Numéro du 20 janvier ISI.i. I. .\IA111. p. ll'.l
11. Je dois CCS rcnsci-rniMncnts aux n'clierclics oldip-eaulcs du savant proressour de lincraturcs niodcrni-s comparées à l'Université (le Lyon. .M. F. HaldenspcrpT.
parut en 1825 sous ce titre : L'Église romaine défendue contre les attaques du protestantisme, dans une suite de lettres adressées à sir Robert Soutley (in-8, 450 p.).
La raison de ce silence doit être cherchée dans la situation particulière des catholiques anglais. Ceux-ci étaient tenus à la plus grande réserve, pour ne pas justifier les imputations sans cesse renouvelées par leurs adversaires, disant que le catholicisme était opposé aux lois civiles de l'Etat et que le pape avait le droit d'intervenir dans les choses temporelles.
En 1788, Pitt avait interrogé sur ces points de doctrine la Sorbonne, les universités de Louvain, de Douai, d'Alcala, de Valadolid et de Salamanque ; toutes s'étaient prononcées pour l'indépendance du pouvoir civil; et Pie VI, en 1791, écrivait aux archevêques catholiques d'Irlande, pour réfuter les calomnies intéressées des anglicans. Aussi les catholiques anglais et irlandais ne faisaient-ils aucune difficulté, pour souscrire au serment d'allégeance que le gouvernement exigeait d'eux. Cependant, en 1821, le docteur Tomline, évêque de "W'^inchester, publiant une vie de Pitt, mettait encore en doute le loyalisme des catholiques et les accusait de promettre une obéissance passive aux ordres et aux décrets des papes ^
Les catholiques protestèrent vivement (lettre du 12 juin 1821 ; mais on comprend combien il eût été dangereux, pour des catholiques, ainsi soupçonnés, de faire l'éloge de J. de Maistre et de son ultramonfanisme. Au contraire, chaque fois que l'occasion s'en présentait, ils s'empressaient de citer la déclaration de 1082, et
1. Cfs r('|ii()clM's cliiiciit Inniiiilcs (Ml iiii(| iiro|)(i?ili(iiis (|ui, (lisait-il, « so trouvent dans les di-rn'ls des conciles et autres documents antlientir|ues de TK^Iise de Rome et ont toujours été considérées commi' l'aisanl p.irtie de la fui (le> papistes ».
LE •• PAI-n F,T LES CONTF.MPORAl.NS. 2K:;
de r(''|)(''lor que cctto (i(''clai'ation, sig-néo par fous los ecclésiastiques de France, reçue dans loide la catholicilc, [troclninail riudéixMidanee du IfMuporel des rois.
f'.li. Huiler, lui aussi, se dil |>arlisnu de la dcelaration <!<> d(lS2 : l'I pnuitiinl il :i lu de Irrs pr<"'s l'oin i-iiLT /'// Piij)!-. JNulh^ pari il n'iuxoque le léiuoiLfuajjfe de .). de .Maisire, ni dans son chapitre sur les inv(^sfitnres, ni sur la puissance temporelle du pape, ni sur l'autorité du pape; mais quand on lit de près ces chapitres, on s'aperçoit que les textes qui servent de base aux raisonnements de lauteur sont tous empruntés à de Maistre'. L'éditeur s'exprimait ainsi dans la préface : « Nous recommandons connue un modèle de discussion le chapitre dans lequel sir Ch. Butler traite de la puissance temporelle des papes; matière vaste et délicate, et où le savant écrivain a trouvé le moyen d'être neuf». Or ce chapitre entier, si l'on excepte une adhésion à la déclaration de 1G82, se borne à reproduire les idées de J. de Maistre. L'influence du l'ape, bien qu'inavouée, est donc certaine -.
Lorsque l'Kirlise catholique d'Anî>leterre jouit d'une plus grande lil)ert('', elle proclama sa dette de reconnaissance à l'égard de J. de Maistre. Ainsi le mouvement de l'école d'Oxford se rattache en partie aux doctrines de nos théocrates français; Honald, Lamennais et surtout de Maisire deviennent les ('crivains préfér(''s d'une école, (pii ne professe que mépris |)our la raison Inimaine et pour l'esprit ûo progrès : << Ressusciter la papauté, jadis si nécessaire, aujourd'hui si inutile, dit la lieviie
1. Ainsi, |). I2('(, Yiill.iirt" csl cite (j'apn-s J. (!(> Maislro; p. 127, los Lfltrcx sur l'Iiistoirr .sont apporli-cs on Icnioiiiiiaiii-, cl lUitk'r fonnaîl si pou (iirectcnu'nt l"(invraf;p, qu'il l'allriliuc à Vollaire.
