‹ Joseph de Maistre et l'Eglise gréco-russeChapitre 21 sur 29 · VII. — Sans le Pape, point d'Église · texte numérisé non relu

VII. — Sans le Pape, point d'Église

point de christianisme.

Il poursuit la déduction plus loin, et il ajoute : Sans le Pape, pas de christianisme. C'est la thèse fondamentale qu'il veut éta? blir dans le livre Du Pape ;

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Il mest prouvé, et je voudrais de tout luou cœur le prouver aux autres, que, sans le Souvevain Pontife y il Jiy a point de i^éritable christianisme, et que nul honnête homme chrétien, séparé de lui, ne signera sur son honneur (s'il a quelque science) une profession de foi circonscrite (i).

La même affirmation se retrouve dans la Lettre sur l'état du christianisme eu Europe :

Il est impossible de i>ouloir le christianisme si l'on ne veut le principe catholique, sans lequel il n'y a point de christianisme.

Tant que les princes refuseront de reconnaître cette vérité, ils n'auront rien fait; ils veulent la chose sans vouloir le moyen de la chose; ils veulent et ils ne veulent pas (2).

C'est en vain que les dissidents orientaux, pour échappejr aux mailles de cette logique de fer, essayeraient d'en appeler à l'antique tradition pour prouver qu'ils ont raison, et que leur système ecelésiologique est le bon. Joseph de ^Nlaistre leur montre

(1) Du Pape, «Discours préliminaire ».

{2) Su7' Vètat du clin'stiauisme en Europe. << Introduction )).

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que cette échappatoire les mène tout droit au libre examen des protestants :

La ressource du Concile œcuménique acéphale étant enlevée aux dissidents, il leur reste une autre ancre de salut, mais d'une valeur encore moindre : la tradition, sans la-, quelle, de l'aveu de l'illustre auteur (Méthode de Tver), l'Écriture elle-même ne peut être sûrement interprétée, l'interprétation n'étant certaine que par le consentement de toute l'antiquité.

Au seuil même de cette question, les difficultés se présentent. Est-ce que le catholique, est-ce que le luthérien, ou le calviniste, ou même le socinien, n'en appellent pas à la tradition? Glarke a intitulé l'écrit funeste qu'il détesta trop tard ; Scriptiire-Ti'inity ^ c'est-àdire. De la Trinité diaprés les Ecritures (i). Dans un de ses intervalles lucides, Jean- Jacques Rousseau a fort bien dit : Dieu luimême ne pourrait faire un livre sur lequel il fût impossible aux hommes de disputer. Mais si on n'est pas d'accord sur le sens des Ecritures, comment le sera-t-on sur le sens des Pères? Quoi de plus clair que ces paroles : Ceci est mon corps ? et pourtant, lorsque

\1) Dans cet ouvrage, Clarke délendait ce (jii'on a appelé le nouvel arianisme.

Pierre fait entendre cet enseignement ; Si c'est le corps, ce n'est plus le pain, Luther dit : c'est le pain et le corps, et Calvin : C'est le pain et non pas le corps. Photius se tait.

Et encore, quoi de plus clair que ces paroles ; Tu es Pierre, etc.? Dieu lui-même a-t-il pu rien écrire qui fût moins obscur ? Le très docte prélat nous accusera cependant, moi et les miens, intrépidement, de ne pas savoir nos lettres et dé ne pas saisir le sens des mots.

Ainsi Bellarmin, Maldonat, Pétau, Bossuet, Fénelon, Huet, etc., furent des hommes sans intelligence, et ne connurent janwis la véritable tradition. Accordons-le: mais toi, ô excellent patriarche de Constantinople (ou tout autre, car je ne m'arrête pas aux noms), tu contemples sans doute face à face, de ton regard d'aigle, la vérité que ces chétifs mortels ne purent pas même apercevoir de leurs yeux clignotants?

Credat jiidaeus Apella! — Non Ego.

