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sence du Pape est absolument requise pour constituer un vrai Concile œcuménique; car à une assemblée de ce genre il faut un président et un chef. Un Concile œcuménique acéphale ne se conçoit pas plus qu'un royaume sans roi, une ruche sans reine, une réunion des États généraux sans la présence du souverain. Et en dehors du Pape, il est impossible, historiquement et théologiquement parlant, de trouver un chef au Concile œcuménique.
Si les dissidents veulent contester ce point, Joseph de Maistre les met au défi d'indiquer un signe auquel on puisse reconnaître ai^ec certitude Vœcwnénicité d'un Concile. Éclairons tout ceci par quelques citations.
En premier lieu, le droit de convoquer le Concile œcuménique ne peut appartenir qu'au Pape, et non à un empereur quel-
nique chez elles). J'en ai pour témoins huit siècles écoulés depuis le moment fatal du schisme. :> [Réflexioim critiques.) Les théologiens gréco-russes conviennent à peu prés unanimement de cette impossibilité pratique de réunir un vrai Concile général des Églises autocéphales. Certains se tirent de la difficulté d'ordre doctrinal que fait naître une pareille situation, en disant que l'Église se trouve actuellement dans la même situation qu'au temps des persécutions.
conque, comme l'affirment communément les théologiens photiens :
Les empereurs grecs, dont la rage théologique est un des grands scandales de l'histoire, étaient toujours prêts à convoquer des Conciles, et lorsqu'ils le voulaient absolument, il fallait bien y consentir; car l'Eglise ne doit refuser à la souveraineté qui s'obstine rien de ce qui ne fait naître que des inconvénients. Souvent l'incrédulité moderne s'est plu à faire remarquer l'influence des princes sur les Conciles, pour nous apprendre à mépriser ces assemblées, ou pour les séparer de l'autorité du Pape. On lui a répondu mille et mille fois sur l'une et l'autre de ces fausses conséquences; mais, du reste, qu'elle dise ce qu'elle voudra sur ce sujet : rien n'est plus indifférent à l'Église catholique, qui ne doit ni ne peut être gouvernée par des Conciles. Les empereurs, dans les premiers siècles de l'Eglise, n'avaient qu'à vouloir pour assembler un Concile, et ils le voulurent trop souvent. Les évêques, de leur côté, s'accoutumaient à regarder ces assemblées comme un tribunal permanent, toujours ouvert au rèle et au doute; de là vient la mention fréquente qu'ils en font dans leurs écrits, et l'extrême importance qu'ils y attachèrent. Mais, s'ils avaient vu d'autres temps, s'ils
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avaient réfléchi sur les dimensions du globe, et s'ils avaient prévu ce qui devait arriver un jour dans le monde, ils auraient bien senti qu'un tribunal accidentel, dépendant du caprice des princes et d'une réunion excessivement rare et difficile, ne pouvait avoir été choisi pour régir TEglise éternelle et universelle. Lors donc que Bossuet demande avec ce ton de supériorité qu'on peut lui pardonner sans doute plus qu'à tout autre homme : Pourquoi tant de Conciles, si la décision des Papes suffisait à VÉo-lise? le cardinal Orsi lui répond fort à propos : « Xe le demandez point à nous ; ne le demandez point aux papes Damase,, Célestin, Agathon, Adrien, Léon, qui ont foudroyé toutes les hérésies... et qui n'ont jamais imaginé qu'il fût besoin de Conciles œcuméniques pour les réprimer.
