CorrespoinUince, l. VI, p
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|iahlos, (les tyrans, dos usurpateurs, dos confjuôrants IV-rocos qui so jouent de toutes les lois : rien ne leur résiste, parce qu'ils sont les exécuteui-s d'un jugement divin; mais pendant que rig-norancc Iniinnine s'extasie sur leurs succès, on les voit disparaître subitement, comme rexéculcur ([u;in<l il a fini ».
Sur ces enirel'aifes, de .Maistre vint à Paris, et si son arrivée ne l'ut pas un événement, du moins il put être flatté des liommacfes qui! reçut dans cette cap ilale de l'Europe : « La cour, dit-il, la ville, les Tuileries, les Variétés, le Musée, les Montagnes, les ministres, les marchands, les choses et les hommes se sont si fort disputé ma ])auvre personne, qu'il me semble aujourd'hui n'avoir rien fait et n'avoir rien vu, et que je ne suis pas même bien sur d'avoir été à Paris ' ». Son amie, Mme Swetchine, avait préparé le terrain pour sa venue, et après l'avoir produit dans les meilleures sociétés, elle cultiva son souvenir dans la mémoire de ses hôtes, Fontanes, Chateaubriand, Marcellus, Ronald, Lamennais, Bausset.
A la Chambre des députés, Marcellus, dans un discours sur l'instruction publicpie, le 29 mai 1819, citait VEssai sur le principe cjénéraleur : i .le finis, disait-il, en offrant aux méditations du gouvernement et aux vôtres, cette pensée d'un vertueux publiciste; nous n'éprouvons que trop combien elle est vraie et profonde : Tout syslème d'éducation ([ui ne repose pas sur la religion, tombera en un clin (l'œil, ou ne versera que des poisons dans l'Etat ».
Peu de tenq)S après Honald soutenait, dans le Conservateur, que les meilleui's es|U"ils de l'époque étaient « tous zélés défenseurs des principes conservateurs des sociétés, tous ennemis déclarés de cette anarchique et séditieuse philosophie » : « Je ne parle pas, disait-il, des
L I-cttrc à lionald, 15 novembre 1817 (Corresp., t. VI, p. 112).
écrivains français, ils sont assez connus; mais chez les étrangers, en Angleterre, en Italie, en Suisse, en Allemagne, les de Maistre, les Burke, les Haller, les Gentz ont publié des écrits où les plus hautes vérités s'unissent aux plus nobles sentiments. Qui ne connaît les belles Considérations sur la Révolution française, par M. le comte de Maistre ' ».
Ainsi le Pape, à son entrée dans le monde, ne manquerait pas de protecteurs puissants, gagnés, les uns, par une conformité à peu près absolue de doctrines, les autres, par l'ascendant du génie. On conçoit que de Maistre, malgré les deux ans d'attente auxquels il dut se résigner, malgré le lourd travail de corrections que son éditeur lui imposa, ait laissé subsister dans son Discours préliminaire, écrit en mai 1817, l'expression des espérances dont il était alors rempli. Sa correspondance est moins optimiste; les lettres surtout qu'il adresse à ses amis de Lyon nous font assister à de véritables crises de découi'agement; le 3 juin 1818, il écrit à l'abbé Besson :
« Je croyais que l'ouvrage pourrait faire quelque bien, et je ne le croyais même que parce que d'autres le croyaient; car je suis défiant à l'excès. Si l'entreprise était allée d'elle-même sans épines et sans inconvénient, j'y aurais pris plaisir humainement et modérément; mais si vous voyez jjIus de chances pour le mal que pour le bien, et si les entrei)rcneurs surtout croient s'exposer, je ne veux compromettre personne, pour une gloriole dont tout homme sage doit savoir se passer aisément.... Je m'en remets de nouveau à votre prudence chrétienne pour la suppression de l'ouvrage, si vous la jugez convenable -. ■»
1. Conscrvalcnr, 1. V, p. l"i'.l. .1. de Maistre remercia lîonakl par une lettre du lo novembre 18 1 'J. (Corres/)., t. VI, p. 190.)
