Convs/... t. Vi. |.. iMI cl 2:i
magne catholique, n'était pas si absorbé par sa préoccujjation de préparer Téveil dune Allemagne « une, libre, forte, indépendante, bien ordonnée, sûi^ement protégée », qu'il n'eût aussi le loisir de méditer les grandes vues politiques de J. de Maistre; ennemi du jacobinisme, de la Sainte Alliance, du congrès de Vienne, de la révolution satanique, il était bien fait pour comprendre le Pape.
Frédéric Schlegel subit plus fortement Tinfluence de J. de Maistre. Dans son recueil périodicjue, la Concordia, qui préparait la restauration sociale par la subordination de la politique à lautorité directive du pape, il signala le grand ouvrage de J. de Maistre; et quand il connut l'Église (jallicane, il écrivit que ce livre « était lanalyse la plus profonde de l'état de la prétendue Église gallicane, et que l'auteur, avec maîtrise, étalait les dangers que les parlements avaient fait courir à la religion * ■».
C'est surtout dans ses leçons sur l'Histoire de la liilérature ancienne et moderne, que Schlegel exalta de Maistre : « Le moment est venu, disait-il, où, tandis que la fausse science périt dans sa propre nullité, la véritable, pénétrée de l'esprit de la religion, se réconciliera avec elle d'une manière durable et servira à sa plus grande glorification. Le comte de Maistre, versé dans la connaissance de la philosophie, se rapproche de ce but beaucoup plus que les autres écrivains ultras, parce qu'il a exposé le catholicisme plus fondamentalement que tout autre - ». Aussi Schlegel lui pardonnail-il de n'avoir i)as comi)ris le génie allemand. Cette inintelligence, il lalliii)nail à ce que la litléralureel la philosophie allemande
1. Wiener Jalirbùrlicr, 1821. tniisinnc caliicr triiiicsliicl.
2. Ifisl. de la littérature ancienne et moderne (trail. Duckctt, l,S2î)) t. II. p. 271.
LE •■ I'AIT: '" ET LES CONTEMPOliAINS. 281
(k'S derniers Icinps, avaiciil uiir couleur tie i)r(>tcsl;uilisiiKi Ibi-leinenl prononcée : « Le temps seul, ajouliiit-il. p(turrii (ic'liuiiv celte première impression; et les bons éci'ivains (Vançais, c'esl-à-dire ceux qui sont en même temps religieux el pliiloso|»lies. comprendront un jour quel immense trésor de matériaux, dcsecoursetd'or^anes nouveaux ils peuvent trouver dans TAllemagne intellectuelle, même pour la sciem-e catholique* d. En attendant Schlegel convenait que de Maistre, malgré la pauvreté de la langue française, avait " nuirqué ses ouvrages d'une grande profondeur métaphysique - ».
L'admiration de Frédéric Schlegel suscita plusieurs traductions des œuvres de J. de Maistre. Morilz Lieher etc. -.1.-11. Windischmann s'unirent, pour faire ce travail, auquel le dernier ajouta des remarques et des commentaii'es philosophiques. Klee, (pii fut plus tard professeur à Bonn et à Munich, traduisit aussi l'Église gallicane. Dans le cercle de Schlegel, on répétait avec enthousiasme cette appréciation de l'éditeur lyonnais, de Place : « Personne encore n'avait considéré le pape comme représenlant à lui seul le chrislianisme tout entier. Nul écrivain ne s'était placé à la hauteur nécessaire pour étudier l'histoire ilans cet esprit, et n'avait eu la pensée de suivre de l'ccil l'autorité pontilicale à ti-aveis les siècles,
1. Scliit'poi liii-iiirmc n'avait pciit-t'lri' iniii|iris (uriinparfailciiKMit la (loctrinc tlf J. dcMaistro; à i|U»>l(|ui's années di- là, Gerhet signalera les erreurs (|ii'il avail eoinniises dans rinlerpri'lalinn de ISonald et de Lamennais : « Le iiKiinent appniclie, écrivait-il en I83L "" <lf^ cnnununicalinns plus freciuenti's entre les t-crivains ealJKdiciues di- la Franee el de rAlleuiapni' lendnint impdssilile le retour de seniltlaldcs erreurs, el fcnuit ('vaniiuir îles préjufiés aussi nuisibles à la cause de la loi (|iie contraires aux profirès de. la science ». {(^otip d'œil sur la controverse elirctienne, p. li)0.)
