‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 22 sur 152 · Essai, cliap. xlv i-t xlvi · texte numérisé non relu

Essai, cliap. xlv i-t xlvi

JOSEPH UE MAisriu; k.n iussie. 15

Ce livre, ('cril «mi ISd'.i cl piililii- ;'i Saint Prlerslxmrg en IHli, vciiail à ikm'iiI pour monlici- à la Hussic quClle Taisait fausse nnilc, (jnelle portail un coup mortel à Fespril du passé et que cet apostolat de la souveraineté, au((uci .1. de .Maistrc la croyait destinée, était trahi par elle, en un temps où rOccidcnt était la proie des uto- |)ies.

Spérausky n'avait pas l)orné ses réformes à Télaboration d'un code, à l'institution d'un régime budgétaire calqué sur celui des peuples occidentaux; il avait voulu prt'parer des générations neuves par une transformation radicale de l'instruclion publique. Celui qu'il avait chargé d'élaborer le programme du nouvel enseignement ('tait un Allemand, le professeur Fessier, déjà c('-]ébre pour avoir i)ul)lié 30 volumes de théologie et d'histoire '. 11 dressa pour le s(''iiiinaii'e de Newsky un plan (l'éludes, end)rassanl à la fois la langue hébraïque, les antiquités et les rites des trois églises grecque, latine et russe, l'histoire succincte de toute la doctrine ecclésiastique, l'histoire du culte, l'origine et l'usage des liturgies, la hiérarchie et la discipline ecclésiastique, l'histoire de la philosophie, la physiologie, la cosmologie, l'ontologie, l'éthique, le droit, etc.

.1. de Maislre, qui connut ce Prospectus discipUnaruin et qui fut consulté par le ministre de l'Instruction publique, comte Rasoumowski, répondit (0 mars 1811) par des observations très sévères -. « Le professeur Fessier, disait-il, est un ange ou un charlatan d ; car son projet

1. Fessier avait de ca|iii(in dans un couvent de Vienne, il fut un ardent clianipiim du .hjsrjjhisnir, puis passa au luthéranisme et devint e\è(iu(> lutlierien en Hussie. On rapporte (ju'il s'aiïuhlait d'une espèce de <-liape et «[u'il rétablit, dans ses églises, unt^ sorte de liturgie (huit il avait puise les (■li'mcnts dans le missel rouuiin.

2. Elles sont dans les Œuvres cumplcUs, t. Vlll. p. 23:3-263.

16 JOSEPU DE MAISïRE ET LA l'Al-ALTE.

paraît répréhensible « à raison de sa seule étendue ». Mais surtout il est dangereux, parce que Fessier est un philosophe qui avoue pour maîtres dans Tantiquité Platon et Plotin, et Kant dans les temps modernes; Fessier met les décisions dogmatiques des Pères de l'Église en parallèle avec les opinions des hérésiarques; il confond dans la foule des systèmes de morale « ceux qui reposent sur des motifs surnaturels ï;et enfin il annonce qu'une section de son cours sera réservée à Vorigiiie, aux progrès et à la tendance de la papauté romaine; or, dit J. de Maistre, « Fessier, en promettant l'histoire de la papauté romaine, fait sentir assez clairement que, selon lui, il y en a plusieurs el que la primauté n'appartient à aucun, malgré la tendance de celui de Rome vers la suprématie ecclésiastique ». En conclusion « Fessier a fondu et réuni par force dans sa tête le christianisme, le platonisme, et le kantisme. De ce mélange est résulté un tout dangereux partout, « mais funeste en Russie et par-dessus tout encore dans un séminaire de Russie ».

Cette dénonciation fut sans effet : « J'ai été extrêmement remercié, disait J. de Maistre à l'un de ses correspondants; mais le même ministre qui m'avait fait demander cet ouvrage m'a déjà avoué plus d'une fois qu'il est entraîné comme les autres; que tout marche à un bouleversement général, et que celui qui doit y perdre le plus est précisément celui qui le htlte * ».

Déjà l'année précédente, de Maistre avait, à la demande du ministre Rasoumowski, exposé dans cinq lettres ses vues sur l'éducation publique en Russie -'. 11 se flattait d'y avoir démontré que la Russie était victime d'une d<)Ul)le erreur, celle d'estimer la science

i. Cf. Lellrcs et opuscutes, t. I, p. 256. 2. Œuvres complètes, t. Vlll, p. 103-233.

;ir (|cl;'i de s;i \;ilciii- \ ('Til alili'. ••! crllc de vouloir la |)f»ssf'dcr ltiiis»|in'iiu'iil, sans lUf-paratioii. La ^^cicnce, à ses yt'n\. nc-lail pas « iiiio planlf (iiToii |K»Mvait laire naître ai'lilicicllrnirnt », et l'tMninc il n'(''lail pas siu- que les Puisses Cnssml l'ails ponr la science, les elïorls de cette nation ponr nalni'alis(>r lont à conp la stncncc chez elle ('•laicid danircrciix. La raifo cncyclopcdifine. telle qirelle srlalail <lans le Prospectus disciplinnrtiiii de Fessier, était liarlirniièrenient odicnse à J. de Maisire, et il posait hardiment en principe « qn"an lien dcHendre le cercle des eonnaissances en Russie, il faut le restreindre, pour lavanlaire même de la science ».

l'jdin, encourai!^é par la confiance de Rasoumowski, il écrivait( l(i-28 décembre 1811) Quatre chapitres sur la Russie ' ; et là, reprenant contre la science le paradoxe de Rousseau, il s"écriai! : « Les inconvénients inévitables de la science, dans tous l(>s pays et dans tous les lieux, sont '' de rendre Thonnue inhabile à la vie active, qui est la vraie vocation de Ihomme; de le rendre souverainement orgueilleux, enivré de lui-même et de ses propres idées, ennemi de toute subordination, frondeur de toute loi et de toute inslitulion. et partisan-né de toute innovation ».

Ce qui donne à co ré(piisitoire son àprelé, c'est le senlioicnl 1res vil" <pie les Husses vont se mettre à l'école des philoso|»hes du wiii" siècle, des Encyclopédistes et (les Allemands. e| (pi'ils vont jjerdre, au contact de ces ineiM'dnles ei de ces indc'-pendanls, leurs croyances et leur resp(>cl île lautorilé. N'oltaire, Rousseau, Diderot, C.ondori-el. Kant et les illuminés ont déjà exercé suffisainiiii'iil (le raxaiifcs. et étal)li dans les consciences coiuiue dans la conduite les i)rincipes de ranarchie. On dirail (pie .L de .Maistre a été hanté par la vision du

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