rôle

Sans la suprématie civile, ^it-il, les religions nationales ne pourraient conserver leurs formes. Dès quelles ne sont plus animées par l'esprit divin, il faut bien que le bras de chair les soutienne; mais la religion vraie, et par conséquent unique, n'a pas besoin de ce secours : elle marche seule, parce' que sa force lui appartient... (i)

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ET L KGLISE GRECO- russe 01

Si l'empereur de Russie retirait tout à coup la puissante main qu'il tient étendue sur la religion; s'il excluait son ministre du siège qu'il occupe dans le Synode; s'il permettait à ses prêtres de tous les ordres de prêcher, d'écrire, de dogmatiser et de disputer comme ils l'entendraient, en un clin d'œil il verrait sa religion s'en aller en fumée.

Un évêque russe membre du Synode s'avisa, il y a peu d'années, de traduire des livres allemands dont la doctrine oil'ensa les anciens de l'Église russe. Le métropolitain de Saint- Pétersbourg accusa l'évêque traducteur de spinozisme. Un religieux, nommé Philarète, prit les armes et écrivit contre l'évêque; celui-ci voulut répondre; l'archevêque s'y refusa; le clergé se divisa et prit feu. Qu'on Teût laissé faire, dans six mois on aurait vu une confusion universelle; mais le souverain arriva avec sa suprématie, éteignit l'incendie d'un souffle, imposa silence à tout le monde, et renvoya Févêque dans son diocèse, sans discussion ni jugement ecclésiastique. 11 fit en cela un acte de grande sagesse; mais la sagesse humaine n'a rien de commun avec la foi; l'acte prouvait que S. M. l'empereur de Russie voulait telle chose et rien de plus (i)...

(1) Sur Vi'ial du rhristiaiu's/ne en Euiope, \

Dans tous les pays séparés, la suprématie de rÉtat est excellente et nécessaire ; car si elle ne s'y trouvait pas, où serait la règle? En peu d'années, on y mettrait le symbole eu thèses, et bientôt en chansons (i).

Nous ne tarderons pas, semble-t-il, à constater si Joseph de Maistre a été prophète jusqu'au bout. Il a fait l'hypothèse suivante :

Soumettez un de ces peuples séparés à une révolution semblable à celle qui a désolé la France durant vingt-cinq ans : supposez qu'un pouvoir tyrannique s'acharne sur l'Eglise, égorge, dépouille, disperse les prêtres : qu'il tolère surtout et favorise tous les cultes, excepté le culte national : celui-ci disparaîtra comme une fumée (2).

L'hypothèse est presque tournée, en fait, à rheure actuelle, par le régime de Lénine. A la tolérance près, l'Eglise russe est en ce moment traitée par l'Etat comme le fut l'Église de France par la Convention et le Directoire. Attendons le résultat.

Malgré ses efforts, du reste, l'État est im-

(t) Sur l'clat (lu christianisme en Euro/> (2) Du Pope, I. IV. cil. III.

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puissant à arrêter le mal interne qui ronge toutes les religions fausses :

Dès que l'ignorance cesse de maintenir leurs formes, et qu'elles sont attaquées par des doctrines philosophiques, elles entrent dans un état de véritable dissolution, et marchent vers l'anéantissement absolu par un mouvement sensiblement accéléré.

Et comme la putréfaction des grands corps organisés produit d'innombrables sectes de reptiles fangeux, les religions nationales qui se putréfient produisent de même une foule d'insectes religieux qui traînent sur le même sol les restes d'une vie divisée, imparfaite et dégoûtante.

C'est ce qu'on peut observer de tous côtés; et c'est par là que l'Angleterre et la Russie surtout peuvent s'expliquer à elles-mêmes le nombre et l'inépuisable fécondité des sectes qui pullulent dans leur vaste sein. Elles naissent de la putréfaction d'un grand corps : c'est l'ordre de la nature.

L'Église russe, en particulier, porte dans son sein plus d'ennemis que tout autre; le protestantisme la pénètre de toutes parts. Le rascolnisme, qu'on pourrait appeler l'illuminisme des campagnes, se renforce chaque jour : déjà ses enfants se comptent par nlillions; et les lois n'oseraient pas se compro-

mettre avec lui... il y a certainement de grandes ditrérences entre les sectes anglaises et les sectes russes; mais le principe est le môme. C'est la religion nationale qui laisse échapper la vie, et les insectes sen emparent. Pourquoi ne voyons-nous pas des sectes se former en France, par exemple, en Italie? etc. Parce que la religion y vit tout entière, et ne cède rien. On pourra bien voir à côté d'elle l'incrédulité absolue, comme on peut voir un cadavre à côté d'un homme vivant; mais jamais elle ne produira rien dïmpur hors d'ellemême, puisque toute sa vie lui appartient (i).

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