‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 20 sur 152 · LA PRÉPARATION LOINTAINE : J. DE MAISTRE EN RUSSIE · texte numérisé non relu

LA PRÉPARATION LOINTAINE : J. DE MAISTRE EN RUSSIE

Le séjour de J. de Maistre en Russie contribua particulièrement à incliner sa pensée vers le pj'oblème de la papauté.

A cette époque, la Russie, toujours courbée en apparence sous le joug despotique de ses maîtres, était minée par l'esprit révolutionnaire. On sait quelles avances la grande Catherine avait prodiguées aux philosophes français ; néanmoins entre la souveraine et les Encyclopédistes les relations ne furent que passagères, et tout se réduisit à des compliments que les actes ne suivirent pas. Les apôtres de la liberté et de la tolérance en furent pour leurs frais d'éloquence; la France enfiévrée de 1789 n'excita que de Tindignation dans l'àme de l'autocrate, qui déclara la guerre aux idées françaises, devenues pour elle des messagères de paradoxes et de crimes.

Mais autour de Catherine, les déclamations de Jean- Jacques et la prise île la Bastille avaient lait des prosélytes à l'esprit nouveau. Le sourilc de liLerté venu de

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!'( >((i(|riil (■lail i'cs|iii-('' avec ardeur |iai- une ai-isloci'alic (|iii Mcùl pas (Hé lachr'O de (•(jiKpK-iir (inelquos-uns des |irivil«'ges de la souvei-ainch''. I)(^|)iiis Pierre le (Jrand, (II- nombreuses secousses avaiciil ('-hraidr le Irùiie des Isars; Klisabelli, pour réi,nier, avait jeté en prison Ivan VI ; (Catherine II avait lorcé son mari à labdicalion, en atleiidanl iinCllr le lil assassinei-; le règne Irairifpie d<' Patd 1' % ce des})ote larouclie et capricieux, sadieva lians le sang; les meurtres et les révolutions de palais, presqueaussi niulliplii'-s qu'à Byzance, avaient atTaihli dans les âmes le respect de Tautorilé.

Alexandre, qui monta sur le trône en 1801, n"avait aucune des (jualib's nécessaires pour restaurer ce principe: et nuMue les premières années de son règne furent maniuées par une s(''ri<' de réformes toutes pénétrées de l'esprit i\u wiu' siècle. M. L. Pingaud le caractérise ainsi : « Au fond, il était le lils légitime du xvin« siècle, rélève des théoriciens de l'Encyclopédie, partant, sans le savoir, je dirais presque sans le vouloir, le contradicteur des souverains qui l'avaient précédé ' ». J. de Maistre, (jui admirait sincèrenuMit ce prince magnanime, iiumain et pieux, constata bien vite que la foi au dogme de la souveraineté n'était |)as vive dans l'esprit du tsar.

Son effroi fut grand, lorsque le fameux Spéransky prit la pi-emière place dans la faveur du maître. Ce fils de pope avait dompté la fortune ])ar son intelligence, par liMendue de son savoir, et surtout par sa probité, hisciple de Kant, épris des rév(M'ies religieuses et politi<pies, dont l'Euroix' ('lait trouljlée, .Sj)éransky conçut \c projet de pénétrer l'ànu^ russe de la Déclaration des ili'oits de l'homme. Dans son plan de r('>l'ornn>s de PKtat, il inscrivait des formules (jui semblent une page de la

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