2. Lettre inédite. — Le 28 septembre 1818, il écrivait à de Place i
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Cependant, rassnir ])ar Rcsson, sontenu par la sage «'iMulilion qne de Place nioltail à son service, doMaislre lit un elïoi't démesuré, et al)ontit enfin, ne voulant pas, comme il disait, « être jeté hors du temps, et par conséquent plus ou moins ridicule : car l'à-propos est tout dans les alïaires » (lettre du 28 septend)rc 1818). A la veille de la bataille, après des alternatives de confiance et d'amertume, il envisageait le sort de son livre avec plus de sérénité, cjuand il écrivait à son complice, l'abbé \'uarin (20 décembre 1819) : « Je tremble tout comme vous, je pleure tout comme vous, sur tout ce qui se passe, et j'éprouve des moments d'abattement que je vous ai fait connaître ; mais ensuite je me relève, et je vous fais part aussi des idées consolantes qui se présentent à moi. La manière dont mon livre sera reçu prouvera beaucoup en bien ou en mal ». Nous allons voir ce que fut cet accueil.
Le Pape, (pi'un laïque s'excusait d'avoir composé, comme s'il eût empiété sur les droits des théologiens, s'adressait avant tout aux prêtres et aux évéques.
Les premiers ne le lurent pas beaucoup. D'abord les i|uestions discutées dans ce livre ne pouvaient pas inté-
•< Vous coiiiiaisscz mes intcnliiiiis, iiKiiisiciii-, je iic mets iiullo gloriole à In clioso. Je vi'ux |iui)licr uii livre utile : l'ost-il ovi ne l'i-st-il pas? C'est ce ([u'il ne in"a|>|)aili('iU niilleinenl de (Iccider, F.iiles clioix (riiii ami, disait l'autre; le hasard m'en fournit un dans votre |iersi)iuie tel (|ue je ne pouvais pas me (latter de lo reiicdiiirer. Ynus (Mrs de \\\us fliin<nir par M. l'ahhé Besson «[ue j'estime inllnimi'iil el (|ui est une vieille connaissance; ce que je dois il vos soins oltlij;eanls, c'est un(> parfaite conliance. Croyezvous (jue le livre jmisse réellement apir en Itien sur les esprits? allons en avant. Dans le cas contraire, renvoyez-moi mes paperasses et soyez bien persuadé que vous ne me causerez pas le moindre désagrément. {Lettre inédite,)
resser un clergé détourné des loisirs de la spéculation par les devoirs urgents du ministère. Le recrutement des prêtres, au lendemain du Concordat, avait été difficile : la Révolution avait décimé le clergé; Napoléon avait dérivé vers les champs de bataille toutes les énergies de la jeunesse française; la noblesse, restée en émigration jusqu'en 1814, avait interrompu la contribution d'élite, dont elle enrichissait le corps sacerdotal sous l'ancien régime. Aussi ceu.\ qui avaient à charge les destinées religieuses de la France, demandaient-ils à leurs collaborateurs moins de science que de bonne volonté.
Dans le diocèse de Lyon, célèbre pour la prospérité des séminaires, les besoins pressants des fidèles ne permettaient pas au cardinal Fesch, nous dit-on, « d'attendre que les jeunes aspirants au sacerdoce eussent parachevé leurs études. A peine avaient-ils fait deux ou trois ans de théologie, qu'il leur imposait les mains et les envoyait dans le saint ministère.... Il se contentait qu'ils eussent la science compétente, c'est-à-dire qu'ils sussent résoudre les cas ordinaires, et consulter dans les cas extraordinaires ' ». Donc les nouveaux prêtres avaient perdu contact avec les Pères; cette forte nourriture qui se puise dans la méditation des livres saints ou des interprètes de la tradition, ne soutenait plus le corps sacerdotal anémié.
Lorsque de Maistre venait parler à ce clergé de la chute de Libère ou de la condamnation d'Honorius, il ne pouvait l'intéresser. Honorius avait-il parlé ex cathedra'!
