‹ Joseph de Maistre et l'Eglise gréco-russeChapitre 19 sur 29 · VI. — Le Concile œcuménique · texte numérisé non relu

VI. — Le Concile œcuménique

Le système des dissidents orientaux.

L'analogie tirée de la souveraineté temporelle parait, à première vue, inefficace à l'égard des dissidents orientaux. Ceux-ci, en effet, ne contestent pas qu'il y ait dans l'Eglise une souveraineté et que cette souveraineté soit infaillible ; mais ils nient que le Pape soit le détenteur suprême de cette

(1) Préface à la seconde édilion du livre Du Pape. Revenant sur l'analogie entre le naturel et le surnaturel, Joseph de Maistre ajoute : « L'analogie des dogmes et des usages catholiques avec les croyances, les traditions et les pratiques de tout l'univers (si ce sujet est traité avec l'étendue convenable) produirait un ouvrage de controverse d'un nouveau genre, et qui ne serait pas des moins convaincants.il saperait surtout pvr les fondements la grande accusation des protestants tirée des imitations païennes qu'ails nous ont reprochées. On verrait que Midleton et d'autres ont usé leurs plumes pour établir, en dernier résultat, que V antiquité païenne présente des traces nombreuses de ces mêmes vérités que nous enseignons^ ou des cérémonies dont nous faisons usage. Tout catholique instruit ne manquera pas de les remercier : salutem ex inimicis nostris, mais ce n'est point ici le lieu d'une dissertation sur ce vaste sujet : c'est assez d'observer que Tertullien, en disant que l'homme est naturellement chrétieuy a dit certainement bien plus qu'il ne croyait dire. »

souveraineté. Pour eux, le sujet de Tinfaillibilité est le Concile œcuménique. Joseph de Maistre a prévu l'objection, que faisaient également les gallicans ; et avec une logique irréfutable il a démontré l'inanité du système « orthodoxe » de la constitution et du gouvernement de l'Eglise.

Il fait voir tout d'abord que les Conciles œcuméniques ne sauraient gouverner l'Eglise :

C'est en vain, écrit-il, que pour sauver l'unité et maintenir le tribunal visible, on aurait recours aux Conciles, dont il est bien essentiel d'examiner la nature et les droits. Commençons par une observation qui ne soutlïx* pas le moindre doute : cest qu'une souveraineté périodique ou intermittente est une contradiction dans les termes; car la souveraineté doit toujours vivre, toujours veiller, toujours agir. Il n'y a pour elle aucune différence entre le sommeil et la mort.

Or, les Conciles étant des pouvoirs intermittents dans l'Église, et non seulement intermittents, mais, de plus, extrêmement rares et purement accidentels, sans aucun retour périodique et légal, le gouvernement de l'Eglise ne saurait leur appartenir.

Les Conciles, d'ailleurs, ne décident rien

sans appel, s'ils ne sont pas universels, et ces sortes de Conciles entraînent de si grands inconvénients, qu'il ne peut être entré dans les vues de la Providence de leur confier le gouvernement de son Église (i).

Et il insiste, à l'excès peut-être, sur la diftîculté de réunir un Concile œcuménique dans les temps actuels. Une assemblée de ce genre ne lui apparaît guère possible que sous la forme de représentation, chaque province catholique envoyant un certain nombre de délégués aux Etats généraux de la monarchie. Le monde, dit-il, est devenu trop grand pour les Conciles généraux, qui ne semblent faits que pour la jeunesse du christianisme (2). Il ne nie pas, du reste, qu'en certains cas ils puissent être fort utiles, et être en état d'exécuter des choses qui passeraient non le droit, mais les forces du Souverain Pontife seul (3); mais ce qu'il prétend, c'est qu'un corps représentatif intermittent, surtout s'il est accidentel et non périodique, est, par la nature même des choses, partout et toujours inhabile

{\)Du Pape, I. I., cIj (2) Jbid., ch. IV.

à gouverner. Il fait remarquer avec raison que l'œcuménicité ne dérive point, pour les Conciles, du nombre des évèques qui les composent; il suffît que tous soient convoqués; ensuite, vient qui veut et qui peut(i).

(i.)Du Pape, 1. I, ch. m. Parlant du nombre des évèques requis pour former un Concile œcuménique, Joseph de Maistre fait remarquer qu'il n'y a ni canons ni coutumes qui fixent des limites à ce nombre. Dans la première édition de son ouvrage, il avait écrit : a Je suis bien le maître de diminuer ce nomhrejusqu'à cinquante^ et nmne jusqu'à dix. » Le théologien romain lui fit des observations là-dessus. C'est pourquoi la seconde édition porte": « Je suis bien le maître de diminuer ce nombre jusqu'à des bornes que j'ignore. » h'A7nica collatio porte au sujet des Conciles l'aveu suivant : « J'avoue bien volontiers qu'il y a un peu d'exagération dans tout ce qui a été écrit des Conciles; j'ai éclairci également cet article [dans la seconde édition] avec les petites remarques opportunes, et je crois que maintenant il y aura bien peu ou rien à reprendre. Que l'illustre critique sache par rapport aux exagérations que, lorsqu'un arbre incline vers la terre, il ne suffit pas de le relever perpendiculairement, mais il faut le ployer en sens contraire. Un prêtre, un théologien aurait dû peut-être s'expliquer autrement, mais que notre Sainte Mère l'Église nous laisse parler, nous autres laïques, à notre fnçon; avec nos impertinences, nous soutiendrons assez bien sa cause. » Et il raille doucement « nos vénérables docteurs » qui. à force de se pénétrer des antiquités ecclésiastiques, patient encore, quand il s'agit du Concile œcuménique, de convoquer les évèques de l'Orient et de l'Occident; « mais de i os jours on ne parle plus d'Orient ni d'Occident, à moins qu'il ne s'agisse de faire des horloges solaires. Du reste, il y a cinq parties du monde, l'Europe, l'Asie, l'Afrique, l'Amérique et la

Ce qui caractérise une assemblée de cette sorte, ce qui lui donne sa valeur juridique, c'est la présence de son président et de son chef naturel, c'est-à-dire du Pontife romain. Sans le Pape, il ne saurait y avoir de Concile œcuménique. C'est pour établir ce point que notre apologiste déploie toutes les ressources de sa logique. Et son argumentation ne vise pas seulement les gallicans mais aussi tous les dissidents d'Orient et d'Occident. Non seulement le Concile œcuménique, assemblée intermittente, ne saurait détenir la souveraineté dans l'Église; non seulement sa convocation est, dans bien des cas, pratiquement irréalisable — et cette impossibilité pratique existe à l'état permanent pour les dissidents gréco-russes, dans l'hypothèse même où ils prétendraient pouvoir constituer à eux seuls un Concile œcuménique (i), — mais encore la pré-

Polynésie. Nous ne savons pas autre chose, quand il s'agit du Concile œcuménique, et chaque jour il demeure mieux démontré que le souverain Dieu n'a pas pu confier le gouvernement de son Église aux Conciles ». (Arnica collatio, p. 11-13;.)

(1) « On en appellera aux Conciles; mais d'abord, je ne pourrai jamais parvenir à me persuader que les Églises dissidentes puissent jamais se réunir en Concile œcuménique (autant qu'un Concile peut être œcumé-

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