‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 106 sur 152 · LE '• PAI'E ' ET LES CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

LE '• PAI'E ' ET LES CONTEMPORAINS

peu les conseils de modération de sonédileiir Iyi»nnais, et qu'à son insu il fit office de bourreau. Oblijj^ô d'ajourner la cinquième partie de son ouvrage, la plus violente, celle qui Irailc ûcVl-iglise (jallicane, il n'abandonnait pas l'idée de la publier, et il se réjouissait à l'avance de relTct (ju'elle produirait : » Vous avez grandement raison, M. l'abbé, écrivait-il à Lamennais (i'"'" mai 1820), il eût fallu publier le livre X"; mais je n'ai pas été le maître. Je crois cependant qu'il paraîtra, et qu'il produira un assez beau tapage. Je n'irai pas moins en avant, car j'ai de bonnes raisons pour cela ».

Ce n'est pas seulement l'Kglise gallicane que J. de Maistre a traitée sévèrement, c'est la France elle-même. Il a, dans ses livres, multiplié les témoignages d'admiration envers notre pays, et nul n'a défini plus noblement la haute mission de celte nation privilégiée; pourtant on ne sait pas, en définitive, s'il a mérité le titre d'ami de la France. Ses enfants étaient partagés d'avis sur ce point : sa fille Constance soutenait avec feu que son père avait beaucoup de pente vers la France; Rodolphe, au contraire, ne croyait pas que le grand ennemi de la Hévolution pût avoir quelque tendresse de cœur pour le pays de la Révolution. Ce qui est certain, c'est que J. de Maistre n'a pas gardé à l'endroit de la France les ménagements auxquels est tenu un étranger qui veut devenir son fils d'adoption.

Les évoques devaient veiller non seulement sur nos gloires nationales, mais encore sur la pureté de la doctrine; or les hardiesses théologiques de J. de Maistre les indisposèrent à ce point qu'ils eurent l'idée de censurer son livre : « Il n'avait d'abord été ([uestion de rien moins ((ue d'une censure, lui écrivait Lamennais (18 mai iS20 . Je ne sais pas comment on s'y serait pris Itour éviter, en la rédigeant, le scandale et le ridicule.

Il y avait, disait-on, dans votre livre, trois ou quatre hérésies au moins. On nommait des gens qui les avaient vues; mais l'embarras était de les retrouver : on n'a pu en venir à bout, et ce grand bruit a Uni par un silence profond ».

Lamennais plaisante ; pourtant lui-même signalait à son ami un mot trop vif : Le concile déraisonna : * Cela peut être, lui écrivait-il, mais il ne faudrait pas, ce me semble, le dire si crûment ». En effet les chapitres sur les conciles, pour ne citer que ceux-là, offraient une matière facile à la censure des théologiens; l'Ami de la religion relevait dans le livre, à propos du concile de Constance, « la brièveté et même un certain ton de plaisanterie mal assortis avec la gravité du sujet », et ajoutait : « Nous n'oserions môme assurer que l'auteur eût toujours parlé des conciles en général avec l'exactitude et la convenance requises » {n° du 4 mars 1820).

Ainsi de Maistre avait traduit bruyamment le gallicanisme à la barre de l'Église catholique; le gallicanisme, sûr de son orthodoxie, répondait par une menace de censure. De ce côté-là encore le succès du Pape ne s'annonçait pas favorablement.