Demandez-le aux empereurs grecs, qui les ont convoqués, qui ont exigé l'assentiment des Papes, qui ont excité inutilement tout ce fracas dans l'Église. »
Au Souverain Pontife seul appartient essentiellement le droit de convoquer les Conciles généraux, ce qui n'exclut point l'influence modérée et légitime des souverains. Lui seul peut juger des circonstances qui exigent ce remède extrême ; ceux qui ont prétendu attribuer ce pouvoir à l'autorité temporelle n'ont
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pas fait attention à l'étrange paralogisme qu'ils se permettaient. Ils supposent une monarchie universelle, et de plus, éternelle; ils remontent toujours sans réflexion à ces temps où toutes les mitres pouvaient être convoquées par un sceptre seul ou par deux. L'empereur seul, dit Fleury, poui^ait com^oquer les Conciles universels, parce qu'il pouvait seul commander aux é^èques de faire des çojyages extraordinaires, dont le plus soutient il faisait les frais, et dont il indiquait le lieu... Les Papes se contentaient de demander ces assemblées... et souvent sans les obtenir (i).
Eh bien! c'est une nouvelle preuve que l'Eglise ne peut être régie par les Conciles généraux, Dieu n'ayant pu mettre les lois de son Eglise en contradiction avec celles de la nature, lui qui a lait la nature et l'Église.
La souveraineté politique n'étant, de sa nature, ni universelle, ni indivisible, ni perpétuelle, si l'on refuse au Pape le droit de convoquer les Conciles généraux, à qui donc l'accorderons-nous? Sa Majesté très chrétienne
(1) On ne voit pas que les Papes aient, souvent demandé des Conciles œcuméniques aux empereurs; on voit bien, au contraire, que les empereurs ont demandé ou imposé aux Papes sept Conciles œcuméniques sur huit, de 325 à 869; et pour celui qui reste, celui de 381, qui ne devint œcuménique qu'au vi' siècle, le Pape ne paraît pas avoir été même convoqué.
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appellerait-elle les évêques d'Angleterre, ou Sa Majesté britanique ceux de France? Voilà comment ces vains discoureurs ont abusé de l'histoire 1 Et les voilà encore bien convaincus de combattre la nature des choses, qui veut absolument, indépendamment même de toute idée théologique, qu'un Concile œcuménique ne puisse être convoqué que par un pouvoir œcuménique...
Si, dans un besoin pressant de l'Église, le même zèle qui anima jadis l'empereur Sigismond s'emparait à la fois de plusieurs princes, et que chacun deux rassemblât un Concile, où serait le Concile œcuménique et l'infaillibilité? (i)
Si le Concile œcuménique ne peut être convoqué que par une autorité œcuménique, il ne peut non plus être présidé que par un chef œcuménique. Et quel sera ce président, ce chef, sinon le Pape, le seul évèque au monde qui ait un pouvoir international? Si les dissidents refusent ce point, ils seront acculés à un Concile œcuménique acéphale « ce monstre objet d'horreur, masse informée, aveuglée » (2), et ils
(!) Du Pape, 1. 1, cli. m.
(2) Réflexions antiques.
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ne pourront trouver un signe certain d'œcuménicité :
Comment pourra-t-il y avoir un Concile œcuménique chez les Orientaux, l'Église romaine réclamant tout entière, l'Eglise romaine, c'est-à-dire des millions d'hommes et à leur tête le Souverain Pontife, pouvoir modérateur de la savante Europe?
J'entends les Grecs s'écrier : Et cous, Latins,, comment répondrez-çoiis à ce même argument? Pouoez-çous tenir pour œcuménique le Concile de Trente, malgré les réclamations de toute V Eglise orientale? — Très bien : J'attendais l'objection. Ce n'est pas le nombre qui rend un Concile œcuménique. A. Chalcédoine, cinq cents évêques de l'Orient, après avoir écouté la lecture de l'Épitre à Flavien, poussèrent ces acclamations immortelles que tous les siècles ont entendues : Pierre ne meurt pas! Pierre a parlé par la bouche de Léon! et ce fut un Concile universel; mais celui de Nicée le fut aussi, bien qu'on n'y comptât que trois cents évêques. Le nombre n'est donc rien, quand il s'agit de déterminer ce qu'est et où se trouve l'universalité. Ce que je cherchais, je le cherche encore :je demande un signe auquel je puisse reconnaître ai>ec certitude le Concile œcuménique. Ce signe ou caractère n'étant ni dans le nombre, ni dans
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la dignité, ni dans la doctrine, il ne peut être que dans le Souverain Pontife, lequel mis de côté, nul homme sur la terre ne répondra jamais à cette question : Qu'est-ce qu'un Concile universel? Qu'est-ce que l'Église catholique?
