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parce qu'elles n'obéissent à aucune autorité visible commune. Joseph de Maistre met bien en relief ce vice fondamental, ce manque d'unité des Églises dissidentes.
Jamais, dit-il, les Eglises séparées ne pourront se donner un nom commun qui exprime l'unité, aucune puissance ne pouvant, j'espère, nommer le néant. Elles se donneront donc des noms nationaux, ou des noms à prétention, qui ne manqueront jamais d'exprimer précisément la qualité qui manque à ces Églises... (i)
En rejetant la souveraineté du Pape les Grecs n'ont pas osé l'attribuer à d'autres, pas même à leur propre Eglise, si fière et si dominatrice (2); de manière que toutes Ires Églises d'Orient sont demeurées acéphales, comme dit l'École, c'est-à-dire sans aucun chef commun qui puisse exercer sur elles une juridiction supérieure, pour les maintenir dans l'unité; tant la suprématie de Rome était incontestable... Dès qu'il n'y a plus d'unité, il n'y a plus d'ensemble, et toute agrégation se
(1) Du Pape, 1. IV, ch. v.
(2) Ce n'est pas tout à fait exact. Le patriarche de Constantinople a essayé de toute manière de jouer au Pape; mais sa tentative est demeurée vaine. Le césaropapisme a prévalu et a engendré l'autocéphalisme absolu.
dissout. Il y a bien des Eglises , mais plus di Eglise: il y a bien des éçéqueSj mais plus d'épiscopat. Ces mots d'Eglise orientale ou d'Église grecque ne signifient rien du tout. Il est faux que l'Église de Russie appartienne à la grecque. Où est le lien et la coordination? Quelle juridiction le patriarche de Gonstantinople a-t-il sur le sacerdoce russe (i)?
C'est bien vainement que les dissidents s'abusent eux-mêmes en embrassant comme l'unité véritable je ne sais quel nom d'unité. Ils s'appellent tantôt l'Église grecque^ comme s'il y avait aujourd'hui, comme s'il pouvait y avoir une Église grecque hors de la Grèce ; comme si l'Église russe n'était pas aussi loin d'être grecque que d'être Elglise de Gonstantinople, d'Antioche ou d'Alexandrie; comme si le patriarche de Gonstantinople pouvait, sans prêter à rire, ordonner la moindre chose, je ne dis pas à l'Eglise russe, mais seulement dans cette Église. Tantôt ils se nomment magnifiquement F^^Z/se orientale; mais, s'il y a beaucoup d'Églises en Orient, il n'y a pourtant pas d'Église orientale : ôtez le roi ou plutôt la reine de la ruche, il vous restera des abeilles; vous n'aurez plus d'essaim. J'adjure donc amicalement l'illustre archevêque de Tver, et
(1) .-1 une dame runse. Xo\t Du Pape, 1. I, ch. x.
tout homme doué d'un esprit philosophique, de me montrer, en dehors de rhvpothèse d'un chef unique et suprême gouvernant l'Église universelle, un signe quelconque visible à tous les yeux, tel que, ce signe étant posé, il 5oit tout à fait impossible de ne pas voir ce quest et oii est l'Église catholique (i).
Toutes ces Eglises séparées se condamnent chaque jour en disant : Je crois à V Eglise une et universelle. Car il faut absolument qu'à cette profession de droit elles en substituent une autre de fait, qui dit : Je crois aux Églises une et universelle. C'est le solécisme le plus révoltant dont l'oreille humaine ait jamais été affligée.
Et ce solécisme, il faut bien le remarquer, ne peut nous être renvoyé. C'est en vain qu'on nous dirait : Séparés de nous, ne prétendezvous pas à l'unité? Séparés de vous, pourquoi n aurions-nous pas la même prétention? — Il n'y a point de comparaison du tout; car l'unité est chez nous : c'est un fait sur lequel personne ne dispute. Toute la question roule sur la lég-itimité, la puissance et l'étendue de cette unité. Chez les Photiens, au contraire, comme chez tous les autres protestants, il n'y a point d'unité; en sorte qu'il ne peut être question
(1) Réflexions critiques.
de savoir si nous devons nous assujettir à un tribunal qui n'existe pas. xlinsi l'argument ne tombe que sur ces Églises, et ne saurait être rétorqué (i).