2. Le iataluj;iic du Biilisli Muséum incntiunnc k-s tiaduttinns suivantes : Tlic Poiie.-roii.'iUt'rcd in hia ri'liilii>its willt tlic rluircln'U-., transi, liy M. D. Daw^on. Londnn, IS.'iO; Lcllen ou tlic .s'/.d/iis/i litmiisiliDii, Uiiil. Fielclier, 183S; trad, Uawson, 1831.
286 JOSEPH DE MAISTRE ET LA FAl'AUTE.
britannique {ao(\\ 1843), est l'ambition de l'école catlioliquo de France et des Puseyistes d'Oxlord ; mais quoique soutenues par de rares talents, ces écoles feront des conversions, sans pouvoir jamais convertir tout un peuple. On ne ramène pas ainsi un ])euple à des formes qui ont vécu moins que lui ; on ne force pas un j)euple à rétrograder de trois siècles. Mais nous renvoyons ceux qui veulent se nourrir de cette chimère aux ouvrages de M. de Maistre; ce sont les chefs-d'œuvre de l'école, et l'on y trouve une appréciation historique du moyen âge qui a mérité les éloges d'un penseur aussi grave qu'impartial, M. Auguste Comte ».
Newman trouva dans le Pape la meilleure réponse aux doutes qui retardèrent sa conversion, car sa théorie du développement est empruntée — lui-même l'a dit — à J. de Maisire. Son fameux Essai sur le développement de la doctrine chrétienne (1845), qui, d'après un théologien, devait « fournir un jour la plus solide réponse aux objections rationalistes ^ » procède tout entier de cette réllexion, qui est empruntée au Pape : « D'après la nature de l'esprit humain, le temps est nécessaire i)Our la pleine compréhension des grandes idées et leur eidière perfection, et les vérités les plus puissantes et les plus frap|)antes, quoique communiquées au monde une fois pour toutes par des prophètes inspirés, pouvaient bien ne pas être comprises sur-le-champ et entièrement par ceux qui les recevaient; mais, reçues et transmises par des esprits non inspirés, et par des intermédiaires purement humains, elles ont eu besoin, pour arriver à un complet éclaircissement, d'un temps plus long et de réllexions plus i)rofondes- ».
1. H. Uroirioiui, Acwinditii, le développeincnl du doijinc clmUicn (édit. (io la P(;ns<k' clurlicniw), l'JU."), |). xiv.
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Ce mouvomoiil (•atlu)Ii(jiio on Anglcferro, piriiit paille Maisiro. pcul donc ôivr partiellenuMit rattaclic au Pope. L'anglicaiiisnic no se réconciliera pas, comme il le croyait, avec \g papisme; mais son livre a préparé les voies de la conversion à beaucoup d'Ames, surtout au plus remarquable des Ihéolouriens anglais du xix'' siècle, celui ijui a eu ■ l'insigne honneur, comme a dit Gladstone, d'imprimer à l'esprit religieux de son pays et de son éi)o(pie Timpuision la plus puissante et la plus extraordinaire dont l'iiistoire conserve le souvenir * ».
Russie. — Le Pape, comme nous l'avons vu, continuait ce mouvement de conversions, dont les hautes sphères de Saint-Pélershonrg s'étaient particulièrement ('•mues. Les amis de l'auteur s'intéressèrent à une o'uvre ipiils avaient vue naître, pour ainsi dire. Le 14 octolire 1H17, J. de Maistrc annonçait à la comtesse Rzcwuska son espoir d'être bientôt imprimé à Paris, et il ajoutait : t I\odol|»he m'a dit qu'il y a déjà des commissions et des accaparements à Saint-Pétersbourg, chez S. Florent. Mon imprimeur à Paris sera M. Le NormantI; si l'on ne m'a pas parlé normand, je ris beaucoup de l'empressement de Saint-Pétersbourg - ».
Ces lecteurs zélés attendirent plus de deux ans; mais en 1820 l'auteur croyait pouvoir encore (compter sur la curiosité du public russe : « Croyez, écrivait-il à l'abbi' Rey, que le chapitre sur la Russie fomliera à Saint- Pétersbourg connue une bombe. Ame au monde ne s'y iloule des /é/»o/;//ir(f/<'s russes. Onand ils verront ce tableau, ils demeureront l'rappf's de stupeur, et ensuite décolère. Mais qu'arrivera-t-il à l'auteur? Je Vignore. Oui sait si
1. /?o;;i(' vl le i>iii>f dcvdiil la coiiscU-iicc et l'Iiisluirc (Irad. rr;ui(,'., 1877, p. <.)8).