‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 149 sur 152 · De Cfiriu'. Soiivriiirs de .Icinu'tinc, p. ITil · texte numérisé non relu

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rrglos rtoriU'Ilos des socirtrs. Lofifirien of pcnsoiir, il est sui)éi'ievir aux faits; si parfois l«>s faits ont pris leur revanche contre lui. on ne peut pas dire pourtani (pi'il n'ait l)Ati que sur des assises ruineuses, et que ses palais (iidées restent suspendus dans le vide.

I']n efrel. son l'ape est un livre de grande allure. 11 continue le Discours sur l'Histoire universelle à lendroil même où Hossuet l'avait interromi»u, et il nous (lonn<> la <()iilr('-parlie de VEssai sur les Mœurs de Voltaire. Le rôle de lidée nMigieuse dans la vie antique et à l'origine de la monarchie féodale, Bossuct l'avait marqué en traits vigoureux; il fallait, par delà les blasphèmes de \'oltairc. retrouver les titres méconnus de la grande institution catholique. On avait prouvé que l'histoire du monde juif et pa'ien avait eu son centre en Jésns-CJirist: il restait à soutenir que l'histoire du moyen âge et des temps modernes a subi la direction du vicaire de Jésus-Christ, et que la civilisation a été tributaire de ce génie infaillible que les promesses du Sauveur ont déposé sur le siège de Pierre. D'après J. de Maistre, le monde moderne ne peut vivre c{ue sous la tutelle de la papauté. L'assistance d'en haut n'a jamais manc[ué aux hommes : les prophètes, les conducteurs du peuple juif, tous ceux qui dans l'Ancien Testament oui ligure .lésus-Christ, travaillaient à l'avènement du christianisme; c'est le christianisme ([ui doit accompagner le monde jusqu'à l'achèvement de ses destinées : or, point de christianisme sans le pape. De là cette exaltation de la pap;\ul('', léloge de son rôle passé et la prophétie de ses victoires futures: il fallait attacher an front du pape l'auréole de l'infaillibilili'', enchaîner toutes les intelligences à sa parole inspirée,«rappeler les grandeurs de cette période du moyen Age où la tiare dominait les rois et les peuples au plus grand prolit de

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In civilisation. On'on arcepto ces vnos on qu'on los contredise, il est incont.eslable ({ne la i)a|)aut('', diminuée en Europe depuis la Rélorme, calomniée, outragée par les puissances et par les individus, a repris, grâce au livre de .]. de Maistre. un profond empire sur les esprits.

Catholiques, protestants, rationalistes, tous les historiens du MX"" siècle se sont rencontrés dans une admiration commune pour l'époque des Grégoire VII et des Innocent 111 : « Il y a eu, dit spirituellement MgrDuchesne, tout un chœur de poètes, de romanciers, d'apologistes, pour célébrer le moyen Age, le xnr siècle en particulier, comme l'époque idéale. On avait presque honte de vivre en deçà et d'admirer au delà. Ces enthousiasmes sont tombés, fort heureusement, et l'on écoute maintenant les personnes calmes qui, sans exaltation et sans préoccupation de combat, nous reconstituent le moyen âge tel qu'il fut réellement, mêlé de bien et de mal, persévérant dans son effort pour sortir de la barbarie et réaliser dans une certaine mesure l'idéal de bien que lui représentait le christianisme ' ».

Le mouvement a dépassé le Imt; mais .1. de Maistre. (jui en fut l'initiateur, a développé certaines vues fécondes et détinitives : il a loué les papes, pour avoir maintenu l'intégrité de la doctrine morale à une époque de passions tumultueuses ; contre l'immoralité des laïques et même des clercs, ils ont fait entendre les protestations nécessaires : les rois ont appris à leurs dépens qu'on ne donne i)as inq)unément aux peuples les mauvais exemples du caprice et de la débauche; les clercs sont montés, grâce à la résistance de Grégoire \ll. jusqu'à celle éI<''vation morale, on le célibat volon-

I, Cr. In sihrlr. ,-iiiiclc Mir l7//.s7«//r (P.IOO), p. .m7. Imi ISIi'.t. Miiliclcl rcizrcll.iit (i"av(iii- li(i|i loin' Ir i;il|i(ilicisiiif : il tiailait de iniriuje. il'iUiixinii iiurliiiiir, sdli l.ililciii du niuycn i"ii;('.

