‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 102 sur 152 · I. Pape, il, x. p. ;Ji · texte numérisé non relu

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dant l'espace de trois ou quatre siècles, restèrent isolées dans une société, où le lien religieux était très fort, mais où le lien féodal enchaînait davantage encore la vie. Les classes inférieures, loin de se presser sur les routes de Rome, se tournaient vers le seigneur, plus proche et de puissance plus visible ; et c'est à lui qu'elles demandaient aide et protection. Tant que les forteresses seigneuriales, élevées pour la défense, remplirent cet objet, la féodalité fut acceptée par les peuples; mais quand elles servirent à loppression, ceux-ci n'eurent plus que de la haine pour ces remparts qui souvent les avaient abrités et sauvés.

De même, si certains peuples virent dans la papauté comme leur tutrice aux époques troublées du moyen âge, ils s'écartèrent d'elle lorsqu'ils s'aperçurent que cette papauté, par entraînement, par ambition, par politique , devenait infidèle à cette mission qu'elle avait d'abord remplie. Les nations abandonnèrent donc ce droit public, qu'on nous dit issu de leur volonté; le jour vint, où l'opinion le condamna sans retour.

Les rois ne s'y étaient pas plies sans résistance : d'aucuns ne l'avaient jamais reconnu, et de Maistre a raison de nous avertir que les interventions pontificales se produisirent surtout dans les souverainetés électives ; comme si un pouvoir électif n'était pas égal au pouvoir héréditaire, et si, après l'élection, le caractère de la souveraineté n'était pas entier dans le souverain élu ! En tout cas, les rois , élus ou héréditaires, n'ont pas reconnu la suprémulic pontificale, quand elle se manifestait ù leurs dépr'iis. « Oue votre sainteté, répliquait Henri I"'', roi d'Angleterre, soit bien avertie «jne, moi vivant et Dieu aidant, les privilèges et coutumes du royaume d'.Vngleleri'e iii-prouveront aucune atteinte. Et si moi, ce (pi a Dieu ne i)laise, je me laissais tomber

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dans im Ici nlKiissoniont, nios l)nrf)iis, hifii plus, loiil le |i<Mjplo d'Anglctorro ne le soiinvirait pas. »

On sait que la seconde exconiinnnicalion laneée par Grégoire VII n'eut pas grand elTet sur Henri IV, et que les prélats allemands écrivirent au i)ape des lettres violentes : ces excommunications, en effet, ne pouvaient agir que si elles étaient d'accord avec le sentiment national. La première^ fois fpie le pai)e d('posa Henri IV, il exjjrimaif un sentiment qui «Hait au fond du co'ur de ses sujets : l'Allemagne et surtout la Saxe avaient une nette conscience de l'indignité de leur empereur, et elles étaient disposées à écouter la voix qui leur prêchait la révolte au nom du droit divin. Lorsque les excommunications avaient ainsi quelque rapport avec la vie nationale, un parti politique épousait les griefs religieux du pape, et la sentence partie de Rome ébranlait les trônes. Mais quand les aspirations publiques ne secondaient l)as lanathèmc religieux, les rois ne prenaient pas le chemin de Canossa.

Les droits des peuples n'ont été proclamés que par la Révolution; auparavant les nations ne s'appartenaient [)as à elles-mêmes, et les princes pouvaient disposer d'elles sans leur consentement. « Sauvez-nous des guerres de successions! > disait de Maistre aux rois de son temps; ces guerres ne sont devenues impossibles qu'avec le nouveau droit public fondé sur le principe des nationalités.

Lorsque les papes du moyen Age transféraient des nations ou des provinces d'un roi à l'autre, ils blessaient donc ce sentiment, encore indistinct et confus, qui en s<' forliflant a créé l'individualité historique des nations. La France, parvenue à l'unité beaucoup plus tôt que l'Allemagne ou l'Italie, ne tolérait pas ces mutilations faites au nom d'un principe spirituel. Aussi les

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papes ne déposèrent-ils pas nos rois; ils réservèrent ces transferts de souveraineté pour d'autres peuples en voie de formation, à qui l'on pouvait arracher un lambeau de chair sans compromettre la vie organique du corps entier.