1. Lyonnef, le Cardinal Fesch, archevêque de Lyon (1841), t. II, p. 394. — Le inémp liioprnpho rn]iporle, sans le {iarantir, ce propos attribué à. Fesch : •■ Il vaut mieux que la vipne du Seigneur .soit cultivée |)ar des ânes que si elle demeurait en friche »
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Les actes du VI'' concile, qui l'avaient déclaré hérétique, étaient-ils falsifiés? Jolie question assurément, mais bien frivole aux yeux de ceux qui avaient le devoir d'apprendre aux fidèles les éléments de la vie religieuse, et qui bien plus se posaient le problème angoissant : Être ou ne pas être. L'Église de France se reprenait à la vie, et, suivant l'expression do J. de Maistre, dans son Discours préliminaire, « par la nature même des choses, les confesseurs et les martyrs devaient prf''céder les docteurs ».
Ce clergé inférieur était encore gallican : les deux livres, pratiqués dans les séuiinain's, le Manuel de Bailly et la Théoloyie de Toulouse, enseignaient, entre autres thèses gallicanes, que le pape n'était pas infaillible, que les décisions des congrégations romaines n'avaient pas force de loi en France, que les souverains temporels avaient le droit de créer des enq)èchenients dirimants au mariage '. L'uUramontanisnic du Pape était trop en avance sur réi)0([ue; |)Oiu' qu'il ne fit pas scandale, il fallait attendre que la grande voix de Lamennais eût rallié autour du souverain pontife les membres du clergé inférieur, que le Concordat livrait sans défense à l'arbitraire épiscopal.
Enfin, poursuivre de Maistre'dans ses hautes spéculations et comprendre les ra{)ports de l'iuslituliou religieuse avec la société, une éducation politique était indispensable. La France du xviii" siècle avait été instruite par Montesquieu, par Voltaire et par Rousseau, sur les conditions de la vie sociale; de même il fallait c[u'unc plume avisée exposât aux prêtres les principes qui président à l'accord de rÉglise et de l'État, déroulât
I. Li- iiri'iiiicr lie ces livres fui iiiisù l'index le 7 deceiiilire 1852 ; l'autre n'èciiappa ([u'au i>ri.\ de nnmjjieu^es ciinecliuMs l'allés dans le sens iun)ain.
la série de leurs relations réciproques, et considérât la religion dans ses rapports avec Tordre civil. Le Mémorial catholique, les livres de Lamennais, et V Avenir surtout lanceront le clergé dans le courant de la vie moderne, l'arracheront à sa sphère de préoccupations pieuses et l'habitueront à réfléchir sur les droits du citoyen.
Le Pape dépassait la moyenne de l'intelligence du clergé inférieur '.
L'épiscopat n'avait pas, semble-t-il, les mêmes raisons de rester indifl'érent à l'apparition du Pape : Frayssinous, Bausset, la Luzerne, la Fare, Pressigny, d'Aviau, d'autres encore, étaient capables de se passionner pour les recherches scientifiques et les déductions ingénieuses de .1. de Maistre. Mais cet épiscopat était gallican en grande majorité.
11 venait bien, quelques mois auparavant (30 mai 1819), d'écrire à Pic VII une lettre fort déplacée; par dépit de voir que le gouvernement ne signait pas le concordat de 1817, nos évêques recouraient au.K conseils et aux lumières du chef de l'Église, le choisissaient comme Varbilre, le conciliateur, le médiateur, dont le jugement ferait la sûreté et la consolation de ses subordonnés.
Pourtant ce haut clergé était plus préoccupé d'établir sa propre domination sur la puissance civile que de jjréparer au pape l'exercice d'une suprématie universelle. Il luttait pour ses prérogatives et non pour celles de Pie VII; il se plaignait de ne pouvoir exercer, au nom de l'Église, un pouvoir indiscuté sur les con-
1. Lamennais parlant au (Conservateur (1. IV, p. 310) do la publicalion d'un livre de Leihnilz (Exposition de la doctrine dr L. sur la religion catlioliiiue), disait : •■ Getlt! puiilication eût autrefois été refiardée connue un événement niénu)ral)le dans le monde liltéraire. On allacliait alors une extrùme imporlance à ces liantes questions, devenues, de nos jours, uu (dijct de nié[uis ou d'indill'érenee ».