En écrivant son livre, de Maistre songeait aussi au grand public : « Je me sens appelé, disait-il à l'abbé Rey (26 janvier 1820), à mettre les questions les plus ardues au niveau de toutes les intelligences, et je puis dire comme Boileau : c'est par là que je vaux, si je vaux quehjue chose ». Il désirait conquérir à l'infaillibilité les suffrages moins des théologiens que des profanes, de ceux surtout qui tenaient dans leurs mains le sort des peuples : « Tout

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v<''i'ilal»lr Imiiiiiiic (riilal, sï'-cric l-il (jiu'hjuc pari, iirtMiU'iulra liii'ii ». I>l-il forer do convenir (jue théoloi(i<lii('iii<Mil l'iuraillibililé est discutahlo, et peut, dans la praliiiiic, (liviscr les croyants, il jnge impossil)lc que « riionmic d iltat dispnte do nirnic sur ce grand privi- Irifc ». 11 avait donc conscience de développer à l'adresse des gf)uvernants un système invincible : s'il fit beaucoup (!<> pros(''lytes. nous allons le rechercher.

Le Discours prrlimiitdire du Pape porte la date de mai 1H17. L"auleur, «pii avait coutume de consiiller l'almanach, comme il disait, u'ignorait pas les avantages de laclualit»'. Non ((u"un livre soit, comme un article de journal, à la merci des vicissitudes de la politique et des moltilités de l'opinion. Cependant, écrit en mai 1SI7, l'ouvrage, (pii ne parut qu'eu décembre 1819, maïuiua son heure '.

I']n 1817, quand les esprits étaient échauffés par la question brûlante du Concordat, il eût pu agir sur l'esprit des députés et sur l'opinion. VA mu'muc, si, conune tout le faisait i)révoir, la signature de la France eût été mise au bas de ce traité et si un éditeur avisé eût lancé le livre.au lendemain de la promulgation du Concordat, le Pape eût recueilli le bénéfice de celte coïncidence, et peut-être eût-il triomphé comme le Génie du christianisme CM 1802.

.Mais en 1811» le nouveau conc(jrdat était conqjromis. .1. de Maistre, dont la patience fut mise à rude épreuve par deux années d(> retard, jircssaitsou éditeur d'aboutir : « Notre digue ami, disait-il à de Place, m'écrivait le '■\0 avril dernier : Aujourd'hui l'ouvrage ferait peu d'effet, et il en fera un merveilleux après la crise, etc. Jamais deux hommes qui n'extravagueni pas l(Hit à fait n'fuit été si

I. I.;i lyihUnijnipliif (/(• la France le sif:-iiiilc. ii la (ialc du 12 fcviicr 1S2U.

opposés sur une question quelconque. Il me semble à moi qu'après la crise, le livre sera inutile et même ridicule ' *. C'était bien raisonner : avec son tempérament de lutteur, do Maistre n'estimait la victoire que s'il y avait contribué; mais quand son livre parut, la bataille était finie.

La Restauration et la papauté, qui dabord s'étaient tendu fraternellement la main, heureuses d'efTacer les pages d'histoire écrites par Napoléon, usurpateur du trône et persécuteur de la religion, ne surent pas fixer les bases de leur accord. Pie VII indisposa l'opinion en France par sa tentative de remettre en vigueur le concordat de 1516, par ses revendications posthumes sur Avignon, et par ses défiances contre le libéralisme de la charte. Le sentiment national avait été froissé par l'archaïsme de ses prétentions qui portaient atteinte aux droits du souverain et fixaient, sans le consentement de la Chambre, une dot dos archevêchés et évêcliés « en biens-fonds et en rentes vulgairement nommées rentes sur l'État »; enfin l'esprit français, qui ne perd jamais ses droits, avait senti le ridicule des hyperboles bibliques qui ornaient les bulles pontificales : comment ne pas sourire, lorsque Pie VII parlait de la violente iempêle qui l'a jeté dans les profondeurs de la mer, des roues impé tueuses, des chevaux hennissants et des glaives étincelants, de la désolation du troupeau du Seigneur'^ Le ministre de l'intérieur se contenta de déposer les bulles sur le bureau de la Chambre, sans on donner lecture. Le livre de J. de Maistre avait le tort de venir attiser des discussions éteintes.

Depuis le renvoi de la Chambre introuvable (5 septembre 1817), les ultras avaient perdu la plupart de leurs

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