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laii'cmriil acccplr |i(nit Iiaiisscr la iiatiiro do riioiiiiiio.

Il iKMis a (lit cncfn'»' (jiie la papaiiLô brisa lu puissance iiiiilali' (in Lflaive et sauva l'Europe des dcspolismcs alroces : les rois sonlaicut une autorité au-dessus de la leur, et ils refrénaient leurs passions, pour ne pas i-is- ((iirr leur courtMino. Si l'élément spirituel a pris le [)as sui" lidiMuenl matériel à la fois dans l'Kglise et dans le monde, riionneur en revient à ces papes qui furent les (•liam[)i()ns de Dieu et les défenseurs d'un pouvoir conforme aux lois de l'humanité.

Kulin J. de Maistre nous a habitués à voir dans la |)apaulé le eeidre de la vie {•uropi'-enne au moyen âge : cette grande confédéral ion chrélienne, dont le lien était à Rome, mettait en connuun ses aspirations spirituelles, el apprenait ainsi (pu* i)ar delà les intérêts particuliers et nalionaux, il y a des devoirs d'amour, ou iln moins de I)ieuveillance. (pi'il faut remplir à l'égard de tous les nuMubres du genre humain. Une sorte de société universelle se formait : les nations, au lieu d<> se renfermer dans l'égoïsme de l'isolement, étaient disposées à s'aidei'. à pr('-|)arer ensemble la grande u'uvre de la civilisation : « La suprématie spirituelle que s'arrogeait le pape, a dit Macanlay, produisit plus de bien que de mal. Dans ces siècles de ténèbres, elle eu! iioni- effet d'unir les nations de l'Europe occidentale eu une seule grande communauté. Rome et son évéque furent, pour tous les chrétiens de la communion latine, depuis la Calabrejusquaux Hébrides, ce (jue les courses d'01ynq)ie et les oracles pythiens avaient été pour toutes les villes grecrpies, depuis Trébi/onde jusipi'à .Mar.seille. Ainsi grandii'(Md. sui' uiu' vasti* échelh\ des sentiments de nuduidle bienvedlance. Les races sé[)arées par de vastes nuu's et de hautes nu)idagnes se reconnurent pour sœurs et adoi)lèrent un même code de drcut |ud)lic;

mèaïc dans la guerre, la cruauté du couquérarit fut fréquemment tempérée par le souvenir que lui et ses ennemis vaincus étaient tous membres dune même grande i'édération • ».

Tels ont été les résultats heureux de ce système de la théocratie, qui fut, au dire de J. de Maistre, le plus nuignifique spectacle offert par l'histoire à la pensée. C'est pourquoi il ne craignait pas d'abaisser le xvui'' siècle, le siècle des lainières, devant ce moyen âge, où, d'après Voltaire, le genre humain était devenu fou. Par cette boutade il a compromis sa doctrine. La théocratie qui avait, à son heure, marqué un progrès dans l'évolution sociale, en affranchissant l'esprit du joug de la force, et en préparant le règne de la justice et du droit, eut été un anachronisme dans les temps modernes.

Déjà l'assemblée de 1682, héritière de la tradition gallicane, avait dénoncé vivement la suprématie des papes sur le temporel des rois, en même temps qu'elle tirait brusquement le saint-siège de son rêve d'infaillibilité. Le concile du Vatican a ruiné roi)posilion théologique du gallicanisme; mais les philosophes du .\viii<= siècle ont arraché les peuples à la dépendance de ces deux pouvoirs du moyen Age, le sacerdoce et l'empire. Ils ont enseigné aux peuples que les croyances religieuses sont d'ordn^ privé, et que les rois ne sont que les délégués tle la nation. Abus de la religion et abus du pouvoir, tyrannie de la conscience et tyrannie (le l'activité, la H(''voluli(»n ani-aiilil l(»nt ce passé, au nom de la raison; la libcrlé dt- conscience, la liberté

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