Pap' XXV. l'n'l'ilrr
'\. LcUri's (In \) janvitT ISIS, ilii I" iii.'ii>. ilii \2 aviil. du 21 aitùl, dans OlùivrrK i(it'(//7c.s. I. I. 4. CoiiscrmUciir. I. IV, p. :i05 cl s(j(|.
Après avoir lu le Pape, Lamennais ne fit plus ces réserves : cet esprit absolu, toujours en quête d'idées tranchantes, reçut de J. de Maistre l'initiation à une doctrine plus liée et plus vigoureuse. Ses articles sur le Pape sont un manifeste important, une déclaration de guerre à l'ensemble des idées gallicanes : « Je n'ai pas cessé, disait-il quelques mois après, de les combattre, spécialement dans une suite d'articles insérés dans les journaux, et où je rendais compte du bel ouvrage de mon illustre ami, M. le comte de Maistre, ayant pour titre le Pape ». (Letti'c du l'"" décembre 1821.)
Ces articles contenaient une définition du gallicanisme empruntée à de Maistre : « C'est, disait-il, un système qui se réduit à croire le moins possible sans être hérétique, afin d'obéir le moins possil)le sans être rebelle », et il avouait ({ue sur aucun point important il ne se séparait de J. de Maistre.
Cependant il ne serait pas exact de ne voir en lui que le disciple de J. de Maistre. Ceux qui ont nié l'originalité de l'auteur de l'Essai sur V indifférence se sont fourvoyés '. Car si Lamennais n'a pas tout inventé, pas plus que les hommes de génie, ses pairs, pas plus que ceux-là mêmes dont on voudrait qu'il ait été le simple écho, J. de Maistre l'a défendu à l'avance contre le reproche d'imitation, quand il retrouvait dans un article de Lamennais - ses propres idées sur la synonymie de l'infaillibilité dans l'ordre spirituel et de la souveraineté dans
1. « Les mcilli'urcs ponspcs de VEssdi, disait Madrollo {Ilisloirc secrète du parll et de l'npitstasie de M. Ijiiiteiinais, \8'M, p. 4.5). stint prisi's, (Hielqiielois cKijiiM's cl drcijjorces de M. do Maislrc, de M. do Boiiald fl mi'iric de M. de Clialeauliriaiid. ■•
2. L"arli(de iiilituié Influence des idées jildlosniiliiques sur la sorié/é fut éi-rit en ISl.j cl pui)lié en 1810 dan.s le volume intitulé : Réflexions sur Vélat de t'É(jUse en 180S, suivies de Mélanges religieux cl [tliilosopliiijues, p. 147 à 188.
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l'ordre temporel : « Le beau, dit-il, c'est qu'il n'avait pas lu mon ouvrage ni moi le sien, de manière que nous nous sommes rencontrés exactement guidés par nos seuls anges gardiens ' ».
Cependant leurs doctrines philosophiques accusaient de réelles divergences. Ainsi Lamennais qualifiait de niaise la philosophie de Descartes et de niais ceux qui l'admiraient, alors que J. de Maistre faisait honneur à la France de ce grand penseur aux mains de qui il aurait voulu mettre le sceptre de la philosophie. D'autre part, de Maistre méprisait Pascal, dont les Pensées formaient la substance du premier volume de VEssai sur l'indifférence. Lamennais ne trouvait de fondement à la certitude que dans l'autorité générale et le consentement commun ; quant à l'évidence, à la raison individuelle et au sentiment, il ne les considérait que comme des sources d'erreurs. De Maistre, au contraire, avait une confiance illimitée dans les vérités et les preuves de sentiment, car le sentiment lui paraissait le guide le plus sûr de l'homme, infaillible sur les vérités essentielles.
Ces divergences apparurent nettement lorsque Lamennais publia le deuxième volume de son Essai sur Vindifférence. La lettre que de Maistre écrivit à l'auteur contient des réserves fort polies, mais significatives : « La première partie de voti'e second volume, lui disait-il, alarmera de fort honnêtes gens, et d'autres beaucoup plus nombreux feront semblant d'être alarmés.... J'ai bien compris la raison par laquelle vous échappez aux attaques qu'on vous porte, celle de la raison universelle. Le temps me manque poui- me jeter dans cet océan - ».