‹ Joseph de Maistre et l'Eglise gréco-russeChapitre 7 sur 29 · I. — L'Eglise et les Eglises · texte numérisé non relu

I. — L'Eglise et les Eglises

L'apologétique de Joseph de Maistre est marquée au coin d'une grande franchise.

Il ignore l'art d'atténuer la vérité, sous prétexte de la rendre plus accessible. Certes, il n'est animé d'aucun esprit de haine pour les dissidents, et l'on peut lui rendre ce témoignage que, dans ses ouvrages, il ne se départ jamais des règles de la charité chrétienne. On doit le croire lorsqu'il écrit :

Si je ne me sentais pénétré d'une bienveillance universelle, absolument dégagée de tout esprit contentieux et de toute colère polémique, même à l'égard des hommes dont les systèmes me choquent le plus, Dieu m'est témoin que je jetterais la plume; et j'ose espérer que la probité qui m'aura lu ne doutera pas de mes intentions (i).

(1) Du Pape, discours préliminaire.

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Nous le disons avec assurance, nous n'avons de haine contre aucun chrétien, loin de là; il n'est personne que nous n'aimions : j'en ai pour témoin cette grande et très sainte semaine, pendant laquelle nous prions avec effusion de cœur le Dieu tout-bon et tout-puissant, pour ceux qui, au même moment, fulminent contre nous des anathèmes (i).

Et il n'a garde de tomber da,ns le défaut qu'il signale, en ces termes, chez les adversaires de l'Église romaine.

C'est une observation que je recommande à l'attention de tous les penseurs. La vérité, en combattant l'erreur, ne se fâche jamais. Dans la masse énorme des livres de nos controversistes, il faut regarder avec un microscope pour découvrir une vivacité échappée à la faiblesse humaine. Des hommes, tels que Bellarmin, Bossuet, Bergier, etc., ont pu combattre toute leur vie, sans se permettre, je ne dis pas une insulte, mais la plus légère personnalité. Les docteurs protestants partagent ce privilège et méritent la même louange, toutes les fois qu'ils combattent l'incrédulité; car, dans ce cas, c'est le chrétien qui combat le déiste, le matérialiste, l'athée, et par con-

(1) Réflexions critiques»

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séquent c'est encore la vérité qui combat l'erreur; mais s'ils se tournent contre l'Église romaine, dans l'instant môme ils insultent; car l'erreur n'est jamais de sang-froid en combattant la vérité. Ce double caractère est également visible et décisif. Il y a peu de démonstrations aussi bien senties par la conscience (i).

Mais s'il n'outrage jamais les personnes, s'il ignore l'insulte, il dit sans détours ce qu'il pense des institutions bâtardes nées de la révolte contre l'Église catholique. Il proclame à leur sujet, sans aucune atténuation, les droits de la vérité. Cette franchise éclate dans ce qu'il a écrit des divers noms et des caractères de ce que nous appelons bien improprement l'Église grécorusse. Nous disons que ce terme d'Eglise gréco- russe, ou toute autre dénomination employée au singulier, est absolument impropre pour désigner l'ensemble des groupes religieux issus du schisme byzantin. Et la raison en est claire : ces groupes religieux, ces Églises autocéphales , comme on les appelle, sont proprement acéphaleS:,

(1) Du Pape, i. I, ch, iv, en note.

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