‹ Joseph de Maistre et l'Eglise gréco-russeChapitre 15 sur 29 · I04 JOSEPH DE MAISTRE · texte numérisé non relu

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de Pierre, il a aperçu et annoncé l'arbre immense de l'Église catholique qui devait couvrir la terre de ses branches.

Ayant reçu de Jésus -Christ le dépôt du pouvoir souverain universel qui devait subsister et se développer dans l'Église pendant toute sa durée sur la terre, Pierre n'a exercé personnellement ce pouvoir que dans la mesure et dans les formes que comportait l'état primitif de l'Église apostolique. L'action du Prince des apôtres ressemblait aussi peu au gouvernement des Papes modernes qu'un gland ressemble à un chêne, ce qui n'empêche pas la papauté d'être le produit naturel, logique et légitime de la primauté" de Pierre. Quant à cette primauté, elle est si bien marquée dans les livres historiques du Nouveau Testament qu'elle n'a jamais été contestée par aucun théologien de bonne foi, fiit-il orthodoxe, rationaliste ou juif (i).

IV. — Les preuves de la primauté romaine. Les objections des dissidents.

Cet appel à la doctrine du développement pour rendre raison de la différence qui existe entre l'exercice actuel des préfo-

(1) La Russie et l'Église universelle. 2' édit. Paris, 1906, p. 148-151.

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gatives de la primauté et les manifestations premières de celle-ci, au début de l'Église, s'impose à quiconque veut aplanir à certains dissidents qui étudient l'histoire des origines chrétiennes le chemin du retour à l'unité catholique (i). Mais il est d'autres voies plus accessibles au commun des esprits. Il y a d'abord les témoignages positifs de la tradition, dont sont remplies l'histoire et la littérature ecclésiastiques des huil premiers siècles. Joseph de Maistre les résume dans un chapitre spécial du livre lei Du Pape (2), sans, du reste, rien dire de neuf, sauf cette remarque qui est bonne à noter :

Examinez l'un après l'autre les grands docteurs de l'Eglise catholique ; à mesure que le principe de sainteté a dominé chez eux, vous les trouverez toujours plus fervents envers le

I; (1) Il ne faudrait point, du reste, quand il s'agit de la primauté, se figurer que son développement a été très tardif, comme celui de certaines autres vérités révélées. De bonne heure et bien avant Pliotius, le Pontife romain exerça dans une circonstance ou dans une autre toutes ses prérogatives. Le chêne est déjà sorti du gland à l'époque de saint Léon le Grand, comme rétablit, du reste, excellemment le même Vladimir Solovief dans un chapitre spécial de son ouvrage (1. II, ch. xi). (2) Du Pape, 1. I, ch. iv.

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Saint-Siège, plus pénétrés de ses droits, plus attentifs à les défendre. C'est que le Saint- Siège n'a contre lui que l'orgueil, qui est immolé par la sainteté.

Cette remarque, dis-je, est à retenir, parce qu'elle exprime une vérité profonde, et qu'elle nous permet d'entrevoir une des raisons pour lesquelles Jésus-Christ a donné à son Eglise un chef unique. Cette raison est celle de l'humilité, vertu spécifiquement chrétienne, qui immole l'orgueil, cause de tout péché; Jésus-Christ a voulu que son Eglise fût fondée sur l'obéissance d'un bout à l'autre de la hiérarchie, pour que l'éclat des prélatures ne favorisât point l'orgueil, et que les pasteurs eussent toujours l'occasion de pratiquer l'humble soumission qu'ils demandent à leurs ouailles.

Là où notre apologiste fait œuvre originale, c'est dans le chapitre consacré au témoignage que les livres liturgiques de l'Eglise gréco-russe rendent au dogme catholique de la primauté de saint Pierre et de ses successeurs, les Pontifes romains (i). Avant lui, un groupe de religieux Basiliens

(1) Dv Pape, 1. I., ch. x.

de l'Eglise unie de Transylvanie avaient sans doute touché le sujet dans une petite brochure qu'ils avaient dédiée à l'impératrice Marie-Thérèse (i); mais leur travail était vite tombé dans l'oubli, où, du reste, il demeure encore, malgré la réédition qu'en a faite le cardinal Pitra, en 1862; et il ne semble pas que Joseph de Maistre en ait eu connaissance. Il a donc tout le mérite de ce chapitre, et c'est grâce à lui que d'autres théologiens ont ensuite exploité la même preuve (2).

(1) Cette brochure portait le titre suivant : Flosciihis ve?ntatis de Ecclesiarum unione ex variis orientalis Ecclesiae libris, studio RR. PP. Ordinis S. Basilii Mcifjni Balasfalvensium eollectus. Il ne traitait pas seulement de la primauté du Pape, mais aussi d'autres questions controversées : la procession du Saint-Esprit, l'usage de l'azyme, la béatitude immédiate des saints, le purgatoire. La réédition qu'en fit le cardinal Pitra, en 1862 (Rome, imprimerie de la Propagande), compte 28 pages in-8°.

(2) Citons parmi ceux-là le P. Gagarin, dans le tome II des Etudes de théologie, de philosophie et d'histoire, Paris, 1857, p. 64 81, et dans la brochure : La primauté de saint Pierre et les livres liturgiques de V Eglise russe, Paris, 1863; Tondini, La primauté de saint Pierre, prouvée ])ar les titres que lui donne l'Eglise russe dans sa liturgie, Paris, 1867. Au moyen âge, les théologiens unionistes de Byzance, tels Démétrius Cydonès et Joseph de Méthone, firent souvent appel aux témoignages liturgiques dans leurs œuvres polémiques.

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