SOUS LA RESTAURATION
I/iiiniiciicc tic .1. de Maistrc n'est pas de celles qui se di'lcrniinent avec précision : il n'a pas fait école à proprement parler. On a plus d'une fois essayé de dresser la liste de ses disciples, et l'on a cité pélc-mèlc des noms assez étonnés de se voir rapprochés : Havitirnan, Lacordaire,(jratry, liendu (l'évéque d'Annecy;. Louis \euilloL l'abbé Martinet!?), Donoso Corlès, etc. '. Barbey d'Aurevilly n'a-t-il pas imposé un certain temps la légende dune parenté intellectuelle l'unissant à de Maislro? Le classement est artificiel : de disciples authentiques, de Maistre n'en a pas eu, et il ne pouvait pas en avoir.
Son système suppose, pour être accepté tout entier, un ensemble de conditions très particulières : il faut à la fois un tempérament hautain, violent ménie, et surtout la formation intellectuelle d'un philosophe très perspicace, qui s'instruisit d'abord au spectacle formidable de notre Révolution, et qui ensuite s'isola de son
1. VA. Ii;ulliclrm\ . ri-:si>ril du roinU- J. de Muislrr, [). I i."t.
époque, sans que rien du présont vînt renouveler sa pensée toujours en mouvement. De son observatoire de Saint-Pétersbourg, il aimait à prophétiser; mais ses méditations ne s'alimentaient plus à la source vivante du réel.
Son influence, vraiment considérable, est diffuse plutôt que ramassée en faisceau; la pensée catholique du xi-X*" siècle, en France comme à l'étranger, a reçu de lui un ébranlement qui n"a pas encore cessé de la féconder et de la porter en avant; les indépendants euxmêmes, provoqués par lui, ne sont pas sans obligation à son égard. 11 serait impossible d'en recueillir toutes les preuves; il serait fastidieux den apporter un trop grand nombre.
Nous nous contenterons de signaler celles qui nous ont paru les plus caractéristiques, et nous les limiterons de notre mieux à ce livre du Pape, qui fait le sujet de la présente étude.
Le Pape a vieilli beaucoup moins que VEssai sur l'indifférence. L'apologie de J. de Maistre, comme celle de Lamennais, s'étayait de textes mal contrôlés, et invoqués pèle-mèle, sans esprit critique; mais tandis que la théorie de la certitude fondée sur le consentement général du genre humain a été condamnée au nom de la théologie, l'Église a fait un dogme de la doctrine de l'infaillibilité.
La postérité a, pour ainsi dire, opéré le triage dans l'oHivre de .L de Maistre; et la sul)stance de sa pensée, débarrassée de l'alliage impui'([ue son àpreté polémique y avait mêlé, a considéraljlemeni agi sur l'évolution des idées religieuses au \ix'' siècle. « Celte œuvre doctri-
INFUENCE DU ' l'APE ' . 293
iialc, a (lil I-liijj^ôiio N'eiiillot, si pnissniUo |)ar la pensée, si savante par la roniie, excila et coninienra de discipliner laclion calholiquc '. »
Colle inllucnee, Lamennais la snbie le premier. Sans (Jontc, avant le Pape, il il ail iillranionlain : déjà dans la Trndilion de ilùjlise sur l'inslilulion des êvéques (1814), il avait aceoi-dé au pontife romain « une autorité pleine et entière en ce (jui concerne Tordre spirituel; indépendante des circonstances et de la volonté des hommes; à labri de tout aU'aiblisscment, de toute variation; ne connaissant de limites que celles qu'elle s'impose ellenKMiie, selon les besoins de l'itlglise et Texigence des temps - ».
Vax iJSiS, (piand le ministre de lintérienr, Laine, ordonnait <pie la (b'claralion de ir)82 lut enseignée dans les séminaires, il écrivit un aiticle si violent, (jue P'rayssinous le priail, de ne pas le publier, et (pie plusieurs évéqucs, après l'avoir lu, réclamèrent une censure ^.
Ce[)endant son antigallicanisme épargnait le [>remier articlede l(iK2, aucpicl il (N'-clarail tenir nuldiit <iu an nuire. L'année suivante, taisant un compte rendu de VKxposilion de ladoclrinc de Leibnitz sur la religion, il ne réclamait avec Leibnitz (|u"en faveur de la priinaulê du ponlife romain, et, en signalant la pensée de Leibnitz sur le pape centre et modérateur de la chrétienté, il admirait cette idée qui, « surtout à l'époque où Leibnitz écrivait, n'avait pu naître que dans un esprit très pénétrant », et qui supposait « une observation profonde de la société » ; mais il tlisait (pi"assur(''mcnt on <''lait bien libre de la rej(>ter *.