Nous pouvons encore ici argumenter efficacement de la société civile à la société ecclésiastique : Que sont, par exemple, les assemblées anglaises, vulg^airement le Parlement? Deux ordres avec le roi. Otez le roi, où sera le Parlement? Où l'on voudra. Chaque ville ou chaque bourgade pourra tenir ses comices, et les décorer de ce nom.
Il n'y a qu'à changer les mots : Où est le Concile véritablement œcuménique, c'est-àdire le parlement de toute la société chrétienne? Là où se trouve le Souverain Pontife. Celui-ci disparu, le parlement ne sera ni à Rome, ni à Constantinople, ni à Pétersbourg, ni ailleurs ; il ne sera nulle part ou il sera partout, ce qui est absolument la même chose (i).
Plus on examinera attentivement la chose, et plus on se convaincra que, malgré les Conciles, et en vertu même des Conciles, sans la monarchie romaine, il n'y a plus d'Eglise.
Yeut-on s'en convaincre par une hypo-
\i)[Réflearioii?. cintiqucs.
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thèse très simple ? Il suffit de supposer qu'au XVI® siècle, l'Église orientale séparée, dont tous les dogmes étaient alors attaqués ainsi que les nôtres, se fût assemblée en Concile œcuménique à Gonstantinople, à Smyrne, etc., pour dire anathème aux nouvelles erreurs, pendant que nous étions assemblés à Trente pour le même objet; où aurait été l'Eglise? Otez le Pape, il n'y a plus moyen de répondre. Et si les Indes, l'Afrique et l'Amérique, que je suppose également peuplées de chrétiens de la même espèce, avaient pris le même parti, la difficulté se complique, la confusion augmente, et l'Église disparaît (i).
Autre considération : Si l'on enlève le Pape, sur quoi reposera l'infaillibilité du Concile décapité ? En effet :
De quelque manière que les Conciles soient convoqués et constitués, il s'en faut de beaucoup que l'Écriture Sainte fournisse, en faveur de leur autorité, aucun passage comparable à celui qui établit l'autorité et les prérogatives du Souverain Pontife. Il n'y a rien de si clair, rien de si magnifique que les promesses contenues dans ce dernier texte {Tu es Petrus, etc.); mais si l'on me dit, par exemple : Toutes les
(1) Du Pape, 1. I, ch. m.
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fois que deux ou trois personnes sont assemblées en mon nom, je serai au milieu d'elles, je demanderai ce que ces paroles signifient, et l'on sera fort empêché pour my faire voir autre chose que ce que j'y vois, c'est-à-dire une promesse faite aux hommes, que Dieu daignera prêter une oreille plus particulièrement miséricordieuse à toute assemblée d'hommes réunis pour prier.
Dieu me préserve de jeter aucun doute sur Y infaillibilité d'un Concile général; je dis seulement que ce haut privilège, il ne le tient que de son chef, à qui les promesses ont été faites. Nous savons bien que les portes de V enfer ne prévaudront pas contre V Eglise; mais pourquoi? A cause de Pierre, sur qui elle est fondée. Otez ce fondement, comment seraitelle infaillible, puisqu'elle n'existe plus? Il faut être^ si je ne me trompe, pour être quelque chose.
Ne l'oublions jamais : aucune promesse n'a été faite à l'Église séparée de son chef, et la raison seule le devinerait, puisque l'Eglise, comme tout autre corps moral, ne pouvant exister sans unité, les promesses ne peuvent avoir été faites qu'à l'unité, qui disparaît inévitablement avec le Souverain Pontife (i).