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scioiircs. cl dirit^'ci' les lois do l'État vers un Iml exclu sivt'ineiit rcliiiricux. J. do Maistre soutient que sans la su|in'Muati<' tlu papo le catholicisme est eompi'Otiiis; les évèques de France disent qne la relii,'ion est i)erdne, si la circonscription diocésaine nest pas retouchée, si le nombre des cnres n'est pas augmenté, si les séminaires ne sont pas dotés richement, si la vie matérielle du jirètre et des églises n'est pas assurée par une dotation en biens fonds. Libre à J. de Maistre de poursuivre les destinées universelles de l'I^lglise; nos prélats, plus pratiques, se tournent vers le budget des cultes. Sans doute il faut vivre, et sans argent le renouveau de la vie religieuse en F'rance ne pouvait pas être assuré; nous remarciuons seulement que ces préoccupations égoïstes ne décèlent qu'un ultramontanisme de surface.
Car, dans la vie ordinaire, les prél'e'rences de cet épiscopat allaient au gallicanisme, lis ('laient rares les <''vèques ultraniontains comme dAviau, (pii ne cessait de g(''niir sur la déclaration de 10S2, « improuvée, disait-il, depuis plus de cent trente ans par douze papes consécutifs », et dont les jaus(''nistes, les parlements et Bonaparte avaient abus('' pour « opposer une prétendue Eglise gallicane à la catholicpie ' ». En 1811», le gallicanisme. sinon pratiqué, du nu)ins toujours respecté, ne })ouvait pas encore être bafou('' impun(''mcnt. Frayssinous venait de développer en un livre facile les Vrais principes de l'Éijlise gallicane (1818); Bausset, récemment, avait proclamé que la déclaration de 1(>82 était une époque mémorable de l'histoire de notre Église; la Luzerne
1. I! (■(Tiv.iil il Fr.iy.ssiiioii.-J. le il avril ISI8 : « Quels soiil-ils L'i's ultraniontaiiis? Hélas! le chef de ri-^plisc uiiivciscllc (Milouré (h' toiilcs k'.s l'jiliscs parliculiùrt's, hnniii.x la jrallicanc, piiis(nii' sos iiia.ximcs et en (pi'cllc appelle se.-^ lilieiiés la (listiiif;ueiil du toutes les auln's. J'avoue (|iie celte solitude m'ellraie •..
avait en portefeuille une savante réfutation dOrsi ; ÏAmi de la religion, dont les tendances étaient ultramontaines, regrettera la vivacité des attaques lancées par de Maistre contre Bossuet, car « des lecteurs français, disait ce journal, auraient souhaité, soit pour le fond des jugements, soit pour les expressions, des ménagements plus marqués pour un homme dont le nom est si révéré parmi nous • ».
Cette accusation de dénigrement, J. de Maisti'e la repoussait : il avait, disait-il, fait plusieurs fois, au cours de son livi'e, l'éloge de l'Église gallicane. Ici il écrivait : « Les Français eurent l'honneur unique et dont ils n'ont pas été à beaucoup près assez orgueilleux, celui d'avoir constitué (humainement) l'Église catholique dans le monde, en élevant son auguste chef au rang indispensablement dû à ses fonctions divines, et sans lequel il n'eût été qu'un patriarche de Constantinople, déplorable jouet des sultans chrétiens et des autocrates musulmans 2. » Ailleurs il exaltait en termes dithyrambiques les vertus dont notre clergé avait donné l'exemple pendant la persécution révolutionnaire ; il disait encore que l'Église gallicane « était l'un des foyers de la grande ellipse, qu'on ne pouvait rien sans elle, et que l'œuvre de la restauration commencerait par elle ». Il appelait Bossuel grand homme, théologien de premier ordre, vantait sa droiture et son génie. Mais ces rares compliments était comme noyés sous un Ilot de paroles amères.
Nous avons vu plus haut combien de Maistre écouta