Et, je le dis entre nous, toi-même tu ne le crois pas, si ce n'est dans tes rêves.

Puisque donc des autorités opposées se font équilibre (celui-là serait peu modeste qui n'admirerait pas ma modestie), et puisqu'il ne peut y avoir de Concile œcuménique sans

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un chef; puisque si, dans cette hypothèse, un Concile œcuménique était possible, il serait sans autorité et sans force contre tout autre Concile œcuménique au même titre; puisque, abstraction faite de l'autorité qui les interprète, les livres ne servent qu'à alimenter la dispute, il ne reste plus qu'à nous laisser dissoudre, malgré nos répugnances, par le principe du jugement privé, base et fonde ment de toute la doctrine des pseudo-réformés.

Et c'est ce que voit fort bien la conscience, qui ne peut se tromper. De là vient que, chez les dissidents, l'Église n'est qu'un vain nom, qu'un fantôme, et qu'il ne lui est pas donné de parler comme ayant puissance. Gela est tellement vrai, qu'en Russie (je ne veux pas m'étendre hors des limites de l'empire), au mépris du Synode , dont elles ne tiennent aucun compte, d'innombrables hérésies, ou d'une infamie ou d'une absurdité que rien n'égale, surgissent incessamment du sein d'une populace superstitieuse, comme les vers du cadavre, sans que les évêques aient seulement le courage de faire entendre un murmure. C'est qu'en effet le dernier des rascolnics a, contre le Synode de Russie, absolument le même droit qu'avait autrefois Photius contre le Souverain Pontife. Le dissident n'a rien à objecter au dissident, si ce n'est le mot

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connu : Ah! ah! ah! Je ne sais que dire; et c'est surtout en matière de religion que s'applique Taxiome de la loi romaine : Chacun doit être Jugé d'après le droit qu il fait valoir contre lies autres...

Saint Augustin disait jadis avec la justesse qui lui est propre :Je ne croirais pas à V Evangile, si V autorité de V Eglise ne m j- faisait croire. Or, là où Piej're ne commande pas par ses successeurs, il n'y a point d'Eglise ; d'où il suit que là aussi les hommes n'ont aucune raison assez forte de garder la foi (i).

Toute rargumentation de notre apologiste se trouve résumée dans cette phrase lapidaire, qui se lit dan^ la Lettre à une dame russe :

Ainsi donc, Madame, plus de Pape, plus de souveraineté; plus de souveraineté, plus d'unité ; plus d'unité, plus d'autorité ; plus d'autorité, plus de foi. Je parle en général, en considérant seulement l'effet total et définitif. Voilà l'inévitable anathème qui pèse également sur toutes les Églises séparées (i).

(1) Réflexions critiques.

{■2) Citons encore ce passage de la Lettre sur Vétat du christianisme en Europe : « Faites disparaître le principe catholique, tout de suite les dogmes commenceront à disparaître l'un après l'autre, et bientôt on arri-

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Il est à souhaiter que nos frères séparés d'Orient et d'Occident méditent ce sorite impeccable, dont l'expérience montre tous les jours la vérité; qu'ils s'aperçoivent enfin que ce n'est pas impunément qu'on enlève la pierre fondamentale sur laquelle repose tout l'édifice de l'Eglise.

vera au socinianisme. L'expérience s'est faite sous nos yeux, et comme elle était annoncée d'avance par nos docteurs, rien ne manque à la démonstration... Si l'on fait disparaître le principe catholique, il ne reste plus rien de divin sur la terre. Ce principe est si fort, qu'il soutient nos ennemis mêmes. Ils ne vivent que par la haine qui les anime contre nous ; ils prennent ce'sentiment pour le zèle et même pour la foi, tant l'homme est habile a se tromper lui-même; mais si nous disparaissions aujourd'hui, ils disparaîtraient demain. Aussi un grand homme d'Etat (M. le baron d'Erlach) disait à un catholique, dans un instant de franchise et d'épanchement: Xous savons bien qile nous n'existons que pdv

vous )).

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