(1) Da Pane, 1. I, cli. ii. Vladimir Soloviel confirme celte doctrine par l'histoire du brigandage d'Ephèse, en 449 :
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Que vont répondre les théologiens grécorusses à ces arguments? Un bon nombre, à la suite du célèbre Philarète de Moscou, essayent à peine de contredire. Ils reconnaissent qu'un Concile œcuménique est impossible sans la présence de celui qu'ils appellent le patriarche de l'Occident. Et en disant cela, ils prononcent l'arrêt de mort de l'Eglise orientale séparée, qui se trouve,
(( Quand l'iniiiuilé, Id violeiice et l'eiitiur Uiompliaieut ainsi dans un Concile œcuménique, où était l'Eglise infaillible et inviolable du Christ? Elle était présente et elle se manifesta. Au moment où saint Flavien était meurtri par les brutalités des serviteurs de Dioscore. quand les évêques hérétiques acclV niaient bruyamment le triomphe de leur chef, en pf;sence des évèques orthodoxes, tremblants et muets, '.Hilaire, diacre de l'Église romaine, s'écria: ContradicKurl Ce n'était pas certes la foule terrifiée et silencieuse des orthodoxes orientaux qui représentait en ce moment l'Église de Dieu. Toute la puissance immortelle de l'Église s'était concentrée pour la chrétienté orientale dans ce simple terme juridique prononcé par un diacre romain : Contradicitur. On a l'habitude, chez nous, de reprocher à l'Église occidentale son caractère éminemment juridique et légaliste. Sans doute, les principes et les formules du Droit romain ne sont pas reconnus dans le royaume de Dieu. Mais le «brigandage d'Ephèse » était bien fait pour donner raison à la justice latine. Le contvadicitur du diacre romain, c'était le principe contre le fait, le droit contre la force brutale, c'était la fermeté morale imperturbable devant le crime triomphant des uns et la lâcheté des autres, c'était, en un mot, le roc inébranlable de l'Église contre les portes de l'enfer. » {La Russie et l'Église univey^selle , p. 192-193.)
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par le fait même, privée de tout magistère infaillible, et déclarée non la véritable Église du Christ, mais partie seulement de l'Église universelle. Mais, en même temps, ils confirment la vérité de cet axiome cher à Joseph de Maistre : Sans le Pape, point d'Eglise. En effet, dans cette hypothèse, l'unité visible de l'Eglise universelle a disparu depuis Michel Cérulaire, et nous tombons dans l'erreur protestante de l'Eglise invisible, donnant encore raison au logicien savoyard, qui disait à Méthode de Tver : Tout chrétien qui a une fois déserté le drapeau du Souverain Pontife, à moins qu'il ne soit retenu par l'ignorance ou la superstition (tristes geôlières), passera nécessairement dans le camp de Calvin (i). D'autres ont tenté de relever le défi relatif au signe d'œcuménicité d'un Concile. Ils ont indiqué toutes sortes de conditions nécessaires pour constituer un Concile œcuménique, sans, du reste, s'entendre entre eux (2), et quand ils ont voulu déter-
(1) Réflexions critiques.
(2) Ce n'est pas ici le lieu d'examiner ces conditions. La théologie du Concile œcuménique chez les dissidents orientaux mérite une étude à part.
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miner parmi ces conditions celle qui doit être regardée comme le critère infaillible de l'œcuménicité , ils n'ont rien trouvé de mieux gue d'avancer que ce critère, c'est l'acceptation unanime du peuple chrétien. Et ils donnent, pour confirmer ceci, l'exemple du Concile de Florence, qui ne saurait être tenu pour œcuménique, parce qu'il fut rejeté par la masse du peuple et des moines grecs. Mais qui ne voit qu'une pareille théorie nous conduit à une autre erreur protestante, destructrice de l'orthodoxie la plus élémentaire, c'est-à-dire au démocratisme et au multitudisme ecclésiastique? Le sujet de l'infaillibilité, ce n'est plus le corps épiscopal réuni en assemblée plénière; c'est, en définitive, la multitude des fidèles. Et Joseph de Maistre a toujours raison : Sans le Pape, pas d'Eglise.