‹ Joseph de Maistre et la papautéChapitre 23 sur 152 · I. VIII, [). 27!)-rifiL · texte numérisé non relu

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nihilisme lorsqu'il écrivait : « L'épouvantable littérature du xvûr siècle est arrivée en Russie subitement et sans préparation, et les premières leçons de français que ce peuple entendit furent des blasphèmes ».

Les efforts de J. de Maistre n'aboutirent pas : l'empereur Alexandre, même au temps où il parut séduit par la hauteur des vues du diplomate sarde, ne se laissa jamais gagner à cet esprit de réaction intellectuelle, prêchée au nom des dogmes nationaux et des préjugés séculaires de la Russie. Quelques années plus tard, J. de Maistre, qui ne se fit jamais illusion sur la nature de la faveur qui lui fut accordée par le tsar, déplorait cette fatalité qui écarta toujours d'Alexandre l'influence catholique. « Dans ces voyages nombreux, disait-il, où son génie également actif et bienfaisant a cherché l'instruction de toute part, on a pu voir près de lui les hommes les plus étrangers à la foi de son pays : mais une grande tète catholique ne l'a jamais approché, et par conséquent, il ne l'a jamais recherchée '. »

C'est pourquoi la Russie qui, par tradition, aurait dû être le grand refuge de la souveraineté, abritait dans son sein les fauteurs d'anarchie : le poison qui avait affaibli les souverainetés occidentales opérait en Russie sous l'œil indifférent du tsar; il fallait dénoncer le péril et sauver le malade, même contre son gré.

Le séjour de Russie fut également pour J. de Maistre la meilleure école de pi'éparation pour la thèse religieuse soutenue dans son Pape : i Pendant quatorze ans de

1. Lettre à M. le marquis... sur l'état du christianisme en Europe, 1" mai 1819, t. VIII, p. 517.

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siiil(\(lil-il. jr n'ai cessé d'onfondro ai,'iler Ifs piv-fcnlions (II' l'Imliiis cl (le sa posléril*' l'cliLriciisc ' » : la haine de Home, voilà le fond des conlroversesrelijjfieuses en Hiissie.

Cet ('■tal d(^s|irif, ,1. <le Maisli'e la f'-lndié avec passion, il l'a suivi dans ses nianllrslalinns les pins inl»'ressantes, il la d(''nonc(''. dans divers opuscnles écrits à Sainl- Pélershourg, et surtout dans sa correspondance.

Quel tableau il nous lait de l'Eglise de Russie! Laissons tomber les observations et les réllexions qui n'ont trait qu'à l'ignorance du clergé orthodoxe, et (ju'il résumait pittoresquement dans cette formule : « Entre un pope et un tuyau d"orgue, je ne vois pas trop de différence : tous les deux chantent et voilà tout^ ». Mais ce ([ui lui paraît tenir à lessence même de l'église orthodoxe, c'est la parfaite soumission du clergé au pouvoir civil, c'est la réunion dans les mêmes mains de la souveraineté spirituelle et de la souveraineté temporelle. En Russie, les aflaires ecclésiastiques sont régies par le saint-synode, que préside un officier de l'empereur, appelé Procureur du saint-synode : « 11 assiste à toutes les séances; il n'a pas voix délibérative, à ce qu'on dit mais il écoute tout. Un décret ecclésiastique n'a de force que par sa signature, précédée de l'approbation, que ceci soit exécuté '•> ». Dans une telle Église, le souverain laïque est tout-puissant, il est le véritable pape. Pendant que la vue des démêlés continuels entre Pie VII et Napoléon arrachait à Alexandre ce cri de satisfaction : « Je suis pape, c'est bien plus commode », Napoléon, de son coté, enviait Alexandre île tenir dans ses mains à la fois la crosse et l'épée.

1. LeUre au comte de Marcollus, I.H mars 1820, t. VJ, |). 208.

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