2. Philosophir ilr l'Iii'itoirc (trad. Lecliat. 1S:{(1). le.;ons professées en IS27 (I. II. p. :tu:i).
d'écazier les nuages funestes que le préjugé, l'erreur et la passion, dans le coupable dessoin de nous la faire méconnaître, n'ont cessé d'amonceler autour d'elle ' ».
Ce qui est plus important encore, c'est que ces hommages littéraires rendus à J. de Maistre avaient une répercussion dans la politique : car Schlegel, devenu ambassadeur d'Autriche à Francfort, se fit le théoricien de la monarchie absolue et théocratique : » Il s'attendait, dit Gervinus, à voir la confédération germanique se développer de manière à devenir un Empire de moyen Age avec l'Église à sa tête, comme du temps des anciens Etats ecclésiastiques, dont la constitution lui paraissait se rapprocher, autant que c'est possible, du royaume de Dieu - ». En Autriche l'État et l'Église, grâce à Schlegel, tendaient à s'organiser suivant la doctrine de J. de Maistre: restauration du pouvoir illimité dos prêtres et des princes, tel est l'idéal de réaction, que l'Allemagne des romantiques et l'Autriche de Metternich voulurent réaliser dans les faits, i)ar pour des révolutions ^.
Anoleterre. — L'Angleterre, que do Maistre visait spécialement dans son ouvrage, semble, au premier abord, avoir manqué aux espérances que l'auteur fondait sur elle.
Pourtant, les os[)rits cultivés d'Angleterre s'étaient depuis longtemps habitués à tenir les yeux fixés sur
1. Cf. J. Fricdricli, Gi'srhichif des Valilianisrlion Konzih {]\ann, 1877), p. 187. —D'après Friedrich (p. 1!)0)Iîi Tiibifjpr Quarlalsclirifl, iHii ('lait aux aguets, sipiiala la n(iuvoll(> tendance, (|ui, partie de la France, se répandait dès 1822 en Alleniafiiie.
2. Jliatuin- du A/A* si'erlc depuis /es Irtiilés de ]'iei)ne (trad. .Minssen). t. Il, p. i:tl.
:}. La peur devint même si lorle. (praprès 1820 « une rriti(|UP (irtiinddxe. dit Gervinus {id.. 2S6) passa au crilde tous les livres d'instruction »; le Paj>e de J. de Maistre et la Pestaunitinn der Slaalxiiusxensrhaflen d(> Haller lurent interdits ciimme n'étant pas assez alisoluti^les.
l.K •■ l'AI'R " I:T LRS CONTF.MI'OHAI.NS. 283
colle ville (le Pai'is. (|ii(' iliirkc n|»i>('Iail le ■ «eiilrf do rKuroi)c <>; avec lo célèbre lioinme (l'Klat, elle savait bien que « rKiirope n'est que Irop iiiléressée à tout ce qui se l'ait en l-'i-aiice ' ».
De plus, le nom de J. de Maisti'c était favorahlenienl connu eu Anij:lelorrc; V Ambigu de Pellier avait sijsrnalé YEssai sur le principe générateur des constitutions : après avoii- rappelé que de Maisirc était l'anteur des Considérations, un ouvrage lu el admiré par l'Kurope. et qu'il avait plaidé auprès du czar ■■ la cause de tous les rois, renfermée dans la reslauialion de la maison de Houi-bon >', le rédacteur citait un long fragment de l'Essai, et concluait : « Telle est la manière de penser et d'écrire d'un homme à qui linquisition établie ilepuis (piinze ans sur la pensée n'avait pas laissé les moyens de se faire connaître à Paris. Kspérons que désormais il y jouira de la noble réeomi)ense à laquelle asi)irait dans l'exil tout Français (jui servait enc'ore sa patrie en comballnnl lusuriiateiu' qui roppi-iuiail - «.
Cet éloge, qui est surtout une attacpie contre Napoléon, ne jiarait pas avoir tourné vers le Pape l'attention des Anglais. Car cet ouvrage n'est meulirmui'' ni dans la tjuarlerly lici'iew. ni dans Y Edint>urgh Hcview. ni dans lilackwood's Ediulnirgli Magazine, ni dans le London Magazine ^.
Chose plus étonnante encoi-e! .1. de Maistre n'est pas cité dans l'ouvrage fameux de (^h. Butler, The Book of flw roman ralhoUvh churcli. don! une Iraducliou française
1. (".f. I.cltrcs l'i nn meiiihrr i/c ht rhniithn- di'S Communes, 1707. in-S, p. IS, cl lirjlr.r. on Ihr lirvol. nf Framw London. 1703. in-S. p. IH).