Le manque d'autorité commune fait qu'on ne peut considérer l'ensemble des Eglises autocéphales comme formant une confédération ou une république. Impossible de les réduire à l'unité, d'en faire Y Eglise :
Si un homme appartenant à l'une de ces Églises dissidentes prend la plume contre VÉglise, il doit être arrêté au titre de son ouvrage. Il faut lui dire : « Qui êtes-vous? Gomment vous appelez -vous?, D'où venez vous? Pour qui parlez-vous? — Pour l'Église, direz -vous. — Quelle Église? celle de Gonstantinople, de Smyrne, de Bucharest, de
(1) Du Pape, 1. IV, ch. x. Joseph de Maistre avait déjà écrit dans le chapitre I" du livre I" : « Soutenir qu'une foule d'Eglises indépendantes forment une Eglise une et universelle, c'est soutenir, en d'autres termes, que tous les gouvernements politiques de l'Europe ne forment qu'un gouvernement un et universel. Ces deux idées sont identiques : il n'y a pas moyen de chicaner. Si quelqu'un s'avisait de proposer un royaume de France sans roi de France, un empire de Russie sans empereur de Russie, etc., on croirait justement qu'il a perdu l'esprit; ce serait cependant rigoureusement la mêu?e idée que celle d'une Eglise universelle sans chef. »
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Corfou, etc.? » Aucune Église ne peut être entendue contre l'Église, pas plus que le représentant d'une province particulière contre une assemblée nationale présidée par le souverain. Vous êtes justement condamné avant d'être entendu : vous avez tort sans autre examen, parce que vous êtes isolé. — Je parle, dira-t-il peut-être, pour toutes les Églises que vous nommez, et pour toutes celles qui suivent la même foi. — Dans ce cas, montrez vos mandats. Si vous n'en avez que des spéciaux, la même difficulté subsiste; vous représentez bien plusieurs Églises mais non V Eglise. Vous parlez pour des provinces; l'État ne peut vous entendre. Si vous prétendez agir sur toutes en vertu d'un mandat d'unité, nommez cette unité; faites-nous connaître le point central qui la constitue, et dites son nom, qui doit être tel que l'oreille du genre humain le reconnaisse sans balancer. Si vous ne pouvez nommer ce point central, il ne vous reste pas même le refuge de vous appeler république chr^é tienne; car il n'y a point de république qui n'ait un conseil commun, un sénat, des chefs quelconques qui représentent et gouvernent l'association.
Rien de tout cela ne se trouve chez vous, et par conséquent vous ne possédez aucune espèce d'unité, de hiérarchie et d'association
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commune; aucun de vous n'a le droit de prendre la parole au nom de tous. Vous croyez être un édifice, vous n'êtes que des pierres (i).
Toute république possède l'unité souveraine, comme toute autre forme de gouvernement. Que les Eglises photiennes soient donc ce qu'elles voudront, pourvu qu'elles soient quelque chose. Qu'elles nous indiquent une hiérarchie générale, un synode, un conseil, un sénat, comme elles voudront, dont elles déclarent relever toutes ; alors nous traiterons la question de savoir si VEglise uniçerselle peut être une république ou un collège. Jusqu'à cette époque, elles sont nulles dans le sens universel (2).
On entend parfois les théologiens grécorusses déclarer qu'entre les diverses Églises particulières il y a l'unité canonique, c'està-dire l'unité de constitution et de législation. On pourrait à bon droit, de nos jours surtout, contester l'existence de cette unité ; mais, l'admettrait-on, qu'on ne serait pas autorisé pour cela à parler d'une seule Eglise. L'identité de constitution, en effet,
(1) Du Pape, 1. IV, ch. v.
(2) Ibid., en note.
ne saurait fonder l'unité de société. La Grèce et la Belgique peuvent avoir la même constitution, voire la même législation; elles n'en resteront pas moins deux États distincts et séparés, tant qu'elles n'obéiront pas à la même autorité vivante :
Ainsi les États-Unis d'Amérique ne seraient pas un État sans le Congrès qui les unit. Faites disparaître cette assemblée avec son président, l'unité disparaîtra en même temps, et vous n'aurez plus que treize États indépendants, en dépit de la langue et des lois communes...
Ainsi toutes les provinces de France sont des parties de la France, parce qu'elles sont toutes réunies sous une autorité commune; mais si quelques-unes rejetaient cette suprématie commune, elles deviendraient des États séparés et indépendants, et nul homme de sens ne tolérerait l'assertion qu'elles sont toujours portions du royaume de France, parce qu'elles ont conservé la même langue et la même législation.
Les Églises photiennes ont précisément et Identiquement la même prétention : elles veulent être portion du roj-aume catholique, après avoir abdiqué la puissance commune. Que si on les somme de nommer la puissance ou le tribunal commun qui constitue l'unité,
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elles répondent qu'il n'y en a point; et si on les presse encore en leur demandant comment il est possible qu'une puissance quelconque n'ait pas un tribunal commun pour toutes ses provinces, elles répondent que ce tribunal est inutile parce qu'il a tout décidé dans ses six premières sessions, et qu'ainsi il ne doit plus s'assembler. A ces prodiges de déraison, elles en ajouteront d'autres, si votre logique continue à les harceler. Tel est l'orgueil, mais surtout l'orgueil national; jamais on ne le vit avoir honte ou seulement peur de luimême (i).