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LES SOUHCES DU •• l'AI'E . 57
l II Ici ;tdversairo valait la peine dùtre pris corps à corps : J. (le .Maistre devait étudier de près, non seulement l'Essai, mais encore la polémique historique et pliilosoiihique de Voltaire. ()r ce travail n'a pas été fait.
J. de Maistre écrivait à de Place (lettre du 4 juillet / 1818) : « Le 2« livre (du Pape) est dirigé presque entièrement contre M. Ferrand ». Ouel est ce Ferrand, sommes-nous tentés de dire aujourd'hui? Et, en eiïet, malgré la publication assez récente de ses Mémoires ^ Ferrand est à p(ui près complètement oublié.
Cependant il l'ut un des hommes en vue de la Restauration : né en 1751, d'une vieille famille de magistrats, reçu au Parlement en 17(>y, le comte Ferrand s'était déclaré vivement contre la Révolution et ses principes, et avait émigré. Nommé par le i)rince de Condé membre de son conseil, il ne cessa de décrier dans ses livres le nouvel ordre de choses et d'appeler contre la France les armes de l'Europe. Rentré en France au Consulat, il n'exerça aucune fonction; mais sous Louis XVllI il fut ministre d'État, directeur général des postes, pair de France, membre du conseil privé et académicien.
Comme écrivain, il eut son heure de célébrité : un de ses livres (écrit en 1797 et publié en 1802), les Lettres politiques et morales d'un père à son fils, obtint quatre éditions en quatre ans, et lui valut une espèce de persécution de la part de Bonaparte. Il avait mis dans la bouche de Viomandus un discours relatif au rétablissement de Childéric sur le trône de ses aïeux. Cette allusion fort nette motiva, les rigueurs de la censure, et l'ouvrage fut cartonné pai- Faiilorité.
1. Elle n de fnite par le vicomlo de Broc, 1897, pour la Soi-iété d'histoire contcriiporainp; voir en tète une notice sur Ferrand; on |)eut consulter encore le discours de réception de Casimir Delavi{;ne, son successeur à PAcadéuiie française.
Ce livre, connu aussi sous un autre titre, Esprit de Vhisloire, traite sous forme de lettres, de Thistoire de tous les peuples, depuis le peuple juif, et s'arrête sur un tableau de l'état moral et religieux de l'Europe au milieu du xviii" siècle. J. de Maistre ne pouvait qu'approuver les tendances générales de Ferrand, adversaire intraitable de la philosophie incrédule et qui prêchait le retour à lancien ordre politique et social. Il semble donc que cette identité de principes eût dû le rendre cher à J. de Maistre; mais celui-ci ne pouvait pardonner à Ferrand d'être imbu de l'esprit parlementaire, et d'avoir, dans l'histoire de la papauté moderne, pris parti pour les gouvernements civils contre les empiétements du saint-siège. Il le haïssait d'autant plus que Ferrand était célèbre en Russie : car pendant que Bonaparte mutilait le discours de Viomandus, l'empereur de Russie adressait à l'auteur une lettre très flatteuse qu'accompagnait une bague d'un grand prix, pour le féliciter des Lettres politiques et morales; et en 1814, il fut de la députation royaliste qui sollicitait l'intervention de l'empereur Alexandre en faveur des Bourbons.
Bien plus, dans un mémoire sur l'instruction publique que le comte Rasoumowski avait soumis à J. de Maistre, il était dit que, dans l'enseignement russe, on ferait « l'examen philosophique de l'histoire, d'après Bossuet et Ferrand ». Ce projet parut monstrueux à J. de Maistre qui répondit : « Mais Bossuet, monsieur le comte, ressemble à Ferrand comme un aigle ressemble à une taupe. Ferrand est plein d'erreurs, et, depuis l'époque de Charlemagne, il est aveugle ' ».
Nous avons ainsi l'explication de l'acharnement avec lequel J. de Maistre, dans le Pape, va ])onrsuivre le