Cours de philosoiihic positive, t. V, p
de l'église. Admettons qu'un prélat eût le courage d'aller jusqu'aux « remontrances respectueuses », il ne pouvait d'ordinaire empêcher les scandales.
Les papes seuls ont élevé la voix, et lancé solennellement l'anathème contre les désordres qui s'abritaient sous la pourpre royale. J. de Maistre a raison de louer les papes qui ont maintenu l'indissolubilité des mariages, et par là ont empêché une corruption des mœurs universelle, car la « licence anti-conjugale » tolérée sur les trônes aurait gagné les dernières classes de la société, et les passions les plus brutales auraient déshonoré le monde chrétien. Les mœurs des rois font les mœurs des peuples : on ne saurait trop méditer cette vue judicieuse, et si Philippe I" fut excommunié pour adultère, le pape ne faisait qu'exercer ses droits de chef de la communauté spirituelle : le respect des lois du mariage relevait de son autorité.
Les papes nont pas davantage outrepassé leurs droits lorsqu'ils ont excommunié des souverains catholiques qui persécutaient des évêques ou des i)rêtres dans Texercice de leurs fonctions religieuses, ou qui voulaient se mêler de la discipline ecclésiastique. Lorsque des empereurs d'Allemagne spoliaient les églises, menaçaient les évêques et le pape lui-même: lorsqu'un roi d'Angleterre, Henri 11, j)rovoquail le meurtre d'un évêque, Thomas Becket, le pape avait le droit d'intervenir : dans tous ces cas, le pape, comme dira Innocent 111, non judieabat de feudo, sed decernebat de peccato.
La puissance temporelle n'avait pas le droit de s'opposer aux règles de hiérarchie ou de discipline établies par l'Église; et si un pape rappelait les prêtres au respect de la loi du célibat, le liras séculier ne devait jjas prendre parti, et contrarier l'exécution ilun décret, borné à la discipline intérieure de l'Église. Certes le
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rt'-l!il)lissciii('irl du <'(''Iili;il :i iniisi'- Iicaiicoui» (I(^ df'sor- (Ircs (Iniis les l'ilals, cl ( lii't^'-oii'c \ 11, (ini l'iiiiposait, oln-issail à la l'nis à (l<'S iiiohilcs ascriiqiics ol à des coiisidr-ialioiis Icinixtrcllcs : copcndiinl ri'li^Iisc roslait dans son domaine, cl ll^lal ne dcvai! pas se plaindre de prt'-lcndns cnipiélenicnls.
Donc laid ipie riOij;lise lulla pour l'appeler à la piélé on à la morale les elercs f)n les |ii'inccs (pii s'en écarlaicnl ; lanl (jne les paju'S se (•oiileiilèreid de veiller au maintien des lois eecl(''siasli(pjes, la socif'-h' laïcpic ne d(>vail pas s'oflcnser d"enl reprises on ses droits ne couraient pas le moindre dauLfcr. L'Iilat. (pii l'-volnait de son côli'- vers ralTraneliisscment de la tutelle relii^ieuse, devait pcrmelire à llCtrlise de préparer sa libération : la S(''pai'alion du spiritiud et du temporel ne pouvait s'accomplir (pi'au prix dune mulnellc tolérance.
Mais la question est plus di-licate. si, (piilianl la splièrc de la vie reliifi<Mise, nous considérons les tentatives des papes pour t'-taMir leur juridielion sur les inlt-rèts temporels. L'andtition de (Irt'-jLroire \ il allait non seulcmcnl à al'tVaiuliir ri-]i,'lise de la société laï(|ue, mais encore à établir la supri'-matic absolue du saiid-siètre sur les l'véques d'abord, sur les rois ensuite, abaissés devant le sacerdoce. Il s'est cru institué |)Our veiller à la l'ois sur les rapports religieux des hommes, et sur leurs i.a|i|)orls soi-iaux cl politiques : il a pris en mains les deux glaives.
Les décrétâtes avaieid di'-jà al'lirmé ({ue les prêtres (■'tant d'institution divine ne devaient pas être soumis aux juridictions civiles. Grégoire ^'II alla beaucoup plus loin, et, dans les Dictatus papae, il écrivait : « Le pontife romain a le droit de déposer les empereurs. Il peut tlélier les sujets de la fidélité envers les princes iniques ».
Une lettre, rendue publique, qu'il adressait à ller-
mann, évêqiie de Metz, le 25 août 1076, pose en ces termes les principes de la théocratie : « Comment ne pas subordonner un pouvoir inventé par des séculiers qui ne connaissaient pas Dieu, à la dignité que la providence du Tout-Puissant a créée pour sa propre gloire, et que sa miséricorde a établie sur les mortels pour leur bonheur? Assis à la droite de son père, Jésus ne regarde qu'avec mépris ces couronnes temporelles qui enilent le cœur des enfants du siècle. Mais Jésus est le chef des prêtres, et la puissance sacerdotale est son ouvrage. Les ducs, les rois tirent leur origine de quelques barbares, que l'orgueil, les rapines, la perfidie, l'homicide, que tous les vices, tous les crimes, et le démon, premier prince du monde, ont élevés sur leurs pareils et investis d'une puissance aveugle.... Les prêtres, qui peut en douter, sont les pères et les maîtres des fidèles, des princes et des rois ^ ».
Tel est le défi lancé par Grégoire aux souverainetés temporelles, et sa conduite fut conforme à sa doctrine.
Ce système de théocratie n'était pas nouveau, à vrai dire ; les éléments s'en trouvaient épars dans le droit canonique, dans les entreprises de certains papes, surtout de Nicolas r"", et dans les fausses décrétâtes ; mais jamais il n'avait été coordonné avec tant de force, et jamais un pape n'avait mis autant d'énergie, de lumière, de désintéressement et d'audace à l'imposer au monde : Grégoire VII se crut de bonne foi l'homme de Dieu, et il n'aurait pas hésité devant le martyre, pour assurer le triomphe de ses idées.
Si lui-même succomba dans la lutte, il léguait à ses successeurs des ambitions nettement formulées et le grand souvenir de Canossa; mais il usa d'armes spiri-