G. Weill, UÉcolc Saint-Siinoiiieiine (1890). p
INFLUENCE DU •■ l'AI'E . 30:5
Simoniens, et lorsque Bazard fit en 1829, au nom du collège, son Exposilion de la doctrine Saint-Simoniennc ', il signalait avec de INIaistre la loi du d(''veloppement imposée à toutes les grandes institutions comme la papauté, qui, au cours des siècles, navait cessé de grandir; il citait les témoignages les plus probants de la constante suprématie des évèques de Rome jusqu'au jour où Grégoire VII, homme de génie, fit faire à la papauté le dernier pas qui lui restait pour s'emparer de la souveraineté sur toutes les églises. Les arguments par lesquels de Maistre avait défendu les papes, accusés d'avoir déposé, excommunié des rois, et d'avoir par là provoqué les peuples à la désobéissance, servent encore à Bazard pour confondre les calomniateurs de la papauté : « Bien loin, dit-il, de continuer à accuser l'Église d'avoir cherché sans cesse à étendre sa puissance, de s'être applicjuée constamment à la soustraire à la loi de l'État, on devra bénir au contraire les efforts qu'elle a faits dans ce but, et reconnaître que la division des pouvoirs, qui a été le résultat de la lutte qu'elle a soutenue, et qui est devenue l'expression régulière de cette lutte, a été la conquête la plus importante que l'humanité ait pu faire dans le cours de l'époque qui vient de finir - ».
Quand parut en 1824 le premier volume de l'ouvrage de Benjamin Constant, héritier des idées du xviii" siècle sur la religion, A. Comte écrivait à d'Eichthal (novembre 182i) : « Vous pouvez regarder le livre de Benjamin
1. Cf. Œuvres de Sainl-Simnn et d'Enfantin, t. XLll (éd. de iK77).
2. Cinf[iiiônio séance, Du pouvoir sjjiritucl et du pouvoir temporel, ('(/., p. 203. Kn 1848, Duveyrier fondanl le Speclateur répuhliruin disait (1"' n", 20 juillet) : •< Nous marchons, ainsi (jue l'annon(:ail de Maistre, vers une imposante unité. C'est pour cela (jue nous nous eiïorcerons d(» conslilner le seul parti rpii [xiisse exister aujourd'hui, le |)arli de la Franc(> répuldimine ••.
Constant sur les religions comme réfuté d'avance par do Maistre, qui y est du reste traité fort lestement. A ce propos, je ne puis m'empècher de vous faire part d'une pelito ob.servation, c'est que M. de Maistre a pour moi la propriété particulière de me servir à apprécier la capacité philosophique des gens par le cas qu'ils en font. Ce symptôme, dont je me suis beaucoup servi, ne m'a encore jamais trompé. Guizot, malgré tout son protestantisme transcendant, le sent assez bien ' ». Les idées directrices de J. de Maistre ont presque toutes été adoptées par le fondateur du positivisme; dès l'époque de sa formation, A. Comte s'était fait le discii)le de l'auteur du Pape. Avec de Maistre, il proclame la nécessité du pouvoir spirituel dans la société, et il se plaint que dans les états catholiques eux-mêmes, le pouvoir temporel ait « soumis entièrement à sa dépendance la hiérarchie spirituelle », tandis que le clergé « se prête volontairement à cette transformation, en s'empressant de relâcher les liens qui l'unissaient à son gouvernement central pour se nationaliser ^ ».
Avec de Maistre, il admire l'organisation régulière et permanente de l'Europe chrétienne au moyen âge, et le magnifique spectacle de ce que de Maistre, dit-il, « appelle, avec une si profonde justesse, le miracle de la monarchie européenne ' ». Enfin, il pense que les sociétés ne seront sauvées que si elles acceptent la discipline proposée par l'auteur du Pnpe : « Sans l'intervention de l'autorité spirituelle, dit-il, il est absolument impossible
i. A. Comte éciivail à un ami : <■ Condorcct dut ôtrc pour moi complété par Maistre, dont je m'appropriai tous les principes essentiels, qui ne sont plus appréciés maintenant ([ue dans Técole positive ». Cité par M. Brunctière, article sur J. de Maislre dans la Grande Encyclopnlie.