Insensiblement les peuples, après une longue expérience de servitude et de misères, sentirent s'éveiller en eux la conscience de leurs droits. Jusque-là ils s'étaient jetés entre les mains des divers pouvoirs constitués. Église, roi, seigneur féodal, donnant à l'un ou à l'autre leur confiance tant qu'il leur paraissait épouser ses intérêts et être suffisamment armé pour les défendre. La papauté eut son heure ; et ceux qui disent avec de Maistre qu'« aucune puissance n"a dautre fondement que la possession », ne peuvent que marquer ces alternatives, qui élèvent un pouvoir ou l'abaissent, et envisager sa chute avec autant d'impassibilité que son exaltation.

Ce ne fut pas le cas pour de Maistre qui, prompt à invoquer les faits quand il s'agit de légitimer la théocratie, les chicanerait volontiers sur le déclin de l'hégémonie spirituelle.

Cependant son apologie de la papauté ne va pas jusqu'à prêcher le retour formel à cette théocratie : « Si cette puissance n'est pas établie, s'écrie-t-il, je ne dis pas qu'on doive l'étaltlir ou la rétablir, c'est de quoi je n'ai cessé de protester solennellement ». Cet hommage rendu à l'évolution inévitable et à la contingence historique des institutions, esl-il bien sincère? On pourrait avoir quelques doutes, lorsqu'on lenleml ajouter : « Celle idée était très sage, et valait mieux ((uc tous nos

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sophismes », cl smloul lois((iril montre les avantages que lo inondo infxlcnic aurail troiivr-s dans rot oxorcice de la supn'malie pontilicalc

t Si la Franco d'aujourd'hui, dit-il. pliant sous une autorilr divine, avait reru son excellent roi des mains du souvei-aiu pontife, croit-on qu'elle ne fût pas dans ce moment un peu plus (contente d'cUe-mOme et des autres? » Singulière aberration! (Quelle eût été en France l'autorité de Pie \IL i)our imposer ou seulement pour conseiller le choix de Louis XVIII comme roi? Ne se souvenait-on pas qu'il avait signé le Concordat avec Bonaparte, ordonné aux évèques de France de chanter dans leurs églises Vive la républuiue, et sacré Napoléon '. Les Frantjais, même catholiques, auraient été choqués de cette ingérence. Mais surtout fiuelle constitution Pie VII aurait-il accordée aux vo-ux des Français, lui qui, avant d'entamer les pourparlers relatifs au concordat de 1817, sollicitait des explications sur quelques articles de la charte qu'il jugeait trop imprégnés de l'esprit du siècle? 11 est vrai que de Maistre se fût i)assé facilement de celte charte, «piil n'a cessé de décrier, disant ({uclle ne faisnil honneur qu'à son roi. et que le temps n'avait pu s'e:ipli(picr sur elle-. Cette supi)osilion chimérique nous renseigne sur la vraie pensée de J. de Maistre.

Pour bien nous prouver ({ue cette su|)r(''malie poidificale n'est <ju'uno id(''e oubliée, mais non abolie, il nous propose une ap()licalion hyp()th(''ti(pM' des principes qu'il a défendus.

Ce chapitre, (piifixe d'une manière spéi-ialc raltcnliou

1. Il av.iil poiiilaiil. a|ircs son clfitiuii au Pniililiial. adressé iiiio It'ltrc il •• l.<iiiis XYIII, roi lii-s cliirlicii • (14 mars 180(1) |iour rassuiri' (II' sa prédilection spéciale, dt' sa haute estime pour sa ficrsoniic royale et de son affection : rf. Dafiouincr. Henieil de pièces pour servir à l'Iiistoire trc/c'sjVi.s/ii/Kc ( 1820), p. 